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<rfcdesc title="IPv6 Rapid Deployment on IPv4 infrastructures (6rd)"
	 status="informational" num="5569">
<authors><author>R. Després</author></authors>
<rfcdate><month>January</month><year>2010</year></rfcdate>
<date>2010-01-24</date>
<update_date>2010-09-03</update_date>
<content>
<p>Contrairement à ce que prétendent certains ignorants, la délicate
question de la période de transition entre <wikipedia>IPv4</wikipedia>
et <wikipedia>IPv6</wikipedia> n'a jamais été négligée à
l'<wikipedia name="Internet Engineering Task Force">IETF</wikipedia>. Bien au contraire, plusieurs mécanismes
ont été normalisés pour assurer le passage d'un protocole à
l'autre. Le mécanisme « <wikipedia name="6rd">RD</wikipedia> », décrit dans ce <rfc num="5569"/>, est
un de ces mécanismes, modifiant le <wikipedia>6to4</wikipedia> du <rfc
num="3056"/> pour garantir un chemin de retour symétrique aux paquets
<wikipedia name="Internet Protocol">IP</wikipedia>. RD permet à un
<wikipedia name="Fournisseur d'accès à Internet">FAI</wikipedia> de vendre un service IPv6 alors que son
réseau interne est essentiellement IPv4. Il est surtout
connu pour être la technologie déployée par
<wikipedia name="Free (société)">Free</wikipedia> à partir de décembre 2007.</p>
<p>S'il existe plusieurs mécanismes de coexistence
d'<wikipedia>IPv4</wikipedia> et d'<wikipedia>IPv6</wikipedia>, c'est
parce que les besoins sont différents. Certains
<wikipedia name="Fournisseur d'accès à Internet">FAI</wikipedia> ont un réseau interne entièrement IPv6
depuis de nombreuses années comme
<wikipedia>Nerim</wikipedia>. D'autres n'ont pas encore commencé le
déploiement. Parfois, le FAI est en avance sur ses clients, parfois
c'est le contraire comme c'était le cas pour
<wikipedia name="Free (société)">Free</wikipedia> où de nombreux utilisateurs réclamaient
IPv6 depuis longtemps. Il existe donc une variété de techniques de
coexistence v4/v6. RD se positionne pour le cas où le FAI :
<enum>
<item>n'a toujours pas migré la totalité de son réseau interne en IPv6,</item>
<item>a une connectivité IPv6 externe, et des adresses IPv6 allouées
par un <wikipedia name="Registre Internet régional">RIR</wikipedia>,</item>
<item>a certains clients qui réclament une connectivité IPv6,</item>
<item>et, de préférence, contrôle le routeur situé chez les clients
(cas des « <foreign>boxes</foreign> »).</item>
</enum>
</p>
<p>La section 1 du RFC décrit ainsi comment <wikipedia>Free</wikipedia> a
migré vers 6RD fin 2007 (un autre compte-rendu a été fait par Alexandre
Cassen <link url="http://www.ripe.net/ripe/meetings/ripe-58/content/presentations/ipv6-free.pdf">à la réunion RIPE-58 à Amsterdam</link>). Il a
fallu mettre à jour le logiciel de la <wikipedia>Freebox</wikipedia>
et ajouter des serveurs relais 6RD en sortie mais il n'a pas été
nécessaire de toucher aux <wikipedia name="Digital subscriber line access multiplexer">DSLAM</wikipedia> (qui ne gérent malheureusement
pas IPv6).</p>
<p>La section 2 revient plus en détail sur le cahier des charges :
casser le cercle vicieux courant avec IPv6 où les FAI n'installent pas
IPv6 parce que leurs clients ne le demandent pas et où les clients ne
se mettent pas à IPv6 parce que peu de FAI le transmettent. Le
protocole « idéal » semblait être <wikipedia>6to4</wikipedia> du <rfc
num="3056"/>. Simple, déjà mis en &#x153;uvre, y compris en logiciel
libre et sans état (chaque paquet est traité indépendamment) donc
passe bien à l'échelle. Mais il a des limites, notamment le fait le
retour du paquet n'est pas garanti : la machine avec laquelle on
communique va chercher son propre relais 6to4 et ne va pas forcément
en trouver un. RD est une modification de 6to4 pour utiliser comme
préfixe, non plus le préfixe 6to4 commun à tous de
<computer>2002::/16</computer> mais un préfixe par FAI. Ainsi, le FAI
doit désormais lui-même installer des relais, il ne peut plus se
reposer sur les relais existants mais, en contre partie, il contrôle
complètement le routage, y compris sur le chemin du retour et se
retrouve ainsi dans un cas plus classique où ses routeurs servent ses
clients (alors que, avec 6to4, tout le monde sert tout le monde, ce
qui est très bien lorsque cela marche).</p>
<p>On peut se poser la question de savoir s'il s'agit vraiment d'IPv6
« natif ». Sans doute pas (le paquet circule dans le réseau de Free encapsulé
IPv4, ce qui réduit la <wikipedia name="Maximum Transmission Unit">MTU</wikipedia> à 1480 octets).</p>
<p>Une fois ce principe posé, la section 3 spécifie le protocole,
très proche du <wikipedia>6to4</wikipedia> du <rfc num="3056"/>. Les
acteurs sont :
<enum>
<item>Les machines sur le réseau local du client, elles parlent IPv6
nativement sur ce réseau local (si elles utilisent
l'auto-configuration sans état, la Freebox leur a envoyé le préfixe
par RA),</item>
<item>Les <wikipedia name="Customer Premises Equipment">CPE</wikipedia> (la Freebox, chez Free), qui
doivent parler 6RD pour traduire dans les deux sens,</item>
<item>Les relais 6RD, en bordure du réseau du FAI. Chez Free, ce sont
des PC <wikipedia>Unix</wikipedia> (qui devraient être remplacés par
des <wikipedia name="Cisco Systems">Cisco</wikipedia> fin 2010).</item>
</enum>
</p>
<p>6to4 soulève traditionnellement des gros problèmes de sécurité,
documentés dans le <rfc num="3964"/>. 6RD en supprime certains, si
l'implémentation suit les recommandations de la section 5, et effectue
les vérifications demandées, mais
l'usurpation d'adresse IP demeure relativement facile.</p>
<p>Le déploiement de 6RD chez Free a permis à la <wikipedia>France</wikipedia> de faire un bond
dans les statistiques IPv6 comme l'a montré le rapport de Lorenzo
Colitti (<wikipedia>Google</wikipedia>), <foreign><link
url="http://www.ripe.net/ripe/meetings/ripe-57/presentations/Colitti-Global_IPv6_statistics_-_Measuring_the_current_state_of_IPv6_for_ordinary_users_.7gzD.pdf">Global
IPv6 Statistics - Measuring the Current State of IPv6 for Ordinary
Users</link></foreign>.</p>
<p>Mais la normalisation de 6RD est aussi l'occasion de voir le
processus <wikipedia name="Internet Engineering Task Force">IETF</wikipedia> en action, lorsque l'auteur de
la proposition n'est pas un habitué de l'IETF et n'a pas la culture
« maison », ce qui était le cas de Rémi Després, un des concepteurs de
<wikipedia>Transpac</wikipedia>, et qui a eu le courage de se plonger
dans un monde bien différent, ce qui est toujours plus difficile que
de rester seul dans son coin à expliquer qu'on a raison. Comme avec n'importe
quelle organisation humaine, l'intégration du « petit nouveau » ne
s'est pas fait sans mal mais, finalement, le RFC a été publié.</p>
<p>(Petite note au passage: ce RFC n'a que le statut de « Pour
information » et la « vraie » norme IETF sur ce protocole n'apparaitra
que plus tard. Notre <rfc num="5569"/> décrit le déploiement actuel,
un « meilleur » protocole a été ensuite spécifié dans le <rfc num="5969" local="true"/>.)</p>
<p>Il est resté de nombreux mois dans la file d'attente du
<foreign>RFC Editor</foreign>, en raison de son statut de « soumission
indépendante », dont les droits n'ont pas été définis avant le <rfc
num="5744" local="true"/>. Mais l'approbation technique était
ancienne, datant d'avril 2009. Comme l'avait signalé l'auteur, dans
son coup de gueule en séance plénière de l'IETF à
<wikipedia>Hiroshima</wikipedia> en novembre 2009, « Ce RFC décrit
comment déployer IPv6 en cinq semaines et voilà cinq mois qu'il
attend, pour des raisons non-techniques. »</p>
</content>
</rfcdesc>
