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Fiche de lecture : Les chemins de la peste

Auteur(s) du livre : Frédérique Audouin-Rouzeau
Éditeur : Texto
978-2-84734-426-4
Publié en 2007
Première rédaction de cet article le 9 mai 2009


Peu de maladies ont suscité autant de livres, et aussi variés, que la peste. D'érudits traités aux romans comme le célèbre texte de Camus, il y a de tout. Il est donc difficile d'apporter quelque chose de nouveau. Frédérique Audouin-Rouzeau y arrive en se concentrant sur l'angle archéozoologique. Contrairement à la variole, la peste ne vit pas que chez les humains. Quel est le rôle de ses hôtes animaux et notamment du rat ?

On est loin des romans de Fred Vargas comme le magnifique « Pars vite et reviens tard » (mais les lecteurs pourront s'amuser à trouver les intersections entre les deux livres comme l'épisode de la peste des chiffoniers de Paris). « Les chemins de la peste » est un livre scientifique épais, détaillé, et voué à une cause, revenir au rôle primordial de la puce du rat dans la propagation de la maladie, rôle qui avait été contesté dans la deuxième moitié du vingtième siècle.

Pas de repos pour la puce et le rat, au long des six cents pages. Les deux animaux, ou plus exactement les différentes espèces que le profane regroupe souvent sous ces deux mots, sont traqués, étudiés, disséqués et analysés même longtemps après leur mort, comme lorsque l'auteur passe au tamis des poubelles du Haut Moyen Âge pour prouver que le rat existait déjà en Europe à cette époque.

C'est que tout le monde n'est pas d'accord sur le principal mécanisme de propagation de la peste. La puce du rat a tenu la vedette au dix-neuvième siècle, mais a vu son rôle très contesté plus tard, au profit de la puce de l'homme. Frédérique Audouin-Rouzeau se consacre à rétablir le rôle essentiel de la puce du rat, tout au long d'une enquête scientifico-historique qui va de la Constantinople de Justinien aux douars marocains misérables, en passant par l'arrivée de navires chargés de tissus orientaux dans le port de Marseille.

Parfois, le ton monte, l'auteur n'apprécie pas le discours des partisans de la puce de l'homme, comme leur rhétorique consistant à se présenter comme luttant contre un « dogme ». Le monde scientifique n'a pas la sérénité du commissaire Adamsberg, flânant à la recherche d'une solution. Ici, l'argumentaire et les expériences des partisans de la puce de l'homme sont soigneusement démontés et réduits en poudre.

Je ne vous résumerai pas la liste des arguments qui permettent de voir en Xenopsylla cheopis la principale coupable, bien plus redoutable que la peu dangereuse Pulex irritans. À vous de lire. Vous ne le regretterez pas.

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