% $Id: racines-alternatives.tex,v 1.6 2003/07/29 14:32:55 bortzmeyer Exp $

\documentclass[a4paper,12pt]{article}
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\title{Les ``racines alternatives'' : réalité et avenir}
\author{Stéphane Bortzmeyer\\
(AFNIC, mais s'exprimant en son nom personnel)\\
\url{<bortzmeyer@nic.fr>}}
\date{9 septembre 2003}

\setmarginsrb{1cm}{2cm}{2.5cm}{3cm}{0.5cm}{0.5cm}{0.5cm}{0.5cm}
\begin{document}

\maketitle

\abstract{La question de racines du DNS, alternatives à celle
  existante, 
 revient souvent dans les débats
  politiques sur Internet. Ce texte explique la notion de racine
  alternative, discute sa faisabilité et essaie surtout de séparer
  les questions techniques et politiques, et de bien distinguer ce qui
  est faisable à court terme et ce qui relève - au bon sens du terme -
  de l'utopie.

Ce texte propose ensuite une approche à la question de la
gouvernance\footnote{Le terme de gouvernance désigne l'ensemble des
mécanismes politiques de gestion du système. Il est délibèrement assez
flou car il doit pouvoir désigner des mécanismes politiques très
divers. Les questions purement
techniques n'appartiennent pas à ce domaine.}
de la racine du DNS en suggérant, non pas une juxtaposition de
racines, ce qui ne peut pas marcher, mais la création d'une nouvelle
racine, qui devra s'imposer par ses mérites.
}

\section{Qu'est-ce qu'une racine du DNS ?}

\subsection{Le DNS tel qu'il est}

\subsubsection{Organisation des données}

À la base de la conception du DNS (\cite{rfc1034}), se trouve la notion de
hiérarchie\footnote{Passer à un système non-hiérarchique - système non
encore conçu et implémenté - nécessiterait donc de changer
profondément l'Internet, avec d'énormes investissements.}. Les
domaines sont organisés en un arbre des domaines (voir figure
\ref{hierarchie}). Chaque
domaine est le sous-domaine d'un domaine parent, jusqu'aux TLD\footnote{\foreign{Top Level Domains} comme \url{.fr} ou \url{.org}.} qui sont sous-domaine de la racine, le
point culminant\footnote{Contrairement aux botanistes, les
  informaticiens placent les racines des arbres en haut.} de l'espace
de nommage hiérarchique. La racine est traditionnellement représentée
par un point (\textbf{.}).

\begin{figure}
\ifpdf
\includegraphics[scale=0.52]{hierarchie.pdf}
\else
\includegraphics[scale=0.52]{hierarchie.eps}
\fi
\caption{Hiérarchie des domaines\label{hierarchie}}
\end{figure}

Chaque domaine peut déléguer des sous-domaines à d'autres
organismes. Ceux-ci pourront alors les peupler à leur guise : le DNS
est décentralisé. Mais le délégateur peut toujours accepter, refuser,
ou bien changer une délégation. Il a donc un grand pouvoir, qui doit
être encadré. La racine a le contrôle du contenu du DNS. D'autant
plus que la ``possession'' d'un nom de domaine suscite des passions
violentes (cf. \cite{rfc3467}).

Des schémas de nommage non-hiérarchiques pourraient être envisagés
mais aucun n'a encore fait l'objet d'une spécification complète, sans
même parler d'un développement logiciel, a fortiori d'un déploiement
sur le terrain. Le DNS est donc un élément hiérarchique dans un
Internet qui en comporte peu\footnote{Bien que l'égalité de tous dans
l'Internet soit une notion assez idéalisée : Microsoft a un pouvoir
considérable sur l'Internet, simplement en décidant du comportement de
la prochaine version d'Internet Explorer.}.

\subsubsection{La résolution de noms}

Les humains se servent de noms (comme \url{www.debian.org}) et les
machines d'adresses IP comme \url{192.134.4.20} ou bien \url{2001:660:3003:3::1:4}.

Pratiquement tout utilisation d'Internet, du Web au courrier en
passant par des applications moins communes, nécessite de trouver
l'adresse IP correspondant à un nom. Pour cela, les logiciels
interrogent leur serveur de noms local (celui géré par leur Service
Informatique ou bien par leur FAI\footnote{Fournisseur d'Accès
Internet}), le \foreign{cache/forwarder}. Celui-ci, s'il n'a pas de
moyen plus direct de répondre, va contacter l'un des serveurs de noms
de la racine, qui le redirigera vers les serveurs d'un TLD, et ainsi
de suite (voir figure \ref{resolution}).

\begin{figure}
\ifpdf
\includegraphics[scale=0.52]{resolution.pdf}
\else
\includegraphics[scale=0.52]{resolution.eps}
\fi
\caption{Résolution du nom www.debian.org en adresse IP\label{resolution}}
\end{figure}

Les serveurs de la racine tirent cette information de leur fichier de
zone (voir annexe \ref{root.zone}), un fichier géré par
l'ICANN\footnote{C'est ce qu'on appelle ``la fonction IANA'' dans le
jargon de la gouvernance Internet, l'IANA (Internet Assigned Numbers
Authority, \url{http://www.iana.org/}) étant un service de l'ICANN.}, The Internet Corporation for
Assigned Names and Numbers (\url{http://www.icann.org/}), un prête-nom
du gouvernement des États-Unis\footnote{C'est pourquoi on voit souvent
des mentions de la ``racine ICANN'' ou bien la ``racine NTIA/DoC'' (le Doc,
Department of Commerce, étant l'autorité de tutelle de l'ICANN et le
NTIA \url{http://www.ntia.doc.gov/} son département des télécommunications) ou
bien de ``racine USG'', pour United States Government.}. Le contrôle
de ce fichier de zone, qui peut y faire des modifications, est l'objet de rudes luttes de
pouvoir (cf. \cite{mueller}).

Ainsi, pour résoudre\footnote{Traduire un nom en adresse IP.} \url{www.nic.fr}, le serveur local d'une
Université brésilienne va demander à la racine, qui lui dira quels
sont les serveurs de \url{.fr}. Il suffit donc à ce serveur local, à
son démarrage, de connaitre les serveurs de la racine, le reste s'apprendra.

Comment les serveurs locaux trouvent-ils ceux de la racine ? Eh bien,
nous sommes là au c\oe{}ur du problème des racines alternatives. Ils
trouvent l'adresse des serveurs de la racine dans un fichier local
(voir annexe \ref{named.root}),
configuré par le Service Informatique compétent. En général, ledit
service se contente du fichier livré avec le logiciel utilisé. Dans la
grande majorité des cas, ce logiciel est BIND
(\url{http://www.isc.org/products/BIND/}). L'organisme qui gère BIND,
l'ISC\footnote{Internet Software Consortium,
\url{http://www.isc.org/}}, a donc le pouvoir d'orienter
fortement\footnote{La plupart des administrateurs système ne changent
  pas les choix effectués par l'éditeur du logiciel.} le
choix de la racine
qu'on utilise. Le second serveur de noms, en terme d'utilisation, est
probablement celui livré par Microsoft avec certaines versions de
Windows.

\subsection{Les racines alternatives}

Alors, comment fonctionne une racine ``alternative'' ? Tout
simplement, elle utilise le même système de nommage hiérarchique que
la ``vraie'' mais elle a ses propres serveurs de noms, et son propre
fichier de zone (qui peut utiliser tout ou partie du ``vrai'' fichier
de zone).

\subsubsection{Pourquoi créer une racine alternative ?}

Il peut y avoir de nombreuses motivations pour se lancer dans cet
exercice :

\begin{itemize}
\item C'est un exercice amusant et intéressant (beaucoup de techniciens créent une
  racine alternative pour cela),
\item La gestion du contenu de la racine n'est pas satisfaisante, par
  exemple trop liée à un seul gouvernement (voir
  page \pageref{gouvernance}),
\item La gestion des serveurs de la racine n'est pas satisfaisante
  (pas assez de serveurs ou bien mal répartis),
\item La racine alternative n'est qu'un moyen de créer de nouveaux
  TLD, par exemple pour vendre des enregistrements dans ces nouveaux TLD.
\end{itemize}

\subsubsection{Créer sa racine ou ``Le pape, c'est moi !''}

Pour gérer son propre fichier de zone, la plupart des racines
alternatives prennent celui de l'ICANN et ajoutent des domaines
``bidon'', c'est-à-dire reconnus uniquement par les utilisateurs de
cette racine alternative particulière. C'est ainsi que l'on peut créer
\url{.sex} ou \url{.law} sans formalités particulières. 

Le processus est analogue à celui d'un schismatique qui prétend être
le pape : tout le monde peut faire cela, et se mettre à émettre bulles
et encycliques. Le plus dur est d'être reconnu par une communauté
significative de fidèles.

On notera que, tant que la racine alternative demeure marginale, cela
ne pose aucune difficulté technique. Trois PC connectés en ADSL et
répartis chez des amis suffisent largement. Un tel exercice est
souvent fait lors des formations DNS.

\subsubsection{Utiliser une autre racine}

Utiliser une racine alternative veut donc dire modifier le fichier de
configuration de BIND (ou du logiciel équivalent) pour désigner ces
serveurs au lieu des ``vrais''. Il faut donc une action délibérée de
la part du Service Informatique ou bien du FAI\footnote{Dans une
certaine mesure, cette opération peut être faite par l'utilisateur
final mais cela n'est pas réaliste si de nombreuses personnes le font
: on perd en effet la fonction de \foreign{cache} effectuée par le
serveur local, fonction sans laquelle les serveurs de la racine
s'écrouleraient sous la charge.}.
% \url{http://www.new.net/download/instructions_unix.tp} 
% \url{http://www.new.net/help_isp_info.tp}

Le déploiement significatif d'une racine alternative nécessite donc de
convaincre beaucoup de décideurs. Ce qui nous amène aux questions
sociales et politiques.

\section{Quelles sont les racines alternatives actuelles ?}

Cette section va malheureusement être courte : à l'heure actuelle,
aucune des
racines ``alternatives'' existantes n'offre la moindre garantie de
sérieux, même en étant très indulgent. Il existe en gros trois
catégories de racines alternatives :

% On oublie les trucs de test comme http://www.rs.net

\begin{itemize}
\item Les commerciaux sans scrupule, dont le seul but est de gagner de
  l'argent auprès de clients naïfs en leur vendant des domaines
  bidon. C'est l'équivalent \foreign{high tech} de l'escroc qui vous vend
  des propriétés sur la Lune. 

% Mon avocat m'a déconseillé de citer des noms ici :-)
% new.net
% Pacific Root
% Boroon
% Atlantic Root (Gallegos)

Ils prétendent en général qu'il existerait ``un autre
  Internet'' que l'on pourrait voir si l'ICANN ne les bloquait pas
  injustement. Ils menacent souvent l'ICANN de procès si elle ose
  créer un TLD correspondant au TLD bidon qu'ils ont ``créé'' deux ans
  auparavant (cf. \cite{biz-duplicate}.

Ils prétendent parfois avoir inventé une technologie révolutionnaire
et brevetée, comme si la création d'une racine le nécessitait.

\item Les individus isolés. Là encore, je ne citerai
  pas de noms pour ne faire de peine à personne, mais il s'agit
  typiquement d'individus qui viennent de découvrir que la création
  technique d'une racine ne demandait guère de compétences.

% Ceux qui jouent à la racine, comme on joue au chef des armées avec ses petits
% soldats :
% http://www.dot-root.com (Jefsey)
% dot-god (Baptista)

\item Les organisations qui tentent d'explorer des voies politiques
  nouvelles et d'expérimenter une gouvernance vraiment démocratique de
  l'Internet. Elles sont peu nombreuses et les tentatives en ce sens
  ont toujours échoué. Aucune organisation de cette catégorie n'a une
  base d'utilisateurs significative. Aucune n'a vraiment produit (ou
  tenté de produire) de mécanisme de concertation et de décision
  nouveaux.

On notera ORSC \url{http://www.open-rsc.org/}, ORSN \url{http://european.orsn.net/} ou
  bien OpenNIC \url{http://www.opennic.unrated.net/}.

Certaines organisations appartenant à la première ou bien à la seconde
catégorie avaient
essayé de se faire admettre dans la troisième\ldots

\end{itemize}

Une liste de racines alternatives, apparement incomplète (et qui ne trie pas selon les
catégories ci-dessus) est disponible en
\url{http://root-dns.org/zones.htm}. 

On notera que certaines des racines alternatives publient exactement
le même fichier de zone que l'ICANN : elles ne cherchent qu'à tester
la gestion des serveurs de la racine, pas la gestion des données de la
racine. Comme le disent les administrateurs des serveurs racine : nous
sommes des diffuseurs, pas des auteurs.

\section{Doit-on et peut-on créer une nouvelle racine ?}

\subsection{Le problème d'une gouvernance vraiment internationale}
\label{gouvernance}

Beaucoup de gens s'inquiètent de l'absence d'une gouvernance de
l'Internet qui reflèterait son caractère international. Actuellement, on
l'a vu, le gouvernement des États-Unis dispose d'un monopole sur la
gestion de la racine. Il peut à sa guise redéléguer un domaine à ses
amis, voire garder en otage un domaine (\cite{delacourt-irak}).

Ce pouvoir n'est pas utilisé souvent, mais il est équivalent à l'arme
nucléaire : on ne peut pas s'en servir à tout bout de champ mais c'est
un monopole (un oligopole dans le cas des bombes nucléaires) qu'aucun
gouvernement ne peut abandonner.

De même, l'ICANN exerce une pression permanente sur les gérants de
ccTLD\footnote{Country-Code Top Level Domains}, exigeant qu'ils
signent un contrat avec l'ICANN avant de faire la moindre modification
au fichier de zone. Ainsi, des changements purement techniques, comme
l'ajout d'un serveur de noms, prennent de six à dix-huit mois.

Pour renforcer ce pouvoir, l'ICANN garde la plupart des serveurs de
noms sous son contrôle étroit. Dix de ces treize serveurs sont situés
aux USA\footnote{\url{http://www.root-servers.org/}}, ce qui limite le risque d'indépendance (le gestionnaire d'un
serveur racine pourrait toujours décider d'aller chercher son fichier
de zones ailleurs qu'à l'ICANN).

Si des techniques comme l'\foreign{anycast} (\cite{rfc3258} ou \cite{ripe-anycast}) peuvent
permettre de placer d'avantage de serveurs de noms, même sans
autorisation de l'ICANN, elles ne réduisent pas le problème du
contrôle de ces serveurs (toutes les répliques d'une même machine
\foreign{anycastée} sont contrôlées par le même organisme).

De nombreux efforts ont été tentés pour changer cela : des demandes
polies aux pressions modérées, les gestionnaires de domaines nationaux
(ccTLD), l'ONU, les
gouvernements non-états-uniens, des
individus\footnote{\url{http://www.icannwatch.org} ou bien
  \cite{mueller}} ont essayé de faire évoluer les choses. Avec des
résultats infimes. Le contrôle de l'Internet est devenu un enjeu
majeur depuis que l'usage du réseau s'est répandu dans tous les
domaines d'activité. Et le 11 septembre n'a pas amélioré les
choses\ldots

Il semble donc que le gouvernement des États-Unis
n'acceptera d'évoluer que s'il a une raison sérieuse de penser que ses
critiques sont prêts à mettre la main à la pâte et à démarrer une
nouvelle racine. Je dis ``nouvelle racine'' et pas ``racine
alternative'' car, on va le voir, il n'y a pas d'intérêt à faire
marcher plusieurs racines. 

\subsection{L'Internet peut-il fonctionner avec plusieurs racines ?}

En gros, non. Qui dit plusieurs racines dit fragmentation de
l'Internet. Toute application utilisant le DNS (c'est-à-dire la grande
majorité des applications) verra donc un résultat différent selon la
racine utilisée. Un message envoyé à \url{nom@domaine.example}
atterrirait dans des boites différentes selon la racine utilisée par
votre fournisseur~! 

Ce problème, à mon avis bloquant, est bien décrit dans \cite{ICP-3}
et \cite{RFC2826} même si le caractère \foreign{pro domo} du premier document le
rend agaçant.

Pour résoudre ce problème de la coordination entre racines, certains
ont développé le concept de racines inclusives ou exclusives. En gros,
une racine exclusive ne sert sur le réseau que ses propres
TLD
(l'ICANN gère donc une racine exclusive) alors qu'une racine
inclusive, comme son nom l'indique, inclus les TLD des autres racines
inclusives.

Les racines inclusives sont souvent présentées comme un moyen de faire
marcher en parallèle plusieurs racines. Mais cela oublie complètement
la question des litiges : si deux racines différentes veulent
\url{.sex}, qui l'aura ? Les litiges sont rares à l'heure
actuelle, car les racines inclusives existantes ne sont que des
petites expérimentations locales sans enjeu.  Mais ce système ne
pourrait pas fonctionner en vrai\footnote{C'est pour cela que les
partisans des racines alternatives sont toujours très discrets sur ce
sujet. Parfois, il y a une proposition concrète (dans une de celles
que j'ai lu, il y avait une liste ordonnée de racines, les premières
étant prioritaires), mais elle est vite oubliée car toutes reviennent
à créer une super-racine, une nouvelle ICANN et pas forcément
meilleure.}.

% C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a si peu de litiges dans .fr, ce
% domaine n'intéresse personne :-)

Et cela pose la question de leur légitimité : chaque
individu peut créer une racine sur son PC en un quart d'heure, mais a t-il
le droit de créer le TLD de son choix et d'obliger les racines
inclusives à le servir ? Cette question est elle aussi laissée dans le
flou : et pour cause, la définition de critéres de
légitimité\footnote{``Au moins cinquante TLD et au moins trois mois de
fonctionnement'', ai-je lu dans un texte un peu plus précis que les
autres. \cite{adns-alternative} dit juste \foreign{``Those in the inclusive namespace work very hard to avoid and resolve collisions''}.} reviendrait à créer une instance politique supérieure,
justement ce qu'on prétendait éviter avec les racines multiples.

\subsection{La période transitoire}

On l'a vu dans la section précédente, la coexistence durable de
plusieurs racines n'est pas une solution envisageable. 

Le but est donc au contraire de faire une nouvelle racine, pendant une période
transitoire, pour bien montrer au monde et au gérant actuel de la
racine qu'une autre solution est possible et réaliste. Comme la
confiance dans une telle racine ne se construit pas en quelques
semaines, ni même en quelques mois, cette nouvelle racine coexistera
avec l'ancienne pendant un temps assez long.

Pendant la coexistence, la nouvelle racine aura tout intérêt à suivre
de près l'activité de l'ancienne : si un nouveau pays est créé, les
responsables de son ccTLD ne préviendront pas forcément la nouvelle
racine, il faudra donc noter son apparition dans le fichier de zone de
l'ancienne racine et copier les données.

En revanche, il n'est pas utile de s'engager à copier aveuglément le
fichier de zone de l'ancienne racine, le but étant de montrer la
supériorité de la nouvelle. Les changements purement techniques, par
exemple, comme l'ajout ou le retrait d'un serveur de noms, doivent se
faire dans la journée, vue la faible taille du fichier de zone de la
racine.

Cette période transitoire se terminera lorsque le gérant de l'ancienne
racine sera persuadé que la nouvelle est une réalisation effective et
qu'il acceptera de discuter d'égal à égal.

Ce projet est utopique, dans le bon sens du terme. Il est tout à
fait inenvisageable à court terme\footnote{C'est l'argument favori de
  l'ICANN : ``Que proposez-vous à la place ?''.}. Mais c'est un guide
pour orienter
les politiques futures, une ``expérience de pensée'' qui
s'incarnera peut-être un jour, sous une forme qu'il est difficile de
déterminer aujourd'hui.

\section{Un petit numéro de politique-fiction}

Un tel projet a t-il des chances de se réaliser un jour ? Il est
possible de suggérer quelques pré-requis pour que
cette nouvelle racine ait quelques chances de succès. Il n'est pas
possible ici de proposer un plan complet et détaillé, la situation n'est
clairement pas assez mûre pour cela.

La partie technique est la plus facile, et de loin. Mais les parties
sociales et politiques sont redoutables.

D'abord, la nouvelle racine doit être crédible, c'est-à-dire être soutenue par un
certain nombre d'acteurs significatifs (un ensemble varié de
gouvernements, d'opérateurs ou prestataires, d'utilisateurs). 

La crédibilité implique aussi d'avoir, sinon des réponses toutes
prêtes à toutes les questions, du moins d'avoir des propositions
concrètes pour traiter un certain nombre de questions délicates. Le
statut juridique des organismes de gouvernance est en effet très
secondaire\footnote{Surtout quant les statuts sont régulièrement
  violés, comme ce que fait l'ICANN.} par rapport à leur politique effective. Par
exemple, \foreign{quid} des redélégations de ccTLD ? La nouvelle
racine suivra t-elle \cite{RFC1591} ? Comment se fera l'attribution de
nouveaux gTLD ? L'ICANN a un processus très ouvert pour
cela\footnote{Voir tout le dossier de redélégation du \url{.org} en
  \url{http://www.icann.org/tlds/org/}.}. Tout n'est pas forcément
public mais il serait paradoxal que la nouvelle racine soit, par
exemple, moins ouverte que l'ICANN sur ce point ! Cela donnerait
raison à ceux qui présentent l'ICANN comme un moindre mal.

L'inconsistance des racines alternatives existantes ne se mesure nulle
part mieux que dans leur silence complet sur ces questions
délicates. Les réponses tournent la plupart du temps autour de ``On se
cordonnera''. Comme si le fait de ne pas dépendre de l'ICANN allait
suffire et que toutes les parties allaient devenir pleines de bonne
volonté\footnote{Certains gérants de TLD bidons sont très agressifs et
n'hésitent pas à proférer des menaces ou à déclencher des procès à la
moindre occasion, voir
\url{http://www.dot-god.com/communications/TLD_Networks_Ltd/public_announcement.html}.}. Parfois,
la technique vient au secours du silence et on apprend qu'un protocole
révolutionnaire (mais jamais décrit en détail) va permettre de
synchroniser les racines entre elles sans douleur.

Ensuite, la nouvelle racine va devoir être humble : son succès
dépendra du nombre d'acteurs qu'elle pourra convaincre\footnote{FAI,
pour modifier la configuration de leur serveur DNS local~; gérants de
domaine, pour qu'ils s'adressent à la nouvelle racine et pas
uniquement à l'ICANN~; auteurs de logiciels pour qu'ils livrent un
fichier de serveurs de la nouvelle racine, etc.} et aucune directive
bureaucratique ne remplacera ce travail de conviction. Certaines
organisations internationales, souvent présentées comme une
alternative à l'ICANN, ont un passif particulièrement lourd sur ce
point.

Cela suffira-t-il pour assurer le succès ? Je l'ignore mais il serait
regrettable que la communauté Internet, qui a déjà remporté tant de
victoires contre la résignation, ne puisse pas traiter avec succès la
question d'une gouvernance vraiment internationale et démocratique.

\appendix

\section{Annexe : la configuration du serveur local pour trouver la racine}
\label{named.root}

Voici le fichier de configuration d'un serveur de noms local (celui de
votre Université ou de votre FAI). C'est dans ce fichier qu'on trouve
les adresses IP des serveurs de la racine. ``Changer de racine''
signifie donc simplement éditer ce fichier\footnote{On peut trouver la
  version officielle en \url{ftp://rs.internic.net/domain/named.root}.}.

\begin{info}
;       This file holds the information on root name servers needed to
;       initialize cache of Internet domain name servers
;       (e.g. reference this file in the "cache  .  <file>"
;       configuration file of BIND domain name servers).
;
;       This file is made available by InterNIC registration services
;       under anonymous FTP as
...
;
; formerly NS.INTERNIC.NET
;
.                        3600000  IN  NS    A.ROOT-SERVERS.NET.
A.ROOT-SERVERS.NET.      3600000      A     198.41.0.4
;
; formerly NS1.ISI.EDU
;
.                        3600000      NS    B.ROOT-SERVERS.NET.
B.ROOT-SERVERS.NET.      3600000      A     128.9.0.107
... (Autres serveurs, treize en tout)
\end{info}

\section{Annexe : le fichier de la racine}
\label{root.zone}
C'est ce fichier qu'utilisent les serveurs de noms de la racine. Il est disponible en
\url{ftp://rs.internic.net/domain/root.zone.gz}. Vue sa taille, c'est
une toute petite base de données, dont l'exploitation ne soulève
aucune difficulté technique. En voici un extrait :

\begin{info}
...
COM. NS A.GTLD-SERVERS.NET.
COM. NS G.GTLD-SERVERS.NET.
COM. NS H.GTLD-SERVERS.NET.
... (autres serveurs de .com)
EE. NS NS.EU.NET.
EE. NS SUNIC.SUNET.SE.
EE. NS NS.UU.NET.
EE. NS NS.KBFI.EE.
... (autres serveurs de l'Estonie)
FR. NS DNS.CS.WISC.EDU.
FR. NS NS1.NIC.FR.
FR. NS NS3.NIC.FR.
FR. NS DNS.INRIA.FR.
FR. NS NS2.NIC.FR.
FR. NS DNS.PRINCETON.EDU.
FR. NS NS-EXT.VIX.COM.
FR. NS NS3.DOMAIN-REGISTRY.NL.
...
\end{info}

\bibliographystyle{alpha-plus-url}
\bibliography{dns}

\end{document}


