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"Le maître de Garamond"

Première rédaction de cet article le 14 janvier 2004
Dernière mise à jour le 4 mai 2007


Un livre remarquable pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de la communication et à la liberté d'expression : "Le maître de Garamond", d'Anne Cuneo (Stock). Une biographie (très) romancée d'Antoine Augereau, imprimeur à Paris sous Louis XII et François 1er, racontée par son plus célèbre élève, Claude Garamond, un des fondateurs de la typographie.

Augereau a vécu les débuts de l'imprimerie. À l'époque où se passe le livre, on rencontre des gens âgés qui ont connu les temps pré-Gutenberg, les temps où il n'y avait pas besoin de censurer les livres, il y en avait si peu qu'ils n'étaient pas un danger pour les pouvoirs en place.

Oui, mais voilà, les temps changent, l'imprimerie se répand à la vitesse d'un feu de paille. Quarante ans seulement après l'invention de Gutenberg, tous les pays d'Europe ont des imprimeurs, Paris compte de nombreux libraires et le nombre de lecteurs a été multiplié par vingt ou trente.

Un des personnages du livre crée la surprise en emportant des livres en voyage, et en les lisant à l'auberge. Des livres ! Pour ses compagnons de voyage, c'est encore un objet sacré, qu'on ne consulte qu'avec les plus grandes précautions mais lui les met déjà dans les fontes de son cheval.

Alors, rapidement, les autorités s'inquiètent. Les thèmes de ces inquiétudes n'étonneront pas les lecteurs modernes. "On ne peut pas laisser n'importe qui imprimer n'importe quoi." "Il faut demander une autorisation avant de publier." "Il ne faut pas publier en français, seulement en latin, sinon des gens peu sûrs liront et Dieu sait ce qu'ils en tireront."

D'autant plus que les craintes s'avèrent justifiées : les "évangéliques", qui ne savent pas encore qu'ils deviendront "réformés" ou "protestants" se servent en effet du nouvel outil pour contester l'ordre existant. Et François 1er, après avoir apprécié que les évangéliques contestent le pape, finira par les réprimer violemment. Augereau sera exécuté.

On croise beaucoup de vedettes dans ce livre, Aldo Manuce, Rabelais, Marguerite de Navarre (grand-mère d'Henri IV), et meme vaguement François Villon. Mais ce que j'apprécie le plus, ce sont les interrogations sur le nouvel outil et son avenir.

Lors d'une discussion savoureuse, Augereau défend les nouveaux caractères, dit "romains" contre les traditionnels, les "gothiques". À Garamond qui s'inquiète d'un changement qui sera difficile à assimiler pour les lecteurs qui ont appris à lire avec le gothique, Augereau rétorque qu'il ne travaille pas pour l'infime minorité qui sait lire, mais pour l'immense majorité qui saura lire grâce entre autre aux nouveaux caractères.

Un débat qui a aussi des résonances sur Internet, où on parle de l'impossibilité de changer des situations acquises (comme la prédominance de MS-Word), alors que l'écrasante majorité de la population mondiale n'a jamais touché un ordinateur !

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