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Guerre à la Terre

Première rédaction de cet article le 7 décembre 2009


Sortant tout juste de la seconde guerre mondiale, la France et ses voisins devaient s'ennuyer car plusieurs œuvres d'un genre récent, la science-fiction, mettaient en scène des conflits à côté desquels la récente guerre semblait une suite de simples escarmouches. Si E. P. Jacobs, dans Le Secret de l'Espadon imagine comme ennemi de mystérieux « jaunes » tapis au fond de l'Asie, Marijac, dans le magnifique Guerre à la Terre, enrôle des envahisseurs extra-terrestres (aidés toutefois par des collabos jaunes).

Cette BD avait d'abord été publié dans Le Coq Hardi en 1946 et 1947. Elle doit l'essentiel de sa diffusion d'ajourd'hui à sa réédition par Glénat en 1975. Si le tome 1 se trouve assez souvent chez les bouquinistes, le tome 2 est bien plus rare. Moins tiré à l'époque ?

Sur la forme, on y trouve les caractéristiques de la BD de l'époque, notamment les très longs textes, y compris pour expliquer ce que tout lecteur voit bien sur l'image (« L'avion pique à travers la masse de nuages »). La récente guerre fournit plein d'idées de scénarios, les progrès techniques et l'imagination font le reste (notez les progrès considérables de l'aviation terrestre d'un tome à l'autre : d'avions classiques dans le tome 1, les terriens sont passés à des engins dignes de Flash Gordon dans le tome 2). Par contre, le scénariste n'est pas toujours d'une grande rigueur : la Tour Eiffel, détruite dans le tome 1, a subitement ressuscité dans le tome 2 (pour être à nouveau jeté à bas)

Le fond politique est nettement conservateur, souvent raciste (les fusées ennemies qui « sèment la panique dans les quartiers indigènes » ou bien la « race jaune fanatique »). La seconde guerre mondiale étant à peine terminée dans le tome 1, tous les Alliés le sont encore (français, états-uniens et soviétiques). La guerre froide se déclenchant rapidement, les gentils soviétiques ont disparu du tome 2, où les combats ne sont plus menés que par les franco-états-uniens. Le contraste avec Les Pionniers de l'Espérance est net.

Les dessins (deux dessinateurs différents, pour les deux tomes) sont splendides. La peinture de la guerre est saisissante, souvent brutale. Les deux tomes sont pleins de magnifiques morceaux de bravoure, comme la panique dans le métro lors de l'évasion des prisonniers extra-terrestres. Il y a aussi une étonnante description, dans le tome 2, des affrontements entre partisans de la poursuite de la lutte et ceux de la capitulation, écho de juin 1940. Ils culminent dans une scène de conflit armé, sur une base militaire française entre ceux qui veulent rejoindre les États-Unis toujours en guerre et les capitulards.

En tout cas, l'auteur a du souffle et l'apocalypse du tome 2, lorsque les extra-terrestres utilisent leur nouvelle arme, n'a rien à envier à celle du récent film « 2012 ».

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