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Fiche de lecture : Renseignement et espionnage dans la Rome antique

Auteur(s) du livre : Rose Mary Sheldon
Éditeur : Les belles lettres
978-2-251-38102-2
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 2 avril 2010


Les romains pratiquaient-ils l'espionnage ? Mauvaise question, dit l'auteur de ce livre, le monde romain était très différent du nôtre, organisé d'une manière qui nous semble parfois irrationnelle, et vivant dans un contexte très différent. Il ne faut donc pas chercher, sous peine d'anachronisme, à plaquer nos concepts modernes sur les romains de l'Antiquité. Oui, contrairement à ce que prétendent les romains eux-mêmes (qui considéraient l'espionnage comme signe d'une ruse « orientale », indigne de vrais guerriers), il y avait des activités d'espionnage à Rome. Non, elles n'étaient pas du tout organisées comme aujourd'hui.

Rose Mary Sheldon a écrit plusieurs autres livres sur l'espionnage dans le monde antique. Sauf erreur, celui-ci est le premier traduit en français. Il couvre la période de la République et celle du Haut-Empire, la première se caractérisant par une absence d'activités d'espionnage organisées (ce qui a servi à nourrir la légende de romains méprisant cette occupation). Les armées de la République avaient bien sûr des éclaireurs, chargés de la reconnaissance avancée, mais il n'existait pas de service structuré qu'on puisse présenter comme l'ancêtre romain de la CIA. La protection des transmissions n'était pas un souci (le fameux « chiffre de César » ne semble pas avoir été utilisé en pratique, les amateurs de cryptographie seront déçus tout au long du livre, les romains n'étaient pas adeptes des mathématiques). Et le principal moyen de percer à jour les intentions des ennemis était d'observer les entrailles d'animaux sacrifiés, ou l'appétit des poulets sacrés... On est loin de Richard Sorge et Leopold Trepper...

Quelques spectaculaires désastres militaires comme celui de Crassus (qui envahit le royaume des Parthes en n'ayant aucune idée de ce qu'il va rencontrer) ou comme l'invasion réussie de l'Italie par Hannibal (qui, lui, avait un vrai service d'espionnage), ont quand même fini par convaincre les romains de la nécessité de prendre plus au sérieux le renseignement.

Sous l'Empire, Auguste décide de prendre les choses en main et le renseignement devient plus professionnel. Cela n'empêche pas toujours les défaites, comme celle du Teutobourg où les romains étaient avertis du retournement d'Arminius... mais avaient ignoré l'information. (La bataille fait l'objet d'un excellent chapitre, où les fouilles archéologiques minutieuses permettent d'avoir une vision détaillée de ce qui s'est passé.)

Finalement, l'Empire finit par avoir des hommes sérieusement chargé de l'espionnage, les frumentarii. Difficile de les qualifier d'espions professionnels car leur mission était bien plus vaste que l'espionnage, incluant aussi la poste et la collecte des impôts, voire, dans certaines périodes, l'assassinat politique. Massivement détestés, les frumentarii ont été pourtant utilisés par tous les empereurs (avec parfois des changements cosmétiques de nom), le Bas-Empire (qui fera l'objet d'un autre livre, annonce l'auteur) marquant toutefois une réorganisation sérieuse.

Car l'Empire n'était évidemment pas un état de droit et les services secrets étaient bien plus utilisés pour l'espionnage intérieur que pour surveiller les Barbares ! Plus d'empereurs ont été tués par leurs officiers ou leurs gardes du corps que par l'ennemi extérieur.

Le chapitre le plus intéressant du livre ne porte pas directement sur l'espionnage mais sur la transmission et la signalisation. Le point de départ du chapitre se situe en Écosse, sur la frontière, là où les romains construisirent plusieurs murs comme le fameux mur d'Hadrien. Et la question posée était « Comment les forts communiquaient-ils entre eux ? » Leur position permet-elle de répondre à cette question ? Oui, car, souvent, les forts sont placés sans raison apparente, la seule explication était la volonté qu'il y aie une LOS (vue directe) entre eux, pour la transmission par signaux optiques.

Le ton du livre est plutôt universitaire, sérieux et tout, donc les lecteurs qui sont le moins accrochés au sujet auront peut-être parfois un peu de mal.

Un autre article en français sur ce livre : « Empire romain et renseignement ».

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