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<fiche isbn="978-2-87772-409-8" title="La Dame Blanche et l'Atlantide">
<authors><author>Jean-Loïc Le Quellec</author></authors>
<editor>Éditions Errance</editor>
<date>2010-05-31</date>
<pubyear>2010</pubyear>
<content>
<!-- Attention, utilisé comme exemple par le service "ni" donc si on le change, les condensats changent -->
<p>En science, comme ailleurs, on voit surtout ce qu'on
<emphasis>veut</emphasis> voir. Sinon, comment expliquer que tant
d'experts se soient égarés sur l'interprétation de la fresque
préhistorique de la
<wikipedia name="Dame blanche (peinture)">Dame blanche du Brandberg</wikipedia> ? C'est leur histoire
que raconte Jean-Loïc Le Quellec dans un livre
passionnant, d'art et d'aventure, de science et de politique.</p>
<p>Le très beau livre de Le Quellec commence logiquement par la découverte de la
fresque. En <wikipedia>1917</wikipedia>, <wikipedia>Reinhard Maack</wikipedia> découvre en <wikipedia>Namibie</wikipedia> une
superbe <wikipedia name="Dame blanche (peinture)">fresque préhistorique</wikipedia>. Le personnage
central (futur « Dame blanche ») attire les regards, et Maack lui trouve un air
égyptien ou en tout cas méditerranéen. Avant de
le blâmer, il faut préciser que Maack, comme d'autres protagonistes de
l'histoire, n'est pas resté dans un bureau confortable avec accès
Internet. Il est allé sur le terrain, dans des conditions matérielles
difficiles, et a dû travailler sans matériel moderne, dans une grotte
qui n'était pas aussi bien éclairée qu'un musée. Bref, on
comprend que sa première impression aie pu être fausse. Mais son
interprétation rencontrera immédiatement un grand succès : rapidement,
la théorie que ce personnage est une femme de race blanche s'impose,
et on lui trouve des parentés avec les
<wikipedia name="Égypte antique">égyptiens</wikipedia>, les <wikipedia name="Civilisation minoenne">crétois</wikipedia>
et même, n'ayons peur de rien, avec les
<wikipedia name="Atlantide">atlantes</wikipedia>. Rien n'étayait ces interprétations
mais elles ont pourtant été largement acceptées par la plupart des
experts (comme <wikipedia>Raymond Dart</wikipedia>), les (nombreux)
sceptiques gardant juste un silence prudent.</p>
<p>C'est que l'époque se prêtait à ces théories. Politiquement,
c'était le point culminant de l'entreprise
<wikipedia name="Partage de l'Afrique">colonialiste</wikipedia>. Celle-ci nécessitait un substrat
idéologique, la conviction que les noirs étaient incapables de toute
civilisation. En voyant une blanche dans le personnage central, et en
lui trouvant une origine extra-africaine, on justifiait la
colonisation comme un simple retour des européens dans une région que
leurs ancêtres avaient déjà « civilisée ». La même démarche était à
l'origine des théories fantaisistes sur les fondateurs du
<wikipedia name="Monument national du Grand Zimbabwe">Grand Zimbabwe</wikipedia>, assimilé à
<wikipedia>Ophir</wikipedia> et supposé être construit par la
<wikipedia>reine de Saba</wikipedia>, voire par
<wikipedia name="Salomon (Bible)">Salomon</wikipedia> lui-même.</p>
<p>Et il n'y avait pas que l'archéologie qui était influencée par
cette entreprise. Les chapitres les plus passionnants du livre
détaillent la place que ces théories de « cités perdues », construites
par des grecs, des romains ou des atlantes au c&#x153;ur de
l'<wikipedia>Afrique</wikipedia>, occupaient dans la littérature de
l'époque. <wikipedia name="Henry Rider Haggard">Rider Haggard</wikipedia> et
<wikipedia name="Edgar Rice Burroughs">Burroughs</wikipedia> en anglais,
<wikipedia name="Pierre Benoit">Benoit</wikipedia> en français, et des dizaines d'autres
auteurs moins célèbres ont brodé à l'infini sur ce thème. Souvent, ces
romans appelaient la science à leur aide pour fournir des notes de bas
de page savantes ou des discours pseudo-scientifiques
d'explication. Que la littérature utilise la science, c'est normal (et
je suis plus indulgent là-dessus que Le Quellec qui parle de manière
assez méprisante de « procédé »). Mais le plus grave est que la
science s'est laissé entrainer, a oublié la distance entre le roman
et la réalité, et que des experts comme l'<wikipedia name="Henri Breuil">Abbé
Breuil</wikipedia> (avec sa pittoresque collaboratrice Mary
Boyle) ont cru dur comme fer à ces fictions, au point de
chercher à tout prix à les retrouver dans la réalité.</p>
<p>Cela leur a fait oublier la plus élémentaire prudence
scientifique. Oublier que, sur la plupart des fresques murales, les
couleurs sont purement conventionnelles, reflétant par exemple le
statut social (et la dame blanche n'est donc pas de race
blanche). Oublier que distinguer un homme d'une femme sur une peinture
n'est pas aisé, lorsque la civilisation qui a fait ces peintures
n'avait pas les mêmes critères de représentation extérieure du genre que nous. Oublier le risque de la subjectivité quand on relève un
dessin presque effacé et que la main de l'artiste ajoute les détails
que son &#x153;il n'a pas pu voir. Le Quellec publie plusieurs fois
des photos détaillées des peintures, accompagnées des relevés faits par les
chercheurs, ce qui permet de juger du manque de rigueur de celui qui a
fait le relevé, omettant des détails gênants (comme le pénis de la
soi-disant dame) ou ajoutant ceux qui manquaient.</p>
<p>Comme le rappelle Le Quellec « les mythes ne s'identifient bien
qu'avec une prise de distance, dans l'espace ou dans le temps ». Le
lecteur du 21ème siècle voit bien les &#x153;illères idéologiques qui
aveuglaient Breuil, alors qu'il ne distingue probablement pas celles d'aujourd'hui...</p>
</content>
</fiche>