Première rédaction de cet article le 5 septembre 2026
En 1981, la société BBN a écrit pour la DARPA (ex-ARPA) un rapport de 184 pages « A history of the Arpanet - The first decade » qui faisait le bilan des dix (en fait plutôt onze et demi) premières années du réseau Arpanet. Cela reste un des meilleurs documents pour celles et ceux qui veulent comprendre comment marchait l'Arpanet, qui n'était pas du tout un Internet en plus petit, mais un réseau assez différent.
Rappelez-vous la date, 1981. Le rapport
est tapé à la machine et vous ne trouverez
pas de version
machine-readable, vous
n'aurez qu'une image. 
Le rapport détaille les objectifs (vous n'y trouverez pas la légendaire « nécessité de résister à une attaque nucléaire »), l'histoire, et la technique. Arpanet était très expérimental et les débuts ont été plutôt agités.
Contrairement à l'Internet, l'Arpanet
était un réseau très homogène (je parle du réseau, pas des
ordinateurs qui y étaient connectés) et très centralisé. Par
exemple, tout l'Arpanet était supervisé depuis un point unique (le
routage, par contre, était décentralisé). Et le
choix des liens entre les sites était décidé centralement, optimisé
par un programme développé spécialement (dont l'histoire ne semble
pas avoir gardé le code source…). La technique a évidemment beaucoup
progressé et on rit aujourd'hui des efforts pour développer du
matériel spécifique nécessaire pour calculer des sommes
de contrôle à la vitesse ébouriffante de 50 kb/s. Bon,
je rigole mais il faut se rappeler que, pour les concepteurs de
l'Arpanet, presque tout était nouveau et que plein de choses ont dû
être inventées. Le code des IMP (en très gros
l'équivalent des routeurs)
était écrit en langage d'assemblage, pour les
performances, et très optimisé. 
Le rapport est globalement positif mais il est intéressant de noter qu'il mentionne aussi les points où l'Arpanet a des problèmes et des limites : le problème de la congestion (qui ne sera traité que bien plus tard, le rapport parle d'ailleurs du développement de TCP), la difficulté à concevoir des protocoles pour les machines terminales (les IMP étaient tous identiques donc leur cas était plus facile) ou la difficulté de la gestion centralisée des ressources (la liste des services disponibles aurait dû être un document unique, centralisé, ce qui a craqué rapidement).
Si certains points portent la marque de leur époque et font
sourire aujourd'hui, d'autres sont toujours très importants comme la
constatation que « it is possible that this social
feasibility demonstration is as important as the many technical
feasability demonstrations », conclusion qui reste très
vraie sur l'Internet aujourd'hui. 
Outre son grand intérêt historique, je recommande la lecture de
ce rapport à toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à la
conception de réseaux informatiques, et aux innombrables choix qu'il
faut faire. Tout est intéressant dans ce rapport mais je vous
signale particulièrement, vers la fin, la discussion sur pourquoi
Arpanet a été un succès (en gros, des gens brillants, beaucoup
d'argent, et pas trop de bureaucratie). 
Les origines militaires de l'Arpanet font que ce rapport était à l'origine à diffusion restreinte mais a été déclassifié depuis. Malgré cela, il n'est pas toujours facile à trouver. Voici quelques endroits possibles :
Version PDF de cette page (mais vous pouvez aussi imprimer depuis votre navigateur, il y a une feuille de style prévue pour cela)
Source XML de cette page (cette page est distribuée sous les termes de la licence GFDL)