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Les RFC (Request For Comments) sont les documents de référence de l'Internet. Produits par l'IETF pour la plupart, ils spécifient des normes, documentent des expériences, exposent des projets...

Leur gratuité et leur libre distribution ont joué un grand rôle dans le succès de l'Internet, notamment par rapport aux protocoles OSI de l'ISO organisation très fermée et dont les normes coûtent cher.

Je ne tente pas ici de traduire les RFC en français (un projet pour cela existe mais je n'y participe pas, considérant que c'est une mauvaise idée), mais simplement, grâce à une courte introduction en français, de donner envie de lire ces excellents documents. (Au passage, si vous les voulez présentés en italien...)

Le public visé n'est pas le gourou mais l'honnête ingénieur ou l'étudiant.


RFC 8574: cite-as: A Link Relation to Convey a Preferred URI for Referencing

Date de publication du RFC : Avril 2019
Auteur(s) du RFC : H. Van de Sompel (Data Archiving and Networked Services), M. Nelson (Old Dominion University), G. Bilder (Crossref), J. Kunze (California Digital Library), S. Warner (Cornell University)
Pour information
Première rédaction de cet article le 18 avril 2019


Ce RFC décrit un nouveau type de liens hypertexte permettant d'indiquer l'URI sous lequel on préfère qu'une ressource soit accédée, à des fins de documentation ou de citation précise.

Imaginons que vous accédez à un article scientifique en ligne. Vous utilisez un URI qui identifie cet article. Vous voulez ensuite citer cet article dans un de vos textes. Allez-vous utiliser l'URI d'accès ? Ce n'est pas forcément le meilleur, par exemple ce n'est pas forcément le plus stable sur le long terme. Le lien « cite avec » permet au serveur d'indiquer l'URI le plus pertinent pour une citation.

Ce RFC s'appuie sur la formalisation du concept de lien faite dans le RFC 8288. « Contexte » et « cible » sont donc utilisés comme dans cette norme, le contexte d'un lien étant le point de départ et la cible l'arrivée. En prime, notre RFC 8574 définit deux termes, l'URI d'accès, celui utilisé pour accéder à une ressource (par exemple une page Web) et l'URI de référence, celui qu'il faudrait utiliser pour la citation.

La section 3 du RFC décrit quelques scénarios d'usage. Le premier est celui des identificateurs stables. Normalement, lorsque le ou la webmestre est compétent(e) et sérieux(se), les URI sont stables, comme précisé dans l'article « Cool URIs don't change. Mais, en pratique, beaucoup de webmestres sont incompétents ou paresseux. Cela a mené à des « solutions » fondées sur la redirection, où il apparait une différence entre URI d'accès et URI de référence. C'est le cas avec des techniques comme les DOI (« use the Crossref DOI URL as the permanent [reference] link »), PURL ou ARK. Dans les trois cas, au lieu de gérer proprement les URI, on utilise un redirecteur supposé plus stable (alors que rien ne le garantit) et on souhaite utiliser comme URI de référence l'URI du redirecteur (donnant ainsi des pouvoirs démesurés à des organisations privées comme l'IDF, qui matraque régulièrement l'importance de n'utiliser que leurs identificateurs).

Un autre scénario d'usage est celui des ressources versionnées. C'est par exemple le cas de Wikipédia. La page Wikipédia sur l'incendie de Notre-Dame de Paris change souvent en ce moment. Comme toutes les pages Wikipédia, chaque version à un identificateur, et on peut se référer à une version particulier. Si https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris renvoie à la dernière version, sans cesse en mouvement, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris&oldid=158468007 renvoie uniquement à la toute première version, très sommaire et https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris&oldid=158478416 à une version intermédiaire déjà très fournie.

Souvent, quand on veut citer un article de Wikipédia, on veut se mettre à l'abri de changements ultérieurs, pas forcément positifs, et on souhaite donc citer exactement une version particulière. On clique donc sur « Lien permanent » (ou bien « Voir l'historique » puis sur la date la plus récente) pour avoir l'URI de la version qu'on vient de regarder. (Notez aussi le très utile lien « Citer cette page ».)

Troisième cas d'usage cité, celui des identifiants sur les réseaux sociaux. M. Toutlemonde a typiquement plusieurs pages le décrivant sur ces réseaux (dans mon cas, https://mastodon.gougere.fr/@bortzmeyer, https://twitter.com/bortzmeyer, https://www.linkedin.com/in/sbortzmeyer/, https://seenthis.net/people/stephane et sans doute bien d'autres que j'ai oubliés, et ceux que j'ai eu la flemme de faire, comme FOAF). Or, on pourrait souhaiter décider qu'un de ces profils est meilleur que les autres, par exemple parce qu'il est plus directement contrôlé par l'utilisateur, ou mieux maintenu. Il serait alors intéressant d'indiquer lors de l'accès à chacun des autres profils quel est le profil de référence. (Le RFC est très irréaliste là-dessus : je vois mal un réseau « social » capitaliste permettre à ses utilisateurs de dire « allez plutôt voir là ».)

Enfin, un dernier cas d'usage est celui d'une publication composée de plusieurs ressources (par exemple un livre où chaque chapitre est accessible séparement, avec son propre URI). On souhaite alors que l'accès à chaque ressource indique, à des fins de citation, l'URI de référence (par exemple la page d'accueil).

La section 4 du RFC présente la solution : un nouveau type de lien, cite-as, qui permet de dire quel est l'URI de référence. (Le RFC recommande d'ailleurs que cet URI soit un URL : le but est d'accéder à la ressource !) Il est évidemment recommandé qu'il n'y ait qu'un seul lien de type cite-as. Ce lien n'interdit pas d'utiliser d'autres URI, il indique seulement quel est l'URI que le webmestre souhaite voir utilisé dans les références webographiques. cite-as est désormais dans le registre IANA des types de liens.

La section 6 du RFC donne des exemples concrets, puisque les liens peuvent se représenter de plusieurs façons. Par exemple, l'article de PLOS One auquel vous accédez en https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0171057 pourrait contenir, en HTML, le lien avec l'attribut rel="cite-as" :


 <link rel="cite-as"
           href="https://doi.org/10.1371/journal.pone.0171057" />    

Cela indiquerait que les auteurs préfèrent être cités par le DOI (une mauvaise idée, mais c'est une autre histoire).

Autre exemple de syntaxe concrète pour les liens, imaginé pour arXiv, pour des articles avec versionnement, un lien dans un en-tête HTTP pour https://arxiv.org/abs/1711.03787, qui pourrait indiquer qu'on est en train de regarder la première version, « v1 » (il existe une « v2 », essayez) :


HTTP/1.1 200 OK
Date: Sun, 24 Dec 2017 16:12:43 GMT
Content-Type: text/html; charset=utf-8
Link: <https://arxiv.org/abs/1711.03787v1> ; rel="cite-as"

    

Comme arXiv garde les différentes versions successives d'un article, cela permettrait de récupérer la version actuelle tout en sachant comment la référencer.

Revenons au HTML pour l'exemple des profils sur les réseaux sociaux, imaginons un utilisateur, John Doe, qui place dans le code HTML de sa page personnelle un lien vers son profil FOAF en Turtle :


<html>
    <head>
    ...
     <link rel="cite-as" href="http://johndoe.example.com/foaf"
           type="text/turtle"/>
    ...
    </head>
    <body>
...

    

Et un dernier exemple, celui d'une publication composée de plusieurs ressources. Ici, l'exemple est Dryad une base de données scientifiques qui permet l'accès à des fichiers individuels, mais où chaque jeu de données a un identificateur canonique. En HTTP, cela donnerait, lorsqu'on accès à https://datadryad.org/bitstream/handle/10255/dryad.98509/PIPFIL_M_BCI.csv (un fichier CSV qui fait partie de cette base de données) :


HTTP/1.1 200 OK
Date: Tue, 12 Jun 2018 19:19:22 GMT
Last-Modified: Wed, 17 Feb 2016 18:37:02 GMT
Content-Type: text/csv;charset=ISO-8859-1
Link: <https://doi.org/10.5061/dryad.5d23f> ; rel="cite-as"

    

Le fichier CSV est membre d'un jeu de données plus général, dont l'URI de référence est https://doi.org/10.5061/dryad.5d23f.

Ainsi, dans un monde idéal, un logiciel qui reçoit un lien cite-as pourrait :

  • Lorsqu'il garde un signet, utiliser l'URI de référence,
  • Identifier plusieurs URI d'accès comme ayant le même URI de référence, par exemple à des fins de comptage,
  • Indexer les ressources par plusieurs URI.

D'autres solutions avaient été proposées pour résoudre ce problème de l'URI de référence. La section 5 de notre RFC les énumère. Il y avait notamment cinq autres types de liens qui auraient peut-être pu convenir, alternate, duplicate, related, bookmark et canonical.

Les trois premiers sont vite éliminés. alternate (RFC 4287) décrit une autre représentation de la même ressource (par exemple la même vidéo mais encodée différemment). duplicate (RFC 6249) désigne une reproduction identique (et cela ne traite donc pas, par exemple, le cas d'une publication composée de plusieurs ressources). Quant à related (RFC 4287), sa sémantique est bien trop vague. Un article des auteurs du RFC décrit en détail les choix de conceptions et explique bien le problème. (Je trouve cet article un peu gâché par les affirmations sans preuves comme quoi les DOI seraient « permanents ». Si le registre disparait ou fait n'importe quoi, il y aura le même problème avec les DOI qu'avec n'importe quelle autre famille d'identificateurs.)

Le cas de bookmark (normalisé par le W3C) est plus compliqué. Il est certainement proche en sémantique de cite-as mais ne peut pas être présent dans les en-têtes HTTP ou dans la tête d'une page HTML, ce qui en réduit beaucoup l'intérêt. Le cas compliqué de bookmark est décrit dans un autre article des auteurs du RFC.

Enfin, le cas de canonical (RFC 6596). Ce dernier semble trop restreint d'usage pour les utilisations prévues pour cite-as. Et il n'a pas vraiment la même sémantique. Par exemple, pour les ressources versionnées, canonical indique la plus récente, exactement le contraire de ce qu'on voudrait avec cite-as. Et c'est bien ainsi que l'utilise Wikipédia. Si je récupère https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris&oldid=158478416 :

      
<link rel="canonical" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_Notre-Dame_de_Paris"/>

    

On voit que canonical renvoie à la dernière version. Le cas de canonical fait lui aussi l'objet d'un article détaillé.

Je n'ai pas mis de tels liens sur ce blog, ne voyant pas de cas où ils seraient utiles.


Téléchargez le RFC 8574


L'article seul

RFC 8555: Automatic Certificate Management Environment (ACME)

Date de publication du RFC : Mars 2019
Auteur(s) du RFC : R. Barnes (Cisco), J. Hoffman-Andrews (EFF), D. McCarney (Let's Encrypt), J. Kasten (University of Michigan)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF acme
Première rédaction de cet article le 11 avril 2019


Une grande partie de la sécurité du Web, et d'ailleurs de plein d'autres chose sur l'Internet, repose sur des certificats où une Autorité de Certification (AC) garantit que vous êtes bien ce que vous prétendez être. Traditionnellement, l'émission d'un certificat se faisait selon un processus manuel, lent et coûteux, à part dans quelques AC automatisées et gratuites comme CAcert. Mais il n'existait pas de mécanisme standard pour cette automatisation. (Et CAcert n'a pas d'API, même non-standard.) Un tel mécanisme standard existe désormais, avec le protocole ACME, normalisé dans ce RFC. Son utilisateur le plus connu est l'AC Let's Encrypt.

Pour comprendre ACME, il faut d'abord revenir aux utilisations des certificats. La norme technique pour les certificats utilisés sur l'Internet se nomme PKIX et est normalisée dans le RFC 5280. PKIX est un profil (une restriction d'une norme beaucoup plus large - et bien trop large, comme le sont souvent les normes des organismes comme l'UIT ou l'ISO) de X.509. Un certificat PKIX comprend, entre autres :

  • Une clé cryptographique publique, le titulaire du certificat étant supposé conserver avec soin et précaution la clé privée correspondante,
  • Le nom du titulaire du certificat (X.509 l'appelle le sujet),
  • Une signature de l'émetteur du certificat (l'AC).
  • Des métadonnées dont notamment la date d'expiration du certificat, qui sert à garantir qu'en cas de copie de la clé privée, le copieur ne pourra pas profiter du certificat éternellement.

On note que le certificat est public. N'importe qui peut récupérer le certificat de, par exemple, un site Web. Voici un exemple avec OpenSSL et www.labanquepostale.fr pour un certificat de type EV :

% openssl s_client -connect www.labanquepostale.fr:443 -showcerts | openssl x509 -text
Certificate:
    Data:
        Version: 3 (0x2)
        Serial Number:
            0d:8f:ec:dd:d8:7b:83:b8:a0:1e:eb:c2:a0:2c:10:9b
    Signature Algorithm: sha256WithRSAEncryption
        Issuer: C = US, O = DigiCert Inc, OU = www.digicert.com, CN = DigiCert SHA2 Extended Validation Server CA
        Validity
            Not Before: Sep  5 00:00:00 2018 GMT
            Not After : Sep  4 12:00:00 2020 GMT
        Subject: businessCategory = Private Organization, jurisdictionC = FR, serialNumber = 421 100 645, C = FR, L = PARIS, O = LA BANQUE POSTALE SA, OU = DISFE, CN = www.labanquepostale.fr
...
    

et un avec GnuTLS pour un certificat DV (Domain Validation), mamot.fr :

% gnutls-cli mamot.fr
 - subject `CN=mamot.fr', issuer `CN=Let's Encrypt Authority X3,O=Let's Encrypt,C=US', serial 0x035516154ab9120c186e9211d0da6296af62, RSA key 2048 bits, signed using RSA-SHA256, activated `2019-01-13 23:00:32 UTC', expires `2019-04-13 23:00:32 UTC', key-ID `sha256:ef62c4aae2a9a99c00c33f2bbac9c40b980c70400a056e2a8042885e501ce283'
...

D'ailleurs, des services comme Certificate Transparency (RFC 6962), accessible entre autres en https://crt.sh/, donnent accès facilement à tous les certificats émis par les AC participantes.

Du fait que seul le titulaire connait la clé privée, la capacité à signer des messages vérifiables avec la clé publique permet d'authentifier le partenaire avec lequel on communique. Grâce à la signature de l'AC, quiconque fait confiance à cette AC particulière peut être sûr que le certificat appartient bien au titulaire. Dans l'exemple avec OpenSSL, le certificat de la Banque Postale était signé par DigiCert, si on fait confiance à DigiCert, on sait qu'on est bien connecté à la Banque Postale.

Qui sont les AC ? Ce sont la plupart du temps des entreprises commerciales qui sont payées par les titulaires de certificat, et elles sont censées vérifier la sincérité de leurs clients. Cette vérification peut être manuelle, partiellement ou totalement automatique. Normalement, les certificats de type EV (Extended Validation), comme celui de la Banque Postale plus haut, font l'objet d'une vérification manuelle. Cela permet de vérifier l'identité officielle (celle gérée par l'État) du titulaire. Les certificats DV (Domain Validation), comme celui de mamot.fr, eux, peuvent être validés automatiquement, ils assurent uniquement le fait que le titulaire contrôle bien le nom de domaine utilisé comme sujet. (Pour avoir tous les horribles détails, y compris les certificats OV - Organization Validated - dont je n'ai pas parlé, on peut consulter les « Baseline Requirements for the Issuance and Management of Publicly-Trusted Certificates » du CA/Browser Forum.) Ainsi, pour CAcert, on doit prouver le contrôle du domaine en répondant aux courriers envoyés aux adresses publiques de contact pour le domaine.

Les certificats peuvent servir à de nombreux protocoles de sécurité mais le plus connu est TLS (normalisé dans le RFC 8446). Comme il n'est pas le seul protocole pour lequel on a des certificats, il est erroné de parler de « certificats TLS » ou, pire encore, de « certificats SSL ». TLS est un protocole client/serveur, où le client authentifie le serveur mais où le serveur authentifie rarement le client. Il est à la base de la sécurisation d'un grand nombre de services sur l'Internet, à commencer par le Web avec HTTPS (RFC 2818). L'authentification du serveur par le client est faite en vérifiant (attention, je vais simplifier) :

  • Que le partenaire avec qui on parle a la clé privée (il peut signer des messages) correspondant au certificat présenté,
  • Que le certificat n'a pas expiré,
  • Que le certificat est signé par une AC connue du client (la clé publique de l'AC est dans le magasin du client),
  • Que le nom indiqué par le client correspond à un des noms disponibles dans le certificat. Dans le cas du Web, c'est le nom de domaine dans l'URL choisi (RFC 6125).

Une fois cette authentification faite, TLS assure l'intégrité et la confidentialité de la communication.

Attention, on parle bien d'authentification, pas de confiance. Malgré ce que vous pourrez lire dans les « La sécurité pour les nuls », le fameux « cadenas vert » ne signifie pas du tout que vous pouvez faire vos achats en ligne en toute sécurité. Il indique seulement que le partenaire a bien le nom que vous avez demandé, et qu'un tiers ne pourra pas écouter ou modifier la conversation. Il n'indique pas que le partenaire soit digne de confiance ; l'AC ne peut pas vérifier cela ! Ainsi, dans l'exemple plus haut, TLS et l'authentification par certificat garantissent bien qu'on se connecte au serveur HTTPS de la Maison-Blanche, www.whitehouse.gov, mais pas que Trump dise la vérité !

J'ai parlé du magasin où se trouvent les clés des AC à qui on fait confiance. Qui décide du contenu de ce magasin ? C'est une question complexe, il n'y a pas une liste d'AC faisant autorité. La plupart des systèmes d'exploitation ont une liste à eux, créée en suivant des critères plus ou moins opaques. Les applications (comme le navigateur Web) utilisent ce magasin global du système ou, parfois, ont leur propre magasin, ce qui aggrave encore la confusion. Les utilisateurs peuvent (c'est plus ou moins facile) ajouter des AC ou bien en retirer.

Et comment obtient-on un certificat ? Typiquement, on crée d'abord une demande de certificat (CSR pour Certificate Signing Request, cf. RFC 2986). Avec OpenSSL, cela peut se faire avec :

% openssl req  -new -nodes -newkey rsa:2048 -keyout server.key -out server.csr
    

On se connecte ensuite au site Web de l'AC choisie, et on lui soumet le CSR. Ici, un exemple avec CAcert : cacert-csr.png

L'AC doit alors faire des vérifications, plus ou moins rigoureuses. Par exemple, l'AC fait une requête whois, note l'adresse de courrier du domaine, envoie un message contenant un défi et le client de l'AC doit y répondre pour prouver qu'il a bien accès à cette adresse et contrôle donc bien le domaine. L'AC crée ensuite le certificat qu'elle vous renvoie. Il faut alors l'installer sur le serveur (HTTPS, par exemple). L'opération est complexe, et beaucoup d'utilisateurs débutants cafouillent.

C'est ce processus non-standard et compliqué que le protocole ACME vise à normaliser et à automatiser. Ce RFC a une longue histoire mais est déjà déployé en production par au moins une AC.

Le principe d'ACME est simple : l'AC fait tourner un serveur ACME, qui attend les requêtes des clients. Le client ACME (un logiciel comme dehydrated ou certbot) génère la CSR, se connecte au serveur, et demande un certificat signé pour un nom donné. Le serveur va alors renvoyer un défi qui va permettre au client de prouver qu'il contrôle bien le nom de domaine demandé. Il existe plusieurs types de défis, mais le plus simple est un nom de fichier que le serveur ACME choisit, demandant au client ACME de mettre un fichier de ce nom sur son site Web. Si le nom de fichier était Vyzs0Oqkfa4gn4skMwszORg6vJaO73dvMLN0uX38TDw, le serveur ACME va devenir client HTTP et chercher à récupérer http://DOMAIN/.well-known/acme-challenge/Vyzs0Oqkfa4gn4skMwszORg6vJaO73dvMLN0uX38TDw. S'il y réussit, il considère que le client ACME contrôle bien le nom de domaine, et il signe alors le certificat, qui est renvoyé au client lorsque celui-ci soumet la CSR.

Le modèle idéal d'utilisation d'ACME est présenté dans la section 2. (En pratique, il n'est pas vraiment réalisé, notamment parce qu'il n'existe pratiquement qu'une seule AC utilisant ACME, Let's Encrypt. Il n'y a donc pas encore beaucoup de diversité.) L'espoir est qu'un jour, on puisse faire comme suit :

  • On installe un serveur Web (avec des services comme le CMS),
  • La procédure d'installation vous demande le nom de domaine à utiliser (ce point là n'est pas automatisable, sans même parler de la procédure de location du nom de domaine),
  • Le logiciel vous propose une liste d'AC parmi lesquelles choisir (on a vu qu'il n'y en avait qu'une actuellement ; dans le futur, s'il y en a plusieurs, l'utilisateur aura sans doute autant de mal à choisir qu'il ou elle en a aujourd'hui à choisir un BE),
  • Le logiciel fait tout le reste automatiquement : requête à l'AC choisie en utilisant le protocole ACME normalisé dans notre RFC, réponse au défi de l'AC via le serveur HTTP installé, récupération du certificat et configuration de TLS,
  • Par la suite, c'est le logiciel qui effectuera automatiquement les demandes de renouvellement de certificat (aujourd'hui, avec les logiciels existants, c'est le point qui est le plus souvent oublié ; combien de sites Web ont annoncé fièrement qu'ils étaient désormais protégés par HTTPS, pour afficher un certificat expiré trois mois après…)

Ainsi, une procédure manuelle et pénible pourra devenir assez simple, encourageant une présence en ligne plus sécurisée. Cela pourrait devenir aussi simple que d'avoir un certificat auto-signé.

La section 4 du RFC expose de manière générale le protocole ACME (le RFC complet fait 94 pages, car il y a beaucoup de détails à spécifier). Rappelez-vous avant de la lire que, pour ACME, le client est celui qui demande le certificat (c'est donc typiquement un serveur Internet, par exemple un serveur HTTPS) et le serveur ACME est l'AC. Quand je dirais « client » ou « serveur » tout court, il s'agira du client et du serveur ACME.

ACME encode ses messages en JSON (RFC 8259). Le client doit d'abord avoir un compte auprès du serveur (avec Let's Encrypt, cela peut être fait automatiquement sans que l'utilisateur s'en rende compte). Par exemple, avec dehydrated, cela se fait ainsi :

% dehydrated --register --accept-terms 
+ Generating account key...
+ Registering account key with ACME server...
+ Done!

Et on trouve dans le répertoire accounts/ la clé privée du compte, et les informations du compte :

% cat accounts/aHR0cHM6Ly9...9yeQo/registration_info.json 
{
  "id": 5...1,
  "key": {
    "kty": "RSA",
    "n": "wv...HCk",
    "e": "AQAB"
  },
  "contact": [],
  "initialIp": "2001:4b98:dc0:41:216:3eff:fe27:3d3f",
  "createdAt": "2019-03-12T19:32:20.018154799Z",
  "status": "valid"
}

Pour certbot, on peut le faire tourner avec l'option -v pour avoir les mêmes informations. certbot affiche également des messages d'ordre administratif comme :

Enter email address (used for urgent renewal and security notices) (Enter 'c' to
cancel): stephane+letsencrypt@bortzmeyer.org
...
Please read the Terms of Service at
https://letsencrypt.org/documents/LE-SA-v1.2-November-15-2017.pdf. You must
agree in order to register with the ACME server at
https://acme-v02.api.letsencrypt.org/directory
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
(A)gree/(C)ancel: A

JWS payload:
b'{\n  "contact": [\n    "mailto:stephane+letsencrypt@bortzmeyer.org"\n  ],\n  "termsOfServiceAgreed": true,\n  "resource": "new-reg"\n}'
{
  "id": 53367492,
  "key": { ...
  "contact": [
    "mailto:stephane+letsencrypt@bortzmeyer.org"
  ],
  "createdAt": "2019-03-15T16:07:58.29914038Z",
  "status": "valid"
}

Reporting to user: Your account credentials have been saved in your Certbot configuration directory at /etc/letsencrypt. You should make a secure backup of this folder now. This configuration directory will also contain certificates and private keys obtained by Certbot so making regular backups of this folder is ideal.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Would you be willing to share your email address with the Electronic Frontier
Foundation, a founding partner of the Let's Encrypt project and the non-profit
organization that develops Certbot? We'd like to send you email about our work
encrypting the web, EFF news, campaigns, and ways to support digital freedom.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
(Y)es/(N)o: No
...
   

Le compte sera authentifié en utilisant une biclé (clé privée et clé publique). Il y aura ensuite quatre étapes :

  • Demander un certificat,
  • Répondre au défi (notez bien qu'ACME permet plusieurs types de défis possibles),
  • Envoyer le CSR,
  • Récupérer le certificat signé.

Mais comment transporte-t-on ces messages en JSON ? La section 6 du RFC répond à cette question : on utilise HTTPS. En prime, les messages sont signés avec JWS (RFC 7515), en utilisant la clé privée du client pour les requêtes. Voici par exemple la réponse d'un serveur ACME lorsqu'on l'interroge sur un défi en cours :

{
  "type": "http-01",
  "status": "pending",
  "url": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/challenge/7TAkQBMmFqm8Rhs6Sn8SFCne2MoZXoEHCz0Px7f0dpE/13683685175",
  "token": "mMXGXjEijKBZXl2RuL0rjlektPPpy-ozJpZ2vB4w6Dw"
}     
    

Les messages d'erreur utilisent le RFC 7807. En voici un exemple :

{
  "type": "http-01",
  "status": "invalid",
  "error": {
    "type": "urn:acme:error:unauthorized",
    "detail": "Invalid response from http://mercredifiction.bortzmeyer.org/.well-known/acme-challenge/rE-rIfjjCfMlivxLfoJmMbRyspwmld97Xnxmy7K0-JA: \"\u003c!DOCTYPE HTML PUBLIC \"-//IETF//DTD HTML 2.0//EN\"\u003e\n\u003chtml\u003e\u003chead\u003e\n\u003ctitle\u003e404 Not Found\u003c/title\u003e\n\u003c/head\u003e\u003cbody\u003e\n\u003ch1\u003eNot Found\u003c/h1\u003e\n\u003cp\"",
    "status": 403  ...
   [Le message d'erreur indique également typiquement l'URL demandé,
   et les adresses IP utilisées, ce qui est crucial si le serveur HTTP
   a plusieurs adresses IP, par exemple une en IPv4 et une en IPv6. Il
   faut donc bien lire tout le message d'erreur.]
     

Une liste des erreurs possibles est enregistrée à l'IANA. Voici par exemple une erreur CAA (RFC 6844) :

  "error": {
    "type": "urn:acme:error:caa",
    "detail": "CAA record for mercredifiction.bortzmeyer.org prevents issuance",
    "status": 403
  },
     

Comment un client ACME trouve-t-il les URL pour les différentes opérations ? Il y a un URL à connaitre, le répertoire (directory). Une requête à cet URL (par exemple curl https://acme-v02.api.letsencrypt.org/directory va renvoyer un objet JSON qui contient la liste des autres URL (section 7, une des plus cruciales du RFC). Voici un exemple chez Let's Encrypt :

{ ...
  "meta": {
    "caaIdentities": [
      "letsencrypt.org"
    ],
    "termsOfService": "https://letsencrypt.org/documents/LE-SA-v1.2-November-15-2017.pdf",
    "website": "https://letsencrypt.org"
  },
  "newAccount": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/new-acct",
  "newNonce": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/new-nonce",
  "newOrder": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/new-order",
  "revokeCert": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/revoke-cert"
}
    

On peut ensuite créer un compte (le champ newAccount dans l'exemple ci-dessus) puis demander des certificats (champ newOrder dans l'exemple ci-dessus), ici (Let's Encrypt) en écrivant à https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/new-order :

{
  "payload": "ewogICJpZGVudGlmaWVycyI6IFsKICAgIHsKICAgICAgInR5cGUiOiAiZG5zIiwKICAgICAgInZhbHVlIjogInRlc3QtYWNtZS5ib3J0em1leWVyLmZyIgogICAgfQogIF0KfQ",
  "protected": "eyJhbGciOiAiUlMyNTYiLCAidXJsIjogImh0dHBzOi8vYWNtZS12MDIuYXBpLmxldHNlbmNyeXB0Lm9yZy9hY21lL25ldy1vcmRlciIsICJraWQiOiAiaHR0cHM6Ly9hY21lLXYwMi5hcGkubGV0c2VuY3J5cHQub3JnL2FjbWUvYWNjdC81MzE3NzA1MCIsICJub25jZSI6ICJyZXNXTXFtQkJYbVZrZ2JfSnVQU3VEcmlmQzhBbDZrTm1JeDZuNkVwRDFZIn0",
  "signature": "MP9rXTjX4t1Be-y6dhPOP7JE3B401wokydUlG8gJGWqibTM_gydkUph1smtrUZ5W4RXNTEnlmiFwoiU4eHLD-8MzN5a3G668VbgzKd0VN7Y1GxQBGtsj9fShx4VMjSGLzVq1f7bKCbdX3DYn0LaiRDApgNXiMfoEnPLltu5Ud7RBNOaWY8zE0yAV7e3NFlF9Wfaii5Ff9OT1ZCD8LusOHP-gA4VkimQ9ofYr32wZYgsUFu6G--QflP0tjc5eKYMe1cKlgpyKZsDtBurWwvKlj2cU_PUdOZvjXSBbHX18jVlwglzfFnu0xTaDGTTvOuMBfjnWJCWpr-oA7Ih48dL-Jg"
}
    

Eh oui, tout est signé, en JWS (RFC 7515) et base64isé (cf. section 7.4 du RFC). Ici, le décodage Base64 nous dira que la requête était :

{
 {
  "identifiers": [
    {
      "type": "dns",
      "value": "test-acme.bortzmeyer.fr"
    }
  ]
  }
  , {"alg": "RS256", "url":
  "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/new-order", "kid":
  "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/acct/53177050", "nonce":
  "resWMqmBBXmVkgb_JuPSuDrifC8Al6kNmIx6n6EpD1Y"}
}
    

Donc, une demande de certificat pour test-acme.bortzmeyer.fr.

Les autres opérations possibles avec un serveur ACME sont enregistrées à l'IANA. Par exemple, on peut révoquer un certificat.

La réponse sera :

{
  "status": "pending",
  "expires": "2019-03-19T19:50:41.434669372Z",
  "identifiers": [
    {
      "type": "dns",
      "value": "test-acme.bortzmeyer.fr"
    }
  ],
  "authorizations": [
    "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/authz/FVMFaHS_oWjqfR-rWd6eBKMlt1EWfIcf6i7D4wU_swM"
  ],
  "finalize": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/finalize/53177050/352606317"
}      
    

Le client ACME va alors télécharger l'autorisation à l'URL indiqué, récupérant ainsi les défis qu'il devra affronter (section 7.5 du RFC). Une fois qu'il a fait ce qui lui était demandé par le serveur, il utilise l'URL donné dans le champ finalize pour indiquer au serveur que c'est bon, que le serveur peut vérifier. La commande certbot avec l'option -v vous permettra de voir tout ce dialogue.

Le protocole ACME peut être utilisé par d'autres AC que Let's Encrypt. Avec le client dehydrated, il suffira, quand de telles AC seront disponibles, de mettre CA=URL dans le fichier de configuration (l'URL par défaut est https://acme-v02.api.letsencrypt.org/directory). Un exemple d'autre AC utilisant ACME est BuyPass (pas testé).

Mais en quoi consistent exactement les défis, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ? La section 8 les explique. L'idée de base d'un défi ACME est de permettre de prouver qu'on contrôle réellement un identificateur, typiquement un nom de domaine. ACME ne normalise pas un type de défi particulier. Le cadre est ouvert, et de nouveaux défis pourront être ajoutés dans le futur. Le principe est toujours le même : demander au client ACME de faire quelque chose que seul le vrai titulaire de l'identificateur pourrait faire. Un défi, tel qu'envoyé par le serveur ACME, a un type (le plus utilisé aujourd'hui, est de loin, est le défi http-01), un état (en attente ou bien, au contraire, validé) et un texte d'erreur, au cas où la validation ait échoué. Plusieurs défis, comme http-01 ont également un jeton, un cookie, un texte généré par le serveur, et non prévisible par le client ou par le reste du monde, et qu'il faudra placer quelque part où le serveur pourra le vérifier. Le serveur ACME ne testera que lorsque le client lui aura dit « c'est bon, je suis prêt, j'ai fait tout ce que tu m'as défié de faire ». Le RFC demande également au serveur de réessayer après cinq ou dix secondes, si la vérification ne marche pas du premier coup, au cas où le client ait été trop rapide à se dire prêt.

Le plus connu et le plus utilisé des défis, à l'heure actuelle, est http-01. Le client ACME doit configurer un serveur HTTP où une page (oui, je sais, le terme correct est « ressource ») a comme nom le contenu du jeton. Le serveur ACME va devenir client HTTP pour récupérer cette page et, s'il y arrive, cela prouvera que le client contrôlait bien le nom de domaine qu'il avait indiqué. De manière surprenante, et qui déroute beaucoup de débutants, le défi se fait bien sur HTTP et pas HTTPS, parce que beaucoup d'hébergements Web partagés ne donnent pas suffisamment de contrôle à l'hébergé.

Le jeton est une chaîne de caractères utilisant le jeu de caractères de Base64, pour passer partout. Voici un exemple de défi HTTP envoyé par le serveur :

{
  "identifier": {
    "type": "dns",
    "value": "test-acme.bortzmeyer.fr"
  },
  "status": "pending",
  "expires": "2019-03-19T19:50:41Z",
  "challenges": [
    {
      "type": "http-01",
      "status": "pending",
      "url": "https://acme-v02.api.letsencrypt.org/acme/challenge/FVMFaHS_oWjqfR-rWd6eBKMlt1EWfIcf6i7D4wU_swM/13574068498",
      "token": "4kpeqw7DVMrY6MI3tw1-tTq9oySN2SeMudaD32IcxNM"
    } ...
    

L'URL qu'utilisera le serveur est http://DOMAINE-DEMANDÉ/.well-known/acme-challenge/JETON (ou, en syntaxe du RFC 6570, http://{domain}/.well-known/acme-challenge/{token}). Comme expliqué plus haut, c'est bien http:// et pas https://. Les URL avec .well-known sont documentés dans le RFC 5785 et acme-challenge est désormais dans le registre.

Imaginons qu'on utilise le serveur HTTP Apache et qu'on veuille répondre à ce défi. Le plus simple est de configurer le serveur ainsi :

      
<VirtualHost *:80>
   Alias /.well-known/acme-challenge /var/lib/dehydrated/acme-challenges
   <Directory /var/lib/dehydrated/acme-challenges>
        Options None
        AllowOverride None
	...

    

Cela indique à Apache que les réponses aux défis seront dans le répertoire /var/lib/dehydrated/acme-challenges, répertoire où le client ACME dehydrated va mettre ses fichiers. Avec le serveur HTTP Nginx, le principe est le même :

server {
    location ^~ /.well-known/acme-challenge {
         alias /var/lib/dehydrated/acme-challenges;
    }
}

Bien sûr, de nombreuses autres solutions sont possibles. Le serveur HTTP peut intégrer le client ACME, par exemple. Autre exemple, le client ACME certbot inclut son propre serveur HTTP, et peut donc répondre aux défis tout seul, sans Apache.

Ensuite, on lance le client ACME, éventuellement en lui spécifiant où il doit écrire la réponse aux défis :

% certbot certonly --webroot -w /usr/share/nginx/html -d MONDOMAINE.eu.org
    

certbot va mettre le certificat généré et signé dans son répertoire, typiquement /etc/letsencrypt/live/MONDOMAINE.eu.org/fullchain.pem. Et on programme son système (par exemple avec cron) pour relancer le client ACME tous les jours (les clients ACME typique vérifient la date d'expiration du certificat, et n'appellent l'AC que si cette date est proche.) Notez bien qu'il est crucial de superviser l'expiration des certificats. On voit fréquemment des sites Web utilisant Let's Encrypt devenir inaccessibles parce que le certificat a été expiré. Beaucoup d'administrateurs système croient que parce que Let's Encrypt est « automatique », il n'y a aucun risque. Mais ce n'est pas vrai : non seulement la commande de renouvellement peut ne pas être exécutée, ou bien mal se passer mais, même si le certificat est bien renouvellé, cela ne garantit pas que le serveur HTTP soit rechargé.

Petite anecdote personnelle : pour le blog que vous êtes en train de lire, cela avait été un peu plus compliqué. En effet, le blog a deux copies, sur deux machines différentes. J'ai donc du rediriger les vérifications ACME sur une seule des deux machines. En Apache :

        ProxyRequests Off
        ProxyPass /.well-known/acme-challenge/ http://MACHINE-DE-RÉFÉRENCE.bortzmeyer.org/.well-known/acme-challenge/
        ProxyPreserveHost On

À noter qu'un serveur HTTP paresseux qui se contenterait de répondre 200 (OK) à chaque requête sous /.well-known/acme-challenge n'arriverait pas à répondre avec succès aux défis HTTP. En effet, le fichier doit non seulement exister mais également contenir une chaîne de caractères faite à partir d'éléments fournis par le serveur ACME (cf. section 8.3).

Un autre type de défi répandu est le défi dns-01, où le client doit mettre dans le DNS un enregistrement TXT _acme-challenge.DOMAINE-DEMANDÉ contenant le jeton. Cela nécessite donc un serveur DNS faisant autorité qui permette les mises à jour dynamiques, via le RFC 2136 ou bien via une API. Notez que le RFC recommande (section 10.2) que l'AC fasse ses requêtes DNS via un résolveur qui valide avec DNSSEC. (Le serveur ACME ne demande pas directement aux serveurs faisant autorité, il passe par un résolveur. Attention donc à la mémorisation par les résolveurs des réponses, jusqu'au TTL.)

On peut utiliser le défi DNS avec des jokers (pour avoir un certificat pour *.MONDOMAINE.fr) mais c'est un peu plus compliqué (section 7.1.3 si vous voulez vraiment les détails).

D'autres types de défis pourront être ajouté dans le futur. Un registre IANA en garde la liste. Notez que des types de défis peuvent également être supprimés comme tls-sni-01 et tls-sni-02, jugés à l'usage pas assez sûrs.

Le but de ce RFC est la sécurité, donc toute faiblesse d'ACME dans ce domaine serait grave. La section 10 du RFC se penche donc sur la question. Elle rappelle les deux objectifs de sécurité essentiels :

  • Seul·e l·e·a vrai·e titulaire d'un identificateur (le nom de domaine) peut avoir une autorisation pour un certificat pour cet identificateur,
  • Une fois l'autorisation donnée, elle ne peut pas être utilisée par un autre compte.

Le RFC 3552 décrit le modèle de menace typique de l'Internet. ACME a deux canaux de communication, le canal ACME proprement dit, utilisant HTTPS, et le canal de validation, par lequel se vérifient les réponses aux défis. ACME doit pouvoir résister à des attaques passives et actives sur ces deux canaux.

ACME n'est qu'un protocole, il reçoit des demandes, envoie des requêtes, traite des réponses, mais il ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur des machines. Les défis, par exemple, peuvent être inutiles si la machine testée est mal gérée (section 10.2). Si, par exemple, le serveur HTTP est sur un serveur avec plusieurs utilisateurs, et où tout utilisateur peut bricoler la configuration HTTP, ou bien écrire dans le répertoire .well-known, alors tout utilisateur sur ce serveur pourra avoir un certificat. Idem évidemment si le serveur est piraté. Et, si on sous-traite le serveur de son organisation à l'extérieur, le sous-traitant peut également faire ce qu'il veut et obtenir des certificats pour son client (« il n'y a pas de cloud, il y a juste l'ordinateur de quelqu'un d'autre »).

ACME permet d'obtenir des certificats DV et ceux-ci dépendent évidemment des noms de domaine et du DNS. Un attaquant qui peut faire une attaque Kaminsky, par exemple, peut envoyer les requêtes du serveur ACME chez lui. Plus simple, même si le RFC n'en parle guère (il se focalise sur les attaques DNS, pas sur celles portant sur les noms de domaine), un attaquant qui détourne le nom de domaine, comme vu fin 2018 au Moyen-Orient, peut évidemment obtenir les certificats qu'il veut, contrairement à la légende répandue comme quoi TLS protègerait des détournements.

Comment se protéger contre ces attaques ? Le RFC recommande d'utiliser un résolveur DNS validant (vérifiant les signatures DNSSEC) ce que peu d'AC font (Let's Encrypt est une exception), de questionner le DNS depuis plusieurs points de mesure, pour limiter l'efficacité d'attaques contre le routage (cf. celle contre MyEtherWallet en avril 2018), et pourquoi pas d'utiliser TCP plutôt qu'UDP pour les requêtes DNS (ce qui présente l'avantage supplémentaire de priver de certificat les domaines dont les serveurs de noms sont assez stupides pour bloquer TCP). Voir aussi la section 11.2, qui revient sur ces conseils pratiques. Par exemple, une AC ne doit évidemment pas utiliser le résolveur DNS de son opérateur Internet, encore moins un résolveur public.

ACME est un protocole, pas une politique. L'AC reste maitresse de sa poltique d'émission des certificats. ACME ne décrit donc pas les autres vérifications qu'une AC pourrait avoir envie de faire :

  • Acceptation par le client d'un contrat,
  • Restrictions supplémentaires sur le nom de domaine,
  • Autorisation ou pas des jokers dans le nom demandé,
  • Liste noire de noms considérés comme sensibles, par exemple parce désignant telle ou telle marque puissante,
  • Tests avec la PSL,
  • Tests techniques sur la cryptographie (par exemple rejeter les clés pas assez fortes, ou bien utilisant des algorithmes vulnérables),
  • Présence d'un enregistrement CAA (RFC 6844).

Les certificats DV (ceux faits avec ACME) sont sans doute moins fiables que les EV (les DV n'ont qu'une vérification automatique, avec peu de sécurité puisque, par exemple, DNSSEC n'est pas obligatoire) et il est donc prudent de limiter leur durée de validité. Let's Encrypt fait ainsi des certificats à courte durée de vie, seulement trois mois, mais ce n'est pas trop grave en pratique, puisque le renouvellement peut être complètement automatisé.

Quels sont les mises en œuvre disponibles d'ACME ? Comme le RFC est publié longtemps après les premiers déploiements, il y en a déjà pas mal. Let's Encrypt maintient une liste de clients. Personnellement, j'ai pratiqué certbot et dehydrated mais il en existe d'autres, comme acme-tiny, qui semble simple et compréhensible. Un avantage que je trouve à dehydrated est qu'il est bien plus simple de garde sa clé lors des renouvellements, par exemple pour DANE : il suffit de mettre PRIVATE_KEY_RENEW="no" dans le fichier de configuration. En revanche, dehydrated est à la fois pas assez et trop bavard. Pas assez car il n'a pas d'option permettant de voir la totalité du dialogue en JSON avec le serveur (contrairement à certbot) et trop car il affiche des messages même quand il n'a rien fait (parce que le certificat était encore valide pour assez longtemps). Pas moyen de le faire taire, et rediriger la sortie standard ne marche pas car on veut savoir quand il y a eu renouvellement effectif.

On dispose également de bibliothèques permettant au programmeur ou à la programmeuse de développer plus facilement un client ACME. (Par exemple Protocol::ACME (encore que j'ai l'impression qu'il n'est plus maintenu, un programmeur Perl disponible pour évaluer ce qui existe ?). Pour les programmeures Python, il y a le module acme qui est celui utilisé par le client certbot, mais qui est aussi distribué indépendamment. En Go, il y a LeGo. Mais on peut aussi mettre le client ACME dans le serveur HTTP, comme le permet Apache

Et les serveurs ACME ? Évidemment, peu de gens monteront une AC mais, si vous voulez le faire, le serveur de Let's Encrypt, Boulder, est en logiciel libre.

Notez que ce RFC ne parle que de la validation de noms de domaines mais ACME pourra, dans le futur, être utilisé pour valider la « possession » d'une adresse IP, ou d'autres identifiants.

Et si vous voulez un résumé rapide d'ACME par ses auteurs, allez lire cet article sur le blog de l'IETF.


Téléchargez le RFC 8555


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RFC 8553: DNS Attrleaf Changes: Fixing Specifications That Use Underscored Node Names

Date de publication du RFC : Mars 2019
Auteur(s) du RFC : D. Crocker (Brandenburg InternetWorking)
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 19 avril 2019


Autrefois, de nombreux services et protocoles Internet avaient « réservé » de manière informelle, et sans enregistrement de cette réservation, des noms préfixés par un tiret bas, comme _submission._tcp.example.net (cf. RFC 6186 pour cet exemple). Comme le RFC 8552 a mis fin à cette activité en créant un registre officiel des noms préfixés, il fallait réviser les normes existantes pour s'aligner sur les nouvelles règles. C'est le but de ce RFC 8553 qui modifie pas moins de trente-trois RFC !

Dans le nouveau registre, les entrées sont indexées par un couple {type d'enregistrement DNS, nom}. Par exemple, {TXT, _dmarc} pour DMARC (RFC 7489).

Les enregistrements SRV (RFC 2782) et URI (RFC 7553) posent un problème supplémentaire puisqu'ils utilisent un autre registre de noms, celui des noms de protocoles et services (dit aussi registre des numéros de ports) décrit dans le RFC 6335.

La section 2 du RFC décrit les usages actuels des noms préfixés par le tiret bas. Les enregistrements de type TXT, par exemple, sont utilisés dans sept RFC différents, comme le RFC 5518. Et les SRV dans bien davantage.

Enfin la section 3 du RFC contient le texte des changements qui est fait aux différentes spécifications utilisant les noms préfixés. (Il s'agit essentiellement de faire référence au nouveau registre du RFC 8552, il n'y a pas de changement technique.)


Téléchargez le RFC 8553


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RFC 8552: Scoped Interpretation of DNS Resource Records through "Underscored" Naming of Attribute Leaves

Date de publication du RFC : Mars 2019
Auteur(s) du RFC : D. Crocker (Brandenburg InternetWorking)
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 19 avril 2019


Une convention répandue pour les noms de domaine est de préfixer les services par un tiret bas, par exemple _xmpp-client._tcp.jabber.ietf.org. Cette pratique n'avait jamais été documentée mais c'est désormais fait. Et il existe désormais un registre IANA des noms ainsi préfixés.

Bien sûr, on peut mettre des ressources sous n'importe quel nom. Le DNS n'impose aucune restriction pour cela, et vous pouvez décider que le service X sera sous le nom $X%.example.com (si vous ne me croyez pas, relisez le RFC 1035 et RFC 2181). Mais les humains aiment les conventions, par exemple pour les machines, comme www comme préfixe d'un serveur Web (préfixe d'ailleurs contesté, souvent pour de mauvaises raisons) ou mail pour un serveur de messagerie. Ce ne sont que des conventions, le DNS s'en moque, et on peut mettre un serveur Web en mail.example.com si on veut, cela ne perturbera que les humains. D'autant plus qu'on peut utiliser n'importe quel type de données avec n'importe quel nom (par exemple un enregistrement MX pour www.example.org).

La convention du tiret bas initial est répandue, notamment parce qu'elle évite toute confusion avec les noms de machines, qui ne peuvent pas comporter ce caractère (RFC 952). Elle est donc très commune en pratique. Cette convention permet de restreindre explicitement une partie de l'arbre des noms de domaine pour certains usages. Comme ce RFC ne fait que documenter une convention, il ne nécessite aucun changement dans les logiciels.

Une alternative au tiret bas serait d'utiliser un type de données spécifique. Quant aux types « généralistes » comme TXT, ils ont l'inconvénient qu'on récupère, lors de la résolution DNS, des informations inutiles, par exemple les TXT des autres services. Bref, vous créez un nouveau service, mettons X, vous avez le choix, pour le cas du domaine parent example.org, entre :

  • Un nouveau type d'enregistrements DNS, nommons-le par exemple TYPEX (en pratique, c'est long et compliqué, et sans déploiement garanti, cf. RFC 5507),
  • Un type d'enregistrement générique comme TXT cité plus haut ou bien le URI du RFC 7553, menant à des ensembles d'enregistrements (RRset) potentiellement assez gros, problème détaillé en section 1.2,
  • Une convention de nommage comme x.example.org,
  • Une convention de nommage avec un tiret bas (_x.example.org), l'objet de ce RFC 8552.

Un exemple d'un service réel utilisant la convention avec le tiret bas est DKIM (RFC 6376), avec le préfixe _domainkey :


% dig +short TXT mail._domainkey.gendarmerie.interieur.gouv.fr
"v=DKIM1; k=rsa; t=y; p=MIGfMA0GCSqGSIb3DQEBAQUAA4GNADCBiQKBgQDIgwhYZeeZgM94IofX9uaGAwQ+tynFX7rYs/igs+d1afqrrjMaoKay11IMprRyqhcVurQtJwGfk7PAWrXRjB+KpdySH9lqzvbisB3GrSs1Sf4uWscAbZ+saapw3/QD8YFyfYbsXunc6HROJQuQHM+U56OOcoiAiPHpfepAmuQyFQIDAQAB"
      
    

Comme beaucoup de choses, la convention « tiret bas » s'entend mal avec les jokers du DNS. D'abord, on ne peut pas utiliser les jokers entre le préfixe et le reste du nom (_x.*.example.net ne marche pas), ensuite, un joker couvre également les noms avec tiret bas donc *.example.net va répondre positivement pour _x.example.net même si on ne le voulait pas.

La section 1.5 de notre RFC détaille l'histoire de la convention « tiret bas au début ». Beaucoup de services utilisaient cette convention mais sans coordination, et sans qu'il existe une liste complète. Du fait de l'existence de plusieurs choix possibles (énumérés plus haut), ce RFC n'a pas obtenu de consensus immédiatement et les débats ont été longs et compliqués.

La section 2 du RFC explique comment remplir le nouveau registre des noms à tiret bas. On ne met dans ce registre que le nom le plus proche de la racine du DNS. Si un service mène à des noms comme _foo._bar.example.org, seul le _bar sera mis dans le registre. C'est particulièrement important pour le cas des enregistrements SRV qui ont souvent deux niveaux de noms préfixés (par exemple _sip._tcp.cisco.com). Seul le nom le plus proche de la racine, ici _tcp, est enregistré (ici, _sip est quand même enregistré car il peut en théorie être utilisé sans le _tcp mais il me semble que c'est rare en pratique).

Les règles pour les noms plus spécifiques sous le _bar (ou _tcp) sont spécifiées lors de la description du service en question. Par exemple, pour DKIM, le RFC 6376 précise que que sous le nom _domainkey, on trouve un sélecteur dont l'identificateur apparait dans le courrier signé. Donc, pour un message envoyé avec s=mail et d=gendarmerie.interieur.gouv.fr, on cherche les informations DKIM en mail._domainkey.gendarmerie.interieur.gouv.fr.

Le formulaire pour demander l'enregistrement d'un nouveau nom préfixé par un tiret bas figure en section 3 du RFC. Il faut indiquer le type de données DNS (un enregistrement n'est valable que pour un certain type, donc la clé du registre est un couple {type, nom}), le nom et la référence du document décrivant le service en question. Le registre est décrit en section 4 du RFC. L'ajout dans ce registre se fait selon la politique « examen par un expert » (RFC 8126, section 4.5). La section 5 de notre RFC donne quelques indications à l'IANA sur cet examen.

Un ensemble d'entrées à ajouter pour initialiser ce nouveau registre est indiqué. On y trouve par exemple {TXT, _domainkey} pour DKIM, {TLSA, _tcp} pour DANE (RFC 6698), {TXT, _acme-challenge} pour ACME (RFC 8555), etc. Deux cas particuliers : le nom _example est réservé pour tous les types d'enregistrement, lorsqu'on a besoin de donner un exemple, sans spécifier un cas réel, et le nom _ta, qui sert au mécanisme de signalement des clés DNSSEC du RFC 8145, désigne en fait tous les noms commençant par _ta.


Téléchargez le RFC 8552


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RFC 8544: Organization Extension for the Extensible Provisioning Protocol (EPP)

Date de publication du RFC : Avril 2019
Auteur(s) du RFC : L. Zhou (CNNIC), N. Kong (Consultant), J. Wei, J. Yao (CNNIC), J. Gould (Verisign)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF regext
Première rédaction de cet article le 12 avril 2019


Le RFC 8543 étendait le format utilisé par le protocole d'avitaillement EPP, afin d'ajouter le concept d'« organisation », une entreprise, association ou agence qui joue un rôle dans la création et gestion d'objets enregistrés, notamment les noms de domaine. Ce RFC 8544 ajoute une extension au protocole EPP pour affecter ces organisations à un domaine, contact ou autre objet enregistré.

Prenons l'exemple le plus connu (quoique EPP puisse servir à d'autres), celui de l'industrie des noms de domaine. Souvent, le registre reçoit des demandes d'un BE, via le protocole EPP. Mais d'autres organisations peuvent jouer un rôle, en plus du BE. Il y a par exemple l'hébergeur DNS (qui n'est pas forcément le BE) ou bien un revendeur du BE, ou bien un « anonymisateur » qui, pour protéger la vie privée des participants, est placé entre le participant et le monde extérieur. Ces différents acteurs (cf. RFC 8499, section 9, pour la terminologie) sont décrits par les nouvelles classes d'objets du RFC 8543. Notre RFC 8544 permet d'utiliser ces classes. Une fois les objets « organisation » créés au registre, on peut les attacher à un nom de domaine ou à un contact, par exemple pour dire « ce nom de domaine a été acheté via le revendeur X ».

L'espace de noms XML est urn:ietf:params:xml:ns:epp:orgext-1.0 (et est enregistré dans le registre IANA). L'extension à EPP est notée dans le registre des extensions EPP. Dans les exemples qui suivent, l'espace de noms est abrégé orgext. Les organisations ont un identificateur (le <org:id> du RFC 8543), et cet identificateur sera un attribut <orgext:id> des objets comme par exemple le domaine. Pour chaque rôle (revendeur, hébergeur DNS, etc, cf. RFC 8543, section 7.3), le domaine a au plus un attribut identifiant une organisation.

La section 4 du RFC décrit les ajouts aux commandes et réponses EPP. Par exemple, pour <info>, la commande ne change pas mais la réponse a désormais en plus des attributs <orgext:id>. Voici un exemple :


<epp xmlns="urn:ietf:params:xml:ns:epp-1.0">
  <response>
   <result code="1000">
      <msg lang="en-US">Command completed successfully</msg>
    </result>
    <resData>
      <domain:infData
        xmlns:domain="urn:ietf:params:xml:ns:domain-1.0">
        <domain:name>example.com</domain:name>
        ...
    </resData>
    <extension>
      <orgext:infData
        xmlns:orgext="urn:ietf:params:xml:ns:epp:orgext-1.0">
        <orgext:id role="reseller">reseller1523</orgext:id>
        <orgext:id role="privacyproxy">proxy2935</orgext:id>
      </orgext:infData>
    </extension>
    <trID>
      <clTRID>ngcl-IvJjzMZc</clTRID>
      <svTRID>test142AWQONJZ</svTRID>
    </trID>
  </response>
</epp>

    

Ici, le domaine a été avitaillé via le revendeur « reseller1523 » et est protégé par l'« anonymisateur » « proxy2935 ».

Bien sûr, la commande EPP <create> est également modifiée, pour pourvoir créer un domaine avec les organisations associées. Ici, le revendeur « reseller1523 » crée un domaine :


<epp xmlns="urn:ietf:params:xml:ns:epp-1.0">
  <command>
    <create>
      <domain:create
        xmlns:domain="urn:ietf:params:xml:ns:domain-1.0">
        <domain:name>example.com</domain:name>
        <domain:period unit="y">3</domain:period>
        ...
    </create>
    <extension>
      <orgext:create
        xmlns:orgext="urn:ietf:params:xml:ns:epp:orgext-1.0">
        <orgext:id role="reseller">reseller1523</orgext:id>
      </orgext:create>
    </extension>
  </command>
</epp>

De le même façon, on peut mettre à jour les organisations associées à un objet, avec <update>. Ici, on ajoute un « anonymiseur » :

      
<epp xmlns="urn:ietf:params:xml:ns:epp-1.0">
  <command>
    <update>
      <domain:update
        xmlns:domain="urn:ietf:params:xml:ns:domain-1.0">
        <domain:name>example.com</domain:name>
      </domain:update>
    </update>
    <extension>
      <orgext:update
        xmlns:orgext="urn:ietf:params:xml:ns:epp:orgext-1.0">
        <orgext:add>
            <orgext:id role="privacyproxy">proxy2935</orgext:id>
        </orgext:add>
      </orgext:update>
    </extension>
  </command>
</epp>

    

Et ici on retire le revendeur (pas besoin d'indiquer son identificateur, rappelez-vous qu'il ne peut y avoir qu'une seule organisation par rôle) :


<epp xmlns="urn:ietf:params:xml:ns:epp-1.0">
  <command>
    <update>
      <domain:update
        xmlns:domain="urn:ietf:params:xml:ns:domain-1.0">
        <domain:name>example.com</domain:name>
      </domain:update>
    </update>
    <extension>
      <orgext:update
        xmlns:orgext="urn:ietf:params:xml:ns:epp:orgext-1.0">
        <orgext:rem>
          <orgext:id role="reseller"/>
        </orgext:rem>
      </orgext:update>
    </extension>
  </command>
</epp>

La syntaxe complète (au format XML Schema) figure dans la section 5 du RFC.

Question mise en œuvre, cette extension est dans le SDK de Verisign, accessible avec leurs autres logiciels pour registres. CNNIC a également inclus cette extension, dans leur code interne.


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L'article seul

RFC 8543: Extensible Provisioning Protocol (EPP) Organization Mapping

Date de publication du RFC : Mars 2019
Auteur(s) du RFC : L. Zhou (CNNIC), N. Kong (Consultant), G. Zhou, J. Yao (CNNIC), J. Gould (Verisign)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF regext
Première rédaction de cet article le 12 avril 2019


L'industrie des noms de domaine est d'une grande complexité. Les utilisateurs s'y perdent facilement entre registres, bureaux d'enregistrement, hébergeurs DNS, revendeurs divers, sociétés qui développent des sites Web, prête-noms pour protéger la vie privée, etc. Cette complexité fait qu'il est difficile de savoir qui est responsable de quoi. Dans le contexte d'EPP, protocole d'avitaillement de noms de domaine (création, modification, suppression de noms), il n'y avait jusqu'à présent pas de moyen de décrire ces acteurs. Par exemple, l'ajout d'un enregistrement DS dépend d'actions de l'hébergeur DNS, qui n'est pas forcément le BE. Mais ces hébergeurs DNS n'étaient pas définis et connus. Désormais, avec ce nouveau RFC, on peut utiliser EPP pour l'avitaillement d'objets « organisation ».

EPP (RFC 5730) est le protocole standard d'avitaillement de noms de domaine, permettant à un client (en général le BE) de créer des objets dans un registre, en parlant au serveur EPP. EPP permettait déjà des objets de type « contact » RFC 5733, identifiant les personnes ou les organisations qui assuraient certaines fonctions pour un nom de domaine. Par exemple, le contact technique était la personne ou l'organisation à contacter en cas de problème technique avec le nom de domaine.

Désormais, avec notre nouveau RFC 8543, une nouvelle catégorie (mapping) d'objets est créée, les organisations. On peut ainsi utiliser EPP pour enregistrer l'hébergeur DNS d'un domaine (qui peut être le titulaire du domaine, mais ce n'est pas toujours le cas, ou qui peut être le BE, mais ce n'est pas systématique). Ce nouveau RFC décrit donc une extension à EPP, qui figure désormais dans le registre des extensions (cf. RFC 7451).

EPP utilise XML et tout ici va donc être spécifié en XML, avec un nouvel espace de noms XML, urn:ietf:params:xml:ns:epp:org-1.0, abrégé en org dans le RFC (mais rappelez-vous que le vrai identificateur d'un espace de noms XML est l'URI, pas l'abréviation). Le nouvel espace de noms est désormais dans le registre des espaces de noms.

La section 3 de notre RFC décrit les attributs d'une organisation (notez que le vocabulaire est trompeur : ils s'appellent attributs mais ne sont pas des attributs XML). Mais commençons par un exemple, décrivant le BE nommé « Example Registrar Inc. » :


<org:infData
    xmlns:org="urn:ietf:params:xml:ns:epp:org-1.0">
    <org:id>registrar1362</org:id>
    <org:roid>registrar1362-REP</org:roid>
    <org:role>
      <org:type>registrar</org:type>
      <org:status>ok</org:status>
      <org:status>linked</org:status>
      <org:roleID>1362</org:roleID>
    </org:role>
    <org:status>ok</org:status>
    <org:postalInfo type="int">
      <org:name>Example Registrar Inc.</org:name>
      <org:addr>
        <org:street>123 Example Dr.</org:street>
        <org:city>Dulles</org:city>
        <org:sp>VA</org:sp>
        <org:cc>US</org:cc>
      </org:addr>
    </org:postalInfo>
    <org:voice x="1234">+1.7035555555</org:voice>
    <org:email>contact@organization.example</org:email>
    <org:url>https://organization.example</org:url>
    <org:contact type="admin">sh8013</org:contact>
    <org:contact type="billing">sh8013</org:contact>
    <org:contact type="custom"
       typeName="legal">sh8013</org:contact>
    <org:crID>ClientX</org:crID>
    <org:crDate>1999-04-03T22:00:00.0Z</org:crDate>
    <org:upID>ClientX</org:upID>
    <org:upDate>1999-12-03T09:00:00.0Z</org:upDate>
</org:infData>

Voyons maintenant quelques-uns des attributs possibles.

Une organisation a un identificateur, indiqué par l'élément XML <org:id>, attribué par le registre (c'est registrar1362 dans l'exemple). Il a aussi un ou plusieurs rôles, dans l'élement XML <org:role>. Un même acteur peut avoir plusieurs rôles (par exemple il est fréquent que les BE soient également hébergeurs DNS). Le rôle inclut un type, qui peut valoir :

  • registrar : BE, comme dans le cas ci-dessus,
  • reseller : revendeur, par exemple l'organisation à laquelle le titulaire du nom de domaine achète un domaine n'est pas toujours un « vrai » BE, ce peut être un revendeur,
  • privacyproxy : un prête-nom qui, en se mettant devant l'utilisateur, permet de protéger sa vie privée,
  • et enfin dns-operator, l'hébergeur DNS.

D'autres types pourront apparaitre dans le futur, ils sont indiqués dans un registre IANA, des nouveaux types seront ajoutés en suivant la procédure « Examen par un expert » du RFC 8126.

Notez qu'au début du travail à l'IETF sur cette extension, seul le cas des revendeurs était prévu. Après des discussions sur l'importance relative des différents acteurs, il a été décidé de prévoir d'autres types que les seuls revendeurs.

Il y a aussi dans l'objet un ou plusieurs état(s), <org:status>, qui peut valoir notamment :

  • ok, l'état normal, celui du BE dans l'exemple ci-dessus,
  • terminated, quand l'organisation va être retirée de la base et ne peut plus être utilisée (c'est le cas d'un BE qui n'est plus accrédité),
  • linked, qui indique que cette organisation est liée à d'autres objets, et ne doit donc pas être supprimée.

Il existe également un attribut <org:parent>, qui indique une relation avec une autre organisation. Par exemple, un revendeur aura une relation <org:parent> vers le BE dont il est revendeur. (Dans l'exemple plus haut, il n'y a pas de <org:parent>.)

La section 4 du RFC présente ensuite les commandes EPP qui peuvent être appliquées à ces objets « organisation ». <check> permet au client EPP de savoir s'il pourra créer un objet, <info> lui donnera les moyens de s'informer sur une oranisation (l'exemple en XML ci-dessus était le résultat d'une commande EPP <info>) et bien sûr une commande <create> et une <delete>. Voici <create> en action, pour créer un objet de rôle « revendeur » (notez que, cette fois, il a un parent) :


<epp xmlns="urn:ietf:params:xml:ns:epp-1.0">
  <command>                                                                                                           
    <create>                                                                                                          
      <org:create                                                                                                     
        xmlns:org="urn:ietf:params:xml:ns:epp:org-1.0">                                                               
        <org:id>res1523</org:id>                                                                                      
        <org:role>                                                                                                    
          <org:type>reseller</org:type>                                                                               
        </org:role>                                                                                                   
        <org:parentId>1523res</org:parentId>                                                                          
        <org:postalInfo type="int">                                                                                   
          <org:name>Example Organization Inc.</org:name>                                                              
          <org:addr>                                                                                                  
            <org:street>123 Example Dr.</org:street>                                                                  
            <org:city>Dulles</org:city>                                                                               
            <org:sp>VA</org:sp>                                                                                       
            <org:cc>US</org:cc>                                                                                       
          </org:addr>                                                                                                 
        </org:postalInfo>                                                                                             
        <org:voice x="1234">+1.7035555555</org:voice>                                                                 
        <org:email>contact@organization.example</org:email>                                                           
        <org:url>https://organization.example</org:url>                                                               
        <org:contact type="admin">sh8013</org:contact>                                                                
        <org:contact type="billing">sh8013</org:contact>                                                              
      </org:create>                                                                                                   
    </create>                                                                                                         
  </command>                                                                                                          
</epp>                                                                                                                

  

Le schéma complet, en syntaxe XML Schema, figure dans la section 5 du RFC.

Question mise en œuvre de cette extension EPP, Verisign l'a ajouté dans son SDK, disponible en ligne. CNNIC a une implémentation, mais non publique.


Téléchargez le RFC 8543


L'article seul

RFC 8536: The Time Zone Information Format (TZif)

Date de publication du RFC : Février 2019
Auteur(s) du RFC : A. Olson, P. Eggert (UCLA), K. Murchison (FastMail)
Chemin des normes
Première rédaction de cet article le 13 février 2019


Ce nouveau RFC documente un format déjà ancien et largement déployé, TZif, un format de description des fuseaux horaires. Il définit également des types MIME pour ce format, application/tzif et application/tzif-leap.

Ce format existe depuis bien trente ans (et a pas mal évolué pendant ce temps) mais n'avait apparemment jamais fait l'objet d'une normalisation formelle. La connaissance des fuseaux horaires est indispensable à toute application qui va manipuler des dates, par exemple un agenda. Un fuseau horaire se définit par un décalage par rapport à UTC, les informations sur l'heure d'été, des abréviations pour désigner ce fuseau (comme CET pour l'heure de l'Europe dite « centrale ») et peut-être également des informations sur les secondes intercalaires. Le format iCalendar du RFC 5545 est un exemple de format décrivant les fuseaux horaires. TZif, qui fait l'objet de ce RFC, en est un autre. Contrairement à iCalendar, c'est un format binaire.

TZif vient à l'origine du monde Unix et est apparu dans les années 1980, quand le développement de l'Internet, qui connecte des machines situées dans des fuseaux horaires différents, a nécessité que les machines aient une meilleure compréhension de la date et de l'heure. Un exemple de source faisant autorité sur les fuseaux horaires est la base de l'IANA décrite dans le RFC 6557 et dont l'usage est documenté à l'IANA.

La section 2 de notre RFC décrit la terminologie du domaine :

  • Temps Universel Coordonné (UTC est le sigle officiel) : la base du temps légal. Par exemple, en hiver, la France métropolitaine est en UTC + 1. (GMT n'est utilisé que par les nostalgiques de l'Empire britannique.)
  • Heure d'été (le terme français est incorrect, l'anglais DST - Daylight Saving Time est plus exact) : le décalage ajouté ou retiré à certaines périodes, pour que les activités humaines, et donc la consommation d'énergie, se fassent à des moments plus appropriés (cette idée est responsable d'une grande partie de la complexité des fuseaux horaires).
  • Temps Atomique International (TAI) : contrairement à UTC, qui suit à peu près le soleil, TAI est déconnecté des phénomènes astronomiques. Cela lui donne des propriétés intéressantes, comme la prédictibilité (alors qu'on ne peut pas savoir à l'avance quelle sera l'heure UTC dans un milliard de secondes) et la monotonie (jamais de sauts, jamais de retour en arrière, ce qui peut arriver à UTC). Cela en fait un bon mécanisme pour les ordinateurs, mais moins bon pour les humains qui veulent organiser un pique-nique. Actuellement, il y a 37 secondes de décalage entre TAI et UTC.
  • Secondes intercalaires : secondes ajoutées de temps en temps à UTC pour compenser les variations de la rotation de la Terre.
  • Correction des secondes intercalaires : TAI - UTC - 10 (lisez le RFC pour savoir pourquoi 10). Actuellement 27 secondes.
  • Heure locale : l'heure légale en un endroit donné. La différence avec UTC peut varier selon la période de l'année, en raison de l'heure d'été. En anglais, on dit aussi souvent « le temps au mur » (wall time) par référence à une horloge accrochée au mur. Quand on demande l'heure à M. Toutlemonde, il donne cette heure locale, jamais UTC ou TAI ou le temps Unix.
  • Epoch : le point à partir duquel on compte le temps. Pour Posix, c'est le 1 janvier 1970 à 00h00 UTC.
  • Temps standard : la date et heure « de base » d'un fuseau horaire, sans tenir compte de l'heure d'été. En France métropolitaine, c'est UTC+1.
  • Base de données sur les fuseaux horaires : l'ensemble des informations sur les fuseaux horaires (cf. par exemple RFC 7808). Le format décrit dans ce RFC est un des formats possibles pour une telle base de données.
  • Temps universel : depuis 1960, c'est équivalent à UTC, mais le RFC préfère utiliser UT.
  • Temps Unix : c'est ce qui est renvoyé par la fonction time(), à savoir le nombre de secondes depuis l'epoch, donc depuis le 1 janvier 1970. Il ne tient pas compte des secondes intercalaires, donc il existe aussi un « temps Unix avec secondes intercalaires » (avertissement : tout ce qui touche au temps et aux calendriers est compliqué.) C'est ce dernier qui est utilisé dans le format TZif, pour indiquer les dates et heures des moments où se fait une transition entre heure d'hiver et heure d'été.

La section 3 de notre RFC décrit le format lui-même. Un fichier TZif est composé d'un en-tête (taille fixe de 44 octets) indiquant entre autres le numéro de version de TZif. La version actuelle est 3. Ensuite, on trouve les données. Dans la version 1 de TZif, le bloc de données indiquait les dates de début et de fin des passages à l'heure d'été sur 32 bits, ce qui les limitait aux dates situées entre 1901 et 2038. Les versions ultérieures de TZif sont passées à 64 bits, ce qui permet de tenir environ 292 milliards d'années mais le bloc de données de la version 1 reste présent, au cas où il traine encore des logiciels ne comprenant que la version 1. Notez que ces 64 bits permettent de représenter des dates antérieures au Big Bang, mais certains logiciels ont du mal avec des valeurs situées trop loin dans le passé.

Les versions 2 et 3 ont un second en-tête de 44 octets, et un bloc de données à elles. Les vieux logiciels arrêtent la lecture après le premier bloc de données et ne sont donc normalement pas gênés par cette en-tête et ce bloc supplémentaires. Les logiciels récents peuvent sauter le bloc de données de la version 1, qui ne les intéresse a priori pas (voir section 4 et annexe A). C'est au créateur du fichier de vérifier que les blocs de données destinés aux différentes versions sont raisonnablement synchrones, en tout cas pour les dates antérieures à 2038.

Nouveauté apparue avec la version 2, il y aussi un pied de page à la fin. Les entiers sont stockés en gros boutien, et en complément à deux. L'en-tête commence par la chaîne magique « TZif » (U+0054 U+005A U+0069 U+0066), et comprend la longueur du bloc de données (qui dépend du nombre de transitions, de secondes intercalaires et d'autres informations à indiquer). Le bloc de données contient la liste des transitions, le décalage avec UT, le nom du fuseau horaire, la liste des secondes intercalaires, etc. Vu par le mode hexadécimal d'Emacs, voici le début d'un fichier Tzif version 2 (pris sur une Ubuntu, dans /usr/share/zoneinfo/Europe/Paris). On voit bien la chaîne magique, puis le numéro de version, et le début du bloc de données :

00000000: 545a 6966 3200 0000 0000 0000 0000 0000  TZif2...........
00000010: 0000 0000 0000 000d 0000 000d 0000 0000  ................
00000020: 0000 00b8 0000 000d 0000 001f 8000 0000  ................
00000030: 9160 508b 9b47 78f0 9bd7 2c70 9cbc 9170  .`P..Gx...,p...p
00000040: 9dc0 48f0 9e89 fe70 9fa0 2af0 a060 a5f0  ..H....p..*..`..
...
    

Avec od, ça donnerait :


% od -x -a /usr/share/zoneinfo/Europe/Paris
0000000    5a54    6669    0032    0000    0000    0000    0000    0000
          T   Z   i   f   2 nul nul nul nul nul nul nul nul nul nul nul
0000020    0000    0000    0000    0d00    0000    0d00    0000    0000
        nul nul nul nul nul nul nul  cr nul nul nul  cr nul nul nul nul
0000040    0000    b800    0000    0d00    0000    1f00    0080    0000
        nul nul nul   8 nul nul nul  cr nul nul nul  us nul nul nul nul
0000060    6091    8b50    479b    f078    d79b    702c    bc9c    7091
        dc1   `   P  vt esc   G   x   p esc   W   ,   p  fs   < dc1   p
...

    

Un exemple détaillé et commenté de fichier TZif figure en annexe B. À lire si vous voulez vraiment comprendre les détails du format.

Le pied de page indique notamment les extensions à la variable d'environnement TZ. Toujours avec le mode hexadécimal d'Emacs, ça donne :

00000b80: 4345 542d 3143 4553 542c 4d33 2e35 2e30  CET-1CEST,M3.5.0
00000b90: 2c4d 3130 2e35 2e30 2f33 0a              ,M10.5.0/3.
    

On a vu que le format TZif avait une histoire longue et compliquée. La section 4 du RFC est entièrement consacré aux problèmes d'interopérabilité, liés à la coexistence de plusieurs versions du format, et de beaucoup de logiciels différents. Le RFC conseille :

  • De ne plus générer de fichiers suivant la version 1, qui ne marchera de toute façon plus après 2038.
  • Les logiciels qui en sont restés à la version 1 doivent faire attention à arrêter leur lecture après le premier bloc (dont la longueur figure dans l'en-tête).
  • La version 3 n'apporte pas beaucoup par rapport à la 2 et donc, sauf si on utilise les nouveautés spécifiques de la 3, il est recommandé de produire plutôt des fichiers conformes à la version 2.
  • Un fichier TZif transmis via l'Internet devrait être étiqueté application/tzif-leap ou application/tzif (s'il n'indique pas les secondes intercalaires). Ces types MIME sont désormais dans le registre officiel (cf. section 8 du RFC).

L'annexe A du RFC en rajoute, tenant compte de l'expérience accumulée ; par exemple, certains lecteurs de TZif n'acceptent pas les noms de fuseaux horaire contenant des caractères non-ASCII et il peut donc être prudent de ne pas utiliser ces caractères. Plus gênant, il existe des lecteurs assez bêtes pour planter lorsque des temps sont négatifs. Or, les entiers utilisant dans TZif sont signés, afin de pouvoir représenter les moments antérieurs à l'epoch. Donc, attention si vous avez besoin de données avant le premier janvier 1970, cela perturbera certains logiciels bogués.

La section 6 du RFC donne quelques conseils de sécurité :

  • L'en-tête indique la taille des données mais le programme qui lit le fichier doit vérifier que ces indications sont correctes, et n'envoient pas au-delà de la fin du fichier.
  • TZif, en lui-même, n'a pas de mécanisme de protection de l'intégrité, encore moins de mécanisme de signature. Il faut fournir ces services extérieurement (par exemple avec curl, en récupérant via HTTPS).

Une bonne liste de logiciels traitant ce format figure à l'IANA.


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L'article seul

RFC 8522: Looking Glass Command Set

Date de publication du RFC : Février 2019
Auteur(s) du RFC : M. Stubbig
Pour information
Première rédaction de cet article le 6 février 2019


Avec plusieurs systèmes de routage, et notamment avec le protocole standard de l'Internet, BGP, un routeur donné n'a qu'une vue partielle du réseau. Ce que voit votre routeur n'est pas forcément ce que verront les autres routeurs. Pour déboguer les problèmes de routage, il est donc souvent utile de disposer d'une vue sur les routeurs des autres acteurs. C'est fait par le biais de looking glasses qui sont des mécanismes permettant de voir l'état d'un routeur distant, même géré par un autre acteur. Il n'y a aucun standard pour ces mécanismes, il faut donc tout réapprendre pour chaque looking glass, et il est difficile d'automatiser la collecte d'informations. Ce RFC propose une solution (surtout théorique aujourd'hui) : une norme des commandes à exécuter par un looking glass, utilisant les concepts REST.

Voyons d'abord deux exemples de looking glass. Le premier, au France-IX, utilise une interface Web : lg-franceix.png

Le second, chez Route Views, utilise telnet :

% telnet route-views3.routeviews.org
...
route-views3.routeviews.org> show bgp 2001:678:c::1
BGP routing table entry for 2001:678:c::/48
Paths: (8 available, best #4, table Default-IP-Routing-Table)
  Not advertised to any peer
  39351 2484
    2a03:1b20:1:ff01::5 from 2a03:1b20:1:ff01::5 (193.138.216.164)
      Origin IGP, localpref 100, valid, external
      AddPath ID: RX 0, TX 179257267
      Last update: Mon Jan 28 15:22:29 2019
                                           
  46450 6939 2484
    2606:3580:fc00:102::1 from 2606:3580:fc00:102::1 (158.106.197.135)
      Origin IGP, localpref 100, valid, external
      AddPath ID: RX 0, TX 173243076
      Last update: Sat Jan 26 08:26:39 2019
...
    

Notez que le premier looking glass n'affichait que les routes locales au point d'échange alors que le second voit toute la DFZ. Les looking glasses jouent un rôle essentiel dans l'Internet, en permettant d'analyser les problèmes réseau chez un autre opérateur. (On peut avoir une liste, très partielle et pas à jour, des looking glasses existants en http://traceroute.org/#Looking%20Glass.)

La section 2 de notre RFC décrit le fonctionnement de ce looking glass normalisé. Il y a trois acteurs, le client, le serveur et le routeur. Le client est le logiciel utilisé par l'administrateur réseaux qui veut des informations (par exemple curl), le serveur est le looking glass, le routeur est la machine qui possède les informations de routage. (Le RFC l'appelle « routeur » mais ce n'est pas forcément un routeur, cela peut être une machine spécialisée qui récolte les informations en parlant BGP avec les routeurs.) Entre le client et le serveur, on parle HTTP ou, plus exactement, HTTPS. Le client ne parle pas directement au routeur. La communication entre le serveur et le routeur se fait avec le protocole de leur choix, il n'est pas normalisé (cela peut être SSH, NETCONF, etc).

La requête se fera toujours avec la méthode HTTP GET, puisqu'on ne modifie rien sur le serveur. Si le serveur est lg.op.example, la requête sera vers l'URL https://lg.op.example/.well-known/looking-glass/v1 (le préfixe bien connu est décrit dans le RFC 5785, et ce looking-glass figure désormais dans le registre IANA). L'URL est complété avec le nom de la commande effectuée sur le routeur. Évidemment, on ne peut pas exécuter de commande arbitraire sur le routeur, on est limité au jeu défini dans ce RFC, où on trouve les grands classiques comme ping ou bien l'affichage de la table de routage. La commande peut être suivie de détails, comme l'adresse IP visée, et de paramètres. Parmi ces paramètres :

  • protocol qui indique notamment si on va utiliser IPv4 ou IPv6,
  • router qui va indiquer l'identité du routeur qui exécutera la commande, pour le cas, fréquent, où un même serveur looking glass donne accès à plusieurs routeurs.
  • vrf (Virtual Routing and Forwarding), une table de routage spécifique, pour le cas où le routeur en ait plusieurs,
  • format, qui indique le format de sortie souhaité sous forme d'un type MIME ; par défaut, c'est text/plain. Attention, c'est le format des données envoyées par le routeur, pas le format de l'ensemble de la réponse, qui est forcément en JSON.

Le code de retour est un code HTTP classique (RFC 7231, section 6), la réponse est de type application/json, suivant le profil JSend, rappelé dans l'annexe A. Ce profil impose la présence d'un champ success, ainsi que d'un champ data en cas de succès. Voici un exemple où tout s'est bien passé :

HTTP/1.1 200 OK
Content-Type: application/json
{
     "status" : "success",
     "data" : {
       "router" : "route-server.lg.op.example"
       "performed_at" : "2019-01-29T17:13:11Z",
       "runtime" : 2.63,
       "output" : [
         "Neighbor              V         AS MsgRcvd MsgSent   TblVer  InQ OutQ  Up/Down State/PfxRcd
          2001:67c:16c8:18d1::1 4     206479   80966   79935        0    0    0 01w2d14h            2
          2401:da80::2          4      63927 12113237   79918        0    0    0 07w6d13h        62878
          2405:3200:0:23::      4      17639       0       0        0    0    0    never      Connect"
       ],
       "format" : "text/plain"
     }
}
    

JSend impose un champ status qui, ici, indique le succès. Le champ data contient la réponse. output est la sortie littérale du routeur, non structurée (le type est text/plain). router est le nom du routeur utilisé (rappelez-vous qu'un serveur looking glass peut donner accès à plusieurs routeurs).

Ici, par contre, on a eu une erreur (une erreur sur le routeur, le serveur, lui, a bien fonctionné, d'où le code de retour 200, cf. section 4 sur les conséquences de ce choix) :

HTTP/2.0 200 OK
Content-Type: application/json
{
     "status" : "fail",
     "data" : {
       "performed_at" : "2019-01-29T17:14:51Z",
       "runtime" : 10.37,
       "output" : [
         "Sending 5, 100-byte ICMP Echos to 2001:db8:fa3::fb56:18e",
         ".....",
         "Success rate is 0 percent (0/5)"
       ],
       "format" : "text/plain",
       "router" : "route-server.lg.op.example"
     }
}      
    

Le fail indique que la commande exécutée sur le routeur a donné un résultat négatif, mais, autrement, tout allait bien. Si le serveur looking glass ne peut même pas faire exécuter la commande par le routeur, il faut utiliser error et mettre un code de retour HTTP approprié :

HTTP/1.1 400 Bad Request
{
     "status" : "error",
     "message" : "Unrecognized host or address."
}      
    

La section 3 du RFC donne la liste des commandes possibles (un looking glass peut toujours en ajouter d'autres). La syntaxe suivie pour les présenter est celle des gabarits d'URL du RFC 6570. La première est évidemment ce brave ping, avec le gabarit https://lg.op.example/.well-known/looking-glass/v1/ping/{host} :

GET /.well-known/looking-glass/v1/ping/2001:db8::35?protocol=2
Host: lg.op.example

HTTP/1.1 200 OK
{
     "status" : "success",
     "data" : {
       "min" : 40,
       "avg" : 41,
       "max" : 44,
       "rate" : 100,
       "output" : [
         "Sending 5, 100-byte ICMP Echos to 2001:db8::35",
         "!!!!!",
         "Success rate is 100 percent (5/5)"
       ],
       "format" : "text/plain",
       "performed_at" : "2019-01-29T17:28:02Z",
       "runtime" : 0.77,
       "router" : "c2951.lab.lg.op.example"
     }
 }
    

Notez que le RFC ne décrit pas les champs possibles (comme min ou avg), ni les unités utilisées (probablement la milliseconde).

Autre commande traditionnelle, traceroute :

GET /.well-known/looking-glass/v1/traceroute/192.0.2.8
Host: lg.op.example

HTTP/1.1 200 OK
{
     "status": "success",
     "data": {
       "output": [
         "Tracing the route to 192.0.2.8",
         "",
         "  1 198.51.100.77 28 msec 28 msec 20 msec",
         "  2 203.0.113.130 52 msec 40 msec 40 msec",
         "  3 192.0.2.8 72 msec 76 msec 68 msec"
       ],
       "format": "text/plain",
       "performed_at": "2018-06-10T12:09:31Z",
       "runtime": 4.21,
       "router": "c7206.lab.lg.op.example"
     }
}     
    

Notez une des conséquences du format non structuré de output : ce sera au client de l'analyser. Le RFC permet d'utiliser des formats structurés (par exemple, pour traceroute, on peut penser à celui du RFC 5388) mais ce n'est pas obligatoire car on ne peut pas forcément exiger du serveur qu'il sache traiter les formats de sortie de tous les routeurs qu'il permet d'utiliser. L'analyse automatique des résultats reste donc difficile.

D'autres commandes permettent d'explorer la table de routage. Ainsi, show route affiche le route vers un préfixe donné (ici, le routeur est un Cisco et affiche donc les données au format Cisco) :

GET /.well-known/looking-glass/v1/show/route/2001:db8::/48?protocol=2,1
Host: lg.op.example

HTTP/1.1 200 OK
{
     "status": "success",
     "data": {
       "output": [
         "S   2001:DB8::/48 [1/0]",
         "     via FE80::C007:CFF:FED9:17, FastEthernet0/0"
       ],
       "format": "text/plain",
       "performed_at": "2018-06-11T17:13:39Z",
       "runtime": 1.39,
       "router": "c2951.lab.lg.op.example"
     }
   }
    

Une autre commande, show bgp, affiche les informations BGP :

GET /.well-known/looking-glass/v1/show/bgp/192.0.2.0/24
Host: lg.op.example

HTTP/1.1 200 OK
{
     "status": "success",
     "data": {
       "output": [
         "BGP routing table entry for 192.0.2.0/24, version 2",
         "Paths: (2 available, best #2, table default)",
         "  Advertised to update-groups:",
         "     1",
         "  Refresh Epoch 1",
         "  Local",
         "    192.0.2.226 from 192.0.2.226 (192.0.2.226)",
         "      Origin IGP, metric 0, localpref 100, valid, internal",
         "[...]"
       ],
       "format": "text/plain",
       "performed_at": "2018-06-11T21:47:17Z",
       "runtime": 2.03,
       "router": "c2951.lab.lg.op.example"
     }
}
    

Les deux précédentes commandes avaient un argument, le préfixe IP sur lequel on cherche des informations (avec la syntaxe des gabarits, cela s'écrit https://lg.op.example/.well-known/looking-glass/v1/show/bgp/{addr}). Mais certaines commandes n'ont pas d'argument. Par exemple, show bgp summary affiche la liste des pairs BGP  :

      
GET /.well-known/looking-glass/v1/show/bgp/summary?protocol=2&routerindex=3
Host: lg.op.example

HTTP/1.1 200 OK
{
     "status": "success",
     "data": {
       "output": [
         "BGP router identifier 192.0.2.18, local AS number 64501",
         "BGP table version is 85298, main routing table version 85298",
         "50440 network entries using 867568 bytes of memory",
         "[...]",
         "Neighbor        V       AS MsgRcvd MsgSent   TblVer  Up/Down",
         "2001:DB8:91::24 4    64500  481098  919095   85298   41w5d"
       ],
       "format": "text/plain",
       "performed_at": "2018-06-11T21:59:21Z",
       "runtime": 1.91,
       "router": "c2951.lab.lg.op.example"
     }
}

    

D'autres commandes (« organisationnelles ») sont destinées à aider le client à formuler sa question. C'est le cas de show router list, qui affiche la liste des routeurs auquel ce serveur looking glass donne accés :

GET /.well-known/looking-glass/v1/routers
...
{
     "status" : "success",
     "data" : {
       "routers" : [
         "route-server.lg.op.example",
         "customer-edge.lg.op.example",
         "provider-edge.lg.op.example"
       ],
       "performed_at" : "2018-10-19T12:07:23Z",
       "runtime" : 0.73
     }
   }
    

Autre exemple de commande organisationnelle, cmd, qui permet d'obtenir la liste des commandes acceptées par ce serveur (curieusement, ici, la syntaxe des gabarits du RFC 6570 n'est plus utilisée intégralement) :

GET /.well-known/looking-glass/v1/cmd
...
{
     "status" : "success",
     "data" : {
       "commands" : [
         {
           "href" : "https://lg.op.example/.well-known/looking-glass/v1/show/route",
           "arguments" : "{addr}",
           "description" : "Print records from IP routing table",
           "command" : "show route"
         },
         {
           "href" : "https://lg.op.example/.well-known/looking-glass/v1/traceroute",
           "arguments" : "{addr}",
           "description" : "Trace route to destination host",
           "command" : "traceroute"
         }
       ]
     }
   }
    

La liste des commandes données dans ce RFC n'est pas exhaustive, un looking glass peut toujours en ajouter (par exemple pour donner de l'information sur les routes OSPF en plus des BGP).

La section 6 du RFC décrit les problèmes de sécurité envisageables. Par exemple, un client malveillant ou maladroit peut abuser de ce service et il est donc prudent de prévoir une limitation de trafic. D'autre part, les informations distribuées par un looking glass peuvent être trop détaillées, révéler trop de détail sur le réseau et ce qu'en connaissent les routeurs, et le RFC note qu'un serveur peut donc limiter les informations données.

Et question mises en œuvre de ce RFC ? Il existe Beagle mais qui, à l'heure où ce RFC est publié, ne semble pas à jour et concerne encore une version antérieure de l'API. Peut-être RANCID va t-il fournir une API compatible pour son looking glass. Periscope, lui, est un projet différent, avec une autre API.


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L'article seul

RFC 8509: A Root Key Trust Anchor Sentinel for DNSSEC

Date de publication du RFC : Décembre 2018
Auteur(s) du RFC : G. Huston, J. Damas (APNIC), W. Kumari (Google)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 14 avril 2019


On le sait, le premier changement de la clé DNSSEC de la racine du DNS s'est déroulé sans encombre le 11 octobre dernier. Ce qu'on sait moins est que ce changement a été précédé par des nombreuses études, pour tenter de prévoir les conséquences du changement. Une question importante était « combien de résolveurs DNS n'ont pas vu la nouvelle clé, depuis sa publication, et vont donc avoir des problèmes lorsque l'ancienne sera retirée du service ? » Ce RFC décrit une des techniques qui avaient été développées pour répondre à cette question, technique qui continuera à être utile pour les discussions actuellement en cours sur une éventuelle systématisation et accélération du rythme des changements de clé.

La question de cette systématisation a fait par exemple l'objet d'un débat à la dernière réunion IETF à Prague le 28 mars. L'idée est de voir si on peut passer de changements exceptionnels et rares à des changements réguliers, banalisés. Pour cela, il faut avoir une idée de ce que voient les résolveurs DNS, du moins ceux qui valident avec DNSSEC, technique dont l'importance avait encore été démontré par les attaques récentes. Mais comment savoir ce que voient les résolveurs et, notamment, quelle(s) clé(s) de départ de la validation (trust anchor) ils utilisent ? La solution de la sentinelle, spécifiée dans ce nouveau RFC, peut permettre de répondre à cette question. L'idée est que les résolveurs reconnaitront une requête « spéciale », dont le nom commence par root-key-sentinel-is-ta ou root-key-sentinel-not-ta, nom qui sera suivi de l'identificateur (key tag) de la clé (ta = Trust Anchor). La réponse du résolveur dépendra de s'il utilise cette clé ou pas comme point de départ de la validation. Un logiciel client pourra alors tester si son résolveur a bien vu le changement de clé en cours, et est prêt. L'utilisateur peut alors savoir si ce résolveur fonctionnera lors du changement. (Cela peut aussi aider l'administrateurice système mais celui-ci ou celle-là a d'autres moyens pour cela, comme d'afficher le fichier contenant la clé de départ de la validation. Par contre, les sentinelles sont utiles pour les chercheurs qui récoltent des données automatiquement, comme dans l'article de Huston cité à la fin.)

Ce mécanisme de sentinelle est complémentaire de celui du RFC 8145, où le résolveur signale aux serveurs faisant autorité les clés qu'il utilise comme trust anchor. Ici, la cible est le client du résolveur, pas les serveurs faisant autorité que contacte le résolveur. Ce mécanisme de sentinelle permet à tout utilisateur de savoir facilement la(es) clé(s) utilisée(s) par son résolveur DNS.

Petit rappel sur DNSSEC d'abord : comme le DNS, DNSSEC est arborescent. La validation part en général de la racine, et, via les enregistrements DS, arrive à la zone qu'on veut valider. Les clés sont identifiées par un key tag qui est un condensat de la clé. La clé qui est le point de départ de la validation se nomme le trust anchor et est stockée par le résolveur. Si on a la mauvaise clé, la validation échouera. Le trust anchor est géré manuellement par l'administrateur système en charge du résolveur, ou peut être mise à jour automatiquement en suivant la technique du RFC 5011. Aujourd'hui, le résolveur sur la machine où j'écris cet article utilise la trust anchor ayant le key tag 20326, la clé publique de la racine IANA (le résolveur est un Unbound) :

% cat /var/lib/unbound/root.key
...
.	172800	IN	DNSKEY	257 3 8 AwEAAaz/tAm8y...1AkUTV74bU= ;{id = 20326 (ksk), size = 2048b} ;;state=2 [  VALID  ] ;;count=0 ;;lastchange=1502474052 ;;Fri Aug 11 19:54:12 2017
    

Le id = 20326 indique l'identificateur de la clé.

La section 2 expose le cœur du RFC. Un résolveur DNS, validant avec DNSSEC (RFC 4035) et qui met en œuvre ce RFC, doit reconnaitre comme spéciaux, les noms de domaine demandés qui commencent par root-key-sentinel-is-ta-NNNNN et root-key-sentinel-not-ta-NNNNN où NNNNN est un identificateur de clé. Voyons un exemple avec un domaine de test, dans lequel on trouve root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net et root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net (20326 est l'identificateur de la clé actuelle de la racine). Tout résolveur validant qui utilise la clé 20326 va pouvoir récupérer et valider le premier nom :

      
% dig root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 23817
;; flags: qr rd ra ad; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 3, ADDITIONAL: 1
...
;; ANSWER SECTION:
root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net. 30 IN A 204.194.23.4

    

Ici, le ad dans les résultats indique que l'enregistrement a bien été validé (AD = Authentic Data). Si le résolveur ne valide pas, on n'aura évidemment pas le ad. Maintenant, que se passe-t-il avec le second nom, celui avec not-ta ? Un résolveur validant, mais qui ne met pas en œuvre notre RFC 8509 va récupérer et valider ce nom :


% dig root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 20409
;; flags: qr rd ra ad; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 3, ADDITIONAL: 1
...
;; ANSWER SECTION:
root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net. 30	IN A 204.194.23.4

    

En revanche, un résolveur validant et qui met en œuvre ce RFC 8509 (ici, le résolveur Knot) va renvoyer un SERVFAIL (Server Failure) :


% dig root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net     
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: SERVFAIL, id: 37396
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 0

    

On voit comment on peut utiliser le mécanisme de ce RFC pour découvrir si le résolveur utilise ou pas la clé 20326. Avec un client DNS, et une zone qui dispose des sentinelles :

  • Si on peut récupérer root-key-sentinel-not-ta-20326 et qu'on n'a pas le bit ad, c'est que le résolveur ne valide pas,
  • Si on peut récupérer et valider root-key-sentinel-not-ta-20326, c'est que le résolveur valide mais ne gère pas le mécanisme des sentinelles,
  • Si on peut récupérer et valider root-key-sentinel-is-ta-20326 mais pas root-key-sentinel-not-ta-20326, c'est que le résolveur valide, gère le mécanisme des sentinelles, et utilise la clé 20326,
  • Si on peut récupérer et valider root-key-sentinel-not-ta-20326 mais pas root-key-sentinel-is-ta-20326, c'est que le résolveur valide, gère le mécanisme des sentinelles, et n'utilise pas la clé 20326. (Ce test ne marche pas forcément, cela dépend de comment est configurée la zone de test.)

L'annexe A de notre RFC détaille comment on utilise le mécanisme de sentinelle.

La beauté du mécanisme est qu'on peut l'utiliser sans client DNS, depuis une page Web. On crée une page qui essaie de charger trois images, une depuis invalid.ZONEDETEST (enregistrement mal signé), une depuis root-key-sentinel-is-ta-20326.ZONEDETEST et une depuis root-key-sentinel-not-ta-20326.ZONEDETEST. On teste en JavaScript si les images se sont chargées :

  • Si toutes se chargent, c'est que le résolveur de l'utilisateur ne valide pas,
  • Si la première (invalid) ne charge pas mais que les deux autres chargent, c'est que le résolveur ne connait pas les sentinelles, on ne peut donc pas savoir quelle(s) clé(s) il utilise,
  • Si la première (invalid) et la troisième (root-key-sentinel-not-ta-20326) ne se chargent pas mais que la deuxième (root-key-sentinel-is-ta-20326) se charge, c'est que le résolveur connait les sentinelles, et utilise la clé 20326.
  • Si la première (invalid) et la deuxième (root-key-sentinel-is-ta-20326) ne se chargent pas mais que la troisième (root-key-sentinel-not-ta-20326) se charge, c'est que le résolveur connait les sentinelles, et n'utilise pas la clé 20326. Soit il utilise une autre racine que celle de l'ICANN, soit il a gardé une ancienne clé et aura des problèmes lors du remplacement.

Notez que le choix des préfixes avait été chaudement discuté à l'IETF. À un moment, l'accord s'était fait sur les préfixes _is-ta ou _not-ta, le tiret bas convenant bien à ces noms spéciaux. Mais comme ce même tiret bas rendait ces noms ilégaux comme noms de machine, cela rendait difficile certains tests. Autant _is-ta ou _not-ta étaient utilisables depuis dig, autant on ne pouvait pas les tester depuis un navigateur Web, ce qui rendait difficile des tests semi-automatisés, sous formes d'images qu'on charge depuis une page Web et de JavaScript qui regarde le résultat. D'où les noms root-key-sentinel-is-ta-NNNNN et root-key-sentinel-not-ta-NNNNN. Ce n'est pas une solution satisfaisante que de prendre des noms ne commençant pas par un tiret bas, mais cela a semblé le meilleur compromis possible. Le nom est suffisamment long et alambiqué pour que le risque de collisions avec des noms existants soit faible.

Donc, que doit faire le résolveur quand on l'interroge pour un nom commençant par root-key-sentinel-is-ta-NNNNN ou root-key-sentinel-not-ta-NNNNN ? Si et seulement si le type demandé est A (adresse IPv4) ou AAAA (adresse IPv6), et que la réponse est validée par DNSSEC, le résolveur doit extraire le key tag du nom et déterminer s'il corresponde à une des clés de départ de la validation pour la racine. (Les serveurs faisant autorité, eux, n'ont rien de particulier à faire, ils fonctionnent comme aujourd'hui.)

  • Si le nom demandé commençait par root-key-sentinel-is-ta et que l'identificateur de clé est celui d'une trust anchor, alors on renvoie la réponse originale,
  • Si le nom demandé commençait par root-key-sentinel-is-ta et que l'identificateur n'est pas celui d'une trust anchor, alors on renvoie le code d'erreur SERVFAIL,
  • Si le nom demandé commençait par root-key-sentinel-not-ta et que l'identificateur est celui d'une trust anchor, alors on renvoie le code d'erreur SERVFAIL,
  • Si le nom demandé commençait par root-key-sentinel-not-ta et que l'identificateur n'est pas celui d'une trust anchor, alors on renvoie la réponse originale.

Le principe est simple, les sections suivantes du RFC décrivent comment déduire l'état du résolveur avec ce principe. Par exemple, la section 3 décrit le cas où on n'a qu'un seul résolveur. Si on veut connaitre la situation de la clé 12345, et que les noms nécessaires sont présents dans le domaine xxx.example, que le domaine broken.xxx.example est cassé, question DNSSEC, on cherche à résoudre les noms root-key-sentinel-is-ta-12345.xxx.example, root-key-sentinel-not-ta-12345.xxx.example et broken.xxx.example. Pour un résolveur validant, et qui met en œuvre ce RFC, seule la première requête doit réussir. Si la troisième réussit, c'est que le résolveur ne valide pas. Si la deuxième réussit, c'est qu'il ne connait pas le système sentinelle de notre RFC 8509. (L'algorithme détaillé est dans la section 3 du RFC, il y a quelques cas vicieux.)

Notez bien qu'on n'a pas besoin d'un client DNS complet pour ces tests. Une résolution de nom en adresse normale suffit, ce qui permet de faire ces tests depuis un navigateur Web, ce qui était bien le but. Par exemple en HTML :


     <ul>
      <li><a href="http://invalid.ksk-test.net/invalid.gif">"http://invalid.ksk-test.net/invalid.gif"</a></li>
      <li><a href="http://root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net/is-ta.gif">"http://root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net/is-ta.gif"</a></li>
      <li><a href="http://root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net/not-ta.gif">"http://root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net/not-ta.gif"</a></li>
    </ul>

    

Et avec du JavaScript pour vérifier :

      
      if (img_invalid.height === 0) {invalid = false;}
      if (img_is_ta.height === 0) {is_ta = false;}
      if (img_not_ta.height === 0) {not_ta = false;}

      switch (true) {
        case invalid === true:
          result="You are not DNSSEC validating, and so will be fine!";
        break;
        case (is_ta === true && not_ta === true):
          result="You are using a legacy resolver (or updated resolvers, with some new and some old), we cannot determine your fate!";
        break;
        case (not_ta === true):
           result="WARNING!: Your resolvers do not have the new KSK. Your Internet access will break!"; 
        break;
        case (is_ta === true):
           result="Congratulations, you have the new key. You will be fine.";
        break;
      }

    

Si la machine a plusieurs résolveurs, le cas est plus compliqué par la bibliothèque qui fait la résolution de noms va typiquement passer au résolveur suivant en cas de réponse SERVFAIL. La section 4 décrit un algorithme qui peut permettre, sinon de déterminer la situation exacte de chacun des résolveurs utilisés, en tout cas de voir si une clé donnée a des chances de fonctionner avec cet ensemble de résolveurs.

Quels résolveurs ont ce mécanisme de sentinelle ? BIND l'a depuis la version 9.13, Knot a également ce mécanisme, activé par défaut, depuis la version 2.0 (et le documente), Unbound en dispose depuis la version 1.7.1 et c'est activé par défaut. Parmi les résolveurs DNS publics, Cloudflare et Quad9 ne gèrent apparemment pas les sentinelles de notre RFC 8509.

Côté client, on peut tester son résolveur avec dig, ou bien avec les services Web http://www.ksk-test.net, http://test.kskroll.dnssec.lab.nic.cl/, http://sentinel.research.icann.org/ (le code derrière ce service est publié, notez que les résultats sont présentés en utilisant des codes spécifiques au RFC, pas très lisibles) ou http://www.bellis.me.uk/sentinel/ (utilise le domaine ksk-test.net). La lecture des sources de ces pages est recommandée.

On peut aussi regarder, parmi les sondes RIPE Atlas, lesquelles utilisent un résolveur avec sentinelles :

    
% blaeu-resolve --displayvalidation --type A --requested 100 --dnssec root-key-sentinel-not-ta-20326.ksk-test.net                                             
[ (Authentic Data flag)  204.194.23.4] : 30 occurrences 
[ERROR: SERVFAIL] : 12 occurrences 
[ (Authentic Data flag)   (TRUNCATED - EDNS buffer size was 4096 )  204.194.23.4] : 1 occurrences 
[204.194.23.4] : 52 occurrences 
Test #20692175 done at 2019-04-13T16:32:15Z

% blaeu-resolve --displayvalidation --type A --requested 100 --old_measurement 20692175 --dnssec root-key-sentinel-is-ta-20326.ksk-test.net                                                   
[ERROR: SERVFAIL] : 1 occurrences 
[ (Authentic Data flag)  204.194.23.4] : 38 occurrences 
[204.194.23.4] : 56 occurrences 
Test #20692176 done at 2019-04-13T16:33:56Z

Le premier test montre 52 sondes utilisant un résolveur non validant, 30 utilisant un validant sans sentinelles (ou bien utilisant une autre clé que 20326), et 12 utilisant un résolveur validant avec sentinelles. Le second test, effectué avec exactement les mêmes sondes, montre que les sondes utilisant un résolveur validant à sentinelles utilisent bien la clé 20326 (sauf une, qui a un SERVFAIL). Notez que les nombres ne coïncident pas parfaitement (30 + 12 - 1 ne fait pas 38), sans doute parce que certaines sondes ont plusieurs résolveurs DNS configurés, ce qui complique sérieusement l'analyse.

Un exemple d'utilisation de ce mécanisme de sentinelles figure dans cet article de Geoff Huston et cet autre.


Téléchargez le RFC 8509


L'article seul

RFC 8504: IPv6 Node Requirements

Date de publication du RFC : Janvier 2019
Auteur(s) du RFC : T. Chown (Jisc), J. Loughney (Intel), T. Winters (UNH-IOL)
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF 6man
Première rédaction de cet article le 31 janvier 2019


Il existe des tas de RFC qui concernent IPv6 et le programmeur qui met en œuvre ce protocole dans une machine risque fort d'en rater certains, ou bien d'implémenter certains qu'il aurait pu éviter. Ce RFC est donc un méta-RFC, chargé de dresser la liste de ce qui est indispensable dans une machine IPv6. Pas de changements spectaculaires par rapport au précédent RFC mais beaucoup de détails.

Ce document remplace son prédécesseur, le RFC 6434. Il vise le même but, servir de carte au développeur qui veut doter un système de capacités IPv6 et qui se demande s'il doit vraiment tout faire (réponse : non). Ce RFC explique clairement quels sont les points d'IPv6 qu'on ne peut pas négliger, sous peine de ne pas pouvoir interagir avec les autres machines IPv6. Le reste est laissé à l'appréciation du développeur, ou à celle de profils spécifiques à un usage ou à une organisation (comme dans le cas du « Profile for IPv6 in the U.S. Government »). La section 1 résume ce but.

Ce RFC s'applique à tous les nœuds IPv6, aussi bien les routeurs (ceux qui transmettent des paquets IPv6 reçus qui ne leur étaient pas destinés) que les machines terminales (toutes les autres).

Bien, maintenant, voyons les obligations d'une machine IPv6, dans l'ordre. D'abord, la couche 2 (section 4 du RFC). Comme IPv4, IPv6 peut tourner sur des tas de couches de liaison différentes et d'autres apparaîtront certainement dans le futur. En attendant, on en a déjà beaucoup, Ethernet (RFC 2464), 802.16 (RFC 5121), les réseaux pour objets connectés LowPAN 802.15.4 (RFC 4944), PPP (RFC 5072) et bien d'autres, sans compter les tunnels.

Ensuite, la couche 3 (section 5 du RFC) qui est évidemment le gros morceau puisque c'est la couche d'IP. Le cœur d'IPv6 est normalisé dans le RFC 8200 et ce dernier RFC doit donc être intégralement implémenté.

Comme IPv6, contrairement à IPv4, ne permet pas aux routeurs intermédiaires de fragmenter les paquets, la découverte de la MTU du chemin est particulièrement cruciale. La mise en œuvre du RFC 8201 est donc recommandée. Seules les machines ayant des ressources très limitées (du genre où tout doit tenir dans la ROM de démarrage) sont dispensées. Mais le RFC se doit de rappeler que la détection de la MTU du chemin est malheureusement peu fiable dans l'Internet actuel, en raison du grand nombre de pare-feux configurés avec les pieds et qui bloquent tout l'ICMP. Il peut être donc nécessaire de se rabattre sur les techniques du RFC 4821. Le RFC recommande également de ne pas trop fragmenter les paquets, pour ne pas tenter le diable, un certain nombre de machines intermédiaires bloquant les fragments. Cela concerne notamment les protocoles utilisant UDP, comme le DNS, qui n'ont pas de négociation de la taille des messages, contrairement à TCP.

En parlant de fragmentation, notre RFC rappelle également qu'on ne doit pas générer de fragments atomiques (un datagramme marqué comme fragmenté alors que toutes les données sont dans un seul datagramme), pour les raisons expliquées dans le RFC 8021. Et il ne faut pas utiliser d'identificateurs de fragment prévisibles (RFC 7739), afin d'empêcher certaines attaques comme l'attaque Shulman sur le DNS.

Le RFC 8200 décrit le format des paquets et leur traitement. Les adresses y sont simplement mentionnées comme des champs de 128 bits de long. Leur architecture est normalisée dans le RFC 4291, qui est obligatoire. (Une tentative de mise à jour de ce RFC 4291 avait eu lieu mais a été abandonnée sous les protestations.) La règle actuelle (RFC 7421) est que le réseau local a une longueur de préfixe de 64 bits (mais il y a au moins une exception, cf. RFC 6164.)

Également indispensable à toute machine IPv6, l'autoconfiguration sans état du RFC 4862 (SLAAC, StateLess Address AutoConfiguration), ainsi que ses protocoles auxiliaires comme la détection d'une adresse déjà utilisée. D'autre part, il est recommandé d'accepter l'allocation d'un préfixe entier à une machine (RFC 8273).

Les en-têtes d'extension (RFC 8200, section 4) sont un élément de base d'IPv6 et doivent donc être acceptés et traités par toutes les machines terminales. Notez que la création de nouveaux en-têtes est désormais déconseillée donc qu'une mise en œuvre d'IPv6 a des chances de ne pas voir apparaitre de nouveaux en-têtes. Même si c'était le cas, ils devront suivre le format générique du RFC 6564, ce qui devrait faciliter leur traitement.

ICMP (RFC 4443) est évidemment obligatoire, c'est le protocole de signalisation d'IP (une des erreurs les plus courantes des administrateurs réseaux incompétents est de bloquer ICMP sur les pare-feux).

Dernier protocole obligatoire, la sélection de l'adresse source selon les règles du RFC 6724, pour le cas où la machine aurait le choix entre plusieurs adresses (ce qui est plus fréquent en IPv6 qu'en IPv4).

Le reste n'est en général pas absolument obligatoire mais recommandé (le terme a un sens précis dans les RFC, définie dans le RFC 2119 : ce qui est marqué d'un SHOULD doit être mis œuvre, sauf si on a une bonne raison explicite et qu'on sait exactement ce qu'on fait). Par exemple, la découverte des voisins (NDP, RFC 4861) est recommandée. Toutes les machines IPv6 en ont besoin, sauf si elles utilisent les liens ne permettant pas la diffusion.

Moins générale, la sélection d'une route par défaut s'il en existe plusieurs, telle que la normalise le RFC 4191. Elle est particulièrement importante pour les environnements SOHO (RFC 7084). Et si la machine IPv6 a plusieurs adresses IP, et qu'il y a plusieurs routeurs, elle doit choisir le routeur en fonction de l'adresse source (RFC 8028).

On a vu que l'autoconfiguration sans état (sans qu'un serveur doive se souvenir de qui a quelle adresse) était obligatoire. DHCP (RFC 8415), lui, n'est que recommandé. Notez que DHCP ne permet pas d'indiquer le routeur à utiliser, cette information ne peut être obtenue qu'en écoutant les RA (Router Advertisements).

Une extension utile (mais pas obligatoire) d'IP est celle des adresses IP temporaires du RFC 4941, permettant de résoudre certains problèmes de protection de la vie privée. Évidemment, elle n'a pas de sens pour toutes les machines (par exemple, un serveur dans son rack n'en a typiquement pas besoin). Elle est par contre recommandée pour les autres. Le RFC 7721 fait un tour d'horizon plus général de la sécurité d'IPv6.

Encore moins d'usage général, la sécurisation des annonces de route (et des résolutions d'adresses des voisins) avec le protocole SEND (RFC 3971). Le déploiement effectif de SEND est très faible et le RFC ne peut donc pas recommander cette technique pour laquelle on n'a pas d'expérience, et qui reste simplement optionnelle.

L'une des grandes questions que se pose l'administrateur réseaux avec IPv6 a toujours été « autoconfiguration SLAAC - StateLess Address AutoConfiguration - / RA - Router Advertisement - ou bien DHCP ? » C'est l'un des gros points de ce RFC et la section 8.4 le discute en détail. Au début d'IPv6, DHCP n'existait pas encore pour IPv6 et les RA utilisés par SLAAC ne permettaient pas encore de transmettre des informations pourtant indispensables comme les adresses des résolveurs DNS (c'est maintenant possible, cf. RFC 8106). Aujourd'hui, les deux protocoles ont à peu près des capacités équivalentes. RA a l'avantage d'être sans état, DHCP a l'avantage de permettre des options de configuration différentes par machine. Mais DHCP ne permet pas d'indiquer le routeur à utiliser. Alors, quel protocole choisir ? Le problème de l'IETF est que si on en normalise deux, en laissant les administrateurs du réseau choisir, on court le risque de se trouver dans des situations où le réseau a choisi DHCP alors que la machine attend du RA ou bien le contraire. Bref, on n'aurait pas d'interopérabilité, ce qui est le but premier des normes Internet. Lorsque l'environnement est très fermé (un seul fournisseur, machines toutes choisies par l'administrateur réseaux), ce n'est pas un gros problème. Mais dans un environnement ouvert, par exemple un campus universitaire ou un hotspot Wifi, que faire ? Comme l'indiquent les sections 6.3 et 6.5, seul RA est obligatoire, DHCP ne l'est pas. RA est donc toujours la méthode recommandée si on doit n'en choisir qu'une, c'est la seule qui garantit l'interopérabilité.

Continuons à grimper vers les couches hautes. La section 7 est consacrée aux questions DNS. Une machine IPv6 devrait pouvoir suivre le RFC 3596 et donc avoir la possibilité de gérer des enregistrements DNS de type AAAA (les adresses IPv6) et la résolution d'adresses en noms grâce à des enregistrements PTR dans ip6.arpa.

À noter qu'une machine IPv6, aujourd'hui, a de fortes chances de se retrouver dans un environnement où il y aura une majorité du trafic en IPv4 (c'est certainement le cas si cet environnement est l'Internet). La section 10 rappelle donc qu'une machine IPv6 peut avoir intérêt à avoir également IPv4 et à déployer des techniques de transition comme la double-pile du RFC 4213.

Encore juste une étape et nous en sommes à la couche 7, à laquelle la section 11 est consacrée. Si elle parle de certains détails de présentation des adresses (RFC 5952), elle est surtout consacrée à la question des API. En 2019, on peut dire que la très grande majorité des machines a IPv6, côté couche 3 (ce qui ne veut pas dire que c'est activé, ni que le réseau le route). Mais les applications sont souvent en retard et beaucoup ne peuvent tout simplement pas communiquer avec une autre machine en IPv6. L'IETF ne normalise pas traditionnellement les API donc il n'y a pas d'API recommandée ou officielle dans ce RFC, juste de l'insistance sur le fait qu'il faut fournir une API IPv6 aux applications, si on veut qu'elles utilisent cette version d'IP, et qu'il en existe déjà, dans les RFC 3493 (fonctions de base) et RFC 3542 (fonctions avancées).

La sécurité d'IPv6 a fait bouger beaucoup d'électrons, longtemps avant que le protocole ne soit suffisamment déployé pour qu'on puisse avoir des retours d'expérience. Le RFC note donc bien que la sécurité est un processus complexe, qui ne dépend certainement pas que d'une technique magique et qu'aucun clair gagnant n'émerge de la liste des solutions de sécurité (IPsec, TLS, SSH, etc). D'autant plus qu'IPv6 vise à être déployé dans des contextes comme « l'Internet des Trucs » où beaucoup de machines n'auront pas forcément les ressources nécessaires pour faire de l'IPsec.

Toutes les règles et recommandations précédentes étaient pour tous les nœuds IPv6. La section 14 expose les règles spécifiques aux routeurs. Ils doivent évidemment router les paquets (cf. RFC 7608). Ils doivent aussi être capables d'envoyer les Router Advertisement et de répondre aux Router Solicitation du RFC 4861 et on suggère aux routeurs SOHO d'envisager sérieusement d'inclure un serveur DHCP (RFC 7084) et aux routeurs de réseaux locaux de permettre le relayage des requêtes DHCP.

Nouveauté de ce RFC, la section 15 se penche sur le cas des objets contraints, ces tout petits ordinateurs avec peu de ressources, pour lesquels il a parfois été dit qu'IPv6 n'était pas réaliste. Le groupe de travail de l'IETF 6LowPAN a beaucoup travaillé pour faire en sorte qu'IPv6 tourne bien sur ces objets contraints (RFC 4919). Pour la question de la consommation énergétique, voir le RFC 7772.

Enfin, la section 16 se penche sur la gestion des réseaux IPv6 en notant qu'au moins deux MIB sont recommandées, celle du RFC 4292 sur la table de routage, et celle du RFC 4293 sur IP en général. SNMP n'est plus le seul protocole cité, Netconf (RFC 6241) et Restconf (RFC 8040) apparaissent.

Les changements par rapport au RFC 6434 sont résumés dans l'annexe A. Pas mal de changements pendant les sept ans écoulés depuis le RFC 6434 mais aucun n'est dramatique : 

  • Ajout des objets contraints, et des questions liées à la consommation eléctrique,
  • L'indication du résolveur DNS par les RA, devient obligatoire (section 8.3),
  • Ajout de Netconf et Restconf pour la gestion des réseaux,
  • Les questions liées à la vie privée sont plus nombreuses, avec par exemple le profil DHCP du RFC 7844,
  • Les jumbograms du RFC 2675, peu déployés, ont été abandonnés,
  • Autre abandon, celui d'ATM, un échec complet,
  • Conseils sur la fragmentation, notamment pour le DNS.

Téléchargez le RFC 8504


L'article seul

RFC 8501: Reverse DNS in IPv6 for Internet Service Providers

Date de publication du RFC : Novembre 2018
Auteur(s) du RFC : L. Howard (Retavia)
Pour information
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 28 janvier 2019


Le DNS permet d'avoir des enregistrements de type PTR, dans un sous-arbre spécifique sous .arpa, permettant d'associer un nom à une adresse IP. Les FAI et autres fournisseurs peuplent souvent ce sous-arbre afin que tous les clients aient un PTR, et donc que la « résolution inverse » (mal nommée, mais tant pis) rende un résultat. Avec IPv4, c'est facile. Si on gère un préfixe /22, on a 1 024 PTR à mettre, ce qui fait encore une assez petite zone DNS. Mais en IPv6 ? La zone ainsi pré-peuplée serait de taille colossale, bien au-delà des capacités des serveurs de noms. Il faut donc trouver d'autres solutions, et c'est ce que décrit ce RFC.

Deux exemples d'enregistrement PTR en IPv6, pour commencer, vus avec dig :


% dig +short -x 2a00:1450:4007:816::2005 
par10s33-in-x05.1e100.net.

    

(1E100 = Google). Et un autre, avec tous les détails :


% dig -x 2001:67c:2218:e::51:41
...
;; QUESTION SECTION:
;1.4.0.0.1.5.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.e.0.0.0.8.1.2.2.c.7.6.0.1.0.0.2.ip6.arpa. IN PTR

;; ANSWER SECTION:
1.4.0.0.1.5.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.e.0.0.0.8.1.2.2.c.7.6.0.1.0.0.2.ip6.arpa. 600 IN PTR epp.nic.fr.

    

Et les mêmes, vus avec le DNS looking glass : https://dns.bortzmeyer.org/2a00:1450:4007:816::2005?reverse=1 et https://dns.bortzmeyer.org/2001:67c:2218:e::51:41?reverse=1.

Pourquoi mettre ces enregistrements PTR ? Le RFC 1912, section 2.1, dit que ce serait bien de le faire (« For every IP address, there should be a matching PTR record in the in-addr.arpa domain ») mais ne donne pas de raison, à part que certains services risquent de vous refuser si vous n'avez pas ce PTR. En fait, il y a deux sortes de vérification que peut faire un service distant auquel vous vous connectez :

  • Vérifier que votre adresse IP, celle du client, a un PTR, et refuser l'accès distant sinon. C'est relativement rare (et, à mon avis, assez bête).
  • Vérifier que, s'il y a un PTR, il pointe vers un nom qui à son tour pointe vers l'adresse IP du client (et attention si vous programmez cela : on peut avoir plusieurs PTR, et les noms qu'ils indiquent peuvent avoir plusieurs adresses IP). Ce test est plus fréquent et bien plus justifié (vous n'êtes pas obligé d'avoir un PTR mais, si vous en avez un, il doit être cohérent). Notez que, par exemple, Postfix fait ce test (on obtient des messages du genre « postfix/smtpd[818]: warning: hostname ppp-92-39-138-98.in-tel.ru does not resolve to address 92.39.138.98: Name or service not known », et de tels messages sont fréquents, indiquant que beaucoup d'administrateurs réseaux sont négligents) et que ce test n'est apparemment pas débrayable. Pour configurer les conséquences de ce test, voyez les paramètres reject_unknown_client_hostname et reject_unknown_reverse_client_hostname. Pour OpenSSH, c'est l'option UseDNS qui décide des conséquences du test.

La deuxième vérification peut se faire ainsi (en pseudo-code sur le serveur) :

if is_IPv4(client_IP_address) then
    arpa_domain = inverse(client_IP_address) + '.in-addr.arpa'
else
    arpa_domain = inverse(client_IP_address) + '.ip6.arpa'
end if
names = PTR_of(arpa_domain)    # Bien se rappeler qu'il peut y avoir plusieurs PTR
for name in names loop
    if is_IPv4(IP_address) then
        addresses = A_of(name) # Bien se rappeler qu'il peut y avoir plusieurs A ou AAAA
    else
        addresses = AAAA_of(name)
    end if
    if client_IP_address in addresses then
            return True
    end if
end loop
return False
    

Est-ce une bonne idée d'exiger un enregistrement PTR ? Le RFC 1912 le fait, mais il est vieux de 22 ans et est nettement dépassé sur ce point. Cette question des enregistrements PTR, lorsqu'elle est soulevée dans les forums d'opérateurs ou bien à l'IETF, entraine toujours des débats passionnés. Un projet de RFC avait été développé (draft-ietf-dnsop-reverse-mapping-considerations) mais n'avait jamais abouti. Mais ce qui est sûr est que ces PTR sont parfois exigés par des serveurs Internet, et qu'il faut donc réfléchir à la meilleure façon de les fournir.

En IPv4, comme indiqué dans le paragraphe introductif, c'est simple. On écrit un petit programme qui génère les PTR, on les met dans un fichier de zone, et on recharge le serveur DNS faisant autorité. Si le FAI example.net gère le préfixe IP 203.0.113.0/24, la zone DNS correspondante est 113.0.203.in-addr.arpa, et on met dans le fichier de zone quelque chose comme :

1   IN   PTR    1.north.city.example.net.
2   IN   PTR    2.north.city.example.net.
3   IN   PTR    3.north.city.example.net.
4   IN   PTR    4.north.city.example.net.
...
    

Et, si on est un FAI sérieux, on vérifie qu'on a bien les enregistrements d'adresse dans la zone example.net :

1.north.city IN A 203.0.113.1      
2.north.city IN A 203.0.113.2      
3.north.city IN A 203.0.113.3      
4.north.city IN A 203.0.113.4      
...
    

Mais en IPv6 ? Un PTR a cette forme (dans le fichier de zone de a.b.b.a.2.4.0.0.8.b.d.0.1.0.0.2.ip6.arpa) :

1.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0.0 IN PTR   1.north.city.example.net.
    

Et l'enregistrement d'adresse :

1.north.city IN AAAA 2001:db8:42:abba::1
    

Mais il faudrait autant de PTR que d'adresses possibles. Générer automatiquement la multitude de PTR qu'il faudrait, même pour un simple /64, est inenvisageable. Même si un programme arrivait à le faire (comme le note le RFC, en écrivant 1 000 entrées par seconde, il faudrait presque 600 millions d'années pour un pauvre /64), le serveur de noms ne pourrait pas charger une zone aussi grosse.

La section 2, le gros du RFC, décrit les solutions possibles. Elles n'ont pas les mêmes propriétés en terme de passage à l'échelle, conformité aux normes et disponibilité dans les logiciels existants, et, disons-le tout de suite, aucune n'est parfaite.

Première solution, la plus brutale, répondre NXDOMAIN (« ce nom n'existe pas »). C'est simple à faire et ça marche bien, quelle que soit la taille du préfixe. Il suffit d'un fichier de zone vide (juste les enregistrements SOA et NS) pour mettre en œuvre cette solution.

Après tout, c'est la réponse la plus honnête : pas d'information disponible. (Attention, on parle bien de répondre NXDOMAIN, et surtout pas de ne pas répondre. Ne pas répondre va laisser le client DNS attendre, peut-être très longtemps, alors qu'un NXDOMAIN va tout de suite lui dire qu'il n'y a pas de réponse.) Cela ne suit pas le RFC 1912, mais dont on a vu qu'il est très contestable sur ce point. Par contre, certains services seront refusés (à tort, je pense, mais la légende « s'il n'a pas de PTR, c'est un méchant » est très répandue) au client qui n'a pas de PTR.

Deuxième solution, profiter des jokers du DNS (RFC 4592) pour avoir une réponse identique pour toutes les adresses IP (cf. RFC 4472). C'est simple à faire et ça passe bien à l'échelle. Le fichier de zone va être :

*  IN PTR one-host.foo.bar.example.
    

Le principal inconvénient est que la requête en sens inverse (du nom - ici one-host.foo.bar.example - vers l'adresse IP) ne donnera pas un bon résultat, puisqu'il n'y a qu'un seul nom, ce qui plantera les programmes qui vérifient la cohérence des PTR et des A/AAAA.

Troisième solution, laisser les machines mettre à jour elle-mêmes le DNS, pour y mettre le PTR. La machine qui vient d'obtenir une adresse IP (que ce soit par SLAAC, DHCP ou un autre moyen), va mettre à jour enregistrements AAAA et PTR dans un serveur DNS dynamique. Cette fois, c'est compliqué à réaliser. Pour un gros FAI, il y aura plusieurs serveurs DNS, à des fins de redondance, il faudra que les machines clientes s'adressent au bon (il n'y a pas de mécanisme standard pour cela), s'il y a beaucoup de clients DNS, le serveur va souffrir, authentifier ces requêtes de mise à jour du DNS va être compliqué… Sans compter le risque qu'un utilisateur facétieux ne mette un PTR… « créatif » ou tout simplement un nom déjà utilisé.

Notez que, à la maison ou dans au autre petit réseau local, ce n'est pas forcément la machine terminale qui pourrait faire la mise à jour DNS. Cela pourrait se centraliser au niveau du routeur CPE (la box).

Dans ce cas, on pourrait même imaginer que le FAI délègue deux noms de domaine à ce routeur CPE, un nom pour les requêtes d'adresses (mettons customer-7359.city.example.net) et un pour les requêtes inverses (mettons 6.a.2.1.6.a.a.b.8.b.d.0.1.0.0.2.ip6.arpa). Dans ce cas, ce serait de la responsabilité du routeur CPE de répondre pour ces noms, d'une manière configurable par l'utilisateur. Si le FAI fournit la box, comme c'est courant en France, il peut s'assurer qu'elle est capable de fournir ce service. Autrement, il faut ne faire cette délégation que si l'utilisateur a cliqué sur « oui, j'ai un serveur DNS bien configuré, déléguez-moi », ou bien en utilisant une heuristique (si un client demande une délégation de préfixe IP, on peut estimer qu'il s'agit d'un routeur et pas d'une machine terminale, et elle a peut-être un serveur DNS inclus). Notez que le RFC 6092 dit qu'un routeur CPE ne doit pas avoir, par défaut, de serveur DNS accessible de l'extérieur, mais cet avis était pour un résolveur, pas pour un serveur faisant autorité.

Enfin, la mise à jour dynamique du DNS peut aussi être faite par le serveur DHCP du FAI, par exemple en utilisant le nom demandé par le client (RFC 4704). Ou par le serveur RADIUS.

Quatrième solution, déjà partiellement évoquée plus haut, déléguer le DNS à l'utilisateur. Cela ne marche pas en général avec l'utilisateur individuel typique, qui n'a pas de serveur DNS, ni le temps ou l'envie d'en installer un. Une solution possible serait d'avoir une solution toute prête dans des offres de boitiers faisant tout comme le Turris Omnia.

Enfin, cinquième et dernière possibilité, générer des réponses à la volée, lors de la requête DNS. Un exemple d'algorithme serait, lors de la réception d'une requête DNS de type PTR, de fabriquer un nom (mettons host-56651.customers.example.net), de le renvoyer et de créer une entrée de type AAAA pour les requêtes portant sur ce nom. Ces deux entrées pourraient être gardées un certain temps, puis nettoyées. Notez que cela ne permet pas à l'utilisateur de choisir son nom. Et que peu de serveurs DNS savent faire cela à l'heure actuelle. (Merci à Alarig Le Lay pour m'avoir signalé le module qui va bien dans Knot.)

Cette technique a deux autres inconvénients. Si on utilise DNSSEC, elle impose de générer également les signatures dynamiquement (ou de ne pas signer cette zone, ce qui est raisonnable pour de l'information non-critique). Et l'algorithme utilisé doit être déterministe, pour donner le même résultat sur tous les serveurs de la zone.

La section 3 de notre RFC discute la possibilité d'un avitaillement du DNS par l'utilisateur final, via une interface dédiée, par exemple une page Web (évidemment authentifiée). Voici par exemple l'interface de Linode : linode-reverse-dns.png

Notez qu'on ne peut définir un PTR qu'après avoir testé que la recherche d'adresses IP pour ce nom fonctionne, et renvoie une des adresses de la machine. Chez Gandi, on ne peut plus changer ces enregistrements depuis le passage à la version 5 de l'interface, hélas. Mais ça fonctionne encore tant que la version 4 reste en service : gandi-reverse-dns.png

L'interface de Free (qui ne gère qu'IPv4) est boguée : elle affiche le nom choisi mais une requête PTR donne quand même le nom automatique (du genre lns-bzn-x-y-z.adsl.proxad.net, d'autant plus drôle qu'il concerne un abonnement via la fibre).

La section 4 tente de synthétiser le problème et les solutions. Considérant qu'il y a six utilisations typiques des enregistrements PTR :

  • Accepter ou rejeter du courrier, dans le cadre de la lutte anti-spam,
  • Servir des publicités, en utilisant le PTR comme source de géolocalisation,
  • Accepter ou rejeter des connexions SSH (en supposant, ce qui est très contestable, qu'un PTR avec validation de l'adresse est un bon indicateur d'un client SSH « sérieux »),
  • La journalisation, en notant aussi bien le nom que l'adresse IP du client ; attention, noter le nom seul serait une erreur, puisqu'il est entièrement contrôlé du côté du client (l'administrateur de 2001:db8:42::1 peut, via son contrôle de 2.4.0.0.8.b.d.0.1.0.0.2.ip6.arpa, mettre un PTR indiquant www.google.com),
  • traceroute (à mon avis l'une des rares utilisations vraiment valables des enregistrements PTR),
  • La découverte de services, suivant le RFC 6763.

Considérant ces usages, la meilleure solution serait la délégation du DNS à l'utilisateur, pour qu'il ait un contrôle complet, mais comme c'est actuellement irréaliste la plupart du temps, le NXDOMAIN est parfois la solution la plus propre. Évidemment, comme toujours, « cela dépend » et chaque opérateur doit faire sa propre analyse (rappelez-vous qu'il n'y a pas de consensus sur ces enregistrements PTR). Personnellement, je pense que tout opérateur devrait fournir à ses utilisateurs un moyen (formulaire Web ou API) pour mettre un enregistrement PTR.

Et pour terminer, la section 5 de notre RFC décrit les questions de sécurité et de vie privée liées à ces questions de résolution « inverse ». Parmi elles :

  • Certaines personnes affirment bien fort que la présence d'un enregistrement PTR signifie quelque chose (par exemple que l'administrateur réseaux est sérieux/qualifié) mais c'est contestable.
  • Ces enregistrements PTR, en l'absence de DNSSEC, n'ont qu'une valeur limitée pour la sécurité, puisqu'ils peuvent être manipulés, ajoutés ou détruits par un tiers ; tester ces enregistrements via un résolveur non-validant n'est pas très sérieux,
  • Attention à la vie privée : trop d'information dans un PTR peut poser des problèmes (cf. RFC 8117),
  • Lorsque l'utilisateur peut choisir la chaîne de caractères mise dans le PTR, son inventivité peut poser des problèmes (le-ministre-machin-est-un-voleur.example.net, ce qui peut valoir des ennuis juridiques au FAI).

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L'article seul

RFC 8499: DNS Terminology

Date de publication du RFC : Janvier 2019
Auteur(s) du RFC : P. Hoffman (ICANN), A. Sullivan, K. Fujiwara (JPRS)
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 3 janvier 2019


Comme beaucoup de protocoles très utilisés sur l'Internet, le DNS est ancien. Très ancien (la première norme, le RFC 882, date de 1983). Les normes techniques vieillissent, avec l'expérience, on comprend mieux, on change les points de vue et donc, pour la plupart des protocoles, on se lance de temps en temps dans une révision de la norme. Mais le DNS est une exception : la norme actuelle reste fondée sur des textes de 1987, les RFC 1034 et RFC 1035. Ces documents ne sont plus à jour, modifiés qu'ils ont été par des dizaines d'autres RFC. Bref, aujourd'hui, pour comprendre le DNS, il faut s'apprêter à lire de nombreux documents. En attendant qu'un courageux et charismatique participant à l'IETF se lance dans la tâche herculéenne de faire un jeu de documents propre et à jour, ce RFC 8499, successeur du RFC 7719, se limite à une ambition plus modeste : fixer la terminologie du DNS. Ce n'est pas un tutoriel : vous n'y apprendrez pas le DNS. C'est plutôt une encyclopédie.

En effet, chacun peut constater que les discussions portant sur le DNS sont difficiles : on manque de terminologie standard, et celle des RFC officielles ne suffit pas, loin de là. Souvent, le DNS a tellement changé que le RFC officiel est même trompeur : les mots ne veulent plus dire la même chose. D'autres protocoles ont connu des mises à jour de la norme. Cela a été le cas de SMTP, passé successivement du RFC 772 à l'actuel RFC 5321, en passant par plusieurs révisions successives. Ou de XMPP, qui a vu sa norme originale mise à jour dans le RFC 6120. Et bien sûr de HTTP, qui a connu un toilettage complet. Mais personne n'a encore osé faire pareil pour le DNS. Au moins, ce RFC 8499, comme son prédécesseur RFC 7719, traite l'un des problèmes les plus criants, celui du vocabulaire. Le RFC est évidemment en anglais, les traductions proposées dans cet article, et qui n'ont pas de valeur « officielle » sont de moi seul.

Notre RFC 8499 rassemble donc des définitions pour des termes qui étaient parfois précisément définis dans d'autres RFC (et il fournit alors un lien vers ce RFC original), mais aussi qui n'étaient définis qu'approximativement ou parfois qui n'étaient pas définis du tout (et ce RFC fournit alors cette définition). Du fait du flou de certains RFC anciens, et des changements qui ont eu lieu depuis, certaines définitions sont différentes de l'original. Le document a fait l'objet d'un consensus relatif auprès des experts DNS mais quelques termes restent délicats. Notez aussi que d'autres organisations définissent des termes liés au DNS par exemple le WHATWG a sa définition de ce qu'est un domaine, et le RSSAC a développé une terminologie.

Ironiquement, un des termes les plus difficiles à définir est « DNS » lui-même (section 1 de notre RFC). D'accord, c'est le sigle de Domain Name System mais ça veut dire quoi ? « DNS » peut désigner le schéma de nommage (les noms de domaine comme signal.eu.org, leur syntaxe, leurs contraintes), la base de données répartie (et faiblement cohérente) qui associe à ces noms des informations (comme des certificats, des adresses IP, etc), ou le protocole requête/réponse (utilisant le port 53) qui permet d'interroger cette base. Parfois, « DNS » désigne uniquement le protocole, parfois, c'est une combinaison des trois éléments indiqués plus haut (personnellement, quand j'utilise « DNS », cela désigne uniquement le protocole, un protocole relativement simple, fondé sur l'idée « une requête => une réponse »).

Bon, et ces définitions rigoureuses et qui vont mettre fin aux discussions, ça vient ? Chaque section du RFC correspond à une catégorie particulière. D'abord, en section 2, les noms eux-même, ces fameux noms de domaine. Un système de nommage (naming system) a plusieurs aspects, la syntaxe des noms, la gestion des noms, le type de données qu'on peut associer à un nom, etc. D'autres systèmes de nommage que celui présenté dans ce RFC existent, et sont distincts du DNS sur certains aspects. Pour notre système de nommage, le RFC définit :

  • Nom de domaine (domain name) : la définition est différente de celle du RFC 7719, qui avait simplement repris celle du RFC 1034, section 3.1. Elle est désormais plus abstraite, ce qui permet de l'utiliser pour d'autres systèmes de nommage. Un nom de domaine est désormais simplement une liste (ordonnée) de composants (labels). Aucune restriction n'est imposée dans ces composants, simplement formés d'octets (tant pis pour la légende comme quoi le DNS serait limité à ASCII). Comme on peut représenter les noms de domaine sous forme d'un arbre (la racine de l'arbre étant à la fin de la liste des composants) ou bien sous forme texte (www.madmoizelle.com), le vocabulaire s'en ressent. Par exemple, on va dire que com est « au-dessus de madmoizelle.com » (vision arborescente) ou bien « à la fin de www.madmoizelle.com » (vision texte). Notez aussi que la représentation des noms de domaine dans les paquets IP n'a rien à voir avec leur représentation texte (par exemple, les points n'apparaissent pas). Enfin, il faut rappeler que le vocabulaire « standard » n'est pas utilisé partout, même à l'IETF, et qu'on voit parfois « nom de domaine » utilisé dans un sens plus restrictif (par exemple uniquement pour parler des noms pouvant être résolus avec le DNS, pour lesquels il avait été proposé de parler de DNS names.)
  • FQDN (Fully Qualified Domain Name, nom de domaine complet) : apparu dans le RFC 819, ce terme désigne un nom de domaine où tous les composants sont cités (par exemple, ldap.potamochère.fr. est un FQDN alors que ldap tout court ne l'est pas). En toute rigueur, un FQDN devrait toujours s'écrire avec un point à la fin (pour représenter la racine) mais ce n'est pas toujours le cas. (Notre RFC parle de « format de présentation » et de « format courant d'affichage » pour distinguer le cas où on met systématiquement le point à la fin et le cas où on l'oublie.)
  • Composant (label) : un nœud de l'arbre des noms de domaine, dans la chaîne qui compose un FQDN. Dans www.laquadrature.net, il y a trois composants, www, laquadrature et net.
  • Nom de machine (host name) : ce n'est pas la même chose qu'un nom de domaine. Utilisé dans de nombreux RFC (par exemple RFC 952) mais jamais défini, un nom de machine est un nom de domaine avec une syntaxe plus restrictive, définie dans la section 3.5 du RFC 1035 et amendée par la section 2.1 du RFC 1123 : uniquement des lettres, chiffres, points et le tiret. Ainsi, brienne.tarth.got.example peut être un nom de machine mais www.&#$%?.example ne peut pas l'être. Le terme de « nom de machine » est parfois aussi utilisé pour parler du premier composant d'un nom de domaine (brienne dans brienne.tarth.got.example).
  • TLD (Top Level Domain, domaine de premier niveau ou domaine de tête) : le dernier composant d'un nom de domaine, celui juste avant (ou juste en dessous) de la racine. Ainsi, fr ou name sont des TLD. N'utilisez surtout pas le terme erroné d'« extension ». Et ne dites pas que le TLD est le composant le plus à droite, ce n'est pas vrai dans l'alphabet arabe. La distinction courante entre gTLD, gérés par l'ICANN, et ccTLD, indépendants de l'ICANN, est purement politique et ne se reflète pas dans le DNS.
  • DNS mondial (Global DNS), nouveauté de notre RFC, désigne l'ensemble des noms qui obéissent aux règles plus restrictives des RFC 1034 et RFC 1035 (limitation à 255 octets, par exemple). En outre, les noms dans ce « DNS mondial » sont rattachés à la racine officiellement gérée par l'ICANN, via le service PTI. Une racine alternative, si elle sert un contenu différent de celui de PTI, n'est donc pas le « DNS mondial » mais ce que le RFC nomme « DNS privé » (private DNS). Évidemment, un système de nommage qui n'utilise pas le DNS du tout mais qui repose, par exemple, sur le pair-à-pair, ne doit pas être appelé DNS (« DNS pair-à-pair » est un oxymore, une contradiction dans les termes.)
  • IDN (Internationalized Domain Name, nom de domaine internationalisé) : un nom de domaine en Unicode, normalisé dans le RFC 5890, qui définit des termes comme U-label (le nom Unicode) et A-label (sa représentation en Punycode). Sur l'internationalisation des noms, vous pouvez aussi consulter le RFC de terminologie RFC 6365.
  • Sous-domaine (subdomain) : domaine situé sous un autre, dans l'arbre des noms de domaines. Sous forme texte, un domaine est sous-domaine d'un autre si cet autre est un suffixe. Ainsi, www.cl.cam.ac.uk est un sous-domaine de cl.cam.ac.uk, qui est un sous-domaine de cam.ac.uk et ainsi de suite, jusqu'à la racine, le seul domaine à n'être sous-domaine de personne. Quand le RFC parle de suffixe, il s'agit d'un suffixe de composants, pas de caractères : foo.example.net n'est pas un sous-domaine de oo.example.net.
  • Alias (alias) : attention, il y a un piège. Le DNS permet à un nom d'être un alias d'un autre, avec le type d'enregistrement CNAME (voir la définition suivante). L'alias est le terme de gauche de l'enregistrement CNAME. Ainsi, si on met dans un fichier de zone vader IN CNAME anakin, l'alias est vader (et c'est une erreur de dire que c'est « le CNAME »).
  • CNAME (Canonical Name, nom canonique, le « vrai » nom) : le membre droit dans l'enregistrement CNAME. Dans l'exemple de la définition précédente, anakin est le CNAME, le « nom canonique ».

Fini avec les noms, passons à l'en-tête des messages DNS et aux codes qu'il peut contenir. Cet en-tête est défini dans le RFC 1035, section 4.1. Il donne des noms aux champs mais pas forcément aux codes. Ainsi, le code de réponse 3 indiquant qu'un domaine demandé n'existe pas est juste décrit comme name error et n'a reçu son mnémonique de NXDOMAIN (No Such Domain) que plus tard. Notre RFC définit également, dans sa section 3 :

  • NODATA : un mnémonique pour une réponse où le nom de domaine demandé existe bien mais ne contient aucun enregistrement du type souhaité. Le code de retour est 0, NOERROR, et le nombre de réponses (ANCOUNT pour Answer Count) est nul.
  • Réponse négative (negative answer) : le terme recouvre deux choses, une réponse disant que le nom de domaine demandé n'existe pas, ou bien une réponse indiquant que le serveur ne peut pas répondre (code de retour SERVFAIL ou REFUSED). Voir le RFC 2308.
  • Renvoi (referral) : le DNS étant décentralisé, il arrive qu'on pose une question à un serveur qui ne fait pas autorité pour le domaine demandé, mais qui sait vous renvoyer à un serveur plus proche. Ces renvois sont indiqués dans la section Authority d'une réponse.

Voici un renvoi depuis la racine vers .fr :


% dig @l.root-servers.net A blog.imirhil.fr 
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 16572
;; flags: qr rd; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 5, ADDITIONAL: 11
...
;; AUTHORITY SECTION:
fr.			172800 IN NS d.ext.nic.fr.
fr.			172800 IN NS d.nic.fr.
fr.			172800 IN NS e.ext.nic.fr.
fr.			172800 IN NS f.ext.nic.fr.
fr.			172800 IN NS g.ext.nic.fr.

    

La section 4 s'intéresse aux transactions DNS. Un des termes définis est celui de QNAME (Query NAME). Nouveauté de ce RFC, il a suscité bien des débats. Il y a en effet trois sens possibles (le premier étant de très loin le plus commun) :

  • Le sens original, le QNAME est la question posée (le nom de domaine demandé),
  • Le sens du RFC 2308, la question finale (qui n'est pas la question posée s'il y a des CNAME sur le trajet),
  • Un sens qui n'apparait pas dans les RFC mais est parfois présent dans les discussions, une question intermédiaire (dans une chaîne de CNAME).

Le RFC 2308 est clairement en tort ici. Il aurait dû utiliser un terme nouveau, pour le sens nouveau qu'il utilisait.

Passons maintenant aux enregistrements DNS, stockés dans cette base de données répartie (section 5 du RFC) :

  • RR (Resource Record) : un enregistrement DNS.
  • Enregistrements d'adresses (Address records) : enregistrements DNS A (adresses IPv4) et AAAA (adresses IPv6). Beaucoup de gens croient d'ailleurs que ce sont les seuls types d'enregistrements possibles (« le DNS sert à traduire les noms en adresses IP » est une des synthèses erronées du DNS les plus fréquentes).
  • Ensemble d'enregistrements (RRset pour Resource Record set) : un ensemble d'enregistrements ayant le même nom (la même clé d'accès à la base), la même classe, le même type et le même TTL. Cette notion avait été introduite par le RFC 2181. Notez que la définition originale parle malheureusement de label dans un sens incorrect. La terminologie du DNS est vraiment compliquée !
  • Fichier maître (master file) : un fichier texte contenant des ensembles d'enregistrement. Également appelé fichier de zone, car son utilisation la plus courante est pour décrire les enregistrements que chargera le serveur maître au démarrage. (Ce format peut aussi servir à un résolveur quand il écrit le contenu de sa mémoire sur disque.)
  • EDNS (Extension for DNS, également appelé EDNS0) : normalisé dans le RFC 6891, EDNS permet d'étendre l'en-tête du DNS, en spécifiant de nouvelles options, en faisant sauter l'antique limitation de taille de réponses à 512 octets, etc.
  • OPT (pour Option) : une astuce d'EDNS pour encoder les informations de l'en-tête étendu. C'est un enregistrement DNS un peu spécial, défini dans le RFC 6891, section 6.1.1.
  • Propriétaire (owner ou owner name) : le nom de domaine d'un enregistrement. Ce terme est très rarement utilisé, même par les experts.
  • Champs du SOA (SOA field names) : ces noms des enregistrements SOA (comme MNAME ou RNAME) sont peu connus et malheureusement peu utilisés (RFC 1035, section 3.3.13). Notez que la sémantique du champ MINIMUM a complètement changé avec le RFC 2308.
  • TTL (Time To Live) : la durée de vie maximale d'un enregistrement dans les caches des résolveurs. C'est un entier non signé (même si le RFC 1035 dit le contraire), en secondes.

Voici un ensemble d'enregistrements (RRset), comptant ici deux enregistrements :


rue89.com.		600 IN MX 50 mx2.typhon.net.
rue89.com.		600 IN MX 10 mx1.typhon.net.	       
	       
    

(Depuis, ça a changé.)

Et voici un pseudo-enregistrement OPT, tel qu'affiché par dig, avec une indication de la taille maximale et l'option client subnet (RFC 7871) :

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags: do; udp: 512
; CLIENT-SUBNET: 13.176.144.0/24/0
    

Ensuite, un sujet chaud où le vocabulaire est particulièrement peu défini, et très mal utilisé (voir les forums grand public sur le DNS où les discussions prennent un temps fou car les gens utilisent mal les mots) : les différents types de serveurs et clients DNS (section 6). Pour commencer, il est crucial de se méfier quand un texte parle de « serveur DNS » tout court. Si le contexte ne permet pas de savoir de quel genre de serveur DNS on parle, cela indique un manque de compréhension du DNS par l'auteur du texte. Serveurs faisant autorité et serveurs résolveurs, quoique utilisant le même protocole, sont en effet très différents.

  • Résolveur (resolver) : un client DNS qui va produire une réponse finale (pas juste un renvoi, pas juste une information ponctuelle comme le fait dig). Il existe plusieurs types de résolveurs (voir ci-dessous) et, en pratique, quand on dit « résolveur » tout court, c'est en général un « résolveur complet ».
  • Résolveur minimum (stub resolver) : un résolveur qui ne sait pas suivre les renvois et qui dépend donc d'un ou de plusieurs résolveurs complets pour faire son travail. Ce type est défini dans la section 6.1.3.1 du RFC 1123. C'est ce résolveur minimum qu'appelent les applications lorsqu'elles font un getaddrinfo() ou getnameinfo(). Sur Unix, le résolveur minimum fait en général partie de la libc et trouve l'adresse du ou des résolveurs complets dans /etc/resolv.conf.
  • Résolveur complet (full resolver) : un résolveur qui sait suivre les renvois et donc fournir un service de résolution complet. Des logiciels comme Unbound ou PowerDNS Resolver assurent cette fonction. Le résolveur complet est en général situé chez le FAI ou dans le réseau local de l'organisation où on travaille, mais il peut aussi être sur la machine locale. On le nomme aussi « résolveur récursif ». Notez que « résolveur complet » fait partie de ces nombreux termes qui étaient utilisés sans jamais avoir été définis rigoureusement.
  • Resolveur complet avec mémoire (full-service resolver) : un résolveur complet, qui dispose en plus d'une mémoire (cache) des enregistrements DNS récoltés.
  • Serveur faisant autorité (authoritative server et traduire ce terme par « serveur autoritaire » montre une grande ignorance de l'anglais ; un adjudant est autoritaire, un serveur DNS fait autorité) : un serveur DNS qui connait une partie des données du DNS (il « fait autorité » pour une ou plusieurs zones) et peut donc y répondre (RFC 2182, section 2). Ainsi, au moment de l'écriture de cet article, f.root-servers.net fait autorité pour la racine, d.nic.fr fait autorité pour pm, etc. Des logiciels comme NSD ou Knot assurent cette fonction. Les serveurs faisant autorité sont gérés par divers acteurs, les registres, les hébergeurs DNS (qui sont souvent en même temps bureaux d'enregistrement), mais aussi parfois par M. Michu. La commande dig NS $ZONE vous donnera la liste des serveurs faisant autorité pour la zone $ZONE. Ou bien vous pouvez utiliser un service sur le Web en visitant https://dns.bortzmeyer.org/DOMAIN/NS où DOMAIN est le nom de domaine qui vous intéresse.
  • Serveur mixte : ce terme n'est pas dans ce RFC. Autrefois, il était courant que des serveurs DNS fassent à la fois résolveur et serveur faisant autorité. Cette pratique est fortement déconseillée depuis de nombreuses années (entre autres parce qu'elle complique sérieusement le déboguage, mais aussi pour des raisons de sécurité parce qu'elle mène à du code plus complexe) et n'est donc pas dans ce RFC.
  • Initialisation (priming) : le processus par lequel un résolveur complet vérifie l'information sur les serveurs de la racine. Ce concept est décrit en détail dans le RFC 8109. Au démarrage, le résolveur ne sait rien. Pour pouvoir commencer la résolution de noms, il doit demander aux serveurs de la racine. Il a donc dans sa configuration leur liste. Mais ces configurations ne sont pas forcément mises à jour souvent. La liste peut donc être trop vieille. La première chose que fait un résolveur est donc d'envoyer une requête « NS . » à un des serveurs de sa liste. Ainsi, tant qu'au moins un des serveurs de la vieille liste répond, le résolveur est sûr d'apprendre la liste actuelle.
  • Indications de la racine (root hints, terme défini dans ce nouveau RFC, et qui n'était pas dans son prédécesseur) : la liste des noms et adresses des serveurs racine, utilisée pour l'initialisation. L'administrateur d'un résolveur utilisant une racine alternative changera cette liste.
  • Mémorisation des négations (negative caching, ou « cache négatif ») : mémoriser le fait qu'il n'y a pas eu de réponse, ou bien une réponse disant qu'un nom de domaine n'existe pas.
  • Serveur primaire (primary server mais on dit aussi serveur maître, master server) : un serveur faisant autorité qui a accès à la source des données (fichier de zone, base de données, etc). Attention, il peut y avoir plusieurs serveurs primaires (autrefois, ce n'était pas clair et beaucoup de gens croient qu'il y a un serveur primaire, et qu'il est indiqué dans l'enregistrement SOA). Attention bis, le terme ne s'applique qu'à des serveurs faisant autorité, l'utiliser pour les résolveurs (« on met en premier dans /etc/resolv.conf le serveur primaire ») n'a pas de sens.
  • Serveur secondaire (secondary server mais on dit aussi « serveur esclave », slave server) : un serveur faisant autorité qui n'est pas la source des données, qui les a prises d'un serveur primaire (dit aussi serveur maître), via un transfert de zone (RFC 5936).
  • Serveur furtif (stealth server) : un serveur faisant autorité mais qui n'apparait pas dans l'ensemble des enregistrements NS. (Définition du RFC 1996, section 2.1.)
  • Maître caché (hidden master) : un serveur primaire qui n'est pas annoncé publiquement (et n'est donc accessible qu'aux secondaires). C'est notamment utile avec DNSSEC : s'il signe, et donc a une copie de la clé privée, il vaut mieux qu'il ne soit pas accessible de tout l'Internet (RFC 6781, section 3.4.3).
  • Transmission (forwarding) : le fait, pour un résolveur, de faire suivre les requêtes à un autre résolveur (probablement mieux connecté et ayant un cache partagé plus grand). On distingue parfois (mais ce n'est pas forcément clair, même dans le RFC 5625) la transmission, où on émet une nouvelle requête, du simple relayage de requêtes sans modification.
  • Transmetteur (forwarder) : le terme est confus (et a suscité plein de débats dans le groupe de travail DNSOP lors de la mise au point du précédent RFC, le RFC 7719). Il désigne parfois la machine qui transmet une requête et parfois celle vers laquelle on transmet (c'est dans ce sens qu'il est utilisé dans la configuration de BIND, avec la directive forwarders).
  • Résolveur politique (policy-implementing resolver) : un résolveur qui modifie les réponses reçues, selon sa politique. On dit aussi, moins diplomatiquement, un « résolveur menteur ». C'est ce que permet, par exemple, le système RPZ. Sur l'utilisation de ces « résolveurs politiques » pour mettre en œuvre la censure, voir entre autres mon article aux RIPE Labs. Notez que le résolveur politique a pu être choisi librement par l'utilisateur (par exemple comme élément d'une solution de blocage des publicités) ou bien qu'il lui a été imposé.
  • Résolveur ouvert (open resolver) : un résolveur qui accepte des requêtes DNS depuis tout l'Internet. C'est une mauvaise pratique (cf. RFC 5358) et la plupart de ces résolveurs ouverts sont des erreurs de configuration. Quand ils sont délibérement ouverts, comme Google Public DNS ou Quad9, on parle plutôt de résolveurs publics.
  • Collecte DNS passive (passive DNS) : désigne les systèmes qui écoutent le trafic DNS, et stockent tout ou partie des informations échangées. Le cas le plus courant est celui où le système de collecte ne garde que les réponses (ignorant donc les adresses IP des clients et serveurs), afin de constituer une base historique du contenu du DNS (c'est ce que font DNSDB ou le système de PassiveDNS.cn).
  • Serveur protégeant la vie privée (privacy-enabled server) : nouveauté de ce RFC; ce terme désigne un serveur, typiquement un résolveur, qui permet les requêtes DNS chiffrées, avec DNS-sur-TLS (RFC 7858) ou avec DoH (RFC 8484).
  • Anycast : le fait d'avoir un service en plusieurs sites physiques, chacun annonçant la même adresse IP de service (RFC 4786). Cela résiste mieux à la charge, et permet davantage de robustesse en cas d'attaque par déni de service. Les serveurs de la racine, ceux des « grands » TLD, et ceux des importants hébergeurs DNS sont ainsi « anycastés ». Chaque machine répondant à l'adresse IP de service est appelée une instance.
  • DNS divisé (split DNS) : le fait de donner des réponses différentes selon que le client est interne à une organisation ou externe. Le but est, par exemple, de faire en sorte que www.organisation.example aille sur le site public quand on vient de l'Internet mais sur un site interne de la boîte quand on est sur le réseau local des employés.

Voici, vu par tcpdump, un exemple d'initialisation d'un résolveur BIND utilisant la racineYeti (RFC 8483) :

15:07:36.736031 IP6 2a01:e35:8bd9:8bb0:21e:8cff:fe76:29b6.35721 > 2001:6d0:6d06::53.53: \
       21476% [1au] NS? . (28)
15:07:36.801982 IP6 2001:6d0:6d06::53.53 > 2a01:e35:8bd9:8bb0:21e:8cff:fe76:29b6.35721: \
       21476*- 16/0/1 NS yeti-ns.tisf.net., NS yeti-ns.lab.nic.cl., NS yeti-ns.wide.ad.jp., NS yeti.ipv6.ernet.in., NS yeti-ns.as59715.net., NS ns-yeti.bondis.org., NS yeti-dns01.dnsworkshop.org., NS dahu2.yeti.eu.org., NS dahu1.yeti.eu.org., NS yeti-ns.switch.ch., NS bii.dns-lab.net., NS yeti.bofh.priv.at., NS yeti-ns.conit.co., NS yeti.aquaray.com., NS yeti-ns.ix.ru., RRSIG (619)
    

La question était « NS . » (quels sont les serveurs de la racine) et la réponse contenait les noms des seize serveurs racine qu'avait Yeti à l'époque.

Voici aussi des exemples de résultats avec un résolveur ou bien avec un serveur faisant autorité. Si je demande à un serveur faisant autorité (ici, un serveur racine), avec mon client DNS qui, par défaut, demande un service récursif (flag RD, Recursion Desired) :


% dig @2001:620:0:ff::29 AAAA www.iab.org 
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 54197
;; flags: qr rd; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 9, ADDITIONAL: 13
;; WARNING: recursion requested but not available
...
;; AUTHORITY SECTION:
org.			172800 IN NS b0.org.afilias-nst.org.	       
...
	       
    

C'est pour cela que dig affiche WARNING: recursion requested but not available. Notez aussi que le serveur, ne faisant autorité que pour la racine, n'a pas donné la réponse mais juste un renvoi aux serveurs d'Afilias. Maintenant, interrogeons un serveur récursif (le service de résolveur public Yandex DNS) :


% dig @2a02:6b8::feed:0ff AAAA www.iab.org           
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 63304
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 0
...
;; ANSWER SECTION:
www.iab.org.		1800 IN	AAAA 2001:1900:3001:11::2c
	       
    

Cette fois, j'ai obtenu une réponse, et avec le flag RA, Recursion Available. Si je pose une question sans le flag RD (Recursion Desired, avec l'option +norecurse de dig) :


% dig +norecurse @2a02:6b8::feed:0ff AAAA www.gq.com  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 59438
;; flags: qr ra; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 0
...
;; ANSWER SECTION:
www.gq.com.		293 IN CNAME condenast.map.fastly.net.
	       
    

J'ai obtenu ici une réponse car l'information était déjà dans le cache (la mémoire) de Yandex DNS (on le voit au TTL, qui n'est pas un chiffre rond, il a été décrémenté du temps passé dans le cache). Si l'information n'est pas dans le cache :

    
% dig +norecurse @2a02:6b8::feed:0ff AAAA blog.keltia.net
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 19893
;; flags: qr ra; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 0
...
	       
    

Je n'obtiens alors pas de réponse (ANSWER: 0, donc NODATA). Si je demande au serveur faisant autorité pour cette zone :


% dig +norecurse @2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1 AAAA blog.keltia.net  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 62908
;; flags: qr aa; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 6, ADDITIONAL: 15
...
;; ANSWER SECTION:
blog.keltia.net.	86400 IN AAAA 2a01:240:fe5c:1::2
...
	       
    

J'ai évidemment une réponse et, comme il s'agit d'un serveur faisant autorité, elle porte le flag AA (Authoritative Answer, qu'un résolveur ne mettrait pas). Notez aussi le TTL qui est un chiffre rond (et qui ne change pas si on rejoue la commande).

Passons maintenant à un concept relativement peu connu, celui de zones, et le vocabulaire associé (section 7) :

  • Zone : un groupe de domaines contigus dans l'arbre des noms, et gérés ensemble, par le même ensemble de serveurs de noms (ma définition, celle du RFC étant très abstraite). Beaucoup de gens croient que tout domaine est une zone, mais c'est faux. Ainsi, au moment de la publication de ce RFC, gouv.fr n'est pas une zone séparée, il est dans la même zone que fr (cela se teste facilement : gouv.fr n'a pas d'enregistrement NS ou de SOA).
  • Parent : le domaine « du dessus ». Ainsi, le parent de wikipedia.org est org, le parent de .org est la racine.
  • Apex : le sommet d'une zone, là où on trouve les enregistrements NS et SOA. Si la zone ne comprend qu'un domaine, l'apex est ce domaine. Si la zone est plus complexe, l'apex est le domaine le plus court. (On voit parfois des gens utiliser le terme erroné de racine pour parler de l'apex.)
  • Coupure de zone (zone cut) : l'endoit où on passe d'une zone à l'autre. Au-dessus de la coupure, la zone parente, en dessous, la zone fille.
  • Délégation (delegation) : un concept évidemment central dans le DNS, qui est un système décentralisé. En ajoutant un ensemble d'enregistrements NS pointant vers les serveurs de la zone fille, une zone parente délègue une partie de l'arbre des noms de domaine à une autre entité. L'endroit où se fait la délégation est donc une coupure de zone.
  • Colle (glue records) : lorsqu'une zone est déléguée à des serveurs dont le nom est dans la zone fille, la résolution DNS se heurte à un problème d'œuf et de poule. Pour trouver l'adresse de ns1.mazone.example, le résolveur doit passer par les serveurs de mazone.example, qui est déléguée à ns1.mazone.example et ainsi de suite... On rompt ce cercle vicieux en ajoutant, dans la zone parente, des données qui ne font pas autorité sur les adresses de ces serveurs (RFC 1034, section 4.2.1). Il faut donc bien veiller à les garder synchrones avec la zone fille. (Tanguy Ortolo me suggère d'utiliser « enregistrement de raccord » plutôt que « colle ». Cela décrit bien leur rôle, en effet.)
  • Délégation boiteuse (lame delegation) : un ou plusieurs des serveurs à qui la zone est déléguée ne sont pas configurés pour servir cette zone. La délégation peut avoir été boiteuse depuis le début (parce que le titulaire a indiqué des noms un peu au hasard) ou bien l'être devenue par la suite. C'est certainement une des erreurs techniques les plus courantes.
  • Dans le bailliage (in bailiwick) : terme absent des textes DNS originaux et qui peut désigner plusieurs choses. (La définition du RFC 7719, embrouillée, a été heureusement remplacée.) « Dans le bailliage » est (très rarement, selon mon expérience) parfois utilisé pour parler d'un serveur de noms dont le nom est dans la zone servie (et qui nécessite donc de la colle, voir la définition plus haut), mais le sens le plus courant désigne des données pour lesquelles le serveur qui a répondu fait autorité, soit pour la zone, soit pour un ancêtre de cette zone. L'idée est qu'il est normal dans la réponse d'un serveur de trouver des données situées dans le bailliage et, par contre, que les données hors-bailliage sont suspectes (elles peuvent être là suite à une tentative d'empoisonnement DNS). Un résolveur DNS prudent ignorera donc les données hors-bailliage.
  • ENT (Empty Non-Terminal pour nœud non-feuille mais vide) : un domaine qui n'a pas d'enregistrements mais a des sous-domaines. C'est fréquent, par exemple, sous ip6.arpa ou sous les domaines très longs de certains CDN. Cela se trouve aussi avec les enregistrements de service : dans _sip._tcp.example.com, _tcp.example.com est probablement un ENT. La réponse correcte à une requête DNS pour un ENT est NODATA (code de réponse NOERROR, liste des répoonses vide) mais certains serveurs bogués, par exemple ceux d'Akamai, répondent NXDOMAIN.
  • Zone de délégation (delegation-centric zone) : zone composée essentiellement de délégations vers d'autres zones. C'est typiquement le cas des TLD et autres suffixes publics. Il est amusant de noter que les RFC 4956 et RFC 5155 utilisaient ce terme sans le définir.
  • Changement rapide (fast flux) : une technique notamment utilisée par les botnets pour mettre leur centre de commande à l'abri des filtrages ou destructions. Elle consiste à avoir des enregistrements d'adresses IP avec des TTL très courts et à en changer fréquemment.
  • DNS inverse (reverse DNS) : terme qui désigne en général les requêtes pour des enregistrements de type PTR, permettant de trouver le nom d'une machine à partir de son adresse IP. À ne pas confondre avec les vraies requêtes inverses, qui avaient été normalisées dans le RFC 1035, avec le code IQUERY, mais qui, jamais vraiment utilisées, ont été abandonnées dans le RFC 3425.

Voyons ici la colle retournée par un serveur faisant autorité (en l'occurrence un serveur de .net) :


% dig @a.gtld-servers.net AAAA labs.ripe.net 
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 18272
;; flags: qr rd; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 8, ADDITIONAL: 9
...
;; AUTHORITY SECTION:
ripe.net.		172800 IN NS ns3.nic.fr.
ripe.net.		172800 IN NS sec1.apnic.net.
ripe.net.		172800 IN NS sec3.apnic.net.
ripe.net.		172800 IN NS tinnie.arin.net.
ripe.net.		172800 IN NS sns-pb.isc.org.
ripe.net.		172800 IN NS pri.authdns.ripe.net.
...
;; ADDITIONAL SECTION:
sec1.apnic.net.		172800 IN AAAA 2001:dc0:2001:a:4608::59
sec1.apnic.net.		172800 IN A 202.12.29.59
sec3.apnic.net.		172800 IN AAAA 2001:dc0:1:0:4777::140
sec3.apnic.net.		172800 IN A 202.12.28.140
tinnie.arin.net.	172800 IN A 199.212.0.53
tinnie.arin.net.	172800 IN AAAA 2001:500:13::c7d4:35
pri.authdns.ripe.net.	172800 IN A 193.0.9.5
pri.authdns.ripe.net.	172800 IN AAAA 2001:67c:e0::5
	     
    

On notera :

  • La section ANSWER est vide, c'est un renvoi.
  • Le serveur indique la colle pour pri.authdns.ripe.net : ce serveur étant dans la zone qu'il sert, sans son adresse IP, on ne pourrait jamais le joindre.
  • Le serveur envoie également les adresses IP d'autres machines comme sec1.apnic.net. Ce n'est pas strictement indispensable (on pourrait l'obtenir par une nouvelle requête), juste une optimisation.
  • Les adresses de ns3.nic.fr et sns-pb.isc.org ne sont pas renvoyées. Le serveur ne les connait probablement pas et, de toute façon, elles seraient hors-bailliage, donc ignorées par un résolveur prudent.

Voyons maintenant, un ENT, gouv.fr (notez que, depuis, ce domaine n'est plus un ENT) :

   
% dig @d.nic.fr ANY gouv.fr 
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 42219
;; flags: qr aa rd; QUERY: 1, ANSWER: 0, AUTHORITY: 2, ADDITIONAL: 1

    

Le serveur fait bien autorité pour ce domaine (flag AA dans la réponse), le domaine existe (autrement, le status aurait été NXDOMAIN, pas NOERROR) mais il n'y a aucun enregistrement (ANSWER: 0).

Et, ici, une délégation boiteuse, pour .ni :

% check-soa ni   
dns.nic.cr.
	2001:13c7:7004:1::d100: ERROR: SERVFAIL
	200.107.82.100: ERROR: SERVFAIL
ns.ideay.net.ni.
	186.1.31.8: OK: 2013093010
ns.ni.
	165.98.1.2: ERROR: read udp 10.10.86.133:59569->165.98.1.2:53: i/o timeout
ns.uu.net.
	137.39.1.3: OK: 2013093010
ns2.ni.
	200.9.187.2: ERROR: read udp 10.10.86.133:52393->200.9.187.2:53: i/o timeout
    

Le serveur dns.nic.cr est déclaré comme faisant autorité pour .ni mais il ne le sait pas, et répond donc SERVFAIL.

Les jokers ont désormais une section à eux, la section 8 du RFC. S'appuyant sur le RFC 4592, elle définit, entre autres :

  • Joker (wildcard) : une source de confusion considérable depuis les débuts du DNS. Si on pouvait refaire le DNS en partant de zéro, ces jokers seraient la première chose à supprimer. Pour les résumer, le nom * dans une zone déclenche la synthèse automatique de réponses pour les noms qui n'existent pas dans la zone. Si la zone foo.example contient bar.foo.example et *.foo.example, une requête pour thing.foo.example renverra le contenu de l'enregistrement avec le joker, une requête pour bar.foo.example donnera les données de bar.foo.example. Attention, l'astérisque n'a son rôle particulier que s'il est le composant le plus spécifique (le premier). Dans foo.*.bar.example, il n'y a pas de joker.
  • Ancêtre le plus proche (closest encloser) : c'est le plus long ancêtre existant d'un nom. Si foo.bar.baz.example n'existe pas, que bar.baz.example n'existe pas non plus, mais que baz.example existe, alors baz.example est l'ancêtre le plus proche de foo.bar.baz.example. Ce concept est nécessaire pour le RFC 5155.

Allez courage, ne faiblissons pas, il reste encore la question de l'enregistrement des noms de domaine (section 9) :

  • Registre (registry) : l'organisation ou la personne qui gère les délégations d'une zone. Le terme est parfois employé uniquement pour les gérants de grandes zones de délégation, mais ce n'est pas obligatoire. Je suis à moi tout seul le registre de bortzmeyer.org 😁. C'est le registre qui décide de la politique d'enregistrement, qui peut être très variable selon les zones (sauf dans celles contrôlées par l'ICANN, où une certaine uniformité est imposée). Mes lecteurs français noteront que, comme le terme « registre » est court et largement utilisé, le gouvernement a inventé un nouveau mot, plus long et jamais vu auparavant, « office d'enregistrement ».
  • Titulaire (registrant, parfois holder) : la personne ou l'organisation qui a enregistré un nom de domaine.
  • Bureau d'enregistrement (registrar) : dans le modèle RRR (Registry-Registrar-Registrant, mais ce modèle n'est pas obligatoire et pas universel), c'est un intermédiaire entre le titulaire et le registre.
  • Hébergeur DNS (DNS operator) : la personne ou l'organisation qui gère les serveurs DNS. Cela peut être le titulaire, son bureau d'enregistrement, ou encore un acteur spécialisé dans cette gestion.
  • Suffixe public (public suffix) : ce terme pas très officiel est parfois utilisé pour désigner un suffixe de noms de domaine qui est contrôlé par un registre public (au sens où il accepte des enregistrements du public). Le terme est ancien mais est apparu pour la première fois dans un RFC avec le RFC 6265, section 5.3. com, co.uk et eu.org sont des suffixes publics. Rien dans la syntaxe du nom n'indique qu'un nom de domaine est un suffixe public, puisque ce statut ne dépend que d'une politique d'enregistrement (qui peut changer). Il est parfaitement possible qu'un domaine, et un de ses enfants, soient tous les deux un suffixe public (c'est le cas de .org et eu.org).
  • EPP (Extensible Provisioning Protocol) : normalisé dans le RFC 5730, c'est le protocole standard entre bureau d'enregistrement et registre. Ce protocole n'a pas de lien avec le DNS, et tous les registres ne l'utilisent pas.
  • Whois (nommé d'après la question Who Is?) : un protocole réseau, sans lien avec le DNS, normalisé dans le RFC 3912. Il permet d'interroger les bases de données du registre pour trouver les informations dites « sociales », informations qui ne sont pas dans le DNS (comme le nom du titulaire, et des moyens de le contacter). Les termes de « base Whois » ou de « données Whois » sont parfois utilisés mais ils sont erronés puisque les mêmes bases peuvent être interrogées par d'autres protocoles que Whois, comme RDAP (voir définition suivante).
  • RDAP (Registration Data Access Protocol) : un protocole concurrent de Whois, mais plus moderne. RDAP est décrit notamment dans les RFC 7482 et RFC 7483.

Prenons par exemple le domaine eff.org. Au moment de la publication du RFC :

Enfin, pour terminer, les sections 10 et 11 de notre RFC couvrent DNSSEC. Pas grand'chose de nouveau ici, DNSSEC étant plus récent et donc mieux défini.

L'annexe A de notre RFC indique quelles définitions existaient dans de précédents RFC mais ont été mises à jour par le nôtre. (C'est rare, puisque le but de ce RFC de terminologie est de rassembler les définitions, pas de les changer.) Par exemple, la définition de QNAME du RFC 2308 est corrigée ici.

L'annexe B liste les termes dont la première définition formelle se trouve dans ce RFC (ou dans son prédécesseur le RFC 7719). Cette liste est bien plus longue que celle de l'annexe A, vu le nombre de termes courants qui n'avaient jamais eu l'honneur d'une définition stricte.

Notre RFC ne contient pas une liste exhaustive des changements depuis son prédécesseur, le RFC 7719, alors qu'il y a quelques modifications substantielles. Parmi les gros changements :

  • La description des autres systèmes de nommage ; on peut penser à Namecoin ou à ENS (Ethereum Name Service, cf. leur site Web). La section 2 donne une définition de naming system qui n'existait pas avant.
  • La définition d'un nom de domaine a complètement changé, pour être plus générale, moins liée au DNS, de façon à pouvoir la conserver avec d'autres systèmes de nommage. Ce sujet a toujours été sensible à l'IETF. À une époque, il avait été proposé de différencier domain name et DNS name (ces seconds étant un sous-ensemble des premiers, utilisés dans le contexte du DNS) mais cela n'a pas été retenu.
  • Des définitions ont été sérieusement changées, comme celle de bailiwick.
  • Et plein de nouveaux termes ont été introduits comme « instance » (pour l'anycast), split DNS, reverse dns, indications de la racine (root hints), etc.

Téléchargez le RFC 8499


L'article seul

RFC 8493: The BagIt File Packaging Format (V1.0)

Date de publication du RFC : Octobre 2018
Auteur(s) du RFC : J. Kunze (California Digital Library), J. Littman (Stanford Libraries), E. Madden (Library of Congress), J. Scancella, C. Adams (Library of Congress)
Pour information
Première rédaction de cet article le 20 décembre 2018


Le format BagIt, très utilisé dans le monde des bibliothèques (monde d'où sont issus les auteurs de ce RFC), décrit une série de conventions pour un ensemble de fichiers décrivant un contenu numérique quelconque. En fait, BagIt n'est pas vraiment un format (on ne peut pas le comparer à tar ou à zip), il définit juste les fichiers qui doivent être présents dans l'archive.

Une archive BagIt est appelée un sac (bag). Elle est composée des fichiers de contenu, qui sont d'un format quelconque, et des fichiers de métadonnées, qui décrivent le contenu (ces fichiers de métadonnées se nomment tags). BagTit met l'accent sur le contrôle de l'intégrité des données (les tags contiennent un condensat cryptographique des données) et sur la facilité d'accès à un fichier donné (les fichiers de données ne sont pas sérialisés dans un seul grand fichier, comme avec tar ou zip, ils restent sous la forme d'une arborescence).

La section 2 du RFC décrit la structure d'un sac :

  • Des fichiers de métadonnées (les tags) dont deux sont obligatoires, bagit.txt qui indique le numéro de version BagIt, et manifest-HASHALGO.txt qui contient les condensats.
  • Un répertoire data/ sous lequel se trouvent les fichiers de données.
  • Si on veut, des répetoires contenant des fichiers de métadonnées optionnels.

Voici un exemple d'un sac, contenant deux fichiers de données, Makefile et bortzmeyer-ripe-atlas-lapaz.tex :

    
% find /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/manifest-sha512.txt
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/data
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/data/Makefile
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/data/bortzmeyer-ripe-atlas-lapaz.tex
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/manifest-sha256.txt
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/tagmanifest-sha256.txt
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bag-info.txt
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/tagmanifest-sha512.txt
/tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bagit.txt

% cat /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bagit.txt
BagIt-Version: 0.97
Tag-File-Character-Encoding: UTF-8

% cat /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bag-info.txt       
Bag-Software-Agent: bagit.py v1.7.0 <https://github.com/LibraryOfCongress/bagit-python>
Bagging-Date: 2018-12-20
Contact-Email: stephane+atlas@bortzmeyer.org
Contact-Name: Stéphane Bortzmeyer
Payload-Oxum: 6376.2

% cat /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/manifest-sha256.txt 
6467957fa9c06d30c1a72b62d13a224a3cdb570e5f550ea1d292c09f2293b35d  data/Makefile
3d65d66d6abcf1313ff7af7f94b7f591d2ad2c039bf7931701a936f1305ac728  data/bortzmeyer-ripe-atlas-lapaz.t

  

Les condensats ont été faits avec SHA-256.

Le fichier obligatoire bagit.txt doit indiquer le numéro de version et l'encodage. Le RFC décrit la version 1.0 mais, comme vous pouvez le voir plus haut, j'ai utilisé un outil un peu ancien pour fabriquer le sac. Le répertoire data/ contient les fichiers de données, non modifiés (BagIt les traite comme du contenu binaire, copié au bit près). manifest-sha256.txt contient une ligne par fichier de données, indiquant le condensat. Notez qu'il peut y avoir plusieurs manifestes, avec des algorithmes différents. Cela permet, si un nouvel algorithme de condensation plus solide apparait, d'ajouter le manifeste au sac. Les noms d'algorithmes de condensation sont tirés du registre IANA du RFC 6920. Quant aux fichiers (non obligatoires) dont le nom commence par tagmanifest, ils indiquent les condensats des fichiers de métadonnées :

% cat /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/tagmanifest-sha256.txt                    
16ed27c2c457038ca57536956a4431de4ac2079a7ec8042bab994696eb017b90 manifest-sha512.txt
b7e3c4230ebd4d3b878f6ab6879a90067ef791f1a5cb9ffc8a9cb1f66a744313 manifest-sha256.txt
91ca8ae505de9266e37a0017379592eb44ff0a2b33b240e0b6e4f2e266688a98 bag-info.txt
e91f941be5973ff71f1dccbdd1a32d598881893a7f21be516aca743da38b1689 bagit.txt
  

Enfin, le facultatif bag-info.txt contient des métadonnées qui ne sont typiquement prévues que pour les humains, pas pour être analysées automatiquement. La syntaxe est la classique Nom: Valeur. Certains des noms sont officiellement réservés (Contact-Name, Bagging-Date…) et on peut en ajouter d'autres à volonté.

Le sac est un répertoire, pas un fichier, et ne peut donc pas être transporté simplement, par exemple avec le protocole HTTP. On peut utiliser rsync, ou bien le sérialiser, par exemple en zip.

Il est amusant de noter qu'un sac peut être incomplet : des fichiers de données peuvent être stockés à l'extérieur, et récupérés dynamiquement lorsqu'on vérifie l'intégrité du sac. Dans ce cas, le condensat dans le manifeste permettra de vérifier qu'on a bien récupéré le contenu attendu. Les URL où récupérer ce contenu supplémentaire seront dans un fichier fetch.txt.

Un sac peut être complet (ou pas) et ensuite valide (ou pas). La section 3 de notre RFC définit ces termes : un sac est complet s'il contient tous les fichiers obligatoires, et que tous les fichiers dans les manifestes sont présents, et que les fichiers comme bagit.txt ont une syntaxe correcte. Un sac est valide s'il est complet et que tous les condensats sont corrects.

La section 5 du RFC détaille quelques questions de sécurité liées à BagIt :

  • BagIt va fonctionner entre systèmes d'exploitation différents. Les noms de fichiers peuvent comporter des caractères qui sont spéciaux pour un système d'exploitation mais pas pour un autre. Une mise en œuvre de BagIt sur Unix, par exemple, ne doit donc pas accéder aveuglément à un fichier commençant par une barre oblique, ou bien comprenant /../../../. (Une suite de tests existe, avec plusieurs sacs… intéressants, permettant de tester la robustesse d'une mise en œuvre de BagIt.)
  • La possibilité de récupérer des fichiers distants ouvre évidemment plein de questions de sécurité amusantes (les plus évidentes sont résolues par l'utilisation de condensats dans les manifestes, je vous laisse chercher les autres).

Sans que cela soit forcément un problème de sécurité, d'autres différences entre systèmes d'exploitation peuvent créer des surprises (section 6 du RFC), par exemple l'insensibilité à la casse de certains systèmes de fichiers, ou bien la normalisation Unicode. La section 6 est d'ailleurs une lecture intéressante sur les systèmes de fichiers, et leurs comportements variés.

Passons maintenant aux programmes disponibles. Il en existe en plusieurs langages de programmation. Le plus répandu semble bagit-python, en Python. Il a été développé à la bibliothèque du Congrès, un gros utilisateur et promoteur de BagIt. La documentation est simple et lisible. On installe d'abord :

% pip3 install bagit
Collecting bagit
  Downloading https://files.pythonhosted.org/packages/ee/11/7a7fa81c0d43fb4d449d418eba57fc6c77959754c5c2259a215152810555/bagit-1.7.0.tar.gz
Building wheels for collected packages: bagit
  Running setup.py bdist_wheel for bagit ... done
  Stored in directory: /home/bortzmeyer/.cache/pip/wheels/8d/77/f7/8f91043ef3c99bbab558f578d19ce5938896e37e57609f9786
Successfully built bagit
Installing collected packages: bagit
Successfully installed bagit-1.7.0
  

On peut ensuite utiliser cette bibliothèque depuis Python :

% python3                
Python 3.5.3 (default, Sep 27 2018, 17:25:39) 
[GCC 6.3.0 20170516] on linux
Type "help", "copyright", "credits" or "license" for more information.
>>> import bagit
>>> bag = bagit.make_bag('/tmp/toto', {'Contact-Name': 'Ed Summers'})
>>> 
  

Le répertoire /tmp/toto aura été transformé en sac.

Cette bibliothèque vient aussi avec un outil en ligne de commande. J'ai créé le premier sac d'exemple de cet article avec :

% bagit.py --contact-name 'Stéphane Bortzmeyer' --contact-email 'stephane+atlas@bortzmeyer.org' \
             /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia
  

Et ce même outil permet de vérifier qu'un sac est valide :

% bagit.py --validate /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia 
2018-12-20 16:16:09,700 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/data/bortzmeyer-ripe-atlas-lapaz.tex
2018-12-20 16:16:09,700 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/data/Makefile
2018-12-20 16:16:09,701 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/manifest-sha256.txt
2018-12-20 16:16:09,701 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/manifest-sha512.txt
2018-12-20 16:16:09,701 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bagit.txt
2018-12-20 16:16:09,701 - INFO - Verifying checksum for file /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia/bag-info.txt
2018-12-20 16:16:09,702 - INFO - /tmp/RIPE-Atlas-Bolivia is valid
    

Il existe d'autres mises en œuvre comme bagit ou bagins en Go. L'article « Using BagIt in 2018 » donne des informations utiles dans d'autres langages.


Téléchargez le RFC 8493


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RFC 8492: Secure Password Ciphersuites for Transport Layer Security (TLS)

Date de publication du RFC : Février 2019
Auteur(s) du RFC : D. Harkins (HP Enterprise)
Pour information
Première rédaction de cet article le 22 février 2019


Ce nouveau RFC décrit un mécanisme permettant une authentification lors de l'utilisation de TLS sans utiliser de cryptographie à clé publique, mais avec un mot de passe.

Au passage, l'auteur réhabilite la notion de mot de passe, souvent considérée comme une méthode d'authentification dépassée. Il estime que « un mot de passe est plus naturel qu'un certificat » car « depuis l'enfance, nous avons appris la sémantique d'un secret partagé ».

Experts en sécurité, ne jetez pas tout de suite ce RFC à la poubelle. Rassurez-vous, le mot de passe n'est pas utilisé tel quel, mais via un protocole nommé TLS-PWD, dont la principale partie s'appelle Dragonfly. Dragonfly était déjà utilisé dans le RFC 5931.

D'abord, pourquoi ce nouveau mécanisme (section 1 du RFC) ? TLS (RFC 5246) utilise traditionnellement de la cryptographie à clé publique pour l'authentification. La machine qui veut être authentifiée (en général, c'est le serveur, mais le client peut le faire aussi) présente un certificat, contenant la clé publique et diverses métadonnées plus ou moins utiles (date d'expiration, signature d'une AC). Le protocole vérifie ensuite que la machine peut signer des données avec la clé privée correspondante, prouvant ainsi qu'elle connait cette clé privée. Ce mécanisme est bien connu mais, estime le RFC, a quelques défauts. Notamment, obtenir un certificat n'est pas trivial, et certainement bien plus compliqué que de configurer un mot de passe, opération qui est familière (le RFC dit « naturelle », ce qui est exagéré) à beaucoup. La quantité de certificats auto-signés (les plus simples à obtenir) qu'on trouve (surtout sur les MTA) en est la preuve. (Sans compter les autres problèmes comme les certificats expirés, qui montrent bien que l'avitaillement en certificats est un problème non résolu.) Et puis s'authentifier pour obtenir le premier certificat est un problème d'œuf et de poule qu'on pourrait résoudre avec ce nouveau protocole, authentifiant simplement un échange, quitte à obtenir le certificat par la suite, sur le lien sécurisé (méthode décrite dans le RFC 7030). Autre scénario d'usage pour ce nouveau protocole, le cas d'un lecteur qui transmet le PIN à la carte à puce en clair : il serait trop compliqué d'utiliser un certificat dans ce cas, alors qu'une authentification par mot de passe serait plus simple.

Les solutions sans certificat ont des vulnérabilités comme la possibilité d'attaques par dictionnaire. Un attaquant essaie plein de mots de passe possibles (par exemple, le recrutement de Mirai fonctionne ainsi) et tombe forcément juste de temps en temps. Une solution souvent proposée est d'avoir un mot de passe à forte entropie, qui a peu de chances d'être dans les essais effectués par l'attaquant. Par exemple un mot de passe choisi aléatoirement oblige l'attaquant à essayer toutes les possibilités (puisque toutes les combinaisons sont également possibles). Si le mot de passe fait N bits, cela imposera à l'attaquant 2^(N-1) essais en moyenne.

Mais la faiblesse de ce raisonnement est qu'il ne marche que si l'attaquant peut faire autant d'essais qu'il veut, sans conséquences négatives pour lui (par exemple parce qu'il a mis la main sur un fichier de mots de passe condensés, et qu'il peut à loisir tester hors-ligne s'il en trouve un). D'autres solutions sont pourtant possibles. Ainsi, le PIN d'une carte Visa ne fait que quatre chiffres, ce qui est très peu (5 000 essais suffisent, en moyenne) sauf que la carte se bloque au bout de trois essais échoués. (Notez que sur les très anciennes cartes, il était parfois possible de remettre le compteur d'essais à zéro, annulant cette sécurité.) Ce qui compte, ce ne sont pas les 10 000 possibilités théoriques, ce sont les trois essais. Le RFC généralise cette observation : « la résistance à une attaque par dictionnaire doit être une fonction du nombre d'interactions avec un participant honnête, pas une fonction de la quantité de calculs effectués ». En effet, le nombre d'interactions avec le participant honnête ne croîtra guère dans le futur (l'attaquant est détecté avant) alors que la quantité de calculs réalistiquement possibles croîtra à coup sûr. Comme dans le cas du code PIN, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir un mot de passe à forte entropie, il faut juste empêcher l'adversaire d'essayer à volonté, et pour cela le forcer à des attaques actives, interagissant réellement avec sa victime. La section 7 du RFC détaille cette analyse, notant que ce protocole peut se contenter de mots de passe relativement « faibles ». Ainsi, note le RFC, un mot de passe de quatre lettres ASCII peut être suffisant (sans les consignes « votre mot de passe doit comporter au moins douze caractères, dont une lettre minuscule, une lettre majuscule, un chiffre, un emoji et un hiéroglyphe ») puisqu'il offre 459 976 possibilités. Un attaquant qui tenterait la force brute devrait essayer des dizaines de milliers de fois, ce qui sera certainement détecté (par exemple par des logiciels du genre de fail2ban, ou par des IDS).

Désolé, mais je ne vais pas vous exposer le protocole Dragonfly. Il dépasse mes maigres connaissances en cryptographie. La section 3 du RFC expose le minimum qu'il faut savoir en cryptographie pour comprendre la suite (vous aurez besoin de réviser la cryptographie sur courbes elliptiques, par exemple via le RFC 6090 et ça vaut aussi la peine de relire le RFC 8422 sur les extensions TLS spécifiques aux courbes elliptiques). La section 3 rappelle aussi qu'il faut saler les mots de passe avant de les stocker, côté serveur, au cas où le fichier des mots de passe se fasse voler (voir aussi la section 7, qui détaille ce risque et ses conséquences). Le résultat se nomme la base. Plus précisement, la base est le résultat de l'application de HMAC-SHA256 à un sel et à la concaténation du nom de l'utilisateur et du mot de passe. Par exemple, si vous voulez le faire avec OpenSSL, que l'utilisateur est "fred" et le mot de passe "barney", avec un sel (tiré aléatoirement) "57ff4d5abdfe2ff3d849fb44848b42f2c41fd995", on fera :

%  echo -n fredbarney | openssl dgst -sha256 -hmac "57ff4d5abdfe2ff3d849fb44848b42f2c41fd995" -binary \
       | openssl enc -base64      
4m9bv5kWK6t3jUFkF8qk96IuixhG+C6CY7NxsOGrlPw=
    

Comme le mot de passe peut inclure de l'Unicode, il doit être traité selon les règles du RFC 8265. Le serveur va stocker le nom de l'utilisateur, le sel et la base.

C'est la base qui est présentée par le client (après que le serveur lui ait envoyé le sel), pas le mot de passe, et le fichier des bases est donc aussi sensible qu'un fichier de mots de passe en clair (cf. section 7).

La section 4 du RFC décrit le protocole. L'échange de clés utilisé, Dragonfly, est décrit dans le RFC 7664. Utiliser Dragonfly en clair serait sûr du point de vue de l'authentification, mais pas du point de vue de la vie privée puisque le nom d'utilisateur passerait en clair. TLS-PWD, le protocole complet (dont Dragonfly n'est qu'une partie), offre un mécanisme pour protéger contre l'écoute de ce nom, une paire de clés cryptographiques étant générée et utilisée juste pour chiffrer ce bout de la session.

Le protocole TLS-PWD nécessite l'utilisation d'extensions TLS (RFC 5246, notamment la section 7.4.1.2). Elles sont au nombre de trois, notamment PWD_protect (protection du nom) et PWD_clear (nom d'utilisateur en clair). Elles figurent désormais dans le registre IANA. Une fois le nom reçu et trouvé dans le fichier côté serveur, le client peut s'authentifier avec le mot de passe (c'est plus compliqué que cela : voir la section 4 pour tous les détails).

Dans TLS, la suite complète des algorithmes utilisés dans une session est indiquée dans une variable nommée cipher suite (RFC 5246, sections 7.4.1.2, 9 et annexe C). Les nouvelles suites permettant l'authentification par mot de passe sont listées dans la section 5 : ce sont TLS_ECCPWD_WITH_AES_128_GCM_SHA256, TLS_ECCPWD_WITH_AES_256_GCM_SHA384, TLS_ECCPWD_WITH_AES_128_CCM_SHA256 et TLS_ECCPWD_WITH_AES_256_CCM_SHA384. Elles sont indiquées dans le registre IANA.

La section 7 du RFC contient de très nombreux détails sur la sécurité du protocole. Elle note par exemple qu'un attaquant qui essaierait tous les mots de passe d'un même utilisateur serait facilement détecté mais qu'un attaquant pourrait aussi essayer un seul mot de passe avec beaucoup d'utilisateurs, échappant ainsi à la détection. Le RFC recommande donc de compter toutes les tentatives de connexion ensemble, quel que soit l'utilisateur. (Cela traite aussi partiellement le cas d'un IDS extérieur, qui ne verrait pas le nom d'utilisateur, celui-ci étant protégé. L'IDS pourrait néanmoins compter les problèmes de connexion et donner l'alarme.) D'autre part, les mesures contre les attaques par dictionnaire (forcer l'attaquant à interagir avec le serveur, et donc à se signaler) ne sont évidemment pas efficaces si un utilisateur a le même mot de passe sur plusieurs serveurs et que l'un est compromis. La consigne d'utiliser des mots de passe différents par service reste donc valable. (Et, même si le RFC n'en parle pas, il ne faut évidemment pas noter ces mots de passe sur un post-it collé sous le clavier. La relativisation de la règle des mots de passe compliqués permet d'utiliser des mots de passe courts et mémorisables, donc plus d'excuses pour noter sur le post-it.) Sinon, les fanas de cryptographie qui voudraient étudier la sécurité du protocole Dragonfly sont invités à lire l'article de Lancrenon, J. et M. Skrobot, « On the Provable Security of the Dragonfly Protocol ».

Une curiosité : ce RFC est apparemment le premier à avoir une section « Droits Humains » (Human Rights Considerations, section 8). Une telle section, analysant les conséquences du protocole décrit dans le RFC sur les droits humains était suggérée (mais non imposée) par le RFC 8280. Mais, en l'occurrence, celle-ci se réduit à une défense des armes à feu, sans trop de rapport avec le sujet du RFC. On note également une vision très personnelle et très états-unienne des droits humains « le premier des droits est celui de se protéger », ce qui ne figure dans aucun des textes fondateurs des droits humains.


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RFC 8490: DNS Stateful Operations

Date de publication du RFC : Mars 2019
Auteur(s) du RFC : R. Bellis (ISC), S. Cheshire (Apple), J. Dickinson (Sinodun), S. Dickinson (Sinodun), T. Lemon (Nibbhaya Consulting), T. Pusateri
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 18 mars 2019


Autrefois, le DNS était toujours cité comme exemple d'un protocole sans état. On envoie une requête, on reçoit une réponse, et le client et le serveur oublient aussitôt qu'ils ont échangé, ils ne gardent pas de trace de cette communication. Mais, dans certains cas, maintenir un état sur une durée plus longue qu'un simple échange requête/réponse peut être utile. Ce nouveau RFC propose un mécanisme pour des sessions DNS, le mécanisme DSO (DNS Stateful Operations). Il introduit donc une nouvelle notion dans le DNS, la persistance des sessions.

Ne pas avoir d'état a de nombreux avantages : cela simplifie les programmes, cela augmente les performances considérablement (pas besoin de chercher dans une table l'état actuel d'un dialogue, le contenu de la requête est suffisant pour donner une réponse, on peut répondre à la vitesse de l'éclair) et cela permet de résister aux DoS, qui réussissent souvent lorsqu'elles arrivent à épuiser le système qui dépend d'un état. (C'est pour cela que c'est souvent une mauvaise idée de mettre un pare-feu à état devant un serveur Internet, et c'est même franchement absurde quand il s'agit d'un serveur DNS.) Le DNS « habituel », tournant sur UDP et sans maintenir d'état, doit une partie de son succès à son caractère sans état.

Mais ne pas avoir d'état a aussi des inconvénients : toutes les options, tous les choix doivent être répétés dans chaque requête. Et cela rend impossible de négocier des paramètres entre les deux parties, par exemple dans le cas d'une session cryptographiquement protégée. Bref, dans certains cas, on aimerait bien avoir une vraie session, de durée relativement longue (plusieurs secondes, voire plusieurs minutes). Le DNS a un mécanisme de connexion de longue durée, en utilisant TCP (RFC 7766), et peut utiliser TLS pour sécuriser cette communication (DoT, « DNS over TLS », RFC 7858) mais les requêtes à l'intérieur de cette connexion n'en profitent pas, elles ne savent pas qu'elles sont liées par le fait qu'elles sont dans la même connexion. D'où ce nouveau système.

Le principe de DSO (DNS Stateful Operations) est de permettre à une requête DNS de créer une session, avec des paramètres communs à toute la session (comme la durée maximale d'inactivité). La session est balisée par des requêtes DNS utilisant l'opcode DSO, de numéro 6 (la création d'un nouvel opcode est très rare). Les paramètres sont encodés en TLV (une nouveauté dans le monde DNS ; les traditionnels Query count et Answer count, avec les sections correspondantes, ne sont pas utilisés). La longueur du message DSO est indiquée par les deux premiers octets du message. Les messages DSO peuvent solliciter une réponse (même si c'est un simple accusé de réception) ou pas. Cette sollicitation est faite par un Message ID différent de zéro. Si, par contre, le Message ID DNS est à zéro, il s'agit d'un message DSO unidirectionnel (retenez ce terme, il va souvent servir dans ce RFC), qui n'attend pas de réponse. (Rappelez-vous que le Message ID sert à faire correspondre requêtes et réponses DNS. Si on n'attend pas de réponse, pas besoin d'un Message ID. Si par contre le message est bidirectionnel, il doit mettre un Message ID non nul.)

DSO (DNS Stateful Operations, sessions - avec état, donc - pour le DNS) ne s'applique qu'avec certains transports sous-jacents (section 4 du RFC). UDP est évidemment exclu, car il faut maintenir l'ordre des messages, et il faut qu'il y ait une connexion à gérer. Cela peut être TCP (RFC 1035, section 4.2.2 et RFC 7766) ou DoT (DNS sur TLS, RFC 7858). DoH (DNS sur HTTPS, RFC 8484) est par contre exclu car HTTP a ses propres mécanimes de gestion de session. (D'autre part, la section 9.2 décrit les conséquences que cela a pour l'anycast.)

Deux importantes utilisations de DSO sont prévues :

  • Gestion de sessions et des paramètres associés : DSO va permettre de définir des paramètres comme les durées maximales d'inactivité avant qu'on ne coupe la connexion de transport sous-jacente. Dans ce cas, DSO est une alternative au RFC 7828.
  • Abonnements de longue durée à des services comme la découverte (RFC 6763).

La section 5 est le gros du RFC, elle décrit tous les détails du protocole. Pour établir une session DSO, il faut :

  • Établir une connexion avec un protocole comme TCP ; on est alors connecté (on peut envoyer des messages DNS et recevoir des réponses) mais sans session DSO,
  • On envoie une demande DSO,
  • Si le correspondant est d'accord, on reçoit une réponse DSO, et la session est établie, et les paramètres comme la durée d'inactivité maximale sont désormais contrôlés par DSO ; on peut envoyer des messages DSO unidirectionnels (non sollicités, et ne demandant pas de réponse),
  • Si par contre le correspondant refuse DSO, on continue avec une connexion normale.

Si on sait à l'avance que le correspondant gère DSO, on peut se considérer comme en session dès l'établissement de la connexion. Mais, souvent on ne sait pas ou on n'est pas sûr et il faut donc explicitement ouvrir une session. Cela se fait avec un message DSO (un message où l'opcode DNS vaut 6 ; ces opcodes sont décrits dans le RFC 1035, section 4.1.1). L'acceptation prend la forme d'un message DSO avec un Message ID qui correspond et un code de réponse 0 (rcode = NOERROR). Si le code de réponse est autre chose que NOERROR (par exemple 4, NOTIMP, « type de requête inconnu » ou 5, REFUSED, « je connais peut-être DSO mais je n'ai pas envie d'en faire »), c'est que notre correspondant ne peut pas ou ne veut pas établir une session.

Il n'y a pas de message DSO dédié à l'ouverture de session. On envoie un message DSO de n'importe quel type (par exemple Keepalive). Il peut donc arriver que le copain en face connaisse DSO mais pas ce type particulier. Dans ce cas, il va répondre DSOTYPENI (DSO Type Not Implemented, code 11, une nouveauté dans le registre). La session n'est pas établie et le client doit recommencer avec un autre type (comme Keepalive, qui a l'avantage d'être normalisé depuis le début et d'être obligatoire, donc il marchera partout).

Il y a des cas plus gênants : un serveur qui couperait la connexion de transport sous-jacente, ou bien qui ne répondrait pas aux messages DSO. Ce cas risque de se produire si un boitier intermédiaire bogué est sur le trajet. Il peut être alors nécessaire d'adopter des mesures de contournement comme celles qu'utilisaient les résolveurs DNS avec les serveurs ne gérant pas bien EDNS, mesures de contournement qui ont été abandonnées récemment avec le DNS Flag Day.

Si, par contre, tout se passe bien, la session DSO est établie, et des paramètres comme le délai d'inactivité doivent désormais suivre les règles de DSO et plus celles de normes précédentes comme le RFC 7766 (c'est pour cela que notre RFC met à jour le RFC 7766).

La section 5 détaille également le format des messages DSO. Ce sont des messages DNS ordinaires, commençant par le Message ID sur deux octets, avec l'opcode qui vaut DSO (code numérique 6). Les champs qui indiquent le nombre d'enregistrements dans les différentes sections doivent tous être mis à zéro. Les données DSO sont situées après l'en-tête DNS standard, et sont sous forme de TLV. Le logiciel peut donc analyser ces données même s'il ne connait pas un type DSO spécifique. Dans une requête DSO, il y a toujours au moins un TLV, le « TLV primaire », qui indique le type d'opérations. Les autres éventuels TLV (« TLV additionnels ») sont là pour préciser le message. Rappelons qu'il y a deux sortes de messages DSO, les unidirectionnels et les autres. Les unidirectionnels ont le Message ID à zéro et n'ont jamais de réponse. (Avec le Message ID à zéro, on ne saurait de toute façon pas à quelle demande correspond une réponse.)

Chaque TLV comprend trois champs :

  • Le type, sur deux octets (la liste des types possibles figure dans un registre IANA créé par ce RFC),
  • La longueur des données, sur deux octets,
  • Les données.

Notez que la définition de chaque type doit préciser s'il est censé être utilisé en TLV primaire ou additionnel. Pour une réponse, il peut n'y avoir aucun TLV présent.

Toutes les sections « normales » d'un message DNS sont vides, y compris la section additionnelle qu'utilise EDNS (le champ ARCOUNT doit être à zéro). Il ne peut donc pas y avoir d'options EDNS dans un message DSO (pour éviter la confusion qui se produirait si une option EDNS et un message DSO donnaient des valeurs différentes au même service). Si on veut le service équivalent à une option EDNS, il faut créer un nouveau type DSO (section 10.3 du RFC pour les détails) et le faire enregistrer.

Combien de temps durent les sessions DSO ? D'un côté, il faut qu'elles soient aussi longues que possible, pour amortir le coût de créer et de maintenir des sessions sur un grand nombre de requêtes, d'un autre, il ne faut pas gaspiller des ressorces à maintenir une session ouverte si elle ne sert plus à rien. La section 6 du RFC discute cette question. DSO a un délai maximal d'inactivité et, quand le délai est dépassé sans activité, le client DSO est censé couper la connexion. (S'il ne le fait pas, le serveur le fera, après un délai plus long.) Le client a évidemment le droit de couper la session avant l'expiration du délai, s'il sait qu'il n'en aura plus besoin.

Le délai maximal d'inactivité est fixé par les messages DSO de type 1. Deux cas spéciaux : zéro indique qu'on doit fermer la connexion immédiatement après la première requête, et 0xFFFFFFFF indique que la session peut être gardée ouverte aussi longtemps qu'on le souhaite.

DSO permet également de spécifier l'intervalle de génération des messages keepalives, messages envoyés périodiquement uniquement pour que les boitiers de traduction d'adresse gardent leur état et ne suppriment pas une correspondance adresse interne <-> adresse externe en pensant qu'elle ne sert plus. Si on sait qu'il n'y a pas de NAT sur le trajet, on peut mettre un intervalle très élevé. Le client peut aussi se dire « j'ai une adresse RFC 1918, le serveur a une adresse IP publique, il y a donc sans doute un machin NAT sur le trajet, je demande des keepalives fréquents ».

Enfin, le client doit être préparé à ce que le serveur ferme la session à sa guise, parce que le serveur estime que le client exagère (il ne ferme pas la session alors que le délai d'inactivité est dépassé, et qu'il n'envoie pas de requêtes), ou bien parce que le serveur va redémarrer. Normalement, c'est le client DSO qui ferme la session mais, dans certains cas, le serveur peut décider de le faire.

La section 7 du RFC décrit les trois TLV de base qui doivent être présents dans toutes les mises en œuvre de DSO : keepalive, délai avant de réessayer, et remplissage. La section 8.2 indique dans quels cas ils peuvent être utilisés par le client ou par le serveur.

Le TLV keepalive contrôle l'envoi de messages servant uniquement à indiquer que la session est toujours ouverte, afin notamment de rassurer les routeurs NAT. Ce même TLV sert également à indiquer le délai d'inactivité maximal. Comme ce type de TLV est obligatoire, c'est un bon candidat pour le message initial d'ouverture de session (il n'y a pas de message particulier pour cette ouverture : on envoie juste un message ordinaire). Il a le type 1 et comprend deux champs de données, le délai maximal d'inactivité, en millisecondes, sur quatre octets, et l'intervalle d'émission des keepalives, également en millisecondes, et sur quatre octets. Il peut être utilisé comme TLV primaire, et il requiert une réponse, le Message ID doit donc être différent de zéro. La valeur du délai maximal d'inactivité émise par le client est un souhait, la valeur à utiliser est celle qui figure dans la réponse du serveur. Si le client ne la respecte pas par la suite, le serveur aura le droit de fermer la session. Notez qu'EDNS avait déjà un mécanisme équivalent, pour définir une durée d'inactivité maximale dans les connexions TCP, normalisé dans le RFC 7828. Mais les limites d'EDNS, comme le fait que les options EDNS ne s'appliquent normalement qu'au message en cours, rendent cette solution peu satisfaisante. Cet ancien mécanisme ne doit donc pas être utilisé avec DSO, qui dispose, d'un autre système, celui utilisant les valeurs spécifiées par un message portant le TLV Keepalive.

Une fois la durée d'émission des keepalives fixée, les messages de keepalive seront des messages unidirectionnels (pas de réponse) et donc envoyés avec un Message ID nul.

Deuxième type de TLV obligatoire, le délai avant de réessayer de se connecter, qui a le code 2. C'est un message unidirectionnel, envoyé par le serveur pour indiquer qu'il va couper et qu'il ne faut pas réessayer avant la durée indiquée en valeur du TLV.

Et enfin, le troisième type (code 3) qui doit être présent dans toute mise en œuvre de DSO est le remplissage. Le but est d'améliorer la protection de la vie privée en insérant des données bidon dans les messages DNS, pour rendre plus difficile l'analyse des données chiffrées. Il n'a évidemment de sens que si la session sous-jacente est chiffrée, par exemple avec le RFC 7858. Pour la longueur du remplissage à choisir, voir le RFC 8467.

Comme toujours sur l'Internet, une grande partie des problèmes opérationnels viendront des middleboxes. Le RFC rappelle à juste titre que la meilleure solution serait de ne pas avoir de middleboxes mais, comme c'est un idéal lointain, en attendant, il faut se pencher sur ce que font ces fichus boitiers intermédiaires, qui se permettent parfois d'intercepter automatiquement le trafic DNS et de le modifier. Si le boitier gère DSO et répond correctement aux spécifications de ce RFC, tout va bien. Si le boitier ne comprend pas DSO et renvoie un NOTIMP ou équivalent, cela empêche d'utiliser DSO mais, au moins, cela ne viole pas la norme : le client réagira comme si le serveur ne connait pas DSO. Si le boitier ne connait pas le DNS, et n'essaie pas de le comprendre, ça devrait marcher si, bien sûr, il établit bien une connexion et une seule pour chaque connexion entrante (c'est ce que fait un routeur NAT qui ne regarde pas les couches supérieures).

Dès que le boitier ne respecte pas ces règles, on peut prévoir des ennuis, et qui seront très difficiles à déboguer. Par exemple si un répartiteur de charge DNS reçoit des connexions TCP, les ouvre, et envoie chaque requête DNS qu'elles contenaient à un serveur différent, le client DSO va certainement souffrir. Il croira avoir une session alors qu'il n'en est rien.

Autre problème pratique qui se posera peut-être : les optimisations de TCP. Deux d'entre elles ont des chances sérieuses de créer des ennuis, l'algorithme de Nagle et les accusés de réception retardés (on attend un peu de voir si un autre segment arrive, pour pouvoir accuser réception des deux avec un seul paquet, RFC 1122, section 4.2.3.2). Pour les messages DSO bidirectionnels, pas de problème. Pour les unidirectionnels, en revanche, le retard de l'accusé de réception pourra atteindre 200 millisecondes, ce qui est énorme dans un centre de données typique, avec des liens qui peuvent débiter plus d'un gibabit par seconde. L'algorithme de Nagle fera qu'on n'enverra pas de données tout de suite, attendant s'il n'y a pas quelque chose à transmettre et, avec l'accusé de réception retardé, la combinaison des deux retardera sérieusement l'envoi.

Débrayer l'algorithme de Nagle, ou bien les accusés de réception retardés, résoudrait le problème mais ferait perdre d'utiles optimisations. En fait, la seule solution propre serait que les API permettent aux applications de dire à TCP « il n'y aura pas de réponse à ce message, envoie l'accusé de réception tout de suite ».

Enfin, un petit mot sur la sécurité pour finir. DSO nécessite des connexions permanentes et, potentiellement, cela peut consommer pas mal de ressources sur le serveur. Pour se protéger, le serveur a donc parfaitement le droit de limiter le nombre de connexions maximal, et de fermer des sessions quand ça lui chante.

Toujours sur la sécurité, DSO permet des établissements de connexion sans aller-retour, avec TCP Fast Open (RFC 7413) et TLS 1.3 (RFC 8446). C'est très rapide, c'est très bien mais les données envoyées avec le premier paquet (early data) ne sont pas forcément bien sécurisées et la définition de chaque type de TLV doit donc indiquer s'il est sûr ou pas de l'utiliser dans le premier paquet.

Il semble qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas encore de mise en œuvre de cette technique DSO.


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L'article seul

RFC 8484: DNS Queries over HTTPS (DoH)

Date de publication du RFC : Octobre 2018
Auteur(s) du RFC : P. Hoffman (ICANN), P. McManus (Mozilla)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF doh
Première rédaction de cet article le 22 octobre 2018


Voici un nouveau moyen d'envoyer des requêtes DNS, DoH (DNS over HTTPS). Requêtes et réponses, au lieu de voyager directement sur UDP ou TCP sont encapsulées dans HTTP, plus exactement HTTPS. Le but ? Il s'agit essentiellement de contourner la censure, en fournissant un canal sécurisé avec un serveur supposé digne de confiance. Et le chiffrement sert également à préserver la vie privée du client. Toutes ces fonctions pourraient être assurées en mettant le DNS sur TLS (RFC 7858) mais DoH augmente les chances de succès puisque le trafic HTTPS est rarement bloqué par les pare-feux, alors que le port 853 utilisé par DNS-sur-TLS peut être inaccessible, vu le nombre de violations de la neutralité du réseau. DoH marque donc une nouvelle étape dans la transition vers un Internet « port 443 seulement ».

La section 1 du RFC détaille les buts de DoH. Deux buts principaux sont décrits :

  • Le premier, et le plus important, est celui indiqué au paragraphe précédent : échapper aux middleboxes qui bloquent le trafic DNS, ou bien le modifient. De telles violations de la neutralité du réseau sont fréquentes, imposées par les États ou les entreprises à des fins de censure, ou bien décidées par les FAI pour des raisons commerciales. Dans la lutte sans fin entre l'épée et la cuirasse, le DNS est souvent le maillon faible : infrastructure indispensable, il offre une cible tentante aux attaquants. Et il est utilisable pour la surveillance (cf. RFC 7626). DNS-sur-TLS, normalisé dans le RFC 7858, était une première tentative de protéger l'intégrité et la confidentialité du trafic DNS par la cryptographie. Mais il utilise un port dédié, le port 853, qui peut être bloqué par un intermédiaire peu soucieux de neutralité du réseau. Dans de nombreux réseaux, hélas, le seul protocole qui soit à peu près sûr de passer partout est HTTPS sur le port 443. D'où la tendance actuelle à tout mettre sur HTTP.
  • Il y a une deuxième motivation à DoH, moins importante, la possibilité de faire des requêtes DNS complètes (pas seulement des demandes d'adresses IP) depuis des applications JavaScript tournant dans le navigateur, et tout en respectant CORS.

L'annexe A de notre RFC raconte le cahier des charges du protocole DoH de manière plus détaillée :

  • Sémantique habituelle de HTTP (on ne change pas HTTP),
  • Possibilité d'exprimer la totalité des requêtes et réponses DNS actuelles, d'où le choix de l'encodage binaire du DNS et pas d'un nouvel encodage, par exemple en JSON, plus simple mais limité à un sous-ensemble du DNS,
  • Et aussi des « non-considérations » : DoH n'avait pas à traiter le cas des réponses synthétisées, comme DNS64, ni celui des réponses à la tête du client, ni le HTTP tout nu sans TLS.

Passons maintenant à la technique. DoH est un protocole très simple. Au hackathon de l'IETF en mars 2018 à Londres, les sept ou huit personnes travaillant sur DoH avaient très vite réussi à créer clients et serveurs, et à les faire interopérer (même moi, j'y étais arrivé). Vous pouvez lire le compte-rendu du hackathon, et la présentation quelques jours après au groupe de travail DoH.)

DoH peut s'utiliser de plusieurs façons : c'est une technique, pas une politique. Néanmoins, son principal usage sera entre un résolveur simple, situé sur la machine de l'utilisateur ou quelque part dans son réseau local, et un résolveur complet situé plus loin dans le réseau (section 1 du RFC). Ce résolveur simple peut être un démon comme stubby ou systemd, ou bien l'application elle-même (ce qui me semble personnellement une mauvaise idée, car cela empêche de partager configuration et cache). À l'heure actuelle, les serveurs faisant autorité ne parlent pas DoH et il n'est pas prévu qu'ils s'y mettent à brève échéance. Le schéma suivant montre l'utilisation typique de DoH : l'application (le client final) parle à un résolveur simple, en utilisant le protocole DNS (ce qui évite de mettre du DoH dans toutes les applications), le résolveur simple parlera en DoH avec un résolveur de confiance situé quelque part dans l'Internet, et ce résolveur de confiance utilisera le DNS pour parler aux serveurs faisant autorité (soit il sera lui-même un résolveur complet, soit il parlera à un résolveur classique proche de lui, et le serveur DoH sera alors un proxy comme décrit dans le RFC 5625) : doh.png

Les requêtes et réponses DNS (RFC 1034 et RFC 1035) ont leur encodage habituel (le DNS est un protocole binaire, donc je ne peux pas faire de copier/coller pour montrer cet encodage), la requête est mise dans le chemin dans l'URL ou dans le corps d'une requête HTTP (RFC 7540), la réponse se trouvera dans le corps de la réponse HTTP. Toute la sécurité (intégrité et confidentialité) est assurée par TLS (RFC 8446), via HTTPS (RFC 2818). Un principe essentiel de DoH est d'utiliser HTTP tel quel, avec ses avantages et ses inconvénients. Cela permet de récupérer des services HTTP comme la négociation de contenu, la mise en cache, l'authentification, les redirections, etc.

La requête HTTP elle-même se fait avec les méthodes GET ou POST (section 4 du RFC), les deux devant être acceptées (ce qui fut le sujet d'une assez longue discussion à l'IETF.) Quand la méthode utilisée est GET, la variable nommée dns est le contenu de la requête DNS, suivant l'encodage habituel du DNS, surencodée en Base64, plus exactement la variante base64url normalisée dans le RFC 4648. Et, avec GET, le corps de la requête est vide (RFC 7231, section 4.3.1). Quand on utilise POST, la requête DNS est dans le corps de la requête HTTP et n'a pas ce surencodage. Ainsi, la requête avec POST sera sans doute plus petite, mais par contre GET est certainement plus apprécié par les caches.

On l'a dit, DoH utilise le HTTP habituel. L'utilisation de HTTP/2, la version 2 de HTTP (celle du RFC 7540) est très recommandée, et clients et serveurs DoH peuvent utiliser la compression et le remplissage que fournit HTTP/2 (le remplissage étant très souhaitable pour la vie privée). HTTP/2 a également l'avantage de multiplexer plusieurs ruisseaux (streams) sur la même connexion HTTP, ce qui évite aux requêtes DoH rapides de devoir attendre le résultat d'une requête lente qui aurait été émise avant. (HTTP 1, lui, impose le respect de l'ordre des requêtes.) HTTP/2 n'est pas formellement imposé, car on ne peut pas forcément être sûr du comportement des bibliothèques utilisées, ni de celui des différents relais sur le trajet.

Requêtes et réponses ont actuellement le type MIME application/dns-message, mais d'autres types pourront apparaitre dans le futur (par exemple fondés sur JSON et non plus sur l'encodage binaire du DNS, qui n'est pas amusant à analyser en JavaScript). Le client DoH doit donc inclure un en-tête HTTP Accept: pour indiquer quels types MIME il accepte. En utilisant HTTP, DoH bénéfice également de la négociation de contenu HTTP (RFC 7231, section 3.4).

Petit détail DNS : le champ ID (identification de la requête) doit être mis à zéro. Avec UDP, il sert à faire correspondre une requête et sa réponse mais c'est inutile avec HTTP, et cela risquerait d'empêcher la mise en cache de deux réponses identiques mais avec des ID différents.

En suivant la présentation des requêtes HTTP du RFC 7540 (rappelez-vous que HTTP/2, contrairement à la première version de HTTP, a un encodage binaire), cela donnerait, par exemple :

:method = GET
:scheme = https
:authority = dns.example.net
:path = /?dns=AAABAAABAAAAAAAAA3d3dwdleGFtcGxlA2NvbQAAAQAB
accept = application/dns-message
    

(Si vous vous le demandez, AAABAAABAAAAAAAAA3d3dwdleGFtcGxlA2NvbQAAAQAB est une requête DNS pour l'adresse IPv4 de www.example.com.)

Et la réponse HTTP ? Aujourd'hui, elle est forcément de type MIME application/dns-message, mais d'autres types pourront apparaitre. En attendant, le corps de la réponse HTTP est une réponse DNS avec son encodage binaire habituel normalisé dans le RFC 1035, section 4.1 (tel qu'utilisé pour UDP ; notez que HTTP permettant d'indiquer la longueur du message, les deux octets de longueur utilisés par le DNS au-dessus de TCP ne sont pas nécessaires et sont donc absents).

Le serveur DoH doit mettre un code de retour HTTP (RFC 7231). 200 signifie que la requête HTTP a bien été traitée. Mais cela ne veut pas dire que la requête DNS, elle, ait connu un succès. Si elle a obtenu une erreur DNS NXDOMAIN (nom non trouvé) ou SERVFAIL (échec de la requête), le code de retour HTTP sera quand même 200, indiquant qu'il y a une réponse DNS, même négative. Le client DoH, en recevant ce 200, devra donc analyser le message DNS et y trouver le code de retour DNS (NOERROR, NXDOMAIN, REFUSED, etc). Le serveur DoH ne mettra un code d'erreur HTTP que s'il n'a pas du tout de réponse DNS à renvoyer. Il mettra 403 s'il refuse de servir ce client DoH, 429 si le client fait trop de requêtes (RFC 6585), 500 si le serveur DoH a une grosse bogue, 415 si le type MIME utilisé n'est pas connu du serveur, et bien sûr 404 si le serveur HTTP ne trouve rien à l'URL indiqué par exemple parce que le service a été retiré. Dans tous ces cas, il n'y a pas de réponse DNS incluse. La sémantique de ces codes de retour, et le comportement attendu du client, suit les règles habituelles de HTTP, sans spécificité DoH. (C'est un point important et général de DoH : c'est du DNS normal sur du HTTP normal). Par exemple, lorsque le code de retour commence par un 4, le client n'est pas censé réessayer la même requête sur le même serveur : elle donnera forcément le même résultat.

Voici un exemple de réponse DoH :

:status = 200
content-type = application/dns-message
content-length = 61
cache-control = max-age=3709
[Les 61 octets, ici représentés en hexadécimal pour la lisibilité]
   00 00 81 80 00 01 00 01  00 00 00 00 03 77 77 77
   07 65 78 61 6d 70 6c 65  03 63 6f 6d 00 00 1c 00
   01 c0 0c 00 1c 00 01 00  00 0e 7d 00 10 20 01 0d
   b8 ab cd 00 12 00 01 00  02 00 03 00 04
    

La réponse DNS signifie « l'adresse de www.example.com est 2001:db8:abcd:12:1:2:3:4 et le TTL est de 3709 secondes [notez comme il est repris dans le Cache-control: HTTP] ».

Comment un client DoH trouve-t-il le serveur ? La section 3 du RFC répond à cette question. En gros, c'est manuel. DoH ne fournit pas de mécanisme de sélection automatique. Concevoir un tel mécanisme et qu'il soit sécurisé est une question non triviale, et importante : changer le résolveur DNS utilisé par une machine revient quasiment à pirater complètement cette machine. Cela avait fait une très longue discussion au sein du groupe de travail DoH à l'IETF, entre ceux qui pensaient qu'un mécanisme automatique de découverte du gabarit faciliterait nettement la vie de l'utilisateur, et ceux qui estimaient qu'un tel mécanisme serait trop facile à subvertir. Donc, pour l'instant, le client DoH reçoit manuellement un gabarit d'URI (RFC 6570) qui indique le serveur DoH à utiliser. Par exemple, un client recevra le gabarit https://dns.example.net/{?dns}, et il fera alors des requêtes HTTPS à dns.example.net, en passant ?dns=[valeur de la requête].

Notez que l'URL dans le gabarit peut comporter un nom de domaine, qui devra lui-même être résolu via le DNS, créant ainsi un amusant problème d'œuf et de poule (cf. section 10 de notre RFC). Une solution possible est de ne mettre que des adresses IP dans l'URL, mais cela peut poser des problèmes pour l'authentification du serveur DoH, toutes les autorités de certification n'acceptant pas de mettre des adresses IP dans le certificat (cf. RFC 6125, section 1.7.2, et annexe B.2).

La section 5 du RFC détaille quelques points liés à l'intégration avec HTTP. D'abord, les caches. DNS et HTTP ont chacun son système. Et entre le client et le serveur aux extrémités, il peut y avoir plusieurs caches DNS et plusieurs caches HTTP, et ces derniers ne connaissent pas forcément DoH. Que se passe-t-il si on réinjecte dans le DNS des données venues d'un cache HTTP ? En général, les réponses aux requêtes POST ne sont pas mises en cache (elles le peuvent, en théorie) mais les requêtes GET le sont, et les implémenteurs de DoH doivent donc prêter attention à ces caches. La méthode recommandée est de mettre une durée de validité explicite dans la réponse HTTP (comme dans l'exemple plus haut avec Cache-control:), en suivant le RFC 7234, notamment sa section 4.2. La durée de validité doit être inférieure ou égale au plus petit TTL de la section principale de la réponse DNS. Par exemple, si un serveur DoH renvoie cette réponse DNS :

ns1.bortzmeyer.org.	27288 IN AAAA 2605:4500:2:245b::42
ns2.bortzmeyer.org.	26752 IN AAAA 2400:8902::f03c:91ff:fe69:60d3
ns4.bortzmeyer.org.	26569 IN AAAA 2001:4b98:dc0:41:216:3eff:fe27:3d3f
    

alors, la réponse HTTP aura un Cache-Control: max-age=26569, le plus petit des TTL.

Si la réponse DNS varie selon le client, le serveur DoH doit en tenir compte pour construire la réponse HTTP. Le but est d'éviter que cette réponse adaptée à un client spécifique soit réutilisée. Cela peut se faire avec Cache-Control: max-age=0 ou bien avec un en-tête Vary: (RFC 7231, section 7.1.4 et RFC 7234, section 4.1) qui va ajouter une condition supplémentaire à la réutilisation des données mises en cache.

S'il y a un en-tête Age: dans la réponse HTTP (qui indique depuis combien de temps cette information était dans un cache Web, RFC 7234, section 5.1), le client DoH doit en tenir compte pour calculer le vrai TTL. Si le TTL DNS dans la réponse est de 600 secondes, mais que Age: indiquait que cette réponse avait séjourné 250 secondes dans le cache Web, le client DoH doit considérer que cette réponse n'a plus que 350 secondes de validité. Évidemment, un client qui veut des données ultra-récentes peut toujours utiliser le Cache-control: no-cache dans sa requête HTTP, forçant un rafraichissement. (Il est à noter que le DNS n'a aucun mécanisme équivalent, et qu'un serveur DoH ne saura donc pas toujours rafraichir son cache DNS.)

La définition formelle du type MIME application/dns-message figure en section 6 de notre RFC, et ce type est désormais enregistré à l'IANA.

La section 8 du RFC est consacrée aux questions de vie privée. C'est à la fois un des principaux buts de DoH (empêcher l'écoute par un tiers) et un point qui a fait l'objet de certaines polémiques, puisque DoH peut être utilisé pour envoyer toutes les requêtes à un gros résolveur public auquel on ne fait pas forcément confiance. Le RFC 7626 traite séparément deux problèmes : l'écoute sur le réseau, et l'écoute effectuée par le serveur. Sur le réseau, DoH protège : tout est chiffré, via un protocole bien établi, TLS. Du fait que le serveur est authentifié, l'écoute par un homme du milieu est également empêchée. DNS sur TLS (RFC 7858) a exactement les mêmes propriétés, mais pour principal inconvénient d'utiliser un port dédié, le 853, trop facile à bloquer. Au contraire, le trafic DoH, passant au milieu d'autres échanges HTTP sur le port 443, est bien plus difficile à restreindre.

Mais et sur le serveur de destination ? Une requête DNS normale contient peu d'informations sur le client (sauf si on utilise la très dangereuse technique du RFC 7871). Au contraire, une requête HTTP est bien trop bavarde : cookies (RFC 6265), en-têtes User-Agent: et Accept-Language:, ordre des en-têtes sont trop révélateurs de l'identité du client. L'utilisation de HTTP présente donc des risques pour la vie privée du client, risques connus depuis longtemps dans le monde HTTP mais qui sont nouveaux pour le DNS. Il avait été envisagé, pendant la discussion à l'IETF, de définir un sous-ensemble de HTTP ne présentant pas ces problèmes, mais cela serait rentré en contradiction avec les buts de DoH (qui étaient notamment de permettre l'utilisation du code HTTP existant). Pour l'instant, c'est donc au client DoH de faire attention. Si la bibliothèque HTTP qu'il utilise le permet, il doit veiller à ne pas envoyer de cookies, à envoyer moins d'en-têtes, etc.

Notez que la question de savoir si les requêtes DoH doivent voyager sur la même connexion que le trafic HTTPS normal (ce que permet HTTP/2, avec son multiplexage) reste ouverte. D'un côté, cela peut aider à les dissimuler. De l'autre, les requêtes HTTP typiques contiennent des informations qui peuvent servir à reconnaitre le client, alors qu'une connexion servant uniquement à DoH serait moins reconnaissable, le DNS étant nettement moins sensible au fingerprinting.

Comme TLS ne dissimule pas la taille des messages, et qu'un observateur passif du trafic, et qui peut en plus envoyer des requêtes au serveur DNS, peut en déduire les réponses reçues, le RFC recommande aux clients DoH de remplir les requêtes DNS selon le RFC 7830.

Le choix de Mozilla d'utiliser DoH pour son navigateur Firefox (voir un compte-rendu de la première expérience) et le fait que, dans certaines configurations, le serveur DoH de Cloudflare était systématiquement utilisé a été très discuté (cf. cette discussion sur le forum des développeurs et cet article du Register). Mais cela n'a rien à voir avec DoH : c'est le choix d'utiliser un résolveur public géré par un GAFA qui est un problème, pas la technique utilisée pour accéder à ce résolveur public. DNS-sur-TLS aurait posé exactement le même problème. Si Mozilla a aggravé les choses avec leur discours corporate habituel (« nous avons travaillé très dur pour trouver une entreprise de confiance »), il faut rappeler que le problème de la surveillance et de la manipulation des requête et réponses DNS par les FAI est un problème réel (essayez de demander à votre FAI s'il s'engage à ne jamais le faire). On a vu plus haut que DoH ne prévoit pas de système de découverte du serveur. Il faut donc que cela soit configuré en dur (un travail supplémentaire pour les utilisateurs, s'il n'y a pas de résolveur par défaut). En tout cas, le point important est que DoH (ou DNS-sur-TLS) ne protège la vie privée que si le serveur DoH est honnête. C'est une limitation classique de TLS : « TLS permet de s'assurer qu'on communique bien avec Satan, et qu'un tiers ne peut pas écouter ». Mais DoH n'impose pas d'utiliser un serveur public, et impose encore moins qu'il s'agisse d'un serveur d'un GAFA.

La section 9 de notre RFC traite des autres problèmes de sécurité. D'abord, sur la relation entre DoH et DNSSEC. C'est simple, il n'y en a pas. DNSSEC protège les données, DoH protège le canal (une distinction que les promoteurs de DNSCurve n'ont jamais comprise). DNSSEC protège contre les modifications illégitimes des données, DoH (ou bien DNS-sur-TLS) protège contre l'écoute illégitime. Ils résolvent des problèmes différents, et sont donc tous les deux nécessaires.

Quant à la section 10 du RFC, elle expose diverses considérations pratiques liées à l'utilisation de DoH. Par exemple, si un serveur faisant autorité sert des réponses différentes selon l'adresse IP source du client (RFC 6950, section 4), utiliser un résolveur public, qu'on y accède via DoH ou par tout autre moyen, ne donnera pas le résultat attendu, puisque l'adresse IP vue par le serveur faisant autorité sera celle du résolveur public, probablement très distincte de celle du « vrai » client. Un exemple similaire figure dans le RFC : une technique comme DNS64 (RFC 6147) risque fort de ne pas marcher avec un résolveur DNS extérieur au réseau local.

Quelles sont les mises en œuvre de DoH ? Le protocole est assez récent donc votre système favori n'a pas forcément DoH, ou alors c'est seulement dans les toutes dernières versions. Mais DoH est très simple à mettre en œuvre (c'est juste la combinaison de trois protocoles bien maitrisés, et pour lesquels il existe de nombreuses bibliothèques, DNS, HTTP et TLS) et le déploiement ne devrait donc pas poser de problème.

Voyons maintenant ce qui existe, question logiciels et serveurs. On a vu que Cloudflare a un serveur public, le fameux 1.1.1.1 étant accessible en DoH (et également en DNS-sur-TLS). Je ne parlerai pas ici de la question de la confiance qu'on peut accorder à ce serveur (je vous laisse lire sa politique de vie privée et l'évaluer vous-même), qui avait été contestée lors de la polémique Mozilla citée plus haut. Cloudflare fournit également une bonne documentation sur DoH, avec une explication de l'encodage. Enfin, Cloudflare fournit un résolveur simple (comme stubby ou systemd cités plus haut) qui est un client DoH, cloudflared.

Un autre serveur DoH public, cette fois issu du monde du logiciel libre, est celui de l'équipe PowerDNS, https://doh.powerdns.org/ (cf. leur annonce). Il utilise leur logiciel dnsdist.

Vous trouverez une liste de serveurs DoH publics chez DefaultRoutes ou bien chez curl ou encore sur le portail dnsprivacy.org. Testons ces serveurs DoH publics avec le programme doh-nghttp.c, qui avait été écrit au hackathon IETF 101, on lui donne l'URL du serveur DoH, et le nom à résoudre, et il cherche l'adresse IPv4 correspondant à ce nom :

% ./doh-nghttp https://doh.powerdns.org/ www.bortzmeyer.org
The address is 204.62.14.153

% ./doh-nghttp  https://1.1.1.1/dns-query www.bortzmeyer.org 
The address is 204.62.14.153

% ./doh-nghttp  https://doh.defaultroutes.de/dns-query www.bortzmeyer.org 
The address is 204.62.14.153

% ./doh-nghttp   https://mozilla.cloudflare-dns.com/dns-query www.bortzmeyer.org
The address is 204.62.14.153
    

Parfait, tout a bien marché. Un autre serveur DoH a la particularité d'être un résolveur menteur (regardez son nom) :

% ./doh-nghttp    https://doh.cleanbrowsing.org/doh/family-filter/ www.bortzmeyer.org
The address is 204.62.14.153

% ./doh-nghttp    https://doh.cleanbrowsing.org/doh/family-filter/ pornhub.com       
The search had no results, and a return value of 8. Exiting.

% ./doh-nghttp https://doh.powerdns.org/   pornhub.com      
The address is 216.18.168.16
    

Bon, et si je veux faire mon propre serveur DoH, on a quelles solutions ? Voyons d'abord le doh-proxy de Facebook. On lui indique le résolveur qu'il va utiliser (il n'est pas inclus dans le code, il a besoin d'un résolveur complet, a priori sur la même machine ou le même réseau local) :


% doh-proxy --port=9443 --upstream-resolver=192.168.2.254 --certfile=server.crt --keyfile=server.key --uri=/
2018-09-27 10:04:21,997:     INFO: Serving on <Server sockets=[<socket.socket fd=6, family=AddressFamily.AF_INET6, type=2049, proto=6, laddr=('::1', 9443, 0, 0)>]>

Et posons-lui des questions avec le même client doh-nghttp :

% ./doh-nghttp  https://ip6-localhost:9443/ www.bortzmeyer.org 
The address is 204.62.14.153
   

C'est parfait, il a marché et affiche les visites :

   
2018-09-27 10:04:24,264:     INFO: [HTTPS] ::1 www.bortzmeyer.org. A IN 0 RD
2018-09-27 10:04:24,264:     INFO: [DNS] ::1 www.bortzmeyer.org. A IN 56952 RD
2018-09-27 10:04:24,639:     INFO: [DNS] ::1 www.bortzmeyer.org. A IN 56952 QR/RD/RA 1/0/0 -1/0/0 NOERROR 374ms
2018-09-27 10:04:24,640:     INFO: [HTTPS] ::1 www.bortzmeyer.org. A IN 0 QR/RD/RA 1/0/0 -1/0/0 NOERROR 375ms

Au même endroit, il y a aussi un client DoH :

% doh-client --domain 1.1.1.1 --uri /dns-query --qname www.bortzmeyer.org
2018-09-27 10:14:12,191:    DEBUG: Opening connection to 1.1.1.1
2018-09-27 10:14:12,210:    DEBUG: Query parameters: {'dns': 'AAABAAABAAAAAAAAA3d3dwpib3J0em1leWVyA29yZwAAHAAB'}
2018-09-27 10:14:12,211:    DEBUG: Stream ID: 1 / Total streams: 0
2018-09-27 10:14:12,219:    DEBUG: Response headers: [(':status', '200'), ('date', 'Thu, 27 Sep 2018 08:14:12 GMT'), ('content-type', 'application/dns-message'), ('content-length', '103'), ('access-control-allow-origin', '*'), ('cache-control', 'max-age=5125'), ('expect-ct', 'max-age=604800, report-uri="https://report-uri.cloudflare.com/cdn-cgi/beacon/expect-ct"'), ('server', 'cloudflare-nginx'), ('cf-ray', '460c83ee69f73c53-CDG')]
id 0
opcode QUERY
rcode NOERROR
flags QR RD RA AD
edns 0
payload 1452
;QUESTION
www.bortzmeyer.org. IN AAAA
;ANSWER
www.bortzmeyer.org. 5125 IN AAAA 2001:4b98:dc0:41:216:3eff:fe27:3d3f
www.bortzmeyer.org. 5125 IN AAAA 2605:4500:2:245b::42
;AUTHORITY
;ADDITIONAL
2018-09-27 10:14:12,224:    DEBUG: Response trailers: {}

Ainsi qu'un résolveur simple (serveur DNS et client DoH).

Il ne faut pas confondre ce doh-proxy écrit en Python avec un logiciel du même nom écrit en Rust (je n'ai pas réussi à le compiler, celui-là, des compétences Rust plus avancées que les miennes sont nécessaires).

Et les clients, maintenant ? Commençons par le bien connu curl, qui a DoH est depuis la version 7.62.0 (pas encore publiée à l'heure où j'écris, le développement est documenté ici.) curl (comme Mozilla Firefox) fait la résolution DNS lui-même, ce qui est contestable (il me semble préférable que cette fonction soit dans un logiciel partagé par toutes les applications). Voici un exemple :


% ./src/.libs/curl -v --doh-url  https://doh.powerdns.org/ www.bortzmeyer.org
... [Se connecter au serveur DoH]
* Connected to doh.powerdns.org (2a01:7c8:d002:1ef:5054:ff:fe40:3703) port 443 (#2)
* ALPN, offering h2
...
* SSL connection using TLSv1.2 / ECDHE-RSA-AES256-GCM-SHA384
* Server certificate:
*  subject: CN=doh.powerdns.org
... [Envoyer la requête DoH]
* Using Stream ID: 1 (easy handle 0x5631606cbd50)
> POST / HTTP/2
> Host: doh.powerdns.org
> Accept: */*
> Content-Type: application/dns-message
> Content-Length: 36
...
< HTTP/2 200 
< server: h2o/2.2.5
< date: Thu, 27 Sep 2018 07:39:14 GMT
< content-type: application/dns-message
< content-length: 92
... [On a trouvé la réponse DoH]
* DOH Host name: www.bortzmeyer.org
* TTL: 86392 seconds
* DOH A: 204.62.14.153
* DOH AAAA: 2001:4b98:0dc0:0041:0216:3eff:fe27:3d3f
* DOH AAAA: 2605:4500:0002:245b:0000:0000:0000:0042
... [On peut maintenant se connecter au serveur HTTP - le but
principal de curl - maintenant qu'on a son adresse IP]
* Connected to www.bortzmeyer.org (204.62.14.153) port 80 (#0)
> GET / HTTP/1.1
> Host: www.bortzmeyer.org
> User-Agent: curl/7.62.0-20180927
> Accept: */*
> 

Pour les programmeurs Go, l'excellente bibliothèque godns n'a hélas pas DoH (pour des raisons internes). Du code expérimental avait été écrit dans une branche mais a été abandonné. Les amateurs de Go peuvent essayer à la place cette mise en œuvre (on notera que ce client sait parler DoH mais aussi le protocole spécifique et non-standard du résolveur public Google Public DNS).

Pour les programmeurs C, la référence est la bibliothèque getdns (notez que c'est elle qui a été utilisée pour le client doh-nghttp cité plus haut). Le code DoH est, à la parution du RFC, toujours en cours de développement et pas encore dans un dépôt public. Une fois que cela sera fait, stubby, qui utilise getdns, pourra parler DoH.

Voilà, si vous n'êtes pas épuisé·e·s, il y a encore des choses à lire :


Téléchargez le RFC 8484


L'article seul

RFC 8483: Yeti DNS Testbed

Date de publication du RFC : Octobre 2018
Auteur(s) du RFC : L. Song (Beijing Internet Institute), D. Liu (Beijing Internet Institute), P. Vixie (TISF), A. Kato (Keio/WIDE), S. Kerr
Pour information
Première rédaction de cet article le 17 décembre 2018


Ce RFC décrit une expérience, celle qui, de mai 2015 à décembre 2018, a consisté à faire tourner une racine DNS alternative nommée Yeti. Contrairement aux racines alternatives commerciales qui ne sont typiquement que des escroqueries visant à vendre à des gogos des TLD reconnus par personne, Yeti était une expérience technique ; il s'agissait de tester un certain nombre de techniques qu'on ne pouvait pas se permettre de tester sur la « vraie » racine.

Parmi ces techniques, l'utilisation d'un grand nombre de serveurs racine (pour casser la légende comme quoi l'actuelle limite à 13 serveurs aurait une justification technique), n'utiliser qu'IPv6, jouer avec des paramètres DNSSEC différents, etc. J'ai participé à ce projet, à la fois comme gérant de deux des serveurs racine, et comme utilisateur de la racine Yeti, reconfigurant des résolveurs DNS pour utiliser Yeti. Les deux serveurs racines dahu1.yeti.eu.org et dahu2.yeti.eu.org appartenaient au groupe Dahu, formé par l'AFNIC (cf. cet article sur le site de l'AFNIC), Gandi et eu.org. (Le nom vient d'un animal aussi mythique que le yéti.)

Outre l'aspect technique, un autre intéret de Yeti était qu'il s'agissait d'un projet international. Réellement international, pas seulement des états-uniens et des européens de divers pays ! Yeti est d'inspiration chinoise, la direction du projet était faite en Chine, aux États-Unis et au Japon, et parmi les équipes les plus impliquées dans le projet, il y avait des Russes, des Indiens, des Français, des Chiliens… Le projet, on l'a dit, était surtout technique (même si certains participants pouvaient avoir des arrière-pensées) et la zone racine servie par Yeti était donc exactement la même que celle de l'IANA, aux noms des serveurs et aux signatures DNSSEC près. Un utilisateur ordinaire de Yeti ne voyait donc aucune différence. Le projet étant de nature expérimentale, les utilisateurs étaient tous des volontaires, conscients des risques possibles (il y a eu deux ou trois cafouillages).

L'annexe E du RFC est consacrée aux controverses sur le principe même du projet Yeti. Le projet a toujours été discuté en public, et présenté à de nombreuses réunions. Mais il y a toujours des râleurs, affirmant par exemple que ce projet était une racine alternative (ce qui n'est pas faux mais attendez, lisez jusqu'au bout) et qu'il violait donc le RFC 2826. Outre que ce RFC 2826 est très contestable, il faut noter qu'il ne s'applique pas à Yeti ; il concerne uniquement les racines alternatives servant un contenu différent de celui de la racine « officielle » alors que Yeti a toujours été prévu et annoncé comme servant exactement la même racine (comme le faisait ORSN). Rien à voir donc avec ces racines alternatives qui vous vendent des TLD bidons, que personne ne pourra utiliser. Comme le disait Paul Vixie, Yeti pratique le Responsible Alternate Rootism. Notez quand même que certains participants à Yeti (notamment en Chine et en Inde) avaient des objectifs qui n'étaient pas purement techniques (s'insérant dans le problème de la gouvernance Internet, et plus spécialement celle de la racine).

La racine du DNS est quelque chose d'absolument critique pour le bon fonctionnement de l'Internet. Quasiment toutes les activités sur l'Internet démarrent par une ou plusieurs requêtes DNS. S'il n'y a plus de résolution DNS, c'est à peu près comme s'il n'y avait plus d'Internet (même si quelques services pair-à-pair, comme Bitcoin, peuvent encore fonctionner). Du fait de la nature arborescente du DNS, si la racine a un problème, le service est sérieusement dégradé (mais pas arrêté, notamment en raison des mémoires - les « caches » - des résolveurs). On ne peut donc pas jouer avec la racine, par exemple en essayant des idées trop nouvelles et peu testées. Cela n'a pas empêché la racine de changer beaucoup : il y a eu par exemple le déploiement massif de l'anycast, qui semblait inimaginable il y a dix-sept ans, le déploiement de DNSSEC (avec le récent changement de clé, qui s'est bien passé), ou celui d'IPv6, plus ancien. Le fonctionnement de la racine était traditionnellement peu ou pas documenté mais il y a quand même eu quelques documents utiles, comme le RFC 7720, la première description de l'anycast, ou les documents du RSSAC, comme RSSAC 001. Celle ou celui qui veut se renseigner sur la racine a donc des choses à lire.

Mais le point important est que la racine est un système en production, avec lequel on ne peut pas expérimenter à loisir. D'où l'idée, portée notamment par BII, mais aussi par TISF et WIDE, d'une racine alternative n'ayant pas les contraintes de la « vraie » racine. Yeti (section 1 du RFC) n'est pas un projet habituel, avec création d'un consortium, longues réunions sur les statuts, et majorité du temps passé en recherches de financement. C'est un projet léger, indépendant d'organismes comme l'ICANN, géré par des volontaires, sans structure formelle et sans budget central, dans la meilleure tradition des grands projets Internet. À son maximum, Yeti a eu 25 serveurs racine, gérés par 16 organisations différentes.

Au passage, puisqu'on parle d'un projet international, il faut noter que ce RFC a été sérieusement ralenti par des problèmes de langue. Eh oui, tout le monde n'est pas anglophone et devoir rédiger un RFC en anglais handicape sérieusement, par exemple, les Chinois.

Parmi les idées testées sur Yeti (section 3 du RFC) :

  • Une racine alternative qui marche (avec supervision sérieuse ; beaucoup de services se présentant comme « racine alternative » ont régulièrement la moitié de leurs serveurs racine en panne),
  • Diverses méthodes pour signer et distribuer la zone racine,
  • Schémas de nommage pour les serveurs racine (dans la racine IANA, tous les serveurs sont sous root-servers.net),
  • Signer les zones des serveurs racine (actcuellement, root-servers.net n'est pas signé),
  • Utiliser exclusivement IPv6,
  • Effectuer des remplacements de clé (notamment en comptant sur le RFC 5011),
  • Sans compter les autres idées décrites dans cette section 3 du RFC mais qui n'ont pas pu être testées.

La section 4 du RFC décrit l'infrastructure de Yeti. Elle a évidemment changé plusieurs fois, ce qui est normal pour un service voué aux expérimentations. Yeti utilise l'architecture classique du DNS. Les serveurs racine sont remplacés par ceux de Yeti, les autres serveurs faisant autorité (ceux de .fr ou .org, par exemple) ne sont pas touchés. Les résolveurs doivent évidemment être reconfigurés pour utiliser Yeti (d'une manière qui est documentée sur le site Web du projet). Au démarrage, un résolveur ne connait en effet que la liste des noms et adresses IP des serveurs de la racine. La racine « officielle » est configurée par défaut et doit ici être remplacée (annexe A du RFC). Il faut aussi changer la clé de la racine (la root trust anchor) puisque Yeti signe avec sa propre clé.

Voici la configuration de mon résolveur à la maison, avec Knot sur une Turris Omnia :

 config resolver 'common'
	option keyfile '/etc/kresd/yeti-root.keys'
	option prefered_resolver 'kresd'

config resolver 'kresd'
	option rundir '/tmp/kresd'
	option log_stderr '1'
	option log_stdout '1'
	option forks '1'
	option include_config '/etc/kresd/custom.conf'
    

et custom.conf contient la liste des serveurs racine :

hints.root({
	['bii.dns-lab.net.'] = '240c:f:1:22::6',
	['yeti-ns.tisf.net .'] = '2001:4f8:3:1006::1:4',	
	['yeti-ns.wide.ad.jp.'] = '2001:200:1d9::35',
	['yeti-ns.as59715.net.'] = '2a02:cdc5:9715:0:185:5:203:53',
	['dahu1.yeti.eu.org.'] = '2001:4b98:dc2:45:216:3eff:fe4b:8c5b',
	['ns-yeti.bondis.org.'] = '2a02:2810:0:405::250',
	['yeti-ns.ix.ru .'] = '2001:6d0:6d06::53',
	['yeti.bofh.priv.at.'] = '2a01:4f8:161:6106:1::10',
	['yeti.ipv6.ernet.in.'] = '2001:e30:1c1e:1::333',
	['yeti-dns01.dnsworkshop.org.'] = '2001:1608:10:167:32e::53',
	['yeti-ns.conit.co.'] = '2604:6600:2000:11::4854:a010',
	['dahu2.yeti.eu.org.'] = '2001:67c:217c:6::2',
	['yeti.aquaray.com.'] = '2a02:ec0:200::1',
	['yeti-ns.switch.ch.'] = '2001:620:0:ff::29',
	['yeti-ns.lab.nic.cl.'] = '2001:1398:1:21::8001',
	['yeti-ns1.dns-lab.net.'] = '2001:da8:a3:a027::6',
	['yeti-ns2.dns-lab.net.'] = '2001:da8:268:4200::6',
	['yeti-ns3.dns-lab.net.'] = '2400:a980:30ff::6',
	['ca978112ca1bbdcafac231b39a23dc.yeti-dns.net.'] = '2c0f:f530::6',
	['yeti-ns.datev.net.'] = '2a00:e50:f15c:1000::1:53',
	['3f79bb7b435b05321651daefd374cd.yeti-dns.net.'] = '2401:c900:1401:3b:c::6',
	['xn--r2bi1c.xn--h2bv6c0a.xn--h2brj9c.'] = '2001:e30:1c1e:10::333',
	['yeti1.ipv6.ernet.in.'] = '2001:e30:187d::333',
	['yeti-dns02.dnsworkshop.org.'] = '2001:19f0:0:1133::53',
	['yeti.mind-dns.nl.'] = '2a02:990:100:b01::53:0'
})  
    

Au bureau, avec Unbound, cela donnait :

server:
    auto-trust-anchor-file: "/var/lib/unbound/yeti.key"
    root-hints: "yeti-hints"
    

Et yeti-hints est disponible en annexe A du RFC (attention, comme le note la section 7 du RFC, à utiliser une source fiable, et à le récupérer de manière sécurisée).

Comme Yeti s'est engagé à ne pas modifier le contenu de la zone racine (liste des TLD, et serveurs de noms de ceux-ci), et comme Yeti visait à gérer la racine de manière moins concentrée, avec trois organisations (BII, TISF et WIDE) signant et distribuant la racine, le mécanisme adopté a été :

  • Les trois organisations copient la zone racine « normale »,
  • En retirent les clés et les signatures DNSSEC et la liste des serveurs de la racine,
  • Modifient le SOA,
  • Ajoutent la liste des serveurs Yeti, les clés Yeti, et signent la zone,
  • Les serveurs racine copient automatiquement cette nouvelle zone signée depuis un des trois DM (Distribution Master, section 4.1 du RFC).

Voici le SOA Yeti :


% dig SOA .
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 45919
;; flags: qr rd ra ad; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1
...
;; ANSWER SECTION:
.			86400 IN SOA www.yeti-dns.org. bii.yeti-dns.org. (
				2018121600 ; serial
				1800       ; refresh (30 minutes)
				900        ; retry (15 minutes)
				604800     ; expire (1 week)
				86400      ; minimum (1 day)
				)
.			86400 IN RRSIG SOA 8 0 86400 (
				20181223050259 20181216050259 46038 .
				BNoxqfGq5+rBEdY4rdp8W6ckNK/GAOtBWQ3P36YFq5N+
...
;; Query time: 44 msec
;; SERVER: 127.0.0.1#53(127.0.0.1)
;; WHEN: Sun Dec 16 16:01:27 CET 2018
;; MSG SIZE  rcvd: 369

    

(Notez que l'adresse du responsable de la zone indique le DM qui a été utilisé par ce résolveur particulier. Un autre résolveur pourrait montrer un autre SOA, si le DM était différent.) Comme les serveurs racine « officiels » n'envoient pas de message NOTIFY (RFC 1996) aux serveurs Yeti, la seule solution est d'interroger régulièrement ces serveurs officiels. (Cela fait que Yeti sera toujours un peu en retard sur la racine « officielle », cf. section 5.2.2.) Plusieurs de ces serveurs acceptent le transfert de zone (RFC 5936), par exemple k.root-servers.net :


% dig @k.root-servers.net AXFR . > /tmp/root.zone

% head -n 25 /tmp/root.zone

; <<>> DiG 9.11.3-1ubuntu1.3-Ubuntu <<>> @k.root-servers.net AXFR .
; (2 servers found)
;; global options: +cmd
.			86400 IN SOA a.root-servers.net. nstld.verisign-grs.com. (
				2018121600 ; serial
				1800       ; refresh (30 minutes)
				900        ; retry (15 minutes)
				604800     ; expire (1 week)
				86400      ; minimum (1 day)
				)
.			172800 IN DNSKEY 256 3 8 (
				AwEAAdp440E6Mz7c+Vl4sPd0lTv2Qnc85dTW64j0RDD7
...

    

De son côté, l'ICANN gère deux machines qui acceptent le transfert de zone, xfr.cjr.dns.icann.org et xfr.lax.dns.icann.org. On peut enfin récupérer cette zone par FTP.

Pour l'étape de signature de la zone, Yeti a testé plusieurs façons de répartir le travail entre les trois DM (Distribution Masters) :

  • Clés (KSK et ZSK) partagées entre tous les DM. Cela nécessitait donc de transmettre les clés privées.
  • KSK unique mais une ZSK différente par DM (chacune étant signée par la KSK). Chacun garde alors la clé privée de sa ZSK. (Voir la section 5.2.3 pour quelques conséquences pratiques de cette configuration.)

Dans les deux cas, Yeti supprime la totalité des signatures de la racine « officielle » avant d'apposer la sienne. Il a été suggéré (mais pas testé) d'essayer d'en conserver une partie, pour faciliter la vérification du fait que Yeti n'avait pas ajouté ou retiré de TLD.

La configuration chez les DM et leur usage de git (les risques de sécurité que cela pose sont discutés en section 7) pour se synchroniser quand c'est nécessaire est documentée ici.

Les serveurs racine de Yeti n'ont plus ensuite qu'à récupérer la zone depuis un des DM ; chaque serveur racine peut utiliser n'importe quel DM et en changer, de façon à éviter de dépendre du bon fonctionnement d'un DM particulier. Voici par exemple la configuration d'un serveur NSD :

server:
	ip-address: 2001:4b98:dc2:45:216:3eff:fe4b:8c5b
     	nsid: "ascii_dahu1.yeti.eu.org"
        # RFC 8201
	ipv6-edns-size: 1460

zone:
     name: "."
     outgoing-interface: 2001:4b98:dc2:45:216:3eff:fe4b:8c5b
     # We use AXFR (not the default, IXFR) because of http://open.nlnetlabs.nl/pipermail/nsd-users/2016-February/002243.html
     # BII
     request-xfr: AXFR 240c:f:1:22::7 NOKEY
     allow-notify: 240c:f:1:22::7 NOKEY
     # TISF
     request-xfr: AXFR 2001:4f8:3:1006::1:5 NOKEY
     allow-notify: 2001:4f8:3:1006::1:5 NOKEY
     # WIDE
     request-xfr: AXFR 2001:200:1d9::53 NOKEY
     allow-notify: 2001:200:1d9::53 NOKEY
    

Notez que la configuration réseau était un peu plus complexe, la machine ayant deux interfaces, une de service, pour les requêtes DNS, et une d'aministration, pour se connecter via ssh. Il fallait s'assurer que les messages DNS partent bien par la bonne interface réseau, donc faire du routage selon l'adresse IP source. Le fichier de configuration Linux pour cela est yeti-network-setup.sh.

Contrairement aux serveurs de la racine « officielle », qui sont tous sous le domaine root-servers.net, ceux de Yeti, ont des noms variés. Le suffixe identique permet, grâce à la compression des noms (RFC 1035, section 4.1.4 et RSSAC 023) de gagner quelques octets sur la taille des messages DNS. Yeti cherchant au contraire à tester la faisabilité de messages DNS plus grands, cette optimisation n'était pas utile.

Une des conséquences est que la réponse initiale à un résolveur (RFC 8109) est assez grande :

% dig @bii.dns-lab.net. NS .
...
;; SERVER: 240c:f:1:22::6#53(240c:f:1:22::6)
;; MSG SIZE  rcvd: 1591
    

On voit qu'elle dépasse la MTU d'Ethernet. Certains serveurs, pour réduire la taille de cette réponse, n'indiquent pas la totalité des adresses IP des serveurs racine (la colle) dans la réponse. (BIND, avec minimum-responses: yes n'envoie même aucune adresse IP, forçant le résolveur à effectuer des requêtes pour les adresses IP des serveurs). Cela peut augmenter la latence avant les premières résolutions réussies, et diminuer la robustesse (si les serveurs dont l'adresse est envoyée sont justement ceux en panne). Mais cela n'empêche pas le DNS de fonctionner et Yeti, après discussion, a décidé de ne pas chercher à uniformiser les réponses des serveurs racine.

Au moment de la publication du RFC, Yeti avait 25 serveurs racine gérés dans 16 pays différents (section 4.6 du RFC), ici vus par check-soa (rappelez-vous qu'ils n'ont que des adresses IPv6) :

% check-soa -i . 
3f79bb7b435b05321651daefd374cd.yeti-dns.net.
	2401:c900:1401:3b:c::6: OK: 2018121400 (334 ms)
bii.dns-lab.net.
	240c:f:1:22::6: OK: 2018121400 (239 ms)
ca978112ca1bbdcafac231b39a23dc.yeti-dns.net.
	2c0f:f530::6: OK: 2018121400 (170 ms)
dahu1.yeti.eu.org.
	2001:4b98:dc2:45:216:3eff:fe4b:8c5b: OK: 2018121400 (18 ms)
dahu2.yeti.eu.org.
	2001:67c:217c:6::2: OK: 2018121400 (3 ms)
ns-yeti.bondis.org.
	2a02:2810:0:405::250: OK: 2018121400 (24 ms)
xn--r2bi1c.xn--h2bv6c0a.xn--h2brj9c.
	2001:e30:1c1e:10::333: OK: 2018121400 (188 ms)
yeti-ns.as59715.net.
	2a02:cdc5:9715:0:185:5:203:53: OK: 2018121400 (43 ms)
yeti-ns.datev.net.
	2a00:e50:f155:e::1:53: OK: 2018121400 (19 ms)
yeti-ns.ix.ru.
	2001:6d0:6d06::53: OK: 2018121400 (54 ms)
yeti-ns.lab.nic.cl.
	2001:1398:1:21::8001: OK: 2018121400 (228 ms)
yeti-ns.switch.ch.
	2001:620:0:ff::29: OK: 2018121400 (16 ms)
yeti-ns.tisf.net.
	2001:4f8:3:1006::1:4: OK: 2018121400 (175 ms)
yeti-ns.wide.ad.jp.
	2001:200:1d9::35: OK: 2018121400 (258 ms)
yeti-ns1.dns-lab.net.
	2400:a980:60ff:7::2: OK: 2018121400 (258 ms)
yeti-ns2.dns-lab.net.
	2001:da8:268:4200::6: OK: 2018121400 (261 ms)
yeti-ns3.dns-lab.net.
	2400:a980:30ff::6: OK: 2018121400 (268 ms)
yeti.aquaray.com.
	2a02:ec0:200::1: OK: 2018121400 (4 ms)
yeti.bofh.priv.at.
	2a01:4f8:161:6106:1::10: OK: 2018121400 (31 ms)
yeti.ipv6.ernet.in.
	2001:e30:1c1e:1::333: OK: 2018121400 (182 ms)
yeti.jhcloos.net.
	2001:19f0:5401:1c3::53: OK: 2018121400 (108 ms)
yeti.mind-dns.nl.
	2a02:990:100:b01::53:0: OK: 2018121400 (33 ms)
    

Notez que l'un d'eux a un nom IDN, मूल.येती.भारत (affiché par check-soa comme xn--r2bi1c.xn--h2bv6c0a.xn--h2brj9c). 18 des serveurs sont des VPS, le reste étant des machines physiques. 15 utilisent le noyau Linux, 4 FreeBSD, 1 NetBSD et 1 (oui, oui) tourne sur Windows. Question logiciel, 16 utilisent BIND, 4 NSD, 2 Knot, 1 Bundy (l'ex-BIND 10), 1 PowerDNS et 1 Microsoft DNS.

Pour tester que la racine Yeti fonctionnait vraiment, il ne suffisait évidemment pas de faire quelques dig, check-soa et tests avec les sondes RIPE Atlas. Il fallait un trafic plus réaliste. Certains résolveurs (dont les miens, à la maison et au bureau) ont été configurés pour utiliser la racine Yeti et fournissaient donc un trafic réel, quoique faible. En raison des caches des résolveurs, le trafic réel ne représentait que quelques dizaines de requêtes par seconde. Il était difficile d'augmenter ce nombre, Yeti étant une racine expérimentale, où des choses risquées étaient tentées, on ne pouvait pas utiliser des résolveurs de production. Il a donc fallu aussi injecter du trafic artificiel.

Tout le trafic atteignant les serveurs racines Yeti était capturé (c'est une autre raison pour laquelle on ne pouvait pas utiliser les résolveurs de production ; Yeti voyait toutes leurs requêtes à la racine) et étudié. Pour la capture, des outils comme dnscap ou pcapdump (avec un petit patch) étaient utilisés pour produire des pcap, ensuite copiés vers BII avec rsync.

La section 5 du RFC décrit les problèmes opérationnels qu'a connu Yeti. Si vous voulez tous les détails, vous pouvez regarder les archives de la liste de diffusion du projet, et le blog du projet. D'abord, ce qui concerne IPv6. Comme d'habitude, des ennuis sont survenus avec la fragmentation. En raison du nombre de serveurs racine, et de l'absence de schéma de nommage permettant la compression, les réponses Yeti sont souvent assez grandes pour devoir être fragmentées (1 754 octets avec toutes les adresses des serveurs racine, et 1 975 avec le mode « une ZSK par DM »). Cela ne serait pas un problème (la fragmentation des datagrammes étant spécifiée dans IPv4 et IPv6 depuis le début) si tout le monde configurait son réseau correctement. Hélas, beaucoup d'incompétents et de maladroits ont configuré leurs systèmes pour bloquer les fragments IP, ou pour bloquer les messages ICMP nécessaires à la découverte de la MTU du chemin (RFC 8201). Ce triste état des choses a été décrit dans le RFC 7872, dans draft-taylor-v6ops-fragdrop, et dans « Dealing with IPv6 fragmentation in the DNS ». Il a même été proposé de ne jamais envoyer de datagrammes de taille supérieure à 1 280 octets.

En pratique, le meilleur contournement de ce problème est de réduire la taille maximale des réponses EDNS. Par exemple, dans NSD :

ipv6-edns-size: 1460
    

Les réponses resteront à moins de 1 460 octets et ne seront donc en général pas fragmentées.

Les transferts de zone depuis les DM ont levé quelques problèmes. Les zones sont légèrement différentes d'un DM à l'autre (SOA et surtout signatures). Les transferts de zone incrémentaux (IXFR, RFC 1995), ne peuvent donc pas être utilisés : si un serveur racine interroge un DM, puis un autre, les résultats seront incompatibles. Ce cas, très spécifique à Yeti, n'est pas pris en compte par les logiciels. Les serveurs doivent donc utiliser le transfert complet (AXFR) uniquement (d'où le AXFR dans la configuration du serveur racine NSD vue plus haut). Ce n'est pas très grave, vu la petite taille de la zone racine.

Lors des essais de remplacement de la KSK (on sait que, depuis la parution de ce RFC, la KSK de la racine « officielle » a été successivement remplacée le 11 octobre 2018) quelques problèmes sont survenus. Par exemple, la documentation de BIND n'indiquait pas, lorsque le résolveur utilise l'option managed-keys, que celle-ci doit être configurée dans toutes les vues. (Au passage, j'ai toujours trouvé que les vues sont un système compliqué et menant à des erreurs déroutantes.)

La capture du trafic DNS avec les serveurs racine Yeti a entrainé d'autres problèmes (section 5.4 du RFC). Il existe plusieurs façons d'enregistrer le trafic d'un serveur de noms, de la plus courante (tcpdump avec l'option -w) à la plus précise (dnstap). dnstap étant encore peu répandu sur les serveurs de noms, Yeti a utilisé une capture « brute » des paquets, dans des fichiers pcap qu'il fallait ensuite analyser. L'un des problèmes avec les fichiers pcap est qu'une connexion TCP, même d'une seule requête, va se retrouver sur plusieurs paquets, pas forcément consécutifs. Il faudra donc réassembler ces connexions TCP, par exemple avec un outil développé pour Yeti, PcapParser (décrit plus longuement dans l'annexe D de notre RFC).

Les serveurs racine changent de temps en temps. Dans la racine « officielle », les changements des noms sont très rares. En effet, pour des raisons politiques, on ne peut pas modifier la liste des organisations qui gèrent un serveur racine. Vouloir ajouter ou retirer une organisation déclencherait une crise du genre « pourquoi lui ? ». L'ICANN est donc paralysée sur ce point. Mais les serveurs changent parfois d'adresse IP. C'est rare, mais ça arrive. Si les résolveurs ne changent pas leur configuration, ils auront une liste incorrecte. Un exemple de la lenteur avec laquelle se diffusent les changements d'adresses IP des serveurs racine est le cas de j.root-servers.net qui, treize ans après son changement d'adresse IP, continue à recevoir du trafic à l'ancienne adresse. Ceci dit, ce n'est pas très grave en pratique, car, à l'initialisation du résolveur (RFC 8109), le résolveur reçoit du serveur racine consulté une liste à jour. Tant que la liste qui est dans la configuration du résolveur ne dévie pas trop de la vraie liste, il n'y a pas de problème, le résolveur finira par obtenir une liste correcte.

Mais Yeti est différent : les changements sont beaucoup plus fréquents et, avec eux, le risque que la liste connue par les résolveurs dévie trop. D'où la création d'un outil spécial, hintUpdate (personnellement, je ne l'ai jamais utilisé, je modifie la configuration du résolveur, c'est tout). Un point intéressant d'hintUpdate est qu'il dépend de DNSSEC pour vérifier les informations reçues. Cela marche avec Yeti, où les noms des serveurs racine sont (théoriquement) signés, mais cela ne marcherait pas avec la racine officielle, root-servers.net n'étant pas signé.

Dernier problème, et rigolo, celui-ci, la compression inutile. En utilisant le logiciel Knot pour un serveur racine, nous nous sommes aperçus qu'il comprimait même le nom de la zone racine, faisant passer sa taille de un à deux octets. Une compression négative donc, légale mais inutile. À noter que cela plantait la bibliothèque Go DNS. Depuis, cette bibliothèque a été rendue plus robuste, et Knot a corrigé cette optimisation ratée.

La conclusion du RFC, en section 6, rappelle l'importance de disposer de bancs de test, puisqu'on ne peut pas faire courir de risques à la racine de production. La conclusion s'achève en proposant de chercher des moyens de rendre le DNS moins dépendant de la racine actuelle. Et, vu la mode actuelle, le mot de chaîne de blocs est même prononcé…


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RFC 8482: Providing Minimal-Sized Responses to DNS Queries that have QTYPE=ANY

Date de publication du RFC : Janvier 2019
Auteur(s) du RFC : J. Abley (Afilias), O. Gudmundsson, M. Majkowski (Cloudflare), E. Hunt (ISC)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 11 janvier 2019


Lorsqu'un client DNS envoie une requête à un serveur DNS, le client indique le type de données souhaité. Contrairement à ce qu'on lit souvent, le DNS ne sert pas à « traduire des noms de domaine en adresses IP ». Le DNS est une base de données généraliste, qui sert pour de nombreux types de données. Outre les types (AAAA pour les adresses IP, SRV pour les noms de serveurs assurant un service donné, SSHFP ou TLSA pour les clés cryptographiques, etc), le DNS permet de demander tous les types connus du serveur pour un nom de domaine donné ; c'est ce qu'on appelle une requête ANY. Pour différentes raisons, l'opérateur du serveur DNS peut ne pas souhaiter répondre à ces requêtes ANY. Ce nouveau RFC spécifie ce qu'il faut faire dans ce cas.

Les requêtes comme ANY, qui n'utilisent pas un type spécifique, sont souvent informellement appelées « méta-requêtes ». Elles sont spécifiées (mais de manière un peu ambigüe) dans le RFC 1035, section 3.2.3. On note que le terme « ANY » n'existait pas à l'époque, il est apparu par la suite.

Pourquoi ces requêtes ANY défrisent-elles certains opérateurs de serveurs DNS ? La section 2 de notre RFC explique ce choix. D'abord, quelle était l'idée derrière ces requêtes ANY ? La principale motivation était de déboguage : ANY n'est pas censé être utilisé dans la cadre du fonctionnement normal du DNS, mais lorsqu'on veut creuser un problème, vérifier l'état d'un serveur. Voici un exemple de requête ANY envoyée au serveur faisant autorité pour le nom de domaine anna.nic.fr :

       
% dig +nodnssec @ns1.nic.fr ANY anna.nic.fr
...
;; flags: qr aa rd; QUERY: 1, ANSWER: 3, AUTHORITY: 5, ADDITIONAL: 10
...
;; ANSWER SECTION:
anna.nic.fr.		600 IN A 192.134.5.10
anna.nic.fr.		172800 IN TXT "EPP prod"
anna.nic.fr.		600 IN AAAA 2001:67c:2218:e::51:41
...
;; Query time: 2 msec
;; SERVER: 2001:67c:2218:2::4:1#53(2001:67c:2218:2::4:1)
...

     

Le serveur 2001:67c:2218:2::4:1 a renvoyé les données pour trois types, A (adresse IPv4), AAAA (adresse IPv6) et TXT (un commentaire).

Certains programmeurs comprenant mal le DNS ont cru qu'ils pouvaient utiliser les requêtes ANY pour récupérer à coup sûr toutes les données pour un nom (ce fut par exemple une bogue de qmail). Voyons d'abord si ça marche, en essayant le même nom avec un autre serveur DNS :

     
       
% dig @::1 ANY anna.nic.fr
...
;; flags: qr rd ra ad; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1
...
;; ANSWER SECTION:
anna.nic.fr.		595 IN AAAA 2001:67c:2218:e::51:41
...
;; Query time: 0 msec
;; SERVER: ::1#53(::1)

On n'a cette fois récupéré que l'adresse IPv6 et pas les trois enregistrements. C'est parce que cette fois, le serveur interrogé était un résolveur, pas un serveur faisant autorité. Il a bien répondu en donnant toutes les informations qu'il avait. Simplement, il ne connaissait pas tous les types possibles. Ce comportement est le comportement normal de ANY ; ANY (n'importe lesquelles) ne veut pas dire ALL (toutes). Il veut dire « donne-moi tout ce que tu connais ». Il n'y a jamais eu de garantie que la réponse à une requête ANY contiendrait toutes les données (c'est la bogue fondamentale de l'usage DNS de qmail). Si la réponse, comme dans l'exemple précédent, n'a pas de données de type A, est-ce que cela veut dire qu'il n'y a pas de telles données, ou simplement que le serveur ne les connaissait pas ? On ne peut pas savoir. Bref, il ne faut pas utiliser les requêtes ANY vers un résolveur ou, plus exactement, il ne faut pas compter sur le fait que cela vous donnera toutes les données pour ce nom. ANY reste utile pour le déboguage (savoir ce que le résolveur a dans le cache) mais pas plus.

Et vers un serveur faisant autorité, est-ce que là, au moins, on a une garantie que cela va marcher ? Même pas car certains serveurs faisant autorité ne donnent qu'une partie des données, voire rien du tout, pour les raisons exposées au paragraphe suivant.

En effet, les requêtes ANY ont des inconvénients. D'abord, elles peuvent être utilisées pour des attaques par réflexion, avec amplification. La réponse, si le serveur envoie toutes les données possibles, va être bien plus grosse que la question, assurant une bonne amplification (cf. RFC 5358, et section 8 de notre nouveau RFC). Bien sûr, ANY n'est pas le seul type de requête possible pour ces attaques (DNSKEY ou NS donnent également de « bons » résultats.)

Ensuite, les requêtes ANY peuvent permettre de récupérer facilement toutes les données sur un nom de domaine, ce que certains opérateurs préféreraient éviter. C'est à mon avis l'argument le plus faible, le même effet peut être obtenu avec des requêtes multiples (il y a 65 536 types possibles, mais beaucoup moins en pratique) ou via le passive DNS.

Enfin, avec certaines mises en œuvre des serveurs DNS, récupérer toutes les informations peut être coûteux. C'est par exemple le cas si le dorsal du serveur est un SGBD où les données sont accessibles uniquement via la combinaison {nom, type}.

Bref, il est légitime que le gérant d'un serveur DNS veuille bloquer les requêtes ANY. Mais que doit-il répondre dans ce cas ? Ne pas répondre du tout, comme le font certains pare-feux programmés et configurés avec les pieds n'est pas une solution, le client réémettra, gaspillant des ressources chez tout le monde. Notre RFC suggère un choix de trois méthodes (section 4) :

  • Envoyer un sous-ensemble non-vide des données connues. Le client ne saura jamais si on lui a envoyé toutes les données, seulement celles connues du serveur, ou bien un sous-ensemble. Mais rappelez-vous qu'il n'y a jamais eu aucune garantie qu'ANY renvoie tout. Cette technique ne change donc rien pour le client.
  • Variante du précédent, essayer de deviner ce que veut le client et le lui envoyer. Par exemple, en renvoyant tous les A, AAAA, MX et CNAME qu'on a et en ignorant les autres types d'enregistrement, on satisfera sans doute la grande majorité des clients.
  • Envoyer un enregistrement HINFO, solution décrite en détail plus loin.

Toutes ces réponses sont compatibles avec le protocole existant. Le RFC 1035, section 3.2.3, est relativement clair à ce sujet : ANY n'est pas la même chose que ALL (section 7 de notre RFC). Notez que notre nouveau RFC n'impose pas une politique particulière ; ce RFC ne dit pas qu'il faut renvoyer la réponse courte, il dit « si vous le faites, faites-le avec une des trois méthodes indiquées ».

Notez que le comportement du serveur peut dépendre de si la question était posée sur UDP ou sur TCP (section 4.4 du RFC). En effet, avec TCP, le risque d'attaque par réflexion est très faible.

Voici un exemple chez Cloudflare, la société qui a le plus « poussé » pour ce RFC :

       
% dig +nodnssec @ns5.cloudflare.com. ANY cloudflare.com
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 54605
;; flags: qr aa rd; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1
...
;; ANSWER SECTION:
cloudflare.com.		3789 IN	HINFO "ANY obsoleted" "See draft-ietf-dnsop-refuse-any"

;; Query time: 4 msec
;; SERVER: 2400:cb00:2049:1::a29f:209#53(2400:cb00:2049:1::a29f:209)
;; WHEN: Wed Dec 19 16:05:12 CET 2018
;; MSG SIZE  rcvd: 101

     

Le client recevant ces réponses les mémorise de la manière classique. S'il trouve un HINFO, il peut décider de l'utiliser pour répondre aux requêtes ANY ultérieures. (C'est un changement de la sémantique du type HINFO mais pas grave, ce type étant très peu utilisé.)

Mais pourquoi HINFO, type qui était normalement prévu pour donner des informations sur le modèle d'ordinateur et sur son système d'exploitation (RFC 1035, section 3.3.2) ? La section 6 du RFC traite cette question. Le choix de réutiliser (en changeant sa sémantique) un type existant était dû au fait que beaucoup de boitiers intermédiaires bogués refusent les types DNS qu'ils ne connaissent pas (un nouveau type NOTANY avait été suggéré), rendant difficile le déploiement d'un nouveau type. HINFO est très peu utilisé, donc considéré comme « récupérable ». Ce point a évidemment fait l'objet de chaudes discussions à l'IETF, certains étant choqués par cette réutilisation sauvage d'un type existant. Le type NULL avait été proposé comme alternative mais l'inconvénient est qu'il n'était pas affiché de manière lisible par les clients DNS actuels, contrairement à HINFO, qui permet de faire passer un message, comme dans l'exemple Cloudflare ci-dessus.

Un HINFO réel dans une réponse peut être mémorisé par le résolveur et empêcher certaines requêtes ANY ultérieures. De la même façon, le HINFO synthétique généré en réponse à une requête ANY peut masquer des vrais HINFO. Attention, donc, si vous avez des HINFO réels dans votre zone, à ne pas utiliser ce type dans les réponses aux requêtes ANY.

Mais les HINFO réels sont rares. En janvier 2017, en utilisant la base DNSDB, je n'avais trouvé que 54 HINFO sur les trois millions de noms de .fr, et la plupart n'étaient plus dans le DNS. Les meilleurs étaient :

iiel.iie.cnam.fr. IN HINFO "VS3100" "VMS-6.2"
wotan.iie.cnam.fr. IN HINFO "AlphaServer-1000" "OSF"
     

Il y a peu de chance qu'une VaxStation 3100 soit encore en service en 2017 :-) Autres HINFO utilisés de façon créative :

www-cep.cma.fr. IN HINFO "bat. B" ""
syndirag.dirag.meteo.fr. IN HINFO "VM Serveur Synergie 1 operationnel" "RHEL 5.4"
www.artquid.fr. IN HINFO "Artquid" "ArtQuid, La place de marche du Monde de l'Art (Antiquites, Objets d'art, Art contemporain et Design)"
     

Le HINFO de syndirag.dirag.meteo.fr est toujours en ligne et illustre très bien une raison pour laquelle les HINFO sont peu utilisés : il est pénible de les maintenir à jour (la machine n'est probablement plus en RHEL 5.4).

Notons que d'autres solutions avaient été étudiées à l'IETF pendant la préparation de ce RFC (section 3) :

  • Créer un nouveau code de retour (au lieu de l'actuel NOERROR). Le nommer, par exemple, NOTALL. Mais les résolveurs actuels, recevant un code inconnu, auraient simplement renvoyé la question à d'autres serveurs.
  • Utiliser une option EDNS, mais l'expérience prouve que les options EDNS inconnues ont du mal à passer les boitiers intermédiaires.
  • Simplement décider que ANY devenait un type d'enregistrement comme les autres, au lieu de rester un « méta-type » avec traitement spécial. Dans ce cas, comme il n'y a pas de données de type ANY dans la zone, la réponse aurait été NODATA (code de retour NOERROR mais une section de réponse vide). Cela s'intégre bien avec DNSSEC par exemple. Mais cela casserait les attentes des logiciels clients, et cela ne leur laisserait rien à mémoriser (à part la réponse négative).

Le choix a donc été fait de renvoyer quelque chose, afin que le client s'arrête là, et qu'il puisse garder quelque chose dans sa mémoire (cache).

On notera que cela laisse entier le problème du client qui voudrait récupérer, par exemple, adresse IPv4 (A) et IPv6 (AAAA) avec une seule requête. Plusieurs approches ont été proposées à l'IETF mais aucune adoptée.

Les techniques de ce RFC sont-elles disponibles ? NSD avait depuis sa version 4.1 une option refuse-any, mais pas conforme au RFC (elle répond avec le bit TC indiquant la troncature, ce que le RFC refuse explicitement). Cela semble s'être amélioré avec la version 4.1.27 publiée en mars 2019. BIND a depuis la version 9.11 une option minimal-any qui, elle, est conforme. En mettant minimal-any yes; dans la configuration, BIND répondre aux requêtes ANY avec un seul enregistrement. BIND n'utilise donc pas la solution « HINFO » mais le RFC permet ce choix.


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RFC 8467: Padding Policies for Extension Mechanisms for DNS (EDNS(0))

Date de publication du RFC : Octobre 2018
Auteur(s) du RFC : A. Mayrhofer (nic.at GmbH)
Expérimental
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dprive
Première rédaction de cet article le 2 décembre 2018


Chiffrer pour assurer la confidentialité, c'est bien. Pour le DNS, c'est ce que permet le RFC 7858 (DNS sur TLS). Mais un problème de TLS et de pas mal d'autres protocoles cryptographiques est qu'il ne dissimule pas les métadonnées, et notamment la taille des messages échangés sur le réseau. Dans un monde public comme celui du DNS, c'est un problème. En effet, l'attaquant peut facilement mesurer la taille des réponses chiffrées (en envoyant lui-même une requête), voir la taille des réponses, et en déduire les questions qui avaient été posées. La solution classique en cryptographie face à ce risque est le remplissage, normalisé, pour le DNS, dans le RFC 7830. Mais le RFC 7830 ne normalisait que le format, pas le mode d'emploi. Il faut remplir jusqu'à telle taille ? Comment concilier un remplissage efficace pour la confidentialité avec le désir de limiter la consommation de ressources réseaux ? Ce RFC décrit plusieurs stratégies possibles, et recommande un remplissage jusqu'à atteindre une taille qui est le multiple suivant de 468 (octets).

Ce nouveau RFC tente de répondre à ces questions, en exposant les différentes politiques possibles de remplissage, leurs avantages et leurs inconvénients. Le RFC 7830 se limitait à la syntaxe, notre nouveau RFC 8467 étudie la sémantique.

D'abord, avant de regarder les politiques possibles, voyons les choses à garder en tête (section 3 du RFC). D'abord, ne pas oublier de mettre l'option EDNS de remplissage (celle du RFC 7830) en dernier dans la liste des options (car elle a besoin de connaitre la taille du reste du message).

Ensuite, il faut être conscient des compromis à faire. Remplir va améliorer la confidentialité mais va réduire la durée de vie de la batterie des engins portables, va augmenter le débit qu'on injecte dans le réseau, voire augmenter le prix si on paie à l'octet transmis. Lors des discussions à l'IETF, certaines personnes ont d'ailleurs demandé si le gain en confidentialité en valait la peine, vu l'augmentation de taille. En tout cas, on ne remplit les messages DNS que si la communication est chiffrée : cela ne servirait à rien sur une communication en clair.

Enfin, petit truc, mais qui montre l'importance des détails quand on veut dissimuler des informations, le remplissage doit se faire sans tenir compte des deux octets qui, avec certains protocoles de transport du DNS, comme TCP, peut faire fuiter des informations. Avec certaines stratégies de remplissage, les deux octets en question peuvent faire passer de l'autre côté d'un seuil et donc laisser fuiter l'information qu'on était proche du seuil.

Ensuite, après ces préliminaires, passons aux stratégies de remplissage, le cœur de ce RFC (section 4). Commençons par celle qui est la meilleure, et recommandée officiellement par notre RFC : remplissage en blocs de taille fixe. Le client DNS remplit la requête jusqu'à atteindre un multiple de 128 octets. Le serveur DNS, si le client avait mis l'option EDNS de remplissage dans la requête, et si la communication est chiffrée, remplit la réponse de façon à ce qu'elle soit un multiple de 468 octets. Ainsi, requête et réponse ne peuvent plus faire qu'un nombre limité de longueurs, la plupart des messages DNS tenant dans le bloc le plus petit. Voici un exemple vu avec le client DNS dig, d'abord sans remplissage :

       
% dig +tcp +padding=0 -p 9053 @127.0.0.1 SOA foobar.example  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 29832
;; flags: qr aa rd; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1
...
;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags: do; udp: 4096
; COOKIE: dda704b2a06d65b87f0493105c03ca4d2b2c83f2d4e25680 (good)
;; QUESTION SECTION:
;foobar.example.		IN SOA

;; ANSWER SECTION:
foobar.example.		600 IN SOA ns1.foobar.example. root.foobar.example. (
				2015091000 ; serial
				604800     ; refresh (1 week)
				86400      ; retry (1 day)
				2419200    ; expire (4 weeks)
				86400      ; minimum (1 day)
				)
...
;; MSG SIZE  rcvd: 116

     

La réponse fait 116 octets. On demande maintenant du remplissage, jusqu'à 468 octets :


% dig +tcp +padding=468 -p 9053 @127.0.0.1 SOA foobar.example  
...
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 2117
;; flags: qr aa rd; QUERY: 1, ANSWER: 1, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1
;; WARNING: recursion requested but not available

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags: do; udp: 4096
; COOKIE: 854d2f29745a72e5fdd6891d5c03ca4b5d5287daf716e327 (good)
; PAD (348 bytes)
;; QUESTION SECTION:
;foobar.example.		IN SOA

;; ANSWER SECTION:
foobar.example.		600 IN SOA ns1.foobar.example. root.foobar.example. (
				2015091000 ; serial
				604800     ; refresh (1 week)
				86400      ; retry (1 day)
				2419200    ; expire (4 weeks)
				86400      ; minimum (1 day)
				)

;; MSG SIZE  rcvd: 468

     

La réponse fait 468 octets, grâce aux 348 octets de remplissage (notez la ligne PAD (348 bytes)).

Les avantages de cette méthode est qu'elle est facile à mettre en œuvre, assure une confidentialité plutôt bonne, et ne nécessite pas de générateur de nombres aléatoires. Son principal inconvénient est qu'elle permet de distinguer deux requêtes (ou deux réponses) si elles ont le malheur d'être remplies dans des blocs de taille différente. Mais il ne faut pas chercher une méthode idéale : rappelez-vous qu'il faudra faire des compromis. Cette méthode a un faible coût pour le défenseur, et élève les coûts sensiblement pour l'attaquant, c'est ça qui compte.

Notez que les chiffres 128 et 468 ont été obtenus empiriquement, en examinant du trafic DNS réel. Si DNSSEC continue à se répandre, les tailles des réponses moyennes augmenteront, et il faudra peut-être réviser ces chiffres.

Une autre statégie est celle du remplissage maximal. On met autant d'octets qu'on peut. Si un serveur a une taille maximale de réponse de 4 096 octets (la valeur par défaut la plus courante) et que le client accepte cette taille, on remplit la réponse jusqu'à ce qu'elle fasse 4 096 octets. L'avantage évident de cette méthode est qu'elle fournit la meilleure confidentialité : toutes les réponses ont la même taille. L'inconvénient évident est qu'elle est la méthode la plus consommatrice de ressources. En outre, ces grandes réponses vont souvent excéder la MTU, pouvant entrainer davantage de problèmes liés à la fragmentation.

Autre stratégie envisageable : remplissage aléatoire. On tire au sort le nombre d'octets à ajouter. Cela fournit une bonne distribution des tailles (par exemple, une réponse courte peut désormais être plus grande qu'une réponse longue, ce qui n'arrive jamais avec les deux stratégies précédentes). Inconvénient : comme ça ne change pas la limite de taille inférieure, un attaquant qui voit beaucoup de messages pourrait en déduire des informations. Et cela oblige à avoir un générateur de nombres aléatoires, traditionnellement un problème délicat en cryptographie.

Enfin, une dernière méthode raisonnable est de combiner le remplissage dans des blocs et le tirage au sort : on choisit au hasard une longueur de bloc et on remplit jusqu'à atteindre cette longueur. Contrairement à la précédente, elle n'a pas forcément besoin d'une source aléatoire à forte entropie. Mais c'est sans doute la technique la plus compliquée à mettre en œuvre.

La section 7 du RFC ajoute quelques points supplémentaires qui peuvent mettre en péril la confidentialité des requêtes. Par exemple, si le client DNS remplit correctement sa requête, mais que le serveur ne le fait pas, un attaquant pourra déduire la requête de la réponse (c'est d'autant plus facile, avec le DNS, que la question est répétée dans la réponse). Dans une communication de client à résolveur DNS, il faut bien choisir son résolveur.

Et le remplissage ne brouille qu'une seule des métadonnées. Il y en a d'autres comme l'heure de la question, le temps de réponse ou comme la succession des requêtes/réponses, qui restent accessibles à un éventuel attaquant. La protection contre la fuite d'informations via ces métadonnées nécessiterait d'injecter « gratuitement » du trafic de couverture (qui, lui aussi, éleverait la consommation de ressources réseau).

Et pour terminer le RFC, l'annexe A est consacrée aux mauvaises politiques de remplissage, celles qui non seulement ne sont pas recommandées mais sont activement déconseillées. (Mais on les trouve parfois dans du code réel.) Il y a l'évidente stratégie « pas de remplissage du tout ». Son principal intérêt est qu'elle fournit le point de comparaison pour toutes les autres stratégies. Avantages : triviale à implémenter, il suffit de ne rien faire, et aucune consommation de ressources supplémentaires. Inconvénient : la taille des requêtes et des réponses est exposée, et un observateur malveillant peut en déduire beaucoup de choses.

Une autre méthode inefficace pour défendre la vie privée est celle du remplissage par une longueur fixe. Elle est simple à implémenter mais ne protège rien : une simple soustraction suffit pour retrouver la vraie valeur de la longueur.

Ces différentes stratégies ont été analysées empiriquement (il n'y a pas vraiment de bon cadre pour le faire théoriquement) et le travail est décrit dans l'excellente étude de Daniel Kahn Gillmor (ACLU), « Empirical DNS Padding Policy » présentée à NDSS en 2017. Si vous aimez les chiffres et les données, c'est ce qu'il faut regarder !

Testons un peu les mises en œuvres du remplissage des messages DNS (une liste plus complète figure sur le site du projet).

Essayons avec BIND version 9.13.4. Il fournit le client de déboguage dig et son option +padding. Avec un +padding=256, le datagramme va faire 264 octets, incluant les ports source et destination d'UDP). Vu par tshark, cela donne :

       
        <Root>: type OPT
            Name: <Root>
            Type: OPT (41)
            UDP payload size: 4096
            Higher bits in extended RCODE: 0x00
            EDNS0 version: 0
            Z: 0x8000
                1... .... .... .... = DO bit: Accepts DNSSEC security RRs
                .000 0000 0000 0000 = Reserved: 0x0000
            Data length: 213
            Option: COOKIE
                Option Code: COOKIE (10)
                Option Length: 8
                Option Data: 722ffe96cd87b40a
                Client Cookie: 722ffe96cd87b40a
                Server Cookie: <MISSING>
            Option: PADDING
                Option Code: PADDING (12)
                Option Length: 197
                Option Data: 000000000000000000000000000000000000000000000000...
                Padding: 000000000000000000000000000000000000000000000000...

     

Cela, c'était la requête du client. Mais cela ne veut pas dire que le serveur va accepter de répondre avec du remplissage. D'abord, il faut qu'il soit configuré pour cela (BIND 9.13.4 ne le fait pas par défaut). Donc, côté serveur, il faut :

options {
	...
	response-padding {any;} block-size 468;
};

(any est pour accepter le remplissage pour tous les clients.) Mais cela ne suffit pas, BIND ne répond avec du remplissage que si l'adresse IP source est raisonnablement sûre (TCP ou biscuit du RFC 7873, pour éviter les attaques par amplification). C'est pour cela qu'il y a une option +tcp dans les appels de dig plus haut. On verra alors dans le résultat de dig le PAD (392 bytes) indiquant qu'il y a eu remplissage. La taille indiquée dans response-padding est une taille de bloc : BIND enverra des réponses qui seront un multiple de cette taille. Par exemple, avec response-padding {any;} block-size 128;, une courte réponse est remplie à 128 octets (notez que la taille de bloc n'est pas la même chez le serveur et chez le client) :

% dig +tcp +padding=468 -p 9053 @127.0.0.1 SOA foobar.example
...
; PAD (8 bytes)
...
;; MSG SIZE  rcvd: 128
     

Alors qu'une réponse plus longue (notez la question ANY au lieu de SOA) va faire passer dans la taille de bloc au dessus (128 octets est clairement une taille de bloc trop petite, une bonne partie des réponses DNS, même sans DNSSEC, peuvent la dépasser) :

% dig +tcp +padding=468 -p 9053 @127.0.0.1 ANY foobar.example
...
; PAD (76 bytes)
...
;; MSG SIZE  rcvd: 256
     

On voit bien ici l'effet de franchissement du seuil : une taille de bloc plus grande doit être utilisée.

BIND n'est pas forcément que serveur DNS, il peut être client, quand il est résolveur et parle aux serveurs faisant autorité. La demande de remplissage dans ce cas se fait dans la configuration par serveur distant, avec padding. (Je n'ai pas testé.)

Le résolveur Knot fait également le remplissage (option net.tls_padding) mais, contrairement à BIND, il ne le fait que lorsque le canal de communication est chiffré (ce qui est logique).

La bibliothèque pour développer des clients DNS getdns a également le remplissage. En revanche, Unbound, dans sa version 1.8.1, ne fait pas encore de remplissage. Et, comme vous avez vu dans l'exemple tshark plus haut, Wireshark sait décoder l'option de remplissage.


Téléchargez le RFC 8467


L'article seul

RFC 8461: SMTP MTA Strict Transport Security (MTA-STS)

Date de publication du RFC : Septembre 2018
Auteur(s) du RFC : D. Margolis, M. Risher (Google), B. Ramakrishnan (Oath), A. Brotman (Comcast), J. Jones (Microsoft)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF uta
Première rédaction de cet article le 9 janvier 2019


La question de la sécurité du courrier électronique va probablement amener à la publication de nombreux autres RFC dans les années qui viennent… Ce nouveau RFC traite du problème de la sécurisation de SMTP avec TLS ; c'est très bien d'avoir SMTP-sur-TLS, comme le font aujourd'hui tous les MTA sérieux. Mais comment le client SMTP qui veut envoyer du courrier va-t-il savoir si le serveur en face gère TLS ? Et si on peut compter dessus, refusant de se connecter si TLS a un problème ? Notre RFC apporte une solution, publier dans le DNS un enregistrement texte qui va indiquer qu'il faut télécharger (en HTTP !) la politique de sécurité TLS du serveur. En la lisant, le client saura à quoi s'attendre. Ne cherchez pas de déploiement de cette technique sur le serveur qui gère mon courrier électronique, je ne l'ai pas fait, pour les raisons expliquées plus loin.

Cette solution se nomme STS, pour Strict Transport Security. La section 1 du RFC explique le modèle de menace auquel répond cette technique. Sans TLS, une session SMTP peut être facilement écoutée par des espions et, pire, interceptée et modifiée. TLS est donc indispensable pour le courrier, comme pour les autres services Internet. À l'origine (RFC 3207), la méthode recommandée pour faire du TLS était dite STARTTLS et consistait, pour le MTA contacté, à annoncer sa capacité TLS puis, pour le MTA qui appelle, à démarrer la négociation TLS s'il le souhaitait, et si le serveur en face avait annoncé qu'il savait faire. Une telle méthode est très vulnérable aux attaques par repli, ici connues sous le nom de SSL striping ; un attaquant actif peut retirer l'indication STARTTLS du message de bienvenue du MTA contacté, faisant croire au MTA appelant que TLS ne sera pas possible.

D'autre part, un très grand nombre de serveurs SMTP ont des certificats expirés, ou auto-signés, qui ne permettent pas d'authentifier sérieusement le MTA qu'on appelle. En cas de détournement BGP ou DNS, on peut se retrouver face à un mauvais serveur et comment le savoir, puisque les serveurs authentiques ont souvent un mauvais certificat. Le MTA qui se connecte à un autre MTA est donc confronté à un choix difficile : si le certificat en face est auto-signé, et donc impossible à évaluer, est-ce parce que l'administrateur de ce MTA est négligent, ou bien parce qu'il y a un détournement ? Pour répondre à cette question, il faut un moyen indépendant de connaitre la politique du MTA distant. C'est ce que fournit notre RFC (c'est aussi ce que fournit DANE, en mieux).

À noter que ce RFC concerne les communications entre MTA. Pour celles entre MUA et MTA, voyez le RFC 8314, qui utilise un mécanisme assez différent, fondé sur le TLS implicite (au contraire du TLS explicite de STARTSSL).

Donc, la technique décrite dans ce RFC, STS, vise à permettre l'expression d'une politique indiquant :

  • Si le receveur a TLS ou pas,
  • Ce que devrait faire l'émetteur si TLS (chiffrement ou authentification) échoue.

D'abord, découvrir la politique du serveur distant (section 3 du RFC). Cela se fait en demandant un enregistrement TXT. Si le domaine de courrier est example.com, le nom où chercher l'enregistrement TXT est _mta-sts.example.com. Regardons chez Gmail :


% dig TXT _mta-sts.gmail.com
...
;; ANSWER SECTION:
_mta-sts.gmail.com.	300 IN TXT "v=STSv1; id=20171114T070707;"

    

On peut aussi utiliser le DNS Looking Glass.

Cet enregistrement TXT contient des paires clé/valeur, deux clés sont utilisées :

  • v qui indique la version de STS utilisée, aujourd'hui STSv1,
  • et id qui indique un numéro de série (ici 20171114T070707) ; si la politique TLS change, on doit penser à modifier ce numéro. (Rappelons que la politique est accessible via HTTP. Dans beaucoup d'organisations, ce n'est pas la même équipe qui gère le contenu DNS et le contenu HTTP, et je prévois donc des difficultés opérationnelles.)

La présence de cet enregistrement va indiquer qu'une politique TLS pour le MTA est disponible, à récupérer via HTTP.

D'autres clés pourront être créées dans le futur, et mises dans le registre IANA, en suivant la politique « Examen par un expert » du RFC 8126.

Cette politique doit se trouver en (toujours en supposant que le domaine est example.com) https://mta-sts.example.com/.well-known/mta-sts.txt, et avoir le type text/plain. (Le .well-known est décrit dans le RFC 5785.) Le nom mta-sts.txt a été ajouté dans le registre IANA. Essayons de récupérer la politique de Gmail, puisqu'ils ont l'enregistrement TXT :

% curl  https://mta-sts.gmail.com/.well-known/mta-sts.txt     
version: STSv1
mode: testing
mx: gmail-smtp-in.l.google.com
mx: *.gmail-smtp-in.l.google.com
max_age: 86400
    

On voit que les politiques sont également décrites sous formes de paires clé/valeur, mais avec le deux-points au lieu du égal. On voit aussi que l'utilisation de STS (Strict Transport Security) nécessite un nom spécial (mta-sts, qui n'a pas de tiret bas car il s'agit d'un nom de machine) ce qui peut entrer en conflit avec des politiques de nommages locales, et est en général mal perçu. (Cela a fait râler.) L'utilisation des enregistrements de service aurait évité cela mais ils n'ont pas été retenus.

Les clés importantes sont :

  • version : aujourd'hui STSv1,
  • mode : indique au MTA émetteur ce qu'il doit faire si TLS échoue. Il y a le choix entre none (continuer comme si de rien n'était), testing (signaler les problèmes - cf. section 6 - mais continuer, c'est le choix de Gmail dans la politique ci-dessus) et enforce (refuser d'envoyer le message en cas de problème, c'est le seul mode qui protège contre les attaques par repli).
  • max_age : durée de vie de la politique en question, on peut la mémoriser pendant ce nombre de secondes (une journée pour Gmail),
  • mx : les serveurs de messagerie de ce domaine.

D'autres clés pourront être ajoutées dans le même registre IANA, avec la politique d'examen par un expert (cf. RFC 8126.) Un exemple de politique figure dans l'annexe A du RFC.

(Notez qu'au début du processus qui a mené à ce RFC, la politique était décrite en JSON. Cela a été abandonné au profit d'un simple format « clé: valeur » car JSON n'est pas habituel dans le monde des MTA, et beaucoup de serveurs de messagerie n'ont pas de bibliothèque JSON incluse.)

La politique doit être récupérée en HTTPS (RFC 2818) authentifié (RFC 6125), le serveur doit donc avoir un certificat valide pour mta-sts.example.com. L'émetteur doit utiliser SNI (Server Name Indication, RFC 6066), et parler au moins TLS 1.2. Attention, le client HTTPS ne doit pas suivre les redirections, et ne doit pas utiliser les caches Web du RFC 7234.

Notez bien qu'une politique ne s'applique qu'à un domaine, pas à ses sous-domaines. La politique récupérée en https://mta-sts.example.com/ ne nous dit rien sur les serveurs de messagerie du domaine something.example.com.

Une fois que l'émetteur d'un courrier connait la politique du récepteur, il va se connecter en SMTP au MTA du récepteur et vérifier (section 4) que :

  • Le MX correspond à un des serveurs listés sous la clé mx dans la politique,
  • Le serveur accepte de faire du TLS et a un certificat valide. Le certificat ne doit évidemment pas être expiré (ce qui est pourtant courant) et doit être signé par une des AC connues de l'émetteur (ce qui garantit bien des problèmes, puisque chaque émetteur a sa propre liste d'AC, qui n'est pas connue du récepteur). Le certificat doit avoir un SAN (Subject Alternative Name, cf. RFC 5280) avec un DNS-ID (RFC 6125) correspond au nom du serveur.

L'exigence que le certificat soit signé par une AC connue de l'émetteur est la raison pour laquelle je ne déploie pas STS sur mon domaine bortzmeyer.org ; ses serveurs de messagerie utilisent des certificats signés par CAcert, et beaucoup de MTA n'ont pas CAcert dans le magasin qu'ils utilisent. Exiger un certificat signé par une AC connue de l'émetteur pousse à la concentration vers quelques grosses AC, puisque c'est la seule façon d'être raisonnablement sûr qu'elle soit connue partout. Une meilleure solution que STS, et celle que j'utilise, est d'utiliser DANE (RFC 7672). Mais STS est issu de chez Google, qui pousse toujours aux solutions centralisées, avec un petit nombre d'AC officielles. (Cf. annonce initiale où Google dit clairement « nous avons une solution, nous allons la faire normaliser ».)

Et si les vérifications échouent ? Tout dépend de la valeur liée à la clé mode dans la politique. Si elle vaut enforce, l'émetteur renonce et le message n'est pas envoyé, si le mode est testing ou none, on envoie quand même. Dans le cas testing, l'émetteur tentera de signaler au récepteur le problème (section 6), en utilisant le RFC 8460. C'est donc le récepteur, via la politique qu'il publie, qui décide du sort du message. L'annexe B du RFC donne, en pseudo-code, l'algorithme complet.

La section 8 de notre RFC rassemble quelques considérations pratiques pour celles et ceux qui voudraient déployer cette technique STS. D'abord, le problème du changement de politique. Lorsqu'on modifie sa politique, il y a deux endroits à changer, les données envoyées par le serveur HTTP, et l'enregistrement TXT dans le DNS (pour modifier la valeur associée à id). Deux changements veut dire qu'il y a du potentiel pour une incohérence, si on modifie un des endroits mais pas l'autre, d'autant plus que ces deux endroits peuvent être sous la responsabilité d'équipes différentes. Et l'enregistrement TXT est soumis au TTL du DNS. Donc, attention à changer la politique publiée en HTTPS avant de changer l'enregistrement DNS. Et il faut faire en sorte que les deux politiques fonctionnent car certains envoyeurs auront l'ancienne.

Un cas courant en matière de courrier électronique est la délégation de l'envoi du courrier massif à un « routeur » (rien à voir avec les routeurs IP). Ainsi, les newsletters, dont le service marketing croit qu'elles servent à quelque chose, sont souvent déléguées à un spammeur professionnel, le « routeur ». Dans ce cas, il faut aussi leur déléguer la politique, et le _mta-sts dans le DNS doit donc être un alias pointant vers un nom du routeur. Idem pour le nom mta-sts qui pointe vers le serveur HTTP où récupérer la politique. Cela doit être un alias DNS, ou bien un reverse proxy HTTP (pas une redirection HTTP, prohibée par le RFC).

Notre RFC se termine par la section 10, qui détaille quelques points de sécurité. Comme toute la sécurité de STS dépend du certificat PKIX qui est présenté à l'émetteur du courrier (cf. RFC 6125), la sécurité de l'écosystème X.509 est cruciale. Si une AC délivre un faux certificat (comme c'est arrivé souvent), l'authentification TLS ne protégera plus.

Autre problème potentiel, le DNS. Sans DNSSEC, il est trop facile de tromper un résolveur DNS et, par exemple, de lui dire que l'enregistrement TXT n'existe pas et qu'il n'y a donc pas de politique STS. La bonne solution est évidemment de déployer DNSSEC, mais le RFC donne également quelques conseils pratiques pour ceux et celles qui s'obstinent à ne pas avoir de DNSSEC. (Celles et ceux qui ont DNSSEC ont de toute façon plutôt intérêt à utiliser DANE.) Notamment, il est recommandé que le serveur émetteur mémorise ce que faisait le récepteur et se méfie si la politique disparait (une forme de TOFU).

STS n'est pas la première technique qui vise à atteindre ces buts. La section 2 de notre RFC en présente d'autres. La principale est évidemment DANE (RFC 7672), celle que j'ai choisi de déployer pour le service de courrier de bortzmeyer.org. DANE nécessite DNSSEC, et le RFC présente comme un avantage que la solution qu'il décrit ne nécessite pas DNSSEC (c'est une erreur car, sans DNSSEC, la solution de ce RFC marche mal puisqu'un attaquant pourrait prétendre que l'enregistrement texte n'existe pas, ou bien lui donner une autre valeur). Par contre, il est exact que STS permet un mode « test seulement » que ne permet pas DANE. Mais ce n'est pas un argument suffisant pour moi.

Qui met en œuvre STS aujourd'hui ? On a vu que Gmail le faisait. Yahoo a également une politique STS :

% dig +short TXT _mta-sts.yahoo.com
"v=STSv1; id=20161109010200Z;"
   

Elle est en testing, comme celle de Gmail (je n'ai encore rencontré aucun domaine qui osait utiliser enforce). Comme illustration du fait que la publication de la politique nécessitant deux endroits (DNS et HTTP) est casse-gueule, regardons chez Microsoft :

% dig +short TXT _mta-sts.outlook.com
"v=STSv1; id=20180321T030303;"
   

Mais en HTTP, on récupère un 404 (ressource non existante) sur la politique…

ProtonMail n'a rien, pour l'instant STS semble uniquement sur les gros silos centralisés :


% dig TXT _mta-sts.protonmail.com

; <<>> DiG 9.11.3-1ubuntu1.3-Ubuntu <<>> TXT _mta-sts.protonmail.com
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NXDOMAIN, id: 12470
...

   

Et question logiciels libres de MTA, qu'est-ce qui existe ? Voyons Postfix ; il y a deux cas à distinguer :

  • Pour le courrier entrant, où Postfix n'est pas concerné, il suffit d'activer TLS sur Postfix, puis de publier sa politique (rappelez-vous : DNS et HTTP).
  • Pour le courrier sortant, il faudrait que Postfix regarde la politique du serveur distant. Il n'est pas évident que ce code doive être dans le démon Postfix lui-même (trop de code n'est pas une bonne idée). Comme le note Venema, « Like DKIM/DMARC I do not think that complex policies like STS should be built into core Postfix SMTP components ». Une meilleure solution est sans doute un programme externe comme postfix-mta-sts-resolver, qui met en œuvre une partie de ce RFC (la possibilité d'envoi de rapports est absente, par exemple), et communique ensuite les résultats à Postfix, via le système socketmap. Vous pouvez lire cet article d'exemple. Ne me demandez pas des détails, comme expliqué plus haut, j'utilise DANE et pas STS.

Une fois tout cela configuré, il existe un bon outil de test en ligne pour voir si votre politique STS est correcte. Essayez-le avec outlook.com pour rire un peu.

Quelques articles sur STS :


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