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Mon livre « Cyberstructure »

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Fiche de lecture : Cavanna, paléontologue !

Auteur(s) du livre : Pascal Tassy
Éditeur : Éditions Matériologiques
978-2-37361-252-3
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 7 avril 2021


Si, comme beaucoup de personnes (comme moi, par exemple), vous ignoriez que Cavanna était féru de paléontologie, vous allez l'apprendre dans ce court livre où l'auteur nous raconte ses échanges scientifiques avec le fondateur de Charlie Hebdo.

Cavanna avait de nombreuses cordes à son arc. Mais ce récit de Pascal Tassy se focalise sur une seule corde : la passion du « rital » pour l'étude des espèces disparues. Cavanna était curieux de sciences et aimait discuter avec les scientifiques. Son arrivée à la soutenance de thèse de l'auteur (thèse sur les mastodontes) avait sérieusement déstabilisé le bientôt docteur. Ils ont finalement parlé d'adaptation, de sélection naturelle, de cladistique, d'écologie… pendant de nombreuses années.

Si Cavanna et Pascal Tassy étaient d'accord sur beaucoup de choses (par exemple pour se moquer des créationnistes), il leur restait des sujets de controverses. J'ai ainsi appris que Cavanna, contrairement à son ami, était plutôt favorable au transhumanisme et tenté par l'idée d'immatérialisme.

Il était même prévu entre les deux amis d'écrire ensemble un livre… qui ne s'est finalement pas fait. À défaut, vous aurez dans ce récit quelques idées sur ce qu'aurait pu être ce livre.

Autre compte-rendu de ce livre, dans Charlie Hebdo.


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Fiche de lecture : La fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture

Auteur(s) du livre : Silvia Ferrara
Éditeur : Seuil
978-2-02-146412-2
Publié en 2021
Première rédaction de cet article le 22 mars 2021


L'écriture est un sujet passionnant, sur lequel beaucoup a déjà été écrit. Un livre de plus sur cette géniale invention et ses débuts ? Pas tout à fait, ce livre n'est pas un cours, ou un livre de vulgarisation, c'est une suite de réflexions de l'auteure sur la façon dont l'écriture a (peut-être) été inventée et sur le travail de ceux et celles qui essaient de jeter quelques lumières sur ce processus d'invention.

Comme vous le savez, il y a quatre (ou cinq ? ou six ? ou seulement trois ?) inventions indépendantes de l'écriture, en Égypte, en Mésopotamie, en Chine et en Méso-Amérique. Le processus est donc, sinon courant, du moins pas exceptionnel, et rentre donc tout à fait dans les capacités humaines. Mais comment en est-on arrivé là ? Quelles ont été les prémisses ? Typiquement, on part de petits dessins, puis on les abstrait de plus en plus et on finit par avoir une écriture. (Le cas de l'écriture chinoise est plus compliqué car on n'a pas retrouvé les étapes préalables.) L'excellent dessin p. 224 nous donne une idée de comment ça a pu se passer. Le processus étant continu, il est parfois difficile de dire à partir de quand on a affaire à une « vraie » écriture. C'est d'ailleurs un des obstacles qui se posent aux déchiffreurs d'écritures inconnues : cet ensemble d'émojis est-il une vraie écriture ? L'aveuglement des déchiffreurs, leur tendance à s'illusionner, peut les aider ou les freiner (comme dans le cas de l'écriture maya, longtemps tenue, à tort, pour « juste des dessins »).

L'auteure nous fait voyager, au rythme de sa fantaisie, de la Crète (sa spécialité scientifique) à l'île de Pâques en passant par le Mexique. Vous y trouverez les écritures inconnues les plus célèbres (le linéaire A ou l'IVS) et les Mystères Mystérieux comme évidemment le disque de Phaistos. L'auteure suggère d'ailleurs de ne pas passer trop de temps sur ce disque : vu le nombre réduit de caractères, elle estime qu'il n'y a aucune chance qu'on le déchiffre un jour. (Au fait, si vous voulez vous informer sur toutes les écritures connues, je vous recommande « The World's Writing Systems ».)

Mais la partie la plus intéressante concerne l'évolution des écritures, les mécanismes à l'œuvre, les tendances, les « lois » de l'évolution. Si certaines écritures sont très stables (à part à leur origine), d'autres ont changé, ont grandi, parfois ont disparu.

De même que M. Bidouille reçoit régulièrement des messages de gens qui ont découvert le mouvement perpétuel, de même que les chercheurs en réseaux informatiques sont agacés par les personnes qui ont trouvé la FUSSP, la solution au problème du spam, les chercheuses et chercheurs en écritures anciennes ont des lettres annonçant le déchiffrement du chypro-minoen ou celui du manuscrit de Voynich. L'auteure leur donne (p. 251) dix conseils très instructifs si vous voulez mieux comprendre comment s'analysent les écritures. Et le dixième conseil est « ne m'écrivez pas » (la quasi-totalité de ces annonces sont bidon).


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Fiche de lecture : How the Internet really works

Auteur(s) du livre : Article 19, Catnip
Éditeur : No Starch Press
978-1-7185-0029-7
Publié en 2021
Première rédaction de cet article le 21 mars 2021


L'Internet, c'est important, toute notre vie et nos activités s'y passent, mais c'est compliqué. Tout le monde ne comprend pas comment ça marche. En fait, même les professionnels de l'informatique ne savent pas forcément. C'est ennuyeux car cette ignorance laisse les acteurs dominants dicter les règles et faire ce qu'ils veulent. Il serait préférable que les citoyen·nes puissent accéder à un minimum de compréhension de fonctionnement du réseau. C'est ce que propose ce livre.

D'abord, un point important : contrairement à la grande majorité des reportages, documentaires, livres, articles prétendant expliquer le fonctionnement de l'Internet, celui-ci est écrit par des gens qui connaissent et savent de quoi ils parlent. (Notez que deux des auteurs, Niels ten Oever et Corinne Cath, sont les auteurs du RFC 8280). Vous n'y trouverez pas d'erreur technique (ou pas beaucoup), d'explication bâclée ou de raccourcis journalistiques, genre « l'ICANN est le régulateur mondial d'Internet ».

Mais être correct ne suffit pas, il faut encore pouvoir expliquer des concepts complexes et un réseau dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas évident à assimiler. Les auteur·es ont beaucoup travaillé l'aspect pédagogique. (Et, oui, il y a des dessins, et c'est un chat qui explique.) Le livre est relativement court, mais complet, et présente bien le sujet. Il sera très utile à tous les gens qui font de l'EMI, de la formation à la littératie numérique et autres activités d'éducation. Le livre couvre IP, TCP, DNS, BGP, HTTP, mais aussi le chiffrement, les points d'échange, l'allocation d'adresses IP, etc.

Je l'ai dit, les auteur·es sont impliqué·es dans les activités politiques de l'Internet (ce qu'on nomme « gouvernance de l'Internet », mais, bon, c'est juste de la politique sous un nouveau nom). Le livre insiste donc sur les aspects qui touchent aux droits humains fondamentaux comme le droit à la vie privée, la lutte contre la censure, et bien sûr les mécanismes de décision dans l'Internet : qui fait les choix ?

Sur cette question du pouvoir, le livre décrit également le fonctionnement d'organismes qui contribuent à façonner l'Internet tel qu'il est (comme l'IETF) et encourage la participation de tous et toutes à ces organismes, pour faire bouger les choses dans le bon sens.


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Fiche de lecture : Red Mirror

Auteur(s) du livre : Simone Pieranni
Éditeur : C&F Éditions
978-2-37662-021-1
Publié en 2021
Première rédaction de cet article le 23 février 2021


Autrefois, quand on voulait voir le futur, il fallait regarder ce qui se passe aux États-Unis, en se disant que cela allait arriver chez nous quelques années plus tard (que cela soit une bonne ou une mauvaise chose…) Aujourd'hui, faut-il plutôt regarder vers la Chine ? Ce livre explore l'état du numérique en Chine, et ce qu'il peut nous promettre comme futur plus ou moins positif.

Il est loin, le temps où la Chine était un pays pauvre où tout le monde passait son temps à cultiver du riz, en étant toujours au bord de la famine. Même le temps où la Chine était uniquement un atelier géant de construction de jouets en plastique parait bien éloigné. Aujourd'hui, la Chine est en avance sur bien des sujets, touchant notamment au numérique. Le film de propagande « La Bataille de la Montagne du Tigre » commence d'ailleurs, avant de raconter une bataille du passé, par montrer une Chine moderne, pleine de trains à grande vitesse et de gadgets électroniques. Est-ce que cette « avance » de la Chine est une bonne chose ? Plus « perfectionné » et plus « avancé » ne veut pas forcément dire « meilleur ». La Chine a souvent été citée pour le caractère dystopique de son utilisation du numérique, où les libertés individuelles et la protection des données personnelles n'existent pas. Le numérique y est souvent utilisé pour opprimer et pas pour libérer, d'où le titre de ce livre, jeu avec le titre d'une série télévisée connue.

Alors, la Chine est-elle le paradis du numérique comme le présentent certains techno-béats ou bien un enfer dystopique ? L'intérêt du livre de Simone Pieranni, expert de la Chine, est d'étudier la question plus en profondeur. Car la Chine est aussi un grand réservoir à fantasmes en Occident et fait l'objet de nombreux discours contradictoires et parfois peu informés. Il faut donc aller y voir de plus près. (« C'est comment, la Chine ? » « C'est comme vivre en Grande-Bretagne pendant la révolution industrielle. », commente l'auteur.)

Car le paysage est contrasté. Oui, les libertés individuelles et la protection des données personnelles sont complètement absentes. L'accès à l'Internet est largement censuré et très surveillé. L'État sait tout, d'autant plus que de nombreuses activités autrefois effectuées hors ligne sont passés sur l'Internet très récemment (ça bouge vite en Chine). Ainsi, l'application WeChat (qu'on connait en Occident uniquement comme une application de messagerie instantanée, concurrente de WhatsApp) est devenue la plate-forme d'accès à tout, une « super-app » sans laquelle rien n'est possible en Chine et notamment sans laquelle on ne peut rien acheter. Résultat, WeChat sait tout de tous les citoyens et, évidemment, l'État y a un accès complet, sans contrôle.

D'un autre côté, tout n'est pas aussi dystopique que c'est parfois présenté à l'étranger. Le fameux « crédit social », par exemple, n'est pas encore un système généralisé et centralisé de contrôle mais plutôt (pour l'instant), une série de projets locaux pas forcément coordonnés. Et l'auteur rappelle que certains systèmes chinois baptisés « crédit social » ne sont pas très éloignés de systèmes utilisés en Occident, par exemple par Uber où tout le monde note tout le monde (sans compter ce que font des horreurs comme Equifax). Il est amusant de voir l'auteur, p. 172, s'inquiéter des systèmes de vidéoconférence chinois qui surveillent l'attention portée par les utilisateurs à la réunion, alors que Zoom fait déjà cela.

Le gouvernement chinois ne veut pas s'arrêter là et il promeut fortement les idées les plus négatives comme la smart city de surveillance encore plus généralisée. Et il veut continuer à utiliser l'Internet pour assurer un contrôle politique des citoyens, par exemple via l'« armée des cinquante centimes » où on peut être payé pour noyer les rares critiques exprimées sur des forums sous des messages pro-gouvernementaux. Et les ambitions de la dictature chinoise ne s'arrêtent pas à son pays, le projet dit de « nouvelle route de la soie » sert de couverture à une promotion du contrôle à la chinoise dans d'autres pays. Bien des dictateurs, et même des dirigeants élus démocratiquement dans le monde, prêtent une oreille favorable à des discours promettant un meilleur contrôle du pays grâce à la technologie.

Le livre a quelques défauts. Par exemple, il ne mentionne pas les faiblesses techniques de la position chinoise. Si la Chine a rattrapé l'Occident sur certains points, et dépassé sur d'autres, elle n'est pas en position de force partout. Ainsi, comme l'a montré la crise entre Huawei et Google, provoquée par un refus du précédent gouvernement états-unien de laisser Google fournir un Android complet à Huawei, la Chine n'a pas encore un système d'exploitation pour ordiphone, tâche il est vrai difficile. Ces faiblesses sont d'autant plus importantes à analyser que le gouvernement chinois n'est pas avare de propagande présentant les résultats miraculeux obtenus en Chine, et qu'il faut garder la tête froide par rapport à des affirmations publicitaires. P. 70, l'auteur parle ainsi de la 5G en reprenant sans nuances le discours des techno-béats, chinois ou étrangers, discours qui mériterait d'être nuancé. De même, p. 160, il s'embrouille complètement sur les technologies quantiques, mélangeant QKD (sur laquelle la Chine a déjà fait des promesses exagérées, que l'auteur reprend à son compte sans aucune distance, surtout p. 163) et calculateurs quantiques.

Mais ce sont des détails. L'important est que ce livre analyse en détail ce qui se fait réellement et ce qui ne se fait pas (encore ?) en Chine, et permet de se faire une meilleure idée de ce qui nous attend si nous n'accompagnons pas le progrès technique d'une attention très serrée pour les questions de droits humains.


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Fiche de lecture : The trojan war

Auteur(s) du livre : Eric Cline
Éditeur : Oxford University Press
978-0-19-976027-5
Publié en 2013
Première rédaction de cet article le 4 décembre 2020


Vous voulez tout savoir sur la guerre de Troie mais n'avez pas envie de parcourir un livre d'universitaire de 800 pages, avec dix notes de bas de page par page ? Ce livre vous résume ce qu'on sait de cette guerre en 110 pages (écrites petit, il est vrai).

La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Entre ceux qui prennent au pied de la lettre le récit d'Homère et ceux qui pensent que tout est inventé, il y a de la place pour de nombreuses nuances. Disons pour résumer qu'on a bien trouvé le site physique, qu'il y a bien des signes de guerre et de pillage, que les dates collent plus ou moins avec le bouquin, mais c'est à peu près tout. On n'est pas sûr de l'existence d'Achille, d'Hélène, ou même qu'un cheval ait été utilisé.

Ce livre fait partie de la collection VSI (Very Short Introduction), qui essaie de documenter en un livre court, écrit par un spécialiste, tout ce qu'on sait sur un sujet donné. La guerre de Troie n'est pas un sujet facile, car la légende prend beaucoup plus de place que la réalité. Le livre est en trois parties, chacune apportant un éclairage différent sur ce sujet :

  • L'histoire elle-même, pour celles et ceux qui ont réussi à ne pas en entendre parler, malgré les cours de grec et les adaptations au cinéma.
  • L'analyse des textes, à commencer par l'Iliade. Mais attention, il n'y a pas que l'Iliade.
  • L'analyse archéologique. Si on creuse le sol, que trouve t-on ?

L'histoire, d'abord. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'Iliade ne contient qu'une petite partie du récit mythique. Il n'y a même pas l'histoire du cheval ! Ce sont d'autres textes (pas forcément écrits par Homère) qui nous content le reste (dont l'Odyssée, qui revient sur certaines évènements de la guerre). On peut donc dresser une version « officielle » à peu près cohérente.

Ensuite, l'analyse des textes, en se rappelant qu'on n'a pas en général le manuscrit original ! Déjà, la guerre est censée se passer bien avant la vie d'Homère. Est-ce cohérent avec le texte ? Oui, sur plusieurs points, Homère décrit des vétements, des armes ou des coutumes qui ne sont pas de son époque (il était plutôt âge du fer quand la guerre a eu lieu à l'âge du bronze). Donc, on ne sait pas si le récit est vrai, mais il est réaliste : Homère reprend bien une histoire qui était déjà ancienne pour lui. Il y a juste quelques erreurs et anachronismes mais rien qui indique que l'Iliade soit un récit complètement légendaire.

Évidemment, il reste des éléments invraisemblables comme les dieux. Et le fait que toute la Grèce soit venue au secours de Ménélas juste pour l'aider à reprendre sa femme ? Bien sûr, on ne ferait pas la guerre pour une seule personne, mais il est toujours possible qu'Hélène ait été un prétexte commode pour une guerre décidée pour d'autres raisons.

Mais il n'y a pas que les textes grecs ! Une des parties les plus intéressantes de l'analyse nous rappelle que nous avons aussi des textes hittites, et que Troie était sans doute une ville vassale ou alliée des Hittites. Est-ce qu'on peut retrouver la guerre de Troie dans ces récits hittites, vérifiant ainsi le récit homérique ? Ce n'est pas facile, déjà parce que les noms propres ne sont pas les mêmes. La ville de Wilusa, souvent citée dans ces textes hittites, est-elle vraiment Troie ? Son roi Alaksandu est-il Pâris, que les textes grecs nomment parfois Alexandre ? Les Ahhiyawa sont-ils bien les Grecs ? Ils ne sont pas vraiment décrits par les Hittites mais tous les autres peuples avec qui les Hittites étaient en contact ont bien été identifiés, il ne manque que les Grecs, qui doivent donc être ces Ahhiyawa, avec qui les Hittites étaient en contact, pas toujours pacifique, sur la côte de l'Anatolie.

Bon, et après s'être pris la tête sur des vieux textes pas très lisibles, et sans index, est-ce qu'on ne peut pas tout simplement creuser et voir si on retrouve bien la cité détruite ? Ça laisse des traces, une bataille ! C'est la troisième partie du livre, sur l'archéologie. On a trouvé un site qui colle mais mais mais il y a plusieurs villes successives, empilées, chaque ville bâtie au-dessus de la précédente, brûlée ou abandonnée. Laquelle de ces couches correspond à la Troie de l'Iliade ? Le niveau VI a le bon âge et pourrait correspondre à la description de la ville par Homère mais rien n'indique une destruction par la guerre. Le niveau VIIa, lui, a bien vu une armée ennemie tout détruire (beaucoup de pointes de flèches ont été découvertes, par exemple) mais sur d'autres points, il ne correspond pas au récit.

En conclusion, non, on ne sait pas, la guerre de Troie a peut-être eu lieu, peut-être à peu près comme Homère l'a raconté, mais on ne peut pas être sûr. Ce n'est pas grave, on peut apprécier le mythe sans certitude de son existence historique.

Et si après avoir lu ce livre, vous cherchez d'autres ressources sur la guerre de Troie, je recommande, de manière tout à fait subjective :

  • La série Les grands mythes d'Arte, avec un excellent mélange d'un dessin animé au style très spécial, et d'œuvres d'art inspirées de ces mythes.
  • L'opéra La Belle Hélène (qui se passe avant la guerre), très drôle et très vivant. (Voyez l'un des airs les plus fameux, Au mont Ida.)

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Fiche de lecture : Paris démasqué

Auteur(s) du livre : Quentin Gérard, Louis Moulin
Éditeur : Arkhê
978-29-18682-592
Publié en 2019
Première rédaction de cet article le 28 novembre 2020


Le citadin arrogant peut imaginer que les légendes, les monstres, les histoires irrationnelles ne naissent qu'à la campagne, chez des ruraux mal dégrossis, les seuls à croire à ces récits fantastiques. Mais les villes ont aussi leurs contes fabuleux, leurs angoisses et leurs mythes. Les auteurs s'attaquent ici à quelques histoires étonnantes qui prennent place à Paris, et en profitent pour analyser l'inconscient des concentrations urbaines.

Ce livre cite vingt mythes très différents. Mythes car, quoi qu'un bon nombre parte d'évènements et de personnages réels, ce qui intéresse les auteurs, c'est ce qu'en a fait la psychologie collective. Prenons quelques exemples.

Il y a des histoires inspirées par les crimes et la répression de ces crimes, répression souvent aussi horrible que le crime lui-même. Un chapitre du livre rappelle ainsi l'histoire du gibet de Montfaucon, à l'époque où on assassinait légalement (« nous fûmes occis par justice », dit François Villon) aux quatre coins de Paris, là où on ne trouve aujourd'hui que des gentilles boulangeries bio. Montfaucon était conçu pour être visible et pour faire peur et le gibet, scène d'horreur, a en effet marqué les imaginations pour de nombreux siècles.

Un autre chapitre est consacré aux grands drames collectifs qui ont frappé la ville. Il y a par exemple l'angoisse des rats (vous connaissiez le terme de musophobie, qui n'est même pas dans le Wiktionnaire ?) Cette angoisse se base sur des faits réels (le rôle des rats dans des maladies comme la peste) mais a souvent dérivé vers l'irrationnel, voire le racisme. Les auteurs citent le « les rats sont coupables, les rastas ne sont pas innocents » [dans la presse de l'époque, « rasta » est un étranger oriental], du journaliste d'extrême-droite José Germain, qui rappelle que les temps d'épidémie sont propices aux délires et aux mensonges.

Il y a bien sûr aussi un chapitre sur les récits politiques. La sainte patronne de Paris, sainte Geneviève, est un personnage historique réel. Mais elle a fait l'objet d'un gros travail de mythification. C'était une aristocrate, dirigeante politique habile dans des temps très troublés, mais on en a fait une humble bergère, avant de la considérer comme un symbole de la monarchie et de l'Église pendant la Révolution, où ses restes ont été détruits. Puis de nos jours on met davantage en avant son intelligence politique, plutôt que sa piété. Chaque époque met Geneviève à sa sauce.

En parlant de politique, le chapitre sur les « spectres et maléfices » évoque entre autres les pétroleuses. Là encore, il s'agit d'un phénomène historique réel (la participation des femmes à la Commune, pas les incendiaires se promenant avec leur bidon de pétrole) mais qui a été transformé par la presse versaillaise : les pétroleuses n'étaient pas simplement dépeintes comme des adversaires politiques mais comme des monstres inhumains. (Et c'est l'occasion de rappeler que, en deux mille et quelques années d'une histoire souvent troublée, le plus grand massacre qui ait jamais eu lieu à Paris a été commis par l'armée française.)

Paris n'est pas isolée, il y a la banlieue tout autour. Ah, la banlieue, comme objet de fantasmes et de peurs… Cela ne date pas d'aujourd'hui : la forêt de Bondy a ainsi droit à une place, car pendant longtemps, c'était le coupe-gorge qui faisait peur à tous les Parisiens. Dans les mythes, le danger est toujours à l'extérieur…

Je ne vais pas résumer toutes les histoires que contient ce livre. Juste terminer en disant que j'ai été très ému, par le rappel dans le chapitre sur les épreuves collectives subies par la ville, des attentats djihadistes de janvier et novembre 2015. Le récit se termine par un message d'espoir : Paris n'a pas cédé.


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Fiche de lecture : Une nuit @thecallcenter

Auteur(s) du livre : Chetan Bhagat
Éditeur : Stock
978-2-234-06023-4
Publié en 2007
Première rédaction de cet article le 12 novembre 2020


Un roman de Chetan Bhagat très drôle et très vivant, mais sur un sujet pas forcément amusant, celui des travailleurs de l'ombre du call center en Inde.

Les héros travaillent dans une de ces entreprises, désormais bien connues (cf. le film Slumdog Millionaire) qui répondent en permanence à des appels d'utilisateurs perdus, qui ne savent pas faire fonctionner un des équipements compliqués qu'on nous vend. En l'occurrence, pour les personnages du roman, l'électroménager, d'où, par exemple, une client qui a démonté le four électrique pour faire rentrer la dinde de Thanksgiving et qui se plaint d'avoir reçu une décharge électrique.

On suit tous les problèmes de bureau, le chef incompétent et ses idées idiotes, la vision qu'ont les Indiens du reste du monde, la collègue avec qui le héros a une liaison, les conseils du formateur, les clients (« il y a dix mecs intelligents aux États-Unis ; les autres nous appellent ») et, une nuit, pendant une panne du système téléphonique, un appel inhabituel qui va tout changer. Je ne vous raconte pas, mais je vous recommande la lecture. C'est à la fois plein d'humour, et ça parle pourtant de choses sérieuses.

(J'ai lu la traduction française, l'original, écrit en anglais, était One night @ the call center, avec des espaces.)


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Fiche de lecture : The weather machine

Auteur(s) du livre : Andrew Blum
Éditeur : Vintage
978-1-784-70098-0
Publié en 2019
Première rédaction de cet article le 6 novembre 2020


C'est vrai, ça, comment on prédit le temps ? On va sur le site Web de son choix qui présente la météo des jours suivants, on bien on a une application qui récupère ça et affiche dans un coin de votre écran soleil ou nuages. Mais, derrière, que se passe-t-il ? Andrew Blum a consacré un livre à la question de cette « machine du temps ». Comment fonctionne-t-elle ?

Bob Dylan chantait « vous n'avez pas besoin d'un météorologiste pour savoir dans quel sens le vent souffle ». Mais pour prévoir comment il va souffler dans deux, quatre ou six jours, là, vous avez besoin de météorologistes. Et d'observateurs, et d'ordinateurs et de théoriciens qui bossent sur les modèles. Andrew Blum, l'auteur de Tubes, où il explorait la matérialité de l'Internet, va cette fois se pencher sur la météo. Car c'est une machine complexe que celle qui sert à prédire le temps. Déjà, il faut des observations. Ensuite, il faut les transmettre assez vite pour qu'elles soient encore utiles. La météo n'a donc vraiment commencé qu'avec le télégraphe. Ensuite, il faut faire quelque chose de ces observations (faites d'abord à terre, puis, de nos jours, via des satellites), ensuite soit on a des experts qui regardent ces données et en déduisent le temps qu'il fera, soit, aujourd'hui, on a des ordinateurs qui calculent sur la base de modèles. Et il faut partager les observations, y compris entre pays qui ne s'aiment pas, car la météo ignore les frontières. Cela a nécessité quelques conférences internationales, et pas mal de réunions. (En parlant de géopolitique, j'ai appris dans ce livre que la météo avait été la raison de l'unique débarquement nazi en Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale).

Comme dans Tubes, l'auteur va sur le terrain et nous raconte ses visites. (Mais le livre est plus mince que Tubes et je suis un peu resté sur ma faim.) On visite donc la station d'observaton d'Utsira, les bureaux d'EUMETSAT et l'ECMWF. Une bonne occasion de regarder tout ce qui se passe « derrière », tout ce qui fait qu'on sait à l'avance s'il fera beau ou pas.


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Fiche de lecture : Histoire de la Mésopotamie

Auteur(s) du livre : Véronique Grandpierre
Éditeur : Gallimard
978-2-07-039605-4
Publié en 2010
Première rédaction de cet article le 21 octobre 2020


Voici un livre utile pour les gens qui, comme moi, ne connaissent de la Mésopotamie que le démon Pazuzu dans les aventures d'Adèle Blanc-Sec. Une histoire complète de la région où est née la civilisation, région qui a vu beaucoup de cultures différentes, et sur une longue période. De quoi faire rêver (royaumes disparus, mythologie passionnante, épopées héroïques, travaux intellectuels…)

La perception de la Mésopotamie en Europe occidentale est ambigüe. D'un côté, c'est le Croissant fertile, où la civilisation a commencé. De l'autre, l'influence des Hébreux, via la Bible, en a fait l'empire du mal, notamment via la figure de Babylone, accusée de tous les vices, de la sexualité débridée à l'orgueil en passant par l'oppression et l'esclavage. On connait sans doute mieux l'Égypte antique que la Mésopotamie. L'auteure va s'occuper à corriger cela, à expliquer que la Mésopotamie, c'est vaste, avec des royaumes bien distincts, et que les nombreux siècles (en très gros, de -3500 à -500) pendant lesquels on parle de « Mésopotamie » ont vu d'innombrables changements. D'où la taille du livre (417 pages dans l'édition de poche, parue en 2019, sans les annexes).

L'auteure nous parle donc des rois, des villes (c'est en Mésopotamie que sont apparues les premières villes), de la famille (l'inégalité n'était pas qu'entre rois et sujets, elle était aussi présente dans la famille), de l'écriture (également inventée en Mésopotamie), des sciences, de la religion (et on rencontre Pazuzu, chef des démons).

Ah, et comme dans tous les livres qui parlent d'archéologie en Mésopotamie, on croise Agatha Christie, qui a son entrée dans l'index. Sinon, si vous aimez les images, Wikimedia Commons a beaucoup de photos sur la Mésopotamie. Je vous mets d'ailleurs une image (source) de l'épopée de Gilgameš, l'une des plus anciennes légendes écrites (en cunéiforme…) Si vous avez la bonne configuration technique, le héros se nomme 𒄑𒂆𒈦.

La tablette : 512px-Tablet_V_of_the_Epic_of_Gilgamesh.jpg


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Fiche de lecture : Digging up Armageddon

Auteur(s) du livre : Eric Cline
Éditeur : Princeton University Press
978-0-691-16632-2
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 18 octobre 2020


Ceux et celles qui ont lu la Bible savent qu'Armaguédon est le lieu du combat final entre le Bien et le Mal. Mais c'est aussi une ville réelle où plusieurs batailles historiques ont eu lieu, et où l'architecture a laissé beaucoup de témoignages. C'est donc un endroit parfait pour des fouilles, et ce livre nous raconte de manière détaillée la campagne de fouilles de l'université de Chicago qui a eu lieu pendant l'entre-deux-guerres.

Vous n'y apprendrez pas forcément beaucoup de choses sur les civilisations qui se sont succédé ici. Ce livre, qui se fonde notamment sur les lettres et les rapports des membres de la longue expédition, privilégie le récit des fouilles, les personnages qui s'y sont illustrés, leurs succès et leurs affrontements. Car l'archéologie n'est pas une discipline désincarnée menée par des êtres parfaits. Les tiraillements, voire les conflits ouverts ont été nombreux. Les fouilles de cette époque étaient financés par Rockfeller et le directeur distant, Breasted, doit toujours prendre soin de garder les faveurs du financier, en apportant régulièrement des résultats spectaculaires. Toute fouille en terre biblique doit forcément rapporter des artefacts mentionnés dans le livre sacré. Cette culture du résultat entraine évidemment des tensions et cela se reflète dans le recrutement et les licenciements brutaux des équipes sur le terrain, qui se renouvellent rapidement. D'autant plus que, sur place, les difficiles conditions matérielles et les difficultés du travail aggravent les tensions, et les appels à la direction à Chicago pour qu'elle tranche des conflits de personne. (Sans compter les lettres anonymes !)

Ces tensions ont au moins un avantage : elles tiennent l'équipe à l'écart de tout ce qui se passe dans le pays où ils travaillent. La lutte contre le colonialisme britannique, les pogroms, et les affrontements avec les sionistes ne semblent pas marquer le quotidien des archéologues, tout occupés à fouiller et à s'engueuler. Cette isolement des troubles est d'autant plus fort que, pour éviter que les ouvriers du chantier ne sympathisent avec d'éventuels mouvements locaux, tous ces ouvriers sont amenés d'Égypte

Les archéologues ont pourtant des opinions. Reflet d'une autre époque, elles sont souvent racistes. Alors même qu'ils mettent en avant les réalisations de rois juifs qu'ils extraient du sol, certains tiennent des propos contre les juifs. Le directeur des fouilles a épousé une juive, et ses subordonnés ne manquent pas de le critiquer pour cela. On imagine que cela n'améliore pas l'ambiance. Et on s'étonne qu'un chercheur puisse faire preuve d'un racisme aussi crasse alors qu'il fait l'éloge des réalisations de Salomon… On voit ainsi un archéologue nouvellement arrivé écrire à ses parents, moins de 24 h après être venu en Palestine, pour y décrire doctement comment tout est de la faute des juifs. D'autres archéologues préfèrent accuser les Arabes, décrits comme attardés, barbares, sales, et autres clichés. Bref, la science n'empêche pas d'être un imbécile ou un salaud, on le savait déjà. Ce livre ne dissimule pas les défauts de ses personnages.

Mais il montre aussi leurs succès : cette longue campagne de fouilles a permis d'innombrables découvertes spectaculaires, sur un terrain qui est occupé par les humains depuis très longtemps. Si les interprétations des découvertes ont parfois été marqués par le sensationnalisme (le soldat tué en défendant l'aqueduc, qui était en fait enterré dans une tombe civile, plus tard percée par le creusement de l'aqueduc…) elles n'en sont pas moins remarquables. Le film « The human adventure » tourné en partie à Armaguédon durant ces fouilles est aujourd'hui visible sur YouTube. S'il a sérieusement vieilli, sur la forme comme sur le fond, il reste un intéressant témoignage des fouilles de l'époque, y compris l'usage du ballon à cette époque où on n'avait pas de drone. (La partie sur la Palestine commence vers 29'05'' et celle sur Meggido vers 30'25''.) La scène qui commence vers 47'06'' (sur un autre site) donne une bonne idée des relations entre les chefs et les travailleurs locaux…

Eric Cline est également l'auteur de « 1177 b.c. the year the civilization collapsed ».


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Fiche de lecture : Le mandat

Auteur(s) du livre : Ousmane Sembène
Éditeur : Présence africaine
978-2-7087-0170-0
Publié en 1966
Première rédaction de cet article le 14 octobre 2020


Ce petit livre rassemble deux longues nouvelles de Sembène, « Le mandat » et « Véhi-Ciosane », toutes les deux situées dans le Sénégal des années 1960.

Dans « Le mandat », le héros, qui est pauvre, reçoit de l'argent et tout de suite, plein de parasites essaient d'en obtenir une part. La nouvelle fait défiler toute une galerie de personnages de Dakar et voit le héros se confronter à la difficulté de toucher un mandat quand on n'est pas déjà bancarisé. De nombreux rebondissements tragi-comiques ponctuent l'histoire.

La nouvelle « Véhi-Ciosane » (« Blanche Genèse ») se passe par contre à la campagne et est un portrait assez cruel de certaines mœurs.

L'auteur a dû ajouter une préface d'explication parce que certains lui reprochaient de donner une mauvaise image de l'Afrique. En Afrique comme ailleurs, il y a des gens qui ne comprennent pas que, parce qu'un personnage de roman est négatif, cela ne veut pas dire que l'auteur déteste tout son pays ou tout son continent. Reprocher à Sembène Ousmane de donner une mauvaise image des Africains serait tout aussi absurde que de reprocher à Maupassant (le monde de « Véhi-Ciosane » me fait beaucoup penser à Maupassant) de donner une mauvaise image des Français !

Les deux nouvelles ont été adaptées au cinéma par l'auteur, « Véhi-Ciosane » sous le titre de « Niaye » et « Le mandat » sous le même titre, mais je n'ai pas eu l'occasion de voir ces films.


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Fiche de lecture : The infinite machine

Auteur(s) du livre : Camila Russo
Éditeur : Harper Collins
978-0-06-288614-9
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 7 octobre 2020


Ce livre est une passionnante histoire d'Ethereum, la plus importante chaîne de blocs en nombre de nœuds (oui, devant Bitcoin, qui est plus concentré). Ethereum permet non seulement la circulation de monnaie, mais également l'exécution de programmes (d'où le titre du livre). La journaliste Camila Russo, qui a écrit de nombreux articles sur les cryptomonnaies, connait bien le monde Ethereum qu'elle suit depuis longtemps, et était donc toute désignée pour ce premier livre d'histoire d'Ethereum, une histoire toute récente puisque la plupart des événements cités se sont déroulés entre 2014 et 2018.

Il se trouve que je possède moi-même quelques ethers (la monnaie d'Ethereum) et que j'ai suivi de près certaines étapes du développement d'Ethereum (comme l'attaque contre The DAO), donc j'ai pu comparer certaines parties du livres avec ce que j'avais vu passer. Même si le ton journalistique est parfois un peu agaçant, le livre est bien documenté, l'auteure connait son sujet et je recommande donc le livre. On y croise plein de personnages pittoresques, à commencer par l'étonnant Vitalik Buterin, le principal concepteur d'Ethereum. On pense forcément au film The Social Network (ah, les descriptions people de la maison à Zoug où tout le monde travaillait ensemble en fumant des joints…). Le livre parlera surtout à tous les gens intéressés par l'innovation technologique et ses conséquences sociales.

Car, dès qu'il s'agit de cryptomonnaies, il est difficile de séparer la technique et la politique. Si toute technologie a des conséquences politiques, dans le cas des cryptomonnaies, la politique est souvent explicite. L'auteure a des sympathies claires pour le capitalisme (elle a travaillé chez Bloomberg, média d'information orienté business) et, parlant des crises économiques en Argentine, elle répète que c'est à cause de politiques « populistes », c'est-à-dire sociales. Mais, indépendamment des opinions politiques de l'auteure, le livre est l'occasion de réfléchir sur la monnaie et l'État. Les acteurs d'Ethereum sont très divisés, de ceux qui veulent plutôt changer le monde à ceux qui veulent juste gagner de l'argent, et, parmi les premiers, il ne manque pas de diversité. L'auteure les estime moins à droite que les acteurs du monde Bitcoin (« dans les réunions Bitcoin, c'est plutôt carnivore, dans celles d'Ethereum, davantage végétarien ») mais c'est compliqué. Une partie du développement d'Ethereum a été fait dans des squats anarchistes, une autre partie dans les garages chers aux startupeurs. Il serait bien difficile de classer politiquement tout le monde Ethereum (et l'auteure n'aide pas toujours en confondant parfois anarchiste et libertarien).

Comme beaucoup de projets sur la chaîne de blocs, ou d'ailleurs comme beaucoup de projets innovants, Ethereum a connu des hauts très hauts et des bas très bas, passant de moments d'euphorie où de nombreux développeurs géniaux étaient prêts à travailler gratuitement sans limite de temps, à des moments de déprime où les discours négatifs semblaient prendre le dessus. Le sommet avait sans doute été les nombreuses ICO de 2016-2018 où l'argent coulait à flot vers Ethereum, alors que certaines de ces ICO étaient des pures escroqueries, et que beaucoup d'autres étaient complètement irréalistes dans leurs prévisions. Aujourd'hui, Ethereum tourne toujours, a des projets, et suscite moins d'intérêt ce qui peut être vu comme un avantage : on bosse mieux sans pression. Le livre se termine donc sur une non-conclusion.

J'ai parlé d'Ethereum dans plusieurs articles, en voici la liste.


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Fiche de lecture : Mikrodystopies

Auteur(s) du livre : François Houste
Éditeur : C&F Éditions
9-782376-620112
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 30 septembre 2020


Beaucoup de gens sur Twitter ont déjà lu les Mikrodystopies, ces très courtes histoires d'un futur techniquement avancé mais pas forcément très heureux. Les voici réunies dans un livre, le premier livre de fiction publié chez C&F Éditions.

Des exemples de Mikrodystopies ? « Le robot de la bibliothèque municipale aurait été l'assistant idéal s'il n'avait pas pris l'initiative de censurer certains ouvrages de science-fiction qu'il jugeait offensants. » Ou bien « La licence du logicielle était claire : pour chaque faute d'orthographe corrigée, le romancier devait reverser une partie de ses droits d'auteur à la société qui avait créé ce traitement de texte. » Ou encore, en temps de pandémie, « Les robots de l'entreprise firent valoir leur droit de retrait, invoquant les pare-feu insuffisants du réseau informatique. ». Oui, je l'avais dit, ce sont des courtes histoires, qui se tiennent dans les limites du nombre de caractères que permet Twitter, mais je trouve chacune d'elles pertinente, et mettant bien en évidence un problème de notre société et de son rapport avec la technique.

Fallait-il publier ces histoires que tout le monde peut lire sur Twitter ? Je vous laisse en juger mais, moi, cela m'a beaucoup plu de les découvrir ou de les redécouvrir sur mon canapé. Et en plus le livre est beau comme l'explique Nicolas Taffin.


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Fiche de lecture : Technologies partout, démocratie nulle part

Auteur(s) du livre : Irénée Régnauld, Yaël Benayoun
Éditeur : FYP Éditions
978-2-36405-202-4
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 27 septembre 2020


La question de la démocratie face aux choix techniques est une question cruciale pour nos sociétés où la technique joue un rôle si important. À une extrémité, il y a des gens qui défendent l'idée que le peuple est vraiment trop con et qu'il faudrait le priver de tous les choix techniques. À une autre, des archaïques qui sont contre toute nouveauté par principe. Et le tout dans une grande confusion où les débats ayant une forte composante technique sont noyés dans des affirmations non étayées, voire franchement fausses, ou même carrément ridicules. Faut-il jeter l'éponge et en déduire qu'il ne pourra jamais y avoir de vrai débat démocratique sur un sujet technique ? Les auteurs de ce livre ne sont pas de cet avis et estiment qu'il est possible de traiter démocratiquement ces sujets. Reste à savoir comment, exactement.

Il y a trois parties importantes dans ce livre : une dénonciation d'une certaine propagande « pro-progrès » qui essaie de saturer l'espace de débat en répétant en boucle qu'on ne peut pas s'opposer au progrès technique, puis une analyse critique des solutions qui sont souvent proposées pour gérer de manière démocratique les débats liés aux sujets techniques, et enfin une exploration des solutions possibles dans le futur. Commençons par la première partie, c'est la plus facile et celle avec laquelle je suis le plus d'accord. En effet, les technolâtres ou techno-béats pratiquent une propagande tellement grossière qu'il serait difficile d'être en sympathie avec eux. Cette propagande avait été magnifiquement illustrée par la sortie raciste d'un président de la république qui avait estimé que tout opposant était forcément un Amish. (Et puis ce n'est pas risqué de s'en prendre à eux : les Amish ne feront pas de fatwa contre ceux qui critiquent leur religion.) Le livre donne plusieurs exemples amusants de ce discours non seulement anti-démocratique, mais également anti-politique puisqu'il prétend qu'il n'y a pas le choix, que le déploiement de telle ou telle technologie n'est tout simplement pas discutable. Les cas de tel discours « on n'arrête pas le progrès » sont innombrables, parfois matinés de « il faut rattraper notre retard » (qui semble indiquer qu'on peut arrêter le progrès, après tout, ce qu'ont hélas bien réussi les ayant-tous-les-droits avec le pair-à-pair).

En pratique, quel que soit le discours des technolâtres, il y a toujours eu des oppositions et des critiques. Mais, attention, les auteurs du livre mettent un peu tout dans le même sac. Quand des salariés travaillant dans les entrepôts d'Amazon protestent contre leurs conditions de travail, cela n'a pas grand'chose à voir avec la technique, l'Internet ou le Web : ce sont des travailleurs qui luttent contre l'exploitation, point. Le fait que leur entreprise soit considérée comme étant de la « tech » n'y change rien. De même les luddites ne luttaient pas tant contre « la machine » que contre le chômage et la misère qui allaient les frapper (le progrès technique n'étant pas toujours synonyme de progrès social). Assimiler les anti-Linky et les chauffeurs d'Uber qui demandent à être reconnus comme salariés (ce qu'ils sont, de facto), c'est mettre sous un même parapluie « anti-tech » des mouvements très différents.

À noter aussi que, paradoxalement, les auteurs traitent parfois la technique comme un être autonome, en affirmant que telle ou telle technique va avoir telles conséquences. La relation d'une technique avec la société où elle va être déployée est plus complexe que cela. La société crée telle ou telle technique, et elle va ensuite l'utiliser d'une certaine façon. La technique a sa propre logique (on ne pourra pas faire des centrales nucléaires en circuit court et gérées localement…) mais personnaliser une technique en disant qu'elle va avoir telle ou telle conséquence est dangereux car cela peut dépolitiser le débat. La voiture ne s'est pas déployée toute seule, ce sont des humains qui ont décidé, par exemple, de démanteler les lignes de chemin de fer au profit du tout-voiture.

Dans une deuxième partie, les auteurs examinent les réponses qui sont souvent données face aux critiques de la technologie. Par exemple, on entend souvent dire qu'il faut « une tech éthique ». L'adjectif « éthique » est un de ces termes flous et vagues qui sont mis à toutes les sauces. Toutes les entreprises, même les plus ignobles dans leurs pratiques, se réclament de l'éthique et ont des « chartes éthiques », des séminaires sur l'éthique, etc. Et, souvent, les discussions « éthiques » servent de rideau de fumée : on discute sans fin d'un détail « éthique » en faisant comme si tout le reste du projet ne pose aucun problème. Les auteurs citent l'exemple des panneaux publicitaires actifs qui captent les données personnelles des gens qui passent devant. Certes, il y a eu un débat sur l'éthique de ce flicage, et sur sa compatibilité avec les différentes lois qui protègent les données personnelles, mais cela a servi à esquiver le débat de fond : ces panneaux, avec leur consommation énergétique, et leur attirance qui capte l'attention de passants qui n'ont rien demandé sont-ils une bonne idée ? (Sans compter, bien sûr, l'utilité de la publicité dans son ensemble.)

Un autre exemple d'un débat éthique qui sert de distraction est celui des décisions de la voiture autonome au cas où elle doive choisir, dans la fraction de seconde précédant un accident, quelle vie mettre en danger s'il n'y a pas de solution parfaite. Les auteurs tombent d'ailleurs dans le piège, en accordant à ce problème du tramway, bien plus d'attention qu'il n'en mérite. Déjà, le problème n'existe pas pour les humains qui n'ont, en général, pas asez d'informations fiables pour peser le pour et le contre de manière rationnelle dans les instants avant l'accident. Pour cela, le problème du tramway n'est qu'une distraction de philosophe qui va le discuter gravement en prétendant qu'il réfléchit à des problèmes importants. (Comme le dit un T-shirt « I got 99 problems and the trolley problem ain't one ».) Même pour la voiture, qui a sans doute davantage d'informations que le conducteur, et peut réfléchir vite et calmement avant l'accident, dans quel cas aura-t-on vraiment un dilemme moral aussi simple et bien posé ? Discuter longuement et gravement de ce problème artificiel et irréaliste ne sert qu'à distraire des questions posées par l'utilisation de la voiture. (Je vous recommande l'excellente partie du roman « First Among Sequels » (dans la série des aventures de Thursday Next), où l'héroïne est à bord du bateau nommé « Moral Dilemma ».)

C'est également dans cette partie que les auteurs discutent le plus longuement du cas de la 5G, tarte à la crème des débats politico-techniques du moment. Je regrette que cette partie ne discute pas sérieusement les arguments présentés (à part celui de la santé, écarté à juste titre), et reprenne l'idée que la 5G va être « un sujet majeur qui engage toute la société », point de vue partagé par les partisans et les adversaires de la 5G, mais qui est contestable.

Enfin, une dernière partie du livre est consacrée aux solutions, et aux pistes pour dépasser l'injonction à déployer tout changement présenté comme « le progrès ». C'est à la fois la plus intéressante du livre et la plus délicate. Car si beaucoup de gens (comme moi) trouvent ridicule la propagande technobéate à base de blockchain digitale avec de l'IA et des startups, il y aura moins de consensus pour les solutions. D'autant plus qu'il ne s'agit pas de retourner au Moyen-Âge mais au contraire d'inventer du nouveau, sans pouvoir s'appuyer sur un passé (souvent mythifié, en prime). D'abord, les auteurs plaident pour une reprise de la confiance en soi : face à la saturation brutale du discours politique par des fausses évidences martelées en boucle (« il n'y a pas le choix », « on ne va pas retourner à la bougie quand même », « les citoyens sont trop cons pour décider »), les auteurs plaident pour une réaffirmation de l'importance mais aussi de la possibilité de la démocratie. Changer le monde est possible, la preuve, c'est déjà arrivé avant. (Un rappel que j'aime bien : la Sécurité sociale a été instaurée en France dans un pays ruiné par la guerre. Et aujourd'hui, alors que la guerre est loin et qu'on a fait d'innombrables progrès techniques depuis, elle ne serait plus réaliste ?).

Ensuite, il faut débattre des technologies et de leur intérêt. Il ne s'agit pas de tout refuser par principe (ce qui serait intellectuellement plus simple) mais de pouvoir utiliser son intelligence à dire « ça, OK, ça, j'hésite et ça je n'en veux pas ». Les auteurs estiment qu'il faut évaluer si une nouvelle technologie, par exemple, va favoriser les tendances autoritaires ou au contraire la démocratie.

Et, là, c'est un problème. Car les conséquences du déploiement d'une technologie sont souvent surprenantes, y compris pour leurs auteurs. Et elles varient dans le temps. Il n'est pas sûr du tout que des débats effectués avant le déploiement de l'Internet, par exemple, aient prévu ce qui allait se produire, d'autant plus que rien n'est écrit d'avance : le Facebook d'aujourd'hui, par exemple, n'était pas en germe dans l'Internet des années 1980.

Les auteurs mettent en avant l'expériences des « conférences citoyennes », où on rassemble un certain nombre de citoyens autour d'une thématique précise. Dans certains cas, ces citoyens sont tirés au sort. Si ce principe peut faire ricaner bêtement, il a l'avantage que les personnes choisies ont la possibilité d'apprendre sur le sujet traité.

En effet, je pense qu'une des principales limites de la démocratie représentative est le fait qu'il y a le même droit de vote pour la personne qui a pris le temps de se renseigner sur un sujet, de discuter et d'apprendre, que pour la personne qui n'a même pas vu une vidéo YouTube sur le sujet. Cette limite est particulièrement gênante dans le cas des questions ayant une forte composante technique. C'est pour cela que des sondages comme « pensez-vous que la chloroquine soit efficace contre la Covid-19 ? » (un tel sondage a bien eu lieu…) sont absurdes, pas tant parce que les sondés ne sont pas médecins que parce qu'on n'avait aucune information sur les efforts qu'ils avaient fait pour apprendre. Une décision, ou même simplement une discussion, sur un sujet technique, nécessite en effet, pas forcément d'être professionnel du métier (ce serait verser dans la technocratie) mais au moins qu'on a acquis des connaissances sur le sujet. Il me semble que cette exigence de savoir, très importante, est absente de ce livre. Ce manque de connaissances de base se paie lourdement, par exemple dans les débats sur la 5G, où on lit vraiment n'importe quoi (dans les deux camps, d'ailleurs). Je précise d'ailleurs qu'à mon avis, ce n'est pas seulement un problème chez les citoyens, c'est aussi le cas chez les professionnels de la politique. Notons que pour le cas particulier des protocoles Internet, le RFC 8890 couvre en détail cette question. Il faut évidemment que les citoyens décident, mais comment ?

Cette partie sur les propositions concrètes se termine avec cinq intéressants récits d'expériences réelles de participation de citoyens et de citoyennes à la délibération sur des sujets techniques. De quoi montrer que le futur n'est pas décidé d'avance et qu'il dépend de nous.


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Fiche de lecture : La guerre des Russes blancs

Auteur(s) du livre : Jean-Jacques Marie
Éditeur : Tallandier
979-10-2102280-5
Publié en 2017
Première rédaction de cet article le 26 septembre 2020


Une étude détaillée d'un des camps de la Guerre civile russe, les blancs. Qui étaient-ils, qu'ont-ils fait, et pourquoi ont-ils perdu ?

Après la révolution bolchevique, qui a vu relativement peu de violences, une guerre civile impitoyable démarre entre les Rouges (les bolcheviques) et les Blancs (les tsaristes). Évidemment, c'est plus compliqué que cela : il y a plus que deux camps, et tous les camps sont eux-mêmes divisés. Le terme « les Blancs » regroupe des organisations, des individus et des idéologies différentes, sans compter les groupes difficiles à classer comme celui de Makhno ou comme les Verts (qui n'ont rien à voir avec les écologistes d'aujourd'hui). Le livre est donc épais, car l'auteur a beaucoup à dire.

Les Blancs avaient dès le début un problème politique considérable : fallait-il affirmer qu'on luttait pour la démocratie, voire la république, ou au contraire assumer ses origines tsaristes et motiver ses troupes par des références au passé ? Les Blancs n'ont jamais vraiment réussi à trancher nettement. Leurs soutiens impérialistes comme la France insistaient pour que les chefs blancs tiennent un discours moderniste, rejetant la restauration pur et simple du tsarisme, et prétendant vouloir construire démocratie et élections libres. Et les paysans russes refusaient le retour des grands propriétaires terriens et, pour les gagner à la cause blanche, il ne fallait pas tenir de discours trop rétrograde. Des chefs blancs comme Dénikine tenaient en public un discours raisonnablement progressiste et présentaient des programmes tout à fait acceptables. Sincérité ou tactique ? Car, d'un autre coté, l'écrasante majorité des officiers blancs étaient très réactionnaires et ne voulaient que le retour intégral au système politique d'avant la révolution de février. Et de toute façon, beaucoup de chefs blancs étaient des aventuriers indisciplinés, qui voulaient juste de la baston et du pillage, et ne tenaient aucun compte de ce que pouvaient dire Dénikine ou Wrangel. Les Blancs n'ont donc jamais eu une politique claire et cohérente. Une même impossibilité de trancher est apparue au sujet des questions nationales, comme l'indépendance de la Finlande ; pris entre le désir d'avoir un maximum d'alliés, et leur nostalgie d'une Russie impériale « prison des peuples », les Blancs n'ont pas su utiliser les sentiments nationaux qui auraient pu être dirigés contre les Rouges.

Et puis il n'y avait pas un parti et une armée unique. Chaque groupe blanc avait son chef, ses troupes, ses sources de financement jalousement gardées. Comme dans le roman « La garde blanche » de Mikhaïl Boulgakov ou dans la BD « Corto Maltese en Sibérie » d'Hugo Pratt, les Blancs ont passé plus de temps à se déchirer, voire à se combattre, qu'à lutter contre les Rouges.

Rapidement, les pays impérialistes qui soutenaient les Blancs ont compris qu'il n'y avait pas d'espoir qu'ils triomphent, et ont petit à petit abandonné leurs alliés. Churchill, dont le rôle pendant la Seconde Guerre mondiale ne doit pas faire oublier que dans le reste de sa carrière politique, il a toujours été ultra-réactionnaire, et a commis d'innombrables erreurs graves de jugement, insiste pour que la Grande-Bretagne continue à s'obstiner à aider les Blancs, mais sans résultat. (J'ai appris dans ce livre que plusieurs officiers blancs, devenus « soldats de fortune », encadreront l'armée paraguayenne dans la guerre du Chaco.) La défaite des Blancs étant sans doute inévitable. Ce livre vous expliquera pourquoi, dans un excellent chapitre final de synthèse. (Les divisions des Blancs et leur manque de programme cohérent ne sont pas les seules explications.)


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Fiche de lecture : Un trou dans la toile

Auteur(s) du livre : Luc Chomarat
Éditeur : Payot / Rivages
9-782743-636319
Publié en 2016
Première rédaction de cet article le 19 août 2020


Un peu de lecture de vacances ? Ce livre n'est pas vraiment (malgré la collection où il est publié) un roman policier. C'est plutôt une satire de notre société, de sa dépendance aux outils numériques mais pas uniquement.

Le seul lien avec un polar, c'est qu'il y a un mystère, un inconnu qu'on recherche. Sans divulgâcher, je peux vous dire tout de suite que ce n'est pas cet inconnu qui est important, il est juste un prétexte pour dénoncer l'absurdité du monde, la « communication » érigée en valeur suprême, la perte de sens et la dissimulation de la dureté de l'entreprise capitaliste derrière les mots à la mode. Le livre suit un héros qui est à la fois bien intégré dans la société (il est « créatif » dans une agence de publicité) et décalé (il n'utilise pas les réseaux sociaux et, d'une manière générale, ne comprend pas trop la société dans laquelle il vit).

Le monde du numérique n'occupe en fait qu'une partie du roman, malgré le titre, et malgré la couverture ridicule, avec 0 et 1 qui défilent et hacker à capuche. Pas de piratage ou de cyberconneries dans ce livre (juste un ou deux clichés idiots, par exemple sur le darknet). Mais beaucoup d'humour, pas mal de désespoir aussi (« nous sommes des hommes du siècle dernier, nous essayons de nous adapter, mais nous n'en avons pas vraiment envie »). Contrairement aux milliers de livres réacs publiés sur le thème « l'Internet, c'est la fin de la civilisation, à cause des réseaux sociaux, les gens ne se parlent plus en vrai », ce roman ne met pas tout sur le dos du numérique, et considère que le problème vient de notre société.

Je recommande sa lecture. Si vous êtes comme moi, vous allez souvent rire, et parfois réfléchir.


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Fiche de lecture : Les nouvelles lois de l'amour

Auteur(s) du livre : Marie Bergström
Éditeur : La Découverte
978-2-7071-9894-5
Publié en 2019
Première rédaction de cet article le 8 juin 2020


« Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique. » Une part très importante des activités humaines se passe désormais sur l'Internet. C'est donc logiquement également le cas de la drague et de toutes ses variantes. Mais comment se passent exactement les rencontres sur l'Internet, au-delà des discours faciles ? Une sociologue s'est penchée sur la question, a parlé avec utilisateurs et concepteurs de sites de rencontre, a eu accès à la base de données d'un gros site, pour des études quantitatives, et publie. Un livre qui parle d'amour, sous toutes ses formes.

C'est qu'il y a beaucoup d'idées fausses qui circulent sur les rencontres sexuelles et/ou amoureuses effectuées par le truchement d'un site Web. Il n'y aurait plus de couple stable, plus que des rencontres éphémères, celles-ci seraient égalitaires, sans considération de classe sociale, le passage par une entreprise commerciale tuerait tout romantisme, etc.

J'ai découvert ce livre lors des excellentes rencontres « Aux sources du numérique ». Vos pouvez lire l'entretien avec l'auteure fait à cette occasion. asdn-marie-bergstrom.jpg

L'auteure remet les sites de rencontre modernes dans l'histoire (et c'est un des chapitres les plus intéressants du livre). L'action d'intermédiaires dans la formation des couples est ancienne, et leurs arguments sont parfois très stables (cf. la délicieuse mise côte-à-côte d'une publicité du journal d'annonces matrimoniales « Les mariages honnêtes » en 1907 et d'une publicité de Tinder de 2017). On trouvera entre autre dans ce chapitre historique le Minitel rose, qui avait été un des facteurs de décollage de ce succès technico-industriel français, et la source de quelques fortunes, y compris de celle du fondateur d'un gros FAI français. (Et, j'ajoute, la source d'inspiration d'une jolie chanson sur le numérique, Goodbye, Marylou.) Mal vus à l'époque, les « sites de rencontre » sont mieux perçus aujourd'hui. Comme le note l'auteure, un des intérêts des sites de rencontre, est qu'on ne drague pas en public, contrairement aux rencontres sur le lieu de travail ou en boite. C'est particulièrement important pour les femmes, qui sont critiquées si elles expérimentent beaucoup. Les femmes de 18-25 ans sont le groupe qui utilisent le plus ces sites.

Autre étude intéressante, les discussions avec les concepteurs des sites de rencontre. Alors que les agences matrimoniales du passé se vantaient de leurs compétences en matière de rencontres, ceux qui réalisent Meetic et les autres clament bien fort qu'ils sont juste des techniciens, qu'ils mettent les gens en rapport, qu'ils n'essaient pas d'être des « marieurs ». Les créateurs des sites de rencontre nient l'influence du site, de son organisation, de ses algorithmes. On ne sait pas si cette insistance sur la neutralité est une coquetterie d'informaticien (« la technique est neutre ») ou bien un moyen d'éviter de faire des promesses imprudentes (« satisfaction garantie »).

Et l'homogamie ? Est-ce que l'Internet tient sa promesse d'être égalitaire, et d'effacer les barrières ? Est-ce que, grâce aux applications de rencontre, les bergères peuvent enfin épouser des princes ? Malheureusement, non. Bourdieu reste le plus fort. Comme dans les rencontres hors-ligne, l'homogamie reste forte. Si la sélection sur le physique ne doit pas trop se dire, celle sur l'orthographe est assumée par les interlocuteurs de l'auteure, et on sait que l'orthographe est un fort marqueur social. (L'auteure, qui est d'origine suédoise, critique la langue française pour son manque de cohérence entre l'oral et l'écrit. Mais toute langue est difficile quand ce n'est pas sa langue maternelle.) Plus étonnant, cette importance donnée à l'orthographe reste très forte même quand on cherche des rencontres « légères », « sans lendemain ». Il n'y a pas de simple « plan cul ». « Nos goûts sexuels et romantiques sont sociaux. », dit l'auteure. Même si c'est juste pour le sexe, il faut une bonne orthographe. Ce choix contribue d'autant plus à la sélection sociale que le seul canal, au début, est l'écrit : on ne peut pas compenser par son apparence physique.

Autre idée importante du livre : le cliché traditionnel comme quoi les hommes chercheraient du sexe et les femmes un mari n'est pas corroboré par les données. Il y a bien des attentes différentes des hommes et femmes vers 30 ans, où les femmes veulent déjà se mettre en couple, mais les hommes pas encore. Mais, avant et après les visions classiques sont fausses (les femmes jeunes aussi veulent du sexe, les hommes mûrs aussi de la conjugalité).

Et à propos de sexe, est-ce que, sur les sites de rencontre, on ne s'intéresse qu'à la relation sexuelle et pas à la mise en couple stable ? Pas vraiment. Tout juste peut-on observer que les rencontres en ligne deviennent plus vite sexuelles (un peu comme celles en vacances, et sans doute pour les mêmes raisons, « les histoires en ligne ne font pas d'histoires »). Et puis, les deux parties savent dès le début pourquoi ielles sont là : il n'y a pas l'ambiguité qu'il peut y avoir, par exemple lors de rencontres au bureau.

Notez que le livre se limite à l'hétérosexualité, l'auteure notant que les homosexuels ont des pratiques très différentes. Un prochain livre ?


La fiche

Fiche de lecture : Le bug humain

Auteur(s) du livre : Sébastien Bohler
Éditeur : Robert Laffont
9782221240106
Publié en 2019
Première rédaction de cet article le 1 juin 2020


Dans cet essai, Sébastien Bohler explique et défend une thèse comme quoi une grande partie de nos comportements humains seraient dus à des règles très profondément enfouies dans notre cerveau et qui se résumeraient à « plus de tout, et tout de suite ». Selon lui, changer les choses, par exemple diminuer notre empreinte carbone, nécessite de prendre conscience de ces règles, avant de pouvoir les surmonter.

Après des romans comme « Les soldats de l'or gris », l'auteur passe à l'essai avec « Le bug humain ». Tout le monde peut constater, notamment à travers la destruction toujours plus poussée de l'environnement, que l'humanité, collectivement, n'est pas raisonnable. Pourquoi est-ce qu'on continue cette destruction alors qu'il est clair qu'il faudrait, au lieu de vouloir « relancer la croissance » et autres délires productivistes, diminuer la consommation de tout ? Depuis des siècles, des tas de gens ont réfléchi à ce problème, et ont proposé plein d'explications (qui ne sont pas forcément incompatibles entre elles). Ici, Sébastien Bohler a une théorie : l'essentiel du problème vient du striatum. Cet organe peu connu du cerveau est responsable de la motivation : c'est lui qui, via la dopamine qu'il secrète, pousse à consommer (de la nourriture, de l'information ou du sexe) et toujours davantage. En effet, lorsque l'évolution a façonné cet organe, on ne pouvait jamais consommer trop. On n'avait jamais assez à manger, par exemple et, même si c'était le cas temporairement, manger avec excès et accumuler des graisses était une bonne stratégie ; on perdrait ces graisses sans effort à la prochaine pénurie. De même, faire des enfants en quantité était raisonnable quand la plupart d'entre eux mourraient jeunes. Mais, aujourd'hui, cela mène à la surpopulation.

Aujourd'hui où la production de masse permet de consommer trop, le striatum est devenu dangereux ; il pousse à ne jamais s'arrêter, même au-delà du raisonnable. Et l'évolution naturelle, trop lente, ne va pas changer ce comportement avant qu'il ne soit trop tard et que toutes les ressources naturelles aient été détruites.

Est-ce une fatalité ? L'auteur estime que, si le striatum pousse à des comportements qui sont souvent négatifs dans notre société, il ne représente pas tout notre cerveau. D'autres parties, comme le cortex préfrontal, sont capables d'inhiber les instincts immédiats, et donc potentiellement de nous amener à un meilleur équilibre entre les désirs primaires et la réalité.

Le livre est très bien écrit, très convaincant. Vous apprendrez beaucoup de choses sur votre cerveau en le lisant. Mais je reste un peu sceptique car il résume un problème très vaste à une cause principale. Dans le cadre écologique, par exemple, les décisions individuelles poussées par le striatum ne sont pas tout. Il y a aussi la difficulté à parvenir à une décision commune lorsque le changement de mode de vie serait dans l'intérêt de tous mais heurtent les intérêts de certains (comme l'analyse bien Diamond dans « Effondrement »). Le pouvoir du striatum peut expliquer pourquoi, même quand on est déjà en surpoids, on reprend du dessert, mais peut-il vraiment expliquer l'avidité d'actionnaires qui, dans un bureau climatisé, sans qu'ils aient faim ou froid, prennent des décisions catastrophiques pour la biosphère ? Et, même quand tout le monde a les mêmes intérêts et en est conscient, une décision commune n'est pas facile, si chacun craint d'être le seul à faire des efforts.


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Fiche de lecture : Obfuscation; A User's Guide for Privacy and Protest

Auteur(s) du livre : Finn Brunton, Helen Nissenbaum
Éditeur : MIT Press
978-0-262-02973-5
Publié en 2015
Première rédaction de cet article le 17 mai 2020


Beaucoup d'efforts sont aujourd'hui dépensés pour protéger la vie privée sur l'Internet. En effet, le déploiement des réseaux informatiques a permis une extension considérable de la surveillance, privée comme étatique. Il est donc logique que des informaticiens cherchent à développer des moyens techniques pour gêner cette surveillance, moyens dont le plus connu est le chiffrement. Mais aucun moyen technique ne résout tous les problèmes à lui seul. Il faut donc développer une boîte à outils de techniques pour limiter la surveillance. Ce court livre est consacré à un de ces outils : le brouillage (obfuscation en anglais). Le principe est simple : le meilleur endroit pour cacher un arbre est au milieu d'une forêt.

Le principe du brouillage est en effet simple : introduire de fausses informations parmi lesquelles les vraies seront difficiles à trouver. Cette technique est surtout intéresssante quand on ne peut pas se dissimuler complètement. Par exemple, le logiciel TrackMeNot (dont une des développeuses est une des auteures du livre) envoie des recherches aléatoires aux moteurs de recherche. On ne peut pas empêcher ces moteurs de recherche de connaître nos centres d'intérêt, puisqu'il faut bien leur envoyer la question. Le chiffrement n'aide pas ici, puisque, s'il peut protéger la question sur le trajet, il s'arrête au serveur à l'autre extrémité. Mais on peut noyer ces serveurs sous d'autres requêtes, qu'ils ne pourront pas distinguer des vraies, brouillant ainsi l'image qu'ils se font de l'utilisateur.

À ma connaissance, il n'existe pas de traduction idéale du terme anglais obfuscation, qui est le titre de ce livre. Wikipédia propose offuscation, ce qui me fait plutôt penser à « s'offusquer ». À propos de français, notez qu'il existe une traduction de ce livre, « Obfuscation ; La vie privée, mode d'emploi » (avec préface de Laurent Chemla), chez C&F Éditions, mais je n'ai personnellement lu que la version originale.

Les techniciens ont facilement tendance à considérer comme technique de protection de la vie privée le seul chiffrement. Celui-ci est évidemment indispensable mais il ne protège pas dans tous les cas. Deux exemples où le chiffrement ne suffit pas sont l'analyse de trafic, et le cas des GAFA. D'abord, l'analyse de trafic. C'est une technique couramment utilisée par les surveillants lorsqu'ils n'ont pas accès au contenu des communications mais seulement aux métadonnées. Par exemple, si on sait que A appelle B, et que, dès que ça s'est produit, B appelle C, D et E, on a identifié un réseau de personnes, même si on ne sait pas ce qu'elles racontent. Et un autre cas est celui des GAFA. Si la communication avec, par exemple, Gmail, est chiffrée (le https:// dans l'URL, qui indique que tout se passe en HTTPS, donc chiffré), cela ne protège que contre un tiers qui essaierait d'écouter la communication, mais pas contre Google lui-même, qui voit évidemment tout en clair. Bref, le chiffrement n'est pas une solution miracle. Dans ce second cas, une autre solution pourrait être de dire « n'utilisez pas ces outils du capitalisme de surveillance, n'utilisez que des services libres et sans captation des données personnelles ». À long terme, c'est en effet l'objectif. Mais à court terme, les auteurs du livre estiment (et je suis d'accord avec eux) qu'il n'est pas réaliste de demander cette « déGAFAisation individuelle ». Comme le notent les auteurs p. 59 « Martyrdom is rarely a productive choice in a political calculus ».

Le livre contient plein d'exemples de brouillage, car la technique est ancienne. Quand on ne peut pas cacher, on brouille. Des paillettes qui font croire à la défense anti-aérienne qu'il y a plein d'avions supplémentaires, au génial film de Spike Lee, Inside Man (non, je ne vais pas divulgâcher, regardez le film), les exemples ne manquent pas. Cette technique a été largement utilisée en informatique, et le livre comprend une passionnante description de l'opération Vula, où il ne fallait pas simplement dissimuler le contenu de la communication, mais également le fait qu'elle avait lieu, ce qui est bien plus difficile. Et les auteurs savent de quoi il parle puisqu'Helen Nissenbaum a également travaillé sur Ad Nauseam, un logiciel qui clique sur toutes les publicités, pour empêcher la surveillance (dont la publicité est à la fois l'un des moteurs importants et l'une des armes favorites) de savoir si les publicités sont efficaces ou pas.

Outre cette très intéressante partie sur les exemples réels (dans le monde de l'informatique, et en dehors), l'intéret du livre est une discussion détaillée de la légitimité du brouillage. Est-ce bien ou mal de « cliquer » sur les publicités, privant ainsi une profession honorable des informations sur la vie privée des utilisateurs (pardon, les pubards les appellent les « cibles ») ? Les auteurs insistent que le brouillage est l'arme du faible. Les riches et les puissants peuvent se cacher, ou échapper à la surveillance, le brouillage est pour ceux et celles qui ne peuvent pas se cacher. C'est cette asymétrie qui est le principal argument en faveur de la légitimité du brouillage (p. 78).

Et le problème écologique ? Le brouillage consomme davantage de ressources, c'est sûr. La question est suffisamment sérieuse pour faire l'objet d'un traitement en détail dans le livre (p. 65), je vous laisse découvrir la discussion dans le livre.

Ceci dit, de même que le chiffrement n'est pas la seule technique à utiliser dans la lutte pour préserver sa vie privée (p. 62), de la même façon, il ne faut pas penser qu'aux solutions techniques. Ne pourrait-on pas compter sur la bonne volonté des entreprises privées, pour qu'elles arrêtent la surveillance ? (p. 60, les auteurs expliquent pourquoi ils n'y croient pas.) Et, sinon, sur les États pour arrêter cette surveillance par la loi ? (p. 61, les auteurs sont pessimistes à ce sujet.)

Enfin, le livre compte aussi d'autres discussions passionnantes, mais je vous laisse les découvrir. Bonne lecture ! (Et, après, il y a une grosse bibliographie, si vous voulez approfondir.)


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Fiche de lecture : The island of lost maps

Auteur(s) du livre : Miles Harvey
Éditeur : Broadway Books
0-7679-0826-0
Publié en 2000
Première rédaction de cet article le 7 mai 2020


Ce n'est pas un roman : ce livre raconte la triste histoire d'un salaud, Gilbert Bland, qui a écumé les bibliothèques des États-Unis pendant des années, découpant des livres anciens pour voler des cartes et les revendre. L'auteur raconte l'histoire de ces vols, les réactions des bibliothèques (souvent trop pauvres pour pouvoir protéger efficacement les trésors qu'elles contiennent) et le discret monde des vendeurs d'antiquités, où l'éthique est assez basse, et où d'autres salauds achètent sans discuter des œuvres manifestement volées.

L'enquête est très approfondie mais cela n'a pas été facile. Les bibliothèques ont pendant longtemps préféré se taire, en partie pour ne pas attirer l'attention sur la quantité d'objets précieux qu'elles stockent, en partie parce que les universités aux États-Unis dépendent beaucoup du financement privé et qu'il ne faut pas effrayer les riches donateurs. Le monde du commerce d'antiquités est discret, d'autant plus qu'ils savent bien qu'une bonne partie des transactions est fondé sur le vol. Mais Miles Harvey y a passé du temps, et a été le premier à exposer le business de Bland, dans une série d'articles dont il a ensuite tiré ce livre, plein de personnages mystérieux, de rendez-vous dans des lieux luxueux, de trésors antiques en péril.

Bland n'était pas le premier voleur de cartes, bien sûr. Le livre refait vivre une bonne partie de l'histoire de la cartographie ; les cartes sont précieuses, parfois secrètes, et dans de nombreux cas, des espions étaient prêts à prendre des risques énormes pour arriver à mettre la main sur les cartes utilisées pour les voyages lointains. Ce livre passionnant ne se limite pas aux actions d'un minable voleur du XXe siècle, il parle aussi de voyages, de comment on fait les cartes, comment on répare les vieux livres et de plein d'autres sujets qui font rêver.

Les vols dans les bibliothèques, hélas, continuent. (Vous pouvez voir la vidéo de Charlie Danger sur le pillage des œuvres d'art.) Et il n'y a pas que les vols, il y a aussi que la destruction d'ouvrages achetés légalement. Donc, un conseil pratique pour terminer : n'achetez jamais de planches et autres illustrations anciennes originales (cartes, illustrations de flore, de faune, d'outils médicaux, etc) chez les bouquinistes, elles ont souvent été découpées de livres anciens, dépecés car la vente à la page est plus facile et plus rémunératrice que celle du livre entier. Mieux vaut acheter une reproduction qui, au moins, n'est pas toujours issue de la destruction de l'ouvrage d'origine.


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Fiches de lecture des différentes années : 2021  2020  2019  2018  2017  2016  2015