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Fiche de lecture : Digging up Armageddon

Auteur(s) du livre : Eric Cline
Éditeur : Princeton University Press
978-0-691-16632-2
Publié en 2020
Première rédaction de cet article le 18 octobre 2020


Ceux et celles qui ont lu la Bible savent qu'Armaguédon est le lieu du combat final entre le Bien et le Mal. Mais c'est aussi une ville réelle où plusieurs batailles historiques ont eu lieu, et où l'architecture a laissé beaucoup de témoignages. C'est donc un endroit parfait pour des fouilles, et ce livre nous raconte de manière détaillée la campagne de fouilles de l'université de Chicago qui a eu lieu pendant l'entre-deux-guerres.

Vous n'y apprendrez pas forcément beaucoup de choses sur les civilisations qui se sont succédé ici. Ce livre, qui se fonde notamment sur les lettres et les rapports des membres de la longue expédition, privilégie le récit des fouilles, les personnages qui s'y sont illustrés, leurs succès et leurs affrontements. Car l'archéologie n'est pas une discipline désincarnée menée par des êtres parfaits. Les tiraillements, voire les conflits ouverts ont été nombreux. Les fouilles de cette époque étaient financés par Rockfeller et le directeur distant, Breasted, doit toujours prendre soin de garder les faveurs du financier, en apportant régulièrement des résultats spectaculaires. Toute fouille en terre biblique doit forcément rapporter des artefacts mentionnés dans le livre sacré. Cette culture du résultat entraine évidemment des tensions et cela se reflète dans le recrutement et les licenciements brutaux des équipes sur le terrain, qui se renouvellent rapidement. D'autant plus que, sur place, les difficiles conditions matérielles et les difficultés du travail aggravent les tensions, et les appels à la direction à Chicago pour qu'elle tranche des conflits de personne. (Sans compter les lettres anonymes !)

Ces tensions ont au moins un avantage : elles tiennent l'équipe à l'écart de tout ce qui se passe dans le pays où ils travaillent. La lutte contre le colonialisme britannique, les pogroms, et les affrontements avec les sionistes ne semblent pas marquer le quotidien des archéologues, tout occupés à fouiller et à s'engueuler. Cette isolement des troubles est d'autant plus fort que, pour éviter que les ouvriers du chantier ne sympathisent avec d'éventuels mouvements locaux, tous ces ouvriers sont amenés d'Égypte

Les archéologues ont pourtant des opinions. Reflet d'une autre époque, elles sont souvent racistes. Alors même qu'ils mettent en avant les réalisations de rois juifs qu'ils extraient du sol, certains tiennent des propos contre les juifs. Le directeur des fouilles a épousé une juive, et ses subordonnés ne manquent pas de le critiquer pour cela. On imagine que cela n'améliore pas l'ambiance. Et on s'étonne qu'un chercheur puisse faire preuve d'un racisme aussi crasse alors qu'il fait l'éloge des réalisations de Salomon… On voit ainsi un archéologue nouvellement arrivé écrire à ses parents, moins de 24 h après être venu en Palestine, pour y décrire doctement comment tout est de la faute des juifs. D'autres archéologues préfèrent accuser les Arabes, décrits comme attardés, barbares, sales, et autres clichés. Bref, la science n'empêche pas d'être un imbécile ou un salaud, on le savait déjà. Ce livre ne dissimule pas les défauts de ses personnages.

Mais il montre aussi leurs succès : cette longue campagne de fouilles a permis d'innombrables découvertes spectaculaires, sur un terrain qui est occupé par les humains depuis très longtemps. Si les interprétations des découvertes ont parfois été marqués par le sensationnalisme (le soldat tué en défendant l'aqueduc, qui était en fait enterré dans une tombe civile, plus tard percée par le creusement de l'aqueduc…) elles n'en sont pas moins remarquables. Le film « The human adventure » tourné en partie à Armaguédon durant ces fouilles est aujourd'hui visible sur YouTube. S'il a sérieusement vieilli, sur la forme comme sur le fond, il reste un intéressant témoignage des fouilles de l'époque, y compris l'usage du ballon à cette époque où on n'avait pas de drone. (La partie sur la Palestine commence vers 29'05'' et celle sur Meggido vers 30'25''.) La scène qui commence vers 47'06'' (sur un autre site) donne une bonne idée des relations entre les chefs et les travailleurs locaux…

Eric Cline est également l'auteur de « 1177 b.c. the year the civilization collapsed ».

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