Première rédaction de cet article le 17 juillet 2026
La présentation, le 16 juillet 2026, du rapport annuel de l'ARCEP sur l'état de l'Internet en France a été l'occasion de se poser la question : quand on compare quantitativement des choses sur l'Internet, par exemple l'appairage public et le transit, on utilise presque toujours comme métrique le nombre d'octets. Est-ce une bonne idée ?
Ainsi, le rapport de l'ARCEP dit que « 49 % du trafic à destination des utilisateurs finals [est dû à] le fournisseur de CDN (Akamai) et les quatre plus grands fournisseurs de contenus et d’applications (Netflix, Amazon, Google, Meta) ». Le point important est que ces 49 % sont le pourcentage du nombre d'octets qui viennent de ces cinq gros. Mais une autre métrique aurait donné un autre pourcentage.
Car le fait de compter en octets n'a rien d'évident : c'est une métrique parmi d'autres. Elle est couramment utilisée car :
L'inconvénient de tout baser sur cette métrique est que, pour
certaines analyses, elle n'est pas pertinente. Prenons l'exemple du
problème de la robustesse de l'Internet face aux pannes et aux
attaques (non, je n'ai pas encore lu le
rapport de la commission d’enquête parlementaire sur nos
vulnérabilités et dépendances numériques). Il est assez
évident qu'il serait plus grave de ne pas pouvoir joindre
https://www.impots.gouv.fr/ que d'être dans
l'impossibilité de regarder TikTok. Le second
envoie pourtant bien plus d'octets. Ainsi, le chiffre de 49 % donné
plus haut semble énorme mais il ne reflète pas forcément une
dépendance critique, ces 49 % mêlant des contenus d'importance très
variable. De même, si on compare l'appairage
public via les points d'échange (1,5 % du
trafic total) à l'appairage privé (43,2 % du trafic), en octets, le
premier peut sembler négligeable. Mais il joue un rôle stratégique
important.
Une autre métrique possible, plus axée sur l'économie, serait de compter en euros. Le document échangé entre deux entreprises et qui concerne un contrat de plusieurs millions péserait davantage que la vidéo YouTube qui va rapporter quelques centimes à Google, des poussières au créateur et sans doute pas grand'chose au spectateur. Mais les difficultés pratiques d'une telle métrique sont grandes.
Alors, quelle métrique choisir ? Il n'y a pas de métrique parfaite qui couvrirait tous les cas. Celle que j'ai cité, de l'« importance » du trafic est évidemment très subjective. Je pense que retransmettre sur l'Internet le championnat organisé par les ultra-pourris de la FIFA n'est pas important, mais ce n'est pas une opinion consensuelle.
Je propose donc de continuer à utiliser les métriques qu'on veut mais d'être conscient de leurs limites et de ne pas croire que l'information est uniquement dans le nombre d'octets qui circulent.
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