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RFC 8255: Multiple Language Content Type

Date de publication du RFC : Octobre 2017
Auteur(s) du RFC : N. Tomkinson, N. Borenstein (Mimecast)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF slim
Première rédaction de cet article le 10 octobre 2017


La norme MIME permet d'étiqueter un message en indiquant la langue, avec l'en-tête Content-Language: (RFC 4021). Mais comment faire si on veut envoyer le même message en plusieurs langues, pour s'adapter à une audience variée, ou bien si on n'est pas sûr des langues parlées par le destinataire ? C'est ce que permet le nouveau type de message multipart/multilingual qui permet d'étiqueter les messages multilingues.

C'est le premier RFC du groupe de travail SLIM, chargé de créer des normes pour indiquer la langue utilisée dans le courrier et pour les communications synchrones (téléphonie sur IP, par exemple), dans le cas où plusieurs langues sont en présence.

Le type de premier niveau multipart/ (RFC 2046, section 5.1, enregistré à l'IANA) permet d'indiquer un message (ou une partie de message, en cas de récursivité) composé de plusieurs parties. Ainsi, multipart/mixed (RFC 2046, section 5.1.3) indique un message dont les dfférentes parties sont indépendantes (un texte et une image, par exemple). Alors que multipart/alternative (RFC 2046, section 5.1.4) est utilisé pour le cas où les différentes parties veulent dire la même chose, mais avec des formats différentes (une version texte seul et une version HTML, par exemple, ou bien une image en JPEG et la même en PNG). Normalement, le lecteur de courrier ne va afficher qu'une seule des parties d'une multipart/alternative, celle qui convient le mieux, selon les capacités du logiciel de lecture et les préférences de l'utilisateur. Ce sera la même chose avec ce nouveau multipart/multilingual : l'émetteur enverra le message en plusieurs langues, le logiciel de lecture n'affichera que celle qui colle le mieux aux choix de l'utilisateur. Ce type est désormais enregistré à l'IANA (section 9 du RFC).

Rappelez-vous que MIME est récursif : un multipart/ peut contenir un autre multipart/. Voici, par exemple, vu par le MUA mutt, un multipart/mixed, dont la première partie est un multipart/alternative et la seconde un fichier PDF :

      
I     1 <no description>                                [multipart/alternative, 7bit, 45K]
I     2 ├─><no description>                               [text/plain, 8bit, utf-8, 1,8K]
I     3 └─><no description>                               [text/html, 8bit, utf-8, 43K]
A     4 35378031645-672029836-registration.pdf          [application/pdf, base64, 84K]

    

Cette première partie du corps du message, de type multipart/alternative, a à son tour deux parties, une en texte brut et l'autre en HTML. Comme ma configuration mutt inclut la directive alternative_order text/plain, seule la version texte sera affichée, le HTML étant ignoré.

Revenons aux messages multilingues. Avant ce RFC 8255, la solution la plus fréquente, quand on envoyait un message à quelqu'un dont on n'était pas sûr des préférences linquistiques, était de mettre toutes les versions dans un même message. Du genre :

(English translation at the end)

Bonjour, ceci est un message.

Hello, this is a message.
    

(La première ligne ayant pour but d'éviter que le lecteur anglophone se décourage en ne voyant au début que du français.) Cette solution n'est pas satisfaisante : elle passe mal à l'échelle dès qu'il y a plus de deux langues. Et elle ne permet pas la sélection automatique de la langue par le logiciel du destinataire.

Le type MIME d'un message est mis dans un en-tête Content-Type:. Par exemple, un message de plusieurs parties représentant le même contenu serait :

Content-Type: multipart/alternative; boundary="------------E6043EF6F3B557567F3B18F4"
    

boundary indique le texte qui sera le séparateur entre les parties (RFC 2046, section 5.1). La section 2 du RFC décrit ce qu'on peut désormais mettre dans le Content-Type:, avec le nouveau type multipart/multilingual.

Il ressemble beaucoup au multipart/alternative et, comme tous les multipart/quelquechose (RFC 2046, section 5.1.1), a une chaîne de caractères qui indique le passage d'une partie à une autre :

Content-Type: multipart/multilingual; boundary=01189998819991197253
    

Chacune des parties d'un message en plusieurs langues doit indiquer la langue de la partie, avec l'en-tête Content-Language:. Mais attention, comme il faut tenir compte des vieux clients de messagerie qui ne connaissent pas ce RFC, la première partie ne doit pas avoir de Content-Language:, elle sert de solution de repli, car c'est elle qui sera affichée en premier par les logiciels qui ne connaissent pas multipart/multilingual. Comme elle sert de secours, il est recommandé qu'elle soit dans le format le plus simple, donc text/plain, en UTF-8 (car il faut pouvoir représenter diverses langues). Cette partie se nomme la préface. En la lisant, l'utilisateur pourra donc comprendre qu'il doit mettre à jour vers un logiciel plus récent.

Les parties suivantes, après la préface, vont être écrites dans des langues différentes. Le RFC recommande de les mettre dans l'ordre, avec celles qui ont le plus de chance d'être pertinentes en premier. (Ainsi, une société française ayant une activité européenne, avec une majorité de clients français, et envoyant un message en anglais, allemand et français, mettre sans doute le français en premier, suivi de l'anglais.)

Chacune de ces parties aura un en-tête Content-Language:, pour indiquer la langue, et Content-Type: pour indiquer le type MIME. (Rappelez-vous toujours que MIME est récursif.) Il est recommandé que chaque partie soit un message complet (avec notamment le champ Subject:, qui a besoin d'être traduit, lui aussi, et le champ From:, dont une partie peut être utilement traduite). Le type conseillé est donc message/rfc822 (RFC 2046, section 5.2.1), mais on peut aussi utiliser le plus récent message/global (RFC 6532).

Notez bien que ce RFC ne spécifie évidemment pas comment se fera la traduction : il ne s'occupe que d'étiqueter proprement le résultat.

Le message peut se terminer par une section « indépendante de la langue » (par exemple une image ne comportant pas de texte, si le message peut être porté par une image). Dans ce cas, son Content-Language: doit indiquer zxx, ce qui veut dire « information non pertinente » (RFC 5646, section 4.1). C'est elle qui sera sélectionnée si aucune partie ne correspond aux préférences de l'utilisateur.

Maintenant, que va faire le client de messagerie qui reçoit un tel message multilingue ? La section 4 de notre RFC décrit les différents cas. D'abord, avec les logiciels actuels, le client va afficher les différentes parties de multipart/multilingual dans l'ordre où elles apparaissent (donc, en commençant par la préface).

Mais le cas le plus intéressant est évidemment celui d'un client plus récent, qui connait les messages multilingues. Il va dans ce cas sauter la préface (qui n'a pas de langue indiquée, rappelez-vous) et sélectionner une des parties, celle qui convient le mieux à l'utilisateur.

Un moment. Arrêtons-nous un peu. C'est quoi, la « meilleure » version ? Imaginons un lecteur francophone, mais qui parle anglais couramment. Il reçoit un message multilingue, en français et en anglais. S'il choisissait manuellement, il prendrait forcément le français, non ? Eh bien non, car cela dépend de la qualité du texte. Comme peut le voir n'importe quel utilisateur du Web, les différentes versions linguistiques d'un site Web ne sont pas de qualité égale. Il y a le texte original, les traductions faites par un professionnel compétent, les traductions faites par le stagiaire, et celles faites par un programme (en général, les plus drôles). Sélectionner la meilleure version uniquement sur la langue n'est pas une bonne idée, comme le montre la mauvaise expérience de HTTP. Ici, pour reprendre notre exemple, si la version en anglais est la version originale, et que le français est le résultat d'une mauvaise traduction par un amateur, notre francophone qui comprend bien l'anglais va sans doute préférer la version en anglais.

Il est donc crucial d'indiquer le type de traduction effectuée, ce que permet le Content-Translation-Type: exposé plus loin, en section 6. (Les premières versions du projet qui a mené à ce RFC, naïvement, ignoraient complètement ce problème de la qualité de la traduction, et de la version originale.)

Donc, le mécanisme de sélection par le MUA de la « meilleure » partie dans un message multilingue n'est pas complètement spécifié. Mais il va dépendre des préférences de l'utilisateur, et sans doute des règles du RFC 4647.

Si aucune partie ne correspond aux choix de l'utilisateur, le RFC recommande que le MUA affiche la partie indépendante de la langue, ou, si elle n'existe pas, la partie après la préface. Le MUA peut également proposer le choix à l'utilisateur (« Vous n'avez indiqué qu'une langue, le français. Ce message est disponible en anglais et en chinois. Vous préférez lequel ? »)

La section 5 du RFC présente en détail l'utilisation de l'en-tête Content-Language:. Il doit suivre la norme existante de cet en-tête, le RFC 3282, et sa valeur doit donc être une étiquette de langue du RFC 5646. Des exemples (en pratique, il ne faut évidemment en mettre qu'un) :

Content-Language: fr

Content-Language: sr-Cyrl

Content-Language: ay

Content-Language: aaq
    

Le premier exemple concerne le français, le second le serbe écrit en alphabet cyrillique, le troisième l'aymara et le quatrième l'abénaqui oriental.

La section décrit le nouvel en-tête Content-Translation-Type: qui indique le type de traduction réalisé. Il peut prendre trois valeurs, original (la version originale), human (traduit par un humain) et automated (traduit par un programme). Notez que les humains (les programmes aussi, d'ailleurs) varient considérablement dans leurs compétences de traducteur. J'aurais personnellement préféré qu'on distingue un traducteur professionnel d'un amateur, mais la traduction fait partie des métiers mal compris, où beaucoup de gens croient que si on parle italien et allemand, on peut traduire de l'italien en allemand correctement. C'est loin d'être le cas. (D'un autre côté, comme pour tous les étiquetages, si on augmente le nombre de choix, on rend l'étiquetage plus difficile et il risque d'être incorrect.)

Voici un exemple complet, tel qu'il apparait entre deux logiciels de messagerie. Il est fortement inspiré du premier exemple de la section 8 du RFC, qui comprend également des exemples plus complexes. Dans ce message, l'original est en anglais, mais une traduction française a été faite par un humain.

	
From: jeanne@example.com
To: jack@example.com
Subject: Example of a message in French and English
Date: Thu, 7 Apr 2017 21:28:00 +0100
MIME-Version: 1.0
Content-Type: multipart/multilingual;
           boundary="01189998819991197253"

--01189998819991197253
Content-Type: text/plain; charset="UTF-8"
Content-Disposition: inline
Content-Transfer-Encoding: 8bit

This is a message in multiple languages.  It says the
same thing in each language.  If you can read it in one language,
you can ignore the other translations. The other translations may be
presented as attachments or grouped together.

Ce message est disponible en plusieurs langues, disant la même chose
dans toutes les langues. Si vous le lisez dans une des langues, vous
pouvez donc ignorer les autres. Dans votre logiciel de messagerie, ces
autres traductions peuvent se présenter comme des pièces jointes, ou
bien collées ensemble.

--01189998819991197253
Content-Type: message/rfc822
Content-Language: en
Content-Translation-Type: original
Content-Disposition: inline

From: Manager <jeanne@example.com>
Subject: Example of a message in French and English
Content-Type: text/plain; charset="US-ASCII"
Content-Transfer-Encoding: 7bit
MIME-Version: 1.0

Hello, this message content is provided in your language.

--01189998819991197253
Content-Type: message/rfc822
Content-Language: fr
Content-Translation-Type: human
Content-Disposition: inline

From: Directrice <jeanne@example.com>
Subject: =?utf-8?q?Message_d=27exemple=2C_en_fran=C3=A7ais_et_en_anglais?=
Content-Type: text/plain; charset="UTF-8"
Content-Transfer-Encoding: 8bit
MIME-Version: 1.0

Bonjour, ce message est disponible dans votre langue.

--01189998819991197253--

      

On note qu'il y a une préface (la première partie, celle qui commence par « This is a message in multiple languages »), que chacun des deux parties étiquetées a un From: (pour pouvoir adapter le titre de l'expéditrice) et un sujet (celui en français étant encodé selon le RFC 2047). Les deux dernières parties ont un Content-Translation-Type:.

Actuellement, il ne semble pas qu'il existe de MUA qui gère cette nouvelle norme. Si vous voulez envoyer des messages à ce format, vous pouvez copier/coller l'exemple ci-dessus, ou bien utiliser le programme Python send-multilingual.py.

Voici le message d'exemple cité plus haut affiché par mutt (version NeoMutt 20170113 (1.7.2)) : mutt-multilingual.png

Thunderbird affiche à peu près la même chose.

Gmail a stupidement décidé de mettre ce message dans le dossier Spam. Une fois le message sorti de ce purgatoire, voici ce que ça donnait : gmail-multilingual.png


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