Auteur(s) du livre: Nick Nicholas, John Cowan
Éditeur: Logical Language Group
0-9550283-1-7
Publié en 2003
Première rédaction de cet article le 1 Septembre 2010
Il existe d'innombrables langues construites, des langues qui ne sont pas issues d'une évolution « naturelle » mais qui ont été soigneusement élaborées par des humains. La plus connue est évidemment l'espéranto mais le lojban, présenté dans ce livre, a un cahier des charges assez différent. Son but principal n'est pas la paix dans le monde via la compréhension mutuelle, c'est la logique : faire une langue permettant de s'exprimer sans ambiguité, et qui soit complètement analysable par un analyseur syntaxique normal.
Le livre « What is lojban? » (ou, en lojban, « la lojban. mo », est un recueil de différents textes en anglais produits par l'organisation qui supervise la langue, le Logical Language Group. Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent acheter l'édition papier, il est aussi disponible en ligne. (Il y a aussi une version en français, malheureusement uniquement dans un format fermé, en lojban.doc.) Parmi les éditeurs de ce recueil, j'ai noté la présence de John Cowan, qui a été un des piliers du groupe de travail LTRU de l'IETF et j'ai pu apprécier, dans ce groupe, ses vastes connaissances, son excellent style et sa patience.
Que contient le livre ? La FAQ du site officiel, des exemples de courts textes en lojban, un guide de prononciation pour les locuteurs de diverses langues (mais pas le français) et surtout le texte « Overview of Lojban Grammar » qui décrit la structure de la langue. Ce n'est pas un tutoriel, pas question d'apprendre le lojban ainsi, mais c'est une description technique de la grammaire de la langue. À noter que, les composants d'un texte en lojban n'ayant pas forcément d'équivalent dans d'autres langues (des notions comme la distinction entre nom et verbe n'existent pas), ces composants sont désignés par leur nom en lojban. Il est donc prudent, en lisant le texte, d'avoir une fiche rappelant ce qu'est un brivla (le terme utilisé pour désigner un prédicat puisque le lojban est fondé sur la logique des prédicats), un sumti (l'argument d'un prédicat) ou un cmavo (catégorie qui regroupe les prépositions et ce pour quoi, dans d'autres langues, on utiliserait la ponctuation). Je ne vais pas résumer toute la grammaire lojban ici, juste décrire quelques points intéressants qui peuvent donner envie de voir le lojban de plus près.
Je commence par une phrase triviale en lojban, « mi klama le xunre zdani » (quelque chose comme « je vais à la maison rouge » ; si vous voulez voir un texte plus long, regardez la page d'accueil du site officiel). Comme le lojban est décrit par une grammaire formelle, en LALR(1), on peut écrire relativement facilement un analyseur syntaxique, comme par exemple le programme jbofihe. Cela donne :
% cat ~/tmp/hello.txt mi klama le xunre zdani % jbofihe -t ~/tmp/hello.txt | +-CMAVO : mi [KOhA3] | | +-BRIVLA : klama | | | +-CMAVO : le [LE] | | | | +-BRIVLA : xenru | | | | +-BRIVLA : zdani | | | +-SELBRI_3 | | +-SUMTI_6 | +-BRIDI_TAIL_3 +-NO_CU_SENTENCE CHUNKS
où le brivla le plus externe, klama joue le rôle du prédicat
principal. jbofihe permet aussi de représenter l'arbre syntaxique sous
d'autres formes par exemple en (mauvais) HTML avec
l'option -H (notez qu'il a inclus une traduction
des mots) :
La même chose est possible en LaTeX avec l'option -l.
Cette possibilité d'analyser syntaxiquement la langue permet le
développement d'outils de traitement linguistique. jbofihe peut aussi
vérifier que la syntaxe d'un texte est correcte. On peut même
l'utiliser depuis Emacs avec un code
d'initialisation comme :
(defun lojban-parse () "" (interactive "") (shell-command-on-region (region-beginning) (region-end) "jbofihe")) (global-set-key "\C-x-" 'lojban-parse)
(Il existe naturellement un mode Emacs pour le lojban.)
Après ce petit détour technique (désolé, problème classique des gens qui apprennent le loban, comme l'a montré un dessin de xkcd), quelques éléments intéressants sur la langue :
Quelles ressources existent en lojban sur l'Internet ? Elles sont
nombreuses, incluant un
Wikipédia (peu rempli mais regardez par exemple l'article sur le
phoque), un wiktionnaire (également peu
rempli) et plein de choses en http://www.lobjan.org/. Il
y a naturellement plusieurs listes de diffusion et
canal
IRC, avec un bot sympa qui me traduit un
brivla et me donne ses arguments :
(23:05:39) bortzmeyer: valsi klama (23:05:40) valsi: klama = x1 comes/goes to destination x2 from origin x3 via route x4 using means/vehicle x5.
Quel est l'avenir du lojban ? C'est évidemment difficile à dire. Cette langue n'a pas échappé aux sorts de bien des projets marginaux, les scissions (en l'occurrence entre le Logical Language Group, qui gère le lojban, et le Loglan Institute, entre autre parce que le créateur originel de la langue prétendait détenir des droits de propriété intellectuelle. Voir la FAQ à ce sujet.
Mais, au delà de ces disputes assez glauques, le lojban reste une formidable aventure scientifique et intellectuelle. C'est un langage de geeks ? Tant pis, cela ne devrait pas arrêter les curieux.
Auteur(s) du livre: Bryan O'Sullivan, John Goerzen, Don Stewart
Éditeur: O'Reilly
978-0-596-51498-3
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 26 Août 2010
Les langages de programmation fonctionnels ont la réputation d'être uniquement utilisés pour des problèmes mathématiques abstraits et jamais pour des vrais programmes dans le vrai monde avec des vrais utilisateurs. Il existe plusieurs livres pour apprendre Haskell mais celui-ci a un angle original, exposé dans le titre : utiliser Haskell pour des problèmes « réels ».
Donc, finis les exemples empruntés aux maths. Ce livre montre comment utiliser Haskell pour analyser du JSON, pour faire un programme de recherche dans le système de fichiers, un analyseur de fichiers PGM, un analyseur de code-barres, pour finir avec un client Web et un filtre de Bloom (note pour ceux qui ont lu le code source de Squid : ce programme utilise de tels filtres).
Tout l'attirail de Haskell est expliqué (les monades, l'évaluation paresseuse, map/fold, etc) mélé aux interfaces vers le monde réel (bases de données, analyse syntaxique, etc).
Une lecture recommandée pour tous les programmeurs, même ceux qui n'envisagent pas d'utiliser Haskell, cela leur ouvrira les idées.
Le livre a aussi un excellent site Web qui permet de tout lire en ligne. Le livre avait d'ailleurs été écrit suite à un intense processus collaboratif en ligne et les exemples ont été choisis et relus ainsi.
Auteur(s) du livre: Jean-Loïc Le Quellec
Éditeur: Éditions Errance
978-2-87772-409-8
Publié en 2010
Première rédaction de cet article le 31 Mai 2010
En science, comme ailleurs, on voit surtout ce qu'on veut voir. Sinon, comment expliquer que tant d'experts se soient égarés sur l'interprétation de la fresque préhistorique de la Dame blanche du Brandberg ? C'est leur histoire que raconte Jean-Loïc Le Quellec dans un livre passionnant, d'art et d'aventure, de science et de politique.
Le très beau livre de Le Quellec commence logiquement par la découverte de la fresque. En 1917, Reinhard Maack découvre en Namibie une superbe fresque préhistorique. Le personnage central (futur « Dame blanche ») attire les regards, et Maack lui trouve un air égyptien ou en tout cas méditerranéen. Avant de le blâmer, il faut préciser que Maack, comme d'autres protagonistes de l'histoire, n'est pas resté dans un bureau confortable avec accès Internet. Il est allé sur le terrain, dans des conditions matérielles difficiles, et a dû travailler sans matériel moderne, dans une grotte qui n'était pas aussi bien éclairée qu'un musée. Bref, on comprend que sa première impression aie pu être fausse. Mais son interprétation rencontrera immédiatement un grand succès : rapidement, la théorie que ce personnage est une femme de race blanche s'impose, et on lui trouve des parentés avec les égyptiens, les crétois et même, n'ayons peur de rien, avec les atlantes. Rien n'étayait ces interprétations mais elles ont pourtant été largement acceptées par la plupart des experts (comme Raymond Dart), les (nombreux) sceptiques gardant juste un silence prudent.
C'est que l'époque se prêtait à ces théories. Politiquement, c'était le point culminant de l'entreprise colonialiste. Celle-ci nécessitait un substrat idéologique, la conviction que les noirs étaient incapables de toute civilisation. En voyant une blanche dans le personnage central, et en lui trouvant une origine extra-africaine, on justifiait la colonisation comme un simple retour des européens dans une région que leurs ancêtres avaient déjà « civilisée ». La même démarche était à l'origine des théories fantaisistes sur les fondateurs du Grand Zimbabwe, assimilé à Ophir et supposé être construit par la reine de Saba, voire par Salomon lui-même.
Et il n'y avait pas que l'archéologie qui était influencée par cette entreprise. Les chapitres les plus passionnants du livre détaillent la place que ces théories de « cités perdues », construites par des grecs, des romains ou des atlantes au cœur de l'Afrique, occupaient dans la littérature de l'époque. Rider Haggard et Burroughs en anglais, Benoit en français, et des dizaines d'autres auteurs moins célèbres ont brodé à l'infini sur ce thème. Souvent, ces romans appelaient la science à leur aide pour fournir des notes de bas de page savantes ou des discours pseudo-scientifiques d'explication. Que la littérature utilise la science, c'est normal (et je suis plus indulgent là-dessus que Le Quellec qui parle de manière assez méprisante de « procédé »). Mais le plus grave est que la science s'est laissé entrainer, a oublié la distance entre le roman et la réalité, et que des experts comme l'Abbé Breuil (avec sa pittoresque collaboratrice Mary Boyle) ont cru dur comme fer à ces fictions, au point de chercher à tout prix à les retrouver dans la réalité.
Cela leur a fait oublier la plus élémentaire prudence scientifique. Oublier que, sur la plupart des fresques murales, les couleurs sont purement conventionnelles, reflétant par exemple le statut social (et la dame blanche n'est donc pas de race blanche). Oublier que distinguer un homme d'une femme sur une peinture n'est pas aisé, lorsque la civilisation qui a fait ces peintures n'avait pas les mêmes critères de représentation extérieure du genre que nous. Oublier le risque de la subjectivité quand on relève un dessin presque effacé et que la main de l'artiste ajoute les détails que son œil n'a pas pu voir. Le Quellec publie plusieurs fois des photos détaillées des peintures, accompagnées des relevés faits par les chercheurs, ce qui permet de juger du manque de rigueur de celui qui a fait le relevé, omettant des détails gênants (comme le pénis de la soi-disant dame) ou ajoutant ceux qui manquaient.
Comme le rappelle Le Quellec « les mythes ne s'identifient bien qu'avec une prise de distance, dans l'espace ou dans le temps ». Le lecteur du 21ème siècle voit bien les œillères idéologiques qui aveuglaient Breuil, alors qu'il ne distingue probablement pas celles d'aujourd'hui...
Auteur(s) du livre: C. A. R. Hoare
Éditeur: Prentice-Hall
0-13-153271-5
Publié en 1985
Première rédaction de cet article le 5 Mai 2010
Pendant toutes les années 1970, un bouillonnement de recherche sur la programmation parallèle a apporté dans la boîte à outils du programmeur tout un tas de concepts nouveaux, qui ont permis d'écrire des programmes non-séquentiels, sinon facilement, du moins sans se prendre les pieds dans le tapis à chaque fois. Le célèbre livre de Hoare est un reflet de cette époque, dont son auteur a été un des grands contributeurs, avec sa théorie des processus séquentiels communiquants.
Toute une génération de programmeurs a appris la programmation parallèle dans ce livre et se souvient des exemples avec une machine à café, comme le client fou (chapitre 2.2) qui insère au hasard une pièce de un ou de deux pence et se bloque si la machine ne se contente pas d'une seule pièce, si c'est celle de un penny. Ou de la machine à café bruyante (chapitre 2.3) qui sert à illustrer l'indépendance d'événements non synchronisés (entre le « cling » de la machine et le juron du client qui n'a pas eu ce qu'il voulait).
Le livre est solidement mathématique. Il commence doucement, et même lentement, mais est vraiment difficile à suivre vers la fin. À noter que la communication explicite entre processus ne commence qu'au chapitre 4, ce qui donne une idée du souci de l'auteur d'établir des bases théoriques sérieuses avant de commencer à rentrer dans les détails.
L'auteur n'oublie pas pour autant la mise en œuvre et fournit des pistes pour programmer ses processus séquentiels communiquants, dans un dialecte de Lisp. Attention, le langage utilisé utilise les concepts de Lisp mais Hoare lui a donné une syntaxe différente, ressemblant à Pascal, et sans les célèbres parenthèses. Il ne faut pas compter écrire directement un programme avec ces exemples, il faut d'abord trouver un langage exécutable !
Bien des langages ont d'ailleurs repris les concepts de ce livre, le plus connu était à l'époque Occam, qui était censé permettre la programmation facile d'une puce révolutionnaire, le Transputer, et qui n'a pas été un grand succès. Ada a ensuite beaucoup suivi ces idées. Le dernier langage qui les ai reprises explicitement est Go, dont le mécanisme de communication a repris le terme hoarien de channel.
La variété des solutions au problème de la programmation paralléle ne s'est d'ailleurs pas arrêté là et le chapitre 7 discute des solutions alternatives, que ce soit pour la structuration des programmes comme les coroutines ou les moniteurs, ou pour la communication comme les tubes.
Auteur(s) du livre: Jonathan Zittrain
Éditeur: Penguin books
978-0-141-03159-0
Publié en 2008
Première rédaction de cet article le 27 Avril 2010
Que nous réserve le futur de l'Internet ? Dans quelle direction va t-il aller ? Bien sûr, cela dépend de nos actions, à nous, citoyens et utilisateurs de l'Internet. Mais cela n'interdit pas, bien au contraire, que l'expert se penche sur la question et essaie d'identifier ce qui va influencer ce futur, et quels sont les choix possibles. C'est ce que fait Jonathan Zittrain dans son célèbre livre « The future of the Internet », essentiellement consacré à la question de la générativité, c'est-à-dire de la possibilité, pour une technologie, de produire plus que ce pourquoi elle avait été conçue.
L'Internet est loin d'être le premier objet technique à faire preuve de générativité. Zittrain remonte au réseau téléphonique traditionnel et aux luttes entre AT&T et les fabriquants d'« extensions » qui concevaient des dispositifs pouvant se brancher sur le réseau téléphonique comme les premiers répondeurs (ou, plus exotique, comme des cornets qui permettaient de parler plus discrètement dans le téléphone). AT&T a toujours lutté avec acharnement contre ces extensions, les accusant d'être dangereuses pour le réseau, alors qu'en fait c'est la générativité qui les inquiétait : si n'importe qui peut proposer des nouveaux services, c'est le monopole d'AT&T, son contrôle complet du réseau, qui se dilue.
L'exemple donné par Zittrain est états-unien mais, en France, l'ancienne DGT avait fait pareil, en exigeant par exemple un agrément des modems, qui limitait les utilisateurs aux rares modems agréés, lents et hors de prix. Cela a duré jusqu'au milieu des années 1990, limitant sérieusement le développement des technologies de la communication en France.
Le modem est en effet un exemple parfait de générativité : il permet d'utiliser le POTS d'une manière pour laquelle il n'a pas du tout été prévue...
Ces combats d'arrière-garde semblent bien loin aujourd'hui. Alors, la générativité de l'Internet est-elle menacée ? Oui, certainement, dit Zittrain. Notamment par le remplacement des PC (machines très génératives) par des engins fermés et complètement contrôlés par un constructeur, les appliances, machines vouées à un seul usage et qu'on ne peut pas détourner (elles sont tethered - ligotées, dit Zittrain). L'exemple archétypal est l'iPhone, où le constructeur décide seul des applications qui pourront tourner dessus. Avec de telles machines, plus d'innovation possible.
Pourtant, elles ne sont pas sans avantages. Ne faisant tourner que du logiciel contrôlé, elles sont plus prévisibles que les PC et souvent plus simples d'usage. Si les utilisateurs choisissent ces appliances, ce n'est pas uniquement parce qu'ils sont des victimes abruties du marketing d'Apple. C'est aussi parce que l'être humain est partagé entre son goût de l'innovation et de l'aventure et son désir de sécurité.
Car Zittrain ne présente pas les choses de manière unilatérale. Il parle au contraire en détail des dangers de la générativité : dangers techniques (comme illustré par l'une des premières grandes failles de sécurité de l'Internet, le ver Morris) mais aussi des dangers plus sociaux. Car la générativité de l'Internet ne concerne pas que la technique. Elle s'applique aux usages, comme le montrent des grands succès (Wikipédia), mais aussi des projets de justice privée parfois contestables (Zittrain cite MAPS), voire abominables (comme les sites qui utilisent les techniques UGC pour publier des informations détaillées sur le personnel des cliniques d'IVG, avec appel au meurtre).
Ici comme ailleurs, la sécurité sera toujours un compromis. Dans un monde où toutes les machines connectées au réseau seraient des tethered appliances, il n'y aurai plus de progrès ni de liberté. Mais dans un monde de PC infestés de virus et autre malware, il y aurait une telle insécurité que, en pratique, on ne pourrait pas faire grand'chose du réseau non plus ! En bon universitaire, Zittrain est tout en nuances et ne manque pas de présenter les deux aspects du problème.
Néanmoins, il choisit clairement son camp : la générativité, c'est la vie et il faut faire attention à ne pas l'étouffer sous prétexte d'augmenter la sécurité. Zittrain cite à de nombreuses reprises un terme néerlandais, verkeersbordvrij, qui désigne des expériences de ville sans panneaux de circulation. En effet, certaines expériences faites aux Pays-Bas semblent indiquer que, en présence de trop nombreuses règles, les humains réagissent en se transformant en robots, qui suivent les règles aveuglément et oublient leur bon sens et leur jugement. Le verkeersbordvrij consiste à supprimer certaines règles pour que les automobilistes redeviennent responsables... Un intéressant pari sur la victoire finale de l'intelligence sur l'abrutissement.
Auteur(s) du livre: Rose Mary Sheldon
Éditeur: Les belles lettres
978-2-251-38102-2
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 2 Avril 2010
Les romains pratiquaient-ils l'espionnage ? Mauvaise question, dit l'auteur de ce livre, le monde romain était très différent du nôtre, organisé d'une manière qui nous semble parfois irrationnelle, et vivant dans un contexte très différent. Il ne faut donc pas chercher, sous peine d'anachronisme, à plaquer nos concepts modernes sur les romains de l'Antiquité. Oui, contrairement à ce que prétendent les romains eux-mêmes (qui considéraient l'espionnage comme signe d'une ruse « orientale », indigne de vrais guerriers), il y avait des activités d'espionnage à Rome. Non, elles n'étaient pas du tout organisées comme aujourd'hui.
Rose Mary Sheldon a écrit plusieurs autres livres sur l'espionnage dans le monde antique. Sauf erreur, celui-ci est le premier traduit en français. Il couvre la période de la République et celle du Haut-Empire, la première se caractérisant par une absence d'activités d'espionnage organisées (ce qui a servi à nourrir la légende de romains méprisant cette occupation). Les armées de la République avaient bien sûr des éclaireurs, chargés de la reconnaissance avancée, mais il n'existait pas de service structuré qu'on puisse présenter comme l'ancêtre romain de la CIA. La protection des transmissions n'était pas un souci (le fameux « chiffre de César » ne semble pas avoir été utilisé en pratique, les amateurs de cryptographie seront déçus tout au long du livre, les romains n'étaient pas adeptes des mathématiques). Et le principal moyen de percer à jour les intentions des ennemis était d'observer les entrailles d'animaux sacrifiés, ou l'appétit des poulets sacrés... On est loin de Richard Sorge et Leopold Trepper...
Quelques spectaculaires désastres militaires comme celui de Crassus (qui envahit le royaume des Parthes en n'ayant aucune idée de ce qu'il va rencontrer) ou comme l'invasion réussie de l'Italie par Hannibal (qui, lui, avait un vrai service d'espionnage), ont quand même fini par convaincre les romains de la nécessité de prendre plus au sérieux le renseignement.
Sous l'Empire, Auguste décide de prendre les choses en main et le renseignement devient plus professionnel. Cela n'empêche pas toujours les défaites, comme celle du Teutobourg où les romains étaient avertis du retournement d'Arminius... mais avaient ignoré l'information. (La bataille fait l'objet d'un excellent chapitre, où les fouilles archéologiques minutieuses permettent d'avoir une vision détaillée de ce qui s'est passé.)
Finalement, l'Empire finit par avoir des hommes sérieusement chargé de l'espionnage, les frumentarii. Difficile de les qualifier d'espions professionnels car leur mission était bien plus vaste que l'espionnage, incluant aussi la poste et la collecte des impôts, voire, dans certaines périodes, l'assassinat politique. Massivement détestés, les frumentarii ont été pourtant utilisés par tous les empereurs (avec parfois des changements cosmétiques de nom), le Bas-Empire (qui fera l'objet d'un autre livre, annonce l'auteur) marquant toutefois une réorganisation sérieuse.
Car l'Empire n'était évidemment pas un état de droit et les services secrets étaient bien plus utilisés pour l'espionnage intérieur que pour surveiller les Barbares ! Plus d'empereurs ont été tués par leurs officiers ou leurs gardes du corps que par l'ennemi extérieur.
Le chapitre le plus intéressant du livre ne porte pas directement sur l'espionnage mais sur la transmission et la signalisation. Le point de départ du chapitre se situe en Écosse, sur la frontière, là où les romains construisirent plusieurs murs comme le fameux mur d'Hadrien. Et la question posée était « Comment les forts communiquaient-ils entre eux ? » Leur position permet-elle de répondre à cette question ? Oui, car, souvent, les forts sont placés sans raison apparente, la seule explication était la volonté qu'il y aie une LOS (vue directe) entre eux, pour la transmission par signaux optiques.
Le ton du livre est plutôt universitaire, sérieux et tout, donc les lecteurs qui sont le moins accrochés au sujet auront peut-être parfois un peu de mal.
Auteur(s) du livre: François Jarrige
Éditeur: IMHO
978-2-915517-2-3-85
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 6 Mars 2010
Depuis que la technique est utilisée pour rendre la vie plus pénible, il y a des résistances. Telle est, très résumée, la ligne directrice de ce livre de François Jarrige. Si sa sympathie va plutôt à ces résistants, l'intérêt principal de ce court livre est surtout de dresser un tableau complet, quoique très résumé, des principaux épisodes de la résistance au « monstre mécanique ».
Il est facile (et fréquent) de ricaner devant ces opposants, de les disqualifier en les traitant de « luddites » et de faire remarquer que, dans tous les cas, ils n'ont pas arrêté le progrès, qui a fini par écraser (avec toutefois l'aide de la police et de l'armée) toute résistance. Il y aurait beaucoup à dire sur le thème « Avaient-ils raison ou pas ? » Après tout, dans presque tous les cas de révolte « anti-machines », l'introduction des machines permettait effectivement un recul considérable des conditions de vie et de travail des révoltés. Il ne s'agissait nullement de la lutte du progrès contre le conservatisme mais bien de lutte des classes. Mais ce n'est pas l'angle choisi par François Jarrige qui cherche plutôt à montrer que les révoltes sont anciennes, qu'elles ont toujours existé et que l'utilisation des techniques modernes pour accroître l'exploitation a toujours suscité des résistances.
Il part donc de l'antiquité (les Grecs antiques refusaient-ils le progrès technique ?), puis continue avec le Moyen Âge (refus des grands moulins, non pas par pur aveuglément d'ignorants mais parce que ces moulins, centralisés et chers, marquaient surtout une conquête du pouvoir seigneurial ou marchand et une perte d'indépendance pour les familles paysannes).
Mais c'est évidemment la révolution industrielle qui mettra en évidence la « résistance au monstre mécanique ». Ladite révolution provoquera les misères les plus inouïes et aussi les révoltes les plus vives, en général réprimées dans le sang.
Au vingtième siècle, il y a moins d'opposition violente au déploiement de nouvelles techniques mais des inquiétudes nouvelles, par exemple face aux risques du nucléaire, ou des manipulations génétiques. Contrairement à ce que prétend souvent la propagande scientiste, les opposants à ces techniques ne sont pas forcément des abrutis ignorants. Souvent, ils sont eux-mêmes experts dans les techniques dont ils dénoncent les risques. (Une critique au passage : François Jarrige mélange, aux vrais opposants, des cinglés comme Theodore Kaczynski dont le discours pseudo-intellectuel se réduisait à des longs délires. Citer cet assassin dans la longue lignée des résistants au monstre mécanique affaiblit sérieusement le discours.)
À toutes les étapes de cette résistance, les pouvoirs en place, drapés derrière l'argument du progrès, ont utilisé la force et tenté de ridiculiser les opposants en leur opposant l'inévitabilité du progrès. C'est oublier que le progrès n'est pas une entité douée d'autonomie : chaque déploiement d'une technique a été décidé et exécuté par des hommes, qui ont fait le choix d'une certaine direction, en fonction de leurs intérêts. D'autres choix auraient été possibles même si, la plupart du temps, même cette idée de choix est écartée d'un revers de main.
Auteur(s) du livre: Xavier Carcelle
Éditeur: Eyrolles
978-2-212-11930-5
Publié en 2006
Première rédaction de cet article le 2 Février 2010
Il existe peu de livres sur les CPL et je crois que celui-ci est le seul en français (une bibliographie des équivalents en anglais figure à la fin de l'ouvrage). Cette technique est en général sous-estimée et beaucoup de déploiements de réseaux locaux ou distants ne l'envisagent même pas. Pourtant, elle a de nombreuses propriétés intéressantes. (J'ai décrit mon utilisation dans « CPL (Courants porteurs en ligne) à la maison ».)
Comprendre les CPL nécessite des compétences
en électricité, en
informatique et en
réseaux. Ce livre a donc un vaste champ à
couvrir. Je vais commencer par ce qui est le moins bien couvert : la
partie sur la configuration d'IP est faible (chapitres 10 et 11), surtout composée de copies
d'écran (qui permettent de remplir les pages à bon marché). Même les
commandes tapées dans un xterm sont montrées
sous forme de copie d'écran, intéressant paradoxe. Cette
partie « réseaux »
contient des archaïsmes étonnants pour un livre récent (comme la
discussion des classes,
supprimées onze ans avant la parution du livre, ou comme la commande
ipchains de Linux,
complètement remplacée par iptables depuis belle
lurette). Par contre, IPv6, technologie stable
depuis longtemps, ne fait l'objet d'aucune mention, alors qu'elle est
particulièrement utile dans le cas des réseaux domestiques, où on a
plusieurs objets à connecter et jamais assez d'adresses IPv4.
D'un autre côté, j'ai apprécié que l'auteur fasse un effort pour ne pas parler uniquement de MS-Windows, comme tant de livres « pour les nuls ». Il y a même une discussion de la configuration d'un réseau sur FreeBSD, ce qui est rare pour un ouvrage destiné à un public assez large. Mais, globalement, toutes les parties du livres consacrées à IP donnent l'impression que l'éditeur a demandé qu'on en parle, mais que l'auteur n'était pas le plus à l'aise sur ce sujet.
Et sur l'électricité ? Étant plutôt rouillé sur ce sujet, mes cours de physique étant assez lointains, j'espérais une révision mais j'ai été un peu déçu. Le livre suppose qu'on s'y connait déjà en électricité et qu'on n'a pas besoin de se faire expliquer trop longuement l'impédance ou la capacité (chapitres 2 et 8).
Une des difficultés qui se dressent sur le chemin de l'auteur d'un livre sur les CPL est que le domaine est peu normalisé (chapitre 1). S'il existe un consortium industriel nommé Homeplug qui édicte des spécifications de base pour les CPL domestiques, il n'y a pour l'instant aucune norme réelle (produite par exemple par l'IEEE). Résultat, l'auteur est souvent obligé de présenter des techniques spécifiques à un constructeur. Mais il a fait l'effort de ne privilégier aucun constructeur et de bien préciser ce qui est « standard » et ce qui ne l'est pas.
Par exemple, même avec Homeplug, la configuration des adaptateurs est entièrement faite par des protocoles non-standard. Il existe toutefois des interfaces communes qui commencent à émerger et c'est dans ce livre (chapitre 9) que j'ai appris l'existence de l'excellent outil plconfig qui marche bien sur ma Debian :
% plconfig -r eth1 - Parameters and Statistics response from 00:0c:b9:09:b7:ed Tx ACK Counter: 45547 Tx NACK Counter: 18848 Tx FAIL Counter: 5 Tx Contention Loss Counter: 33611 Tx Collision Counter: 13485 Tx CA3 Latency Counter: 3463 Tx CA2 Latency Counter: 34789 Tx CA1 Latency Counter: 4109 Tx CA0 Latency Counter: 0 Rx Cumul. Bytes per 40-symbol Packet Counter: 13628962 ...
Pour les explications des compteurs, la meilleure source que j'ai trouvée en ligne est la MIB de Homeplug.
La partie « couche 2 » est bien meilleure (chapitres 3 et 5), avec une intéressante discussion des différents modes de communication entre adaptateurs CPL (du pair-à-pair de Homeplug au mode maître-esclave), et une présentation détaillée les mécanismes d'accès au réseau (CSMA/CA, dont il oublie toutefois de noter que c'est un terme marketing : il y a aussi des collisions en CSMA/CA).
J'ai aussi apprécié la section sur le rayonnement radio des CPL (chapitre 8) ou bien le chapitre 12 sur la création d'un réseau CPL pour une collectivité locale, même si ce dernier restera purement théorique pour moi.
Du fait de l'intérêt des technologies CPL, et du petit nombre de documents existants, je ne regrette pas d'avoir acheté ce livre et je remercie l'auteur pour l'effort qu'il a fait pour diffuser de l'information sur une technique peu connue. Mais je pense quand même qu'il reste de la place pour un livre plus pédagogique.
Auteur(s) du livre: Michael Kulikowski
Éditeur: Autrement
978-2-7467-1261-4
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 10 Janvier 2010
Qui étaient les Goths ? Si tout le monde a une idée, peut-être plus souvent nourrie de l'album Astérix chez les Goths que d'études historiques poussées, il faut bien dire qu'on n'en sait pas assez. Presque tous les textes ont été écrits par des non-goths, parfois des siècles après les faits, et la rigueur scientifique n'est pas toujours au rendez-vous.
Michael Kulikowski a écrit un livre passionnant sur la question (que j'ai lu dans son excellente traduction française). Il décrit notamment les difficultés méthodologiques, qui ne sont pas évidentes pour le profane, et qui sont ici très bien exposées. En gros, l'historien utilise surtout des sources écrites qui sont loin d'être toujours objectives (imaginez une histoire de la « découverte » de l'Amérique » qui aurait été écrite par les amérindiens...). Et l'archéologue a à sa disposition un très grand nombre d'objets, mais qu'il est difficile de relier à un peuple donné. Si on découvre une villa romaine complète, luxueusement aménagée, à plus de 300 kilomètres de la frontière de l'Empire, signifie t-elle que les romains sont allés plus loin qu'eux-même ne le disent, ou bien qu'un noble goth, après avoir servi dans l'armée romaine, est rentré chez lui et a fait construire une maison selon les critères de qualité et de succès qu'il avait appris chez les romains ? D'une manière générale, la diffusion d'une culture, attestée par l'archéologie (rites funéraires, styles des armes, qualité des poteries), indique t-elle la migration d'un peuple, ou bien la diffusion des idées ? Ce débat existe depuis les débuts de l'histoire.
La thèse la plus répandue sur l'origine des Goths, et qui a reçu un vaste soutien dans les pays de langue allemande (et qui a été exploitée par les nazis, qui cherchaient un peuple germanique originel) est que les Goths sont arrivés des bords de la Baltique, du nord de l'Allemagne, voire de Scandinavie, ont migré vers le Sud avant de se heurter aux romains quelque part du côté du Danube. (Le récit le plus connu de cette migration est dû à Jordanès.)
Mais on a très peu de traces objectives de cette migration. Les Goths semblent plutôt être apparus dans le Sud, probablement en lien avec les sites archéologiques de la culture de Santana de Mures - Tchernjakov.
La thèse principale de l'auteur, en résumé, est que le « peuple » Goth, la civilisation Goth, est entièrement née du contact avec l'Empire. Il n'y a pas eu de peuple goth déjà constitué qui est venu s'installer près des romains mais un ensemble disparate de barbares vivant près des frontières de l'Empire et qui, au contact (militaire, mais aussi économique et culturel) de celui-ci, a créé un nouveau peuple, que les romains ont baptisé « Goths ». La « grande migration » des Goths n'aurait donc jamais existé.
Auteur(s) du livre:
Claude Hagège
Éditeur: Plon / Odile Jacob
978-2-259-20409-5
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 20 Septembre 2009
Comme son titre l'indique, ce livre est pour l'amoureux des langues, celui qui est prêt à se pencher sur la néologie en islandais (article « Islandais ») ou sur les risques pesant sur le qawasqar (article « Danger (langues en) »). Si, au contraire, vous voulez annuler Babel et pensez qu'il vaudrait mieux que tout le monde ne parle qu'une seule langue, il vaudrait mieux trouver une autre lecture.
Claude Hagège est connu pour ses travaux de linguiste que, dans ce livre, il essaie de faire partager à tous. La forme est celle d'un dictionnaire mais, en fait, chaque article est plutôt encyclopédique, détaillant un des points qui touchent particulièrement l'auteur.
Ainsi, l'article « Témoignages » explique qu'en français, les conditions dans lesquelles on a appris une information (« Jean n'est pas allé travailler aujourd'hui ») doivent être exprimées en plus (« Irène m'a dit que Jean n'était pas allé travailler aujurd'hui ») alors qu'en turc, il y a deux verbes différents selon qu'on sait l'information de première main, ou bien indirectement. (Et le tuyuca a cinq niveaux différents, selon qu'on est témoin immédiat, ou plus ou moins éloigné de la source originale.) Ainsi, on ne peut pas être ambigu en turc lorsqu'on rapporte une information : la grammaire oblige à dire si on était vraiment là pour la constater.
« Composés et dérivés » explique, lui, comment former des nouvaux mots, selon les langues, certaines, comme le chinois, privilégiant la composition (faire un mot avec deux), d'autres, comme les langues sémites, la dérivation (ajouter des affixes à un radical).
Autre article passionnant, « Hybridation » explique les mécanismes par lesquelles les langues se mélangent. L'emprunt massif de vocabulaire est l'exemple le plus connu mais il y a aussi des mélanges bien plus intimes comme dans le cas du maltais où l'hybridation avec l'italien et l'anglais rend parfois difficile de détecter le fond arabe. (Il y a aussi un article « Emprunt », sur le même sujet.)
L'article « Traduire » est évidemment un des plus longs car cette activité a une longue histoire d'auto-introspection. Comment traduire le chinois « une moustache en huit » sans savoir que l'expression fait allusion à la forme du caractère représentant ce chiffre en chinois ? Et si un français parlait de « moustache à la gauloise », le traducteur en chinois aurait sans doute besoin de se renseigner sur l'histoire de France...
Mon principal regret est que beaucoup d'articles passionnants (comme « Difficiles (langues) ») soient assez gâchés par l'anglophobie militante de l'auteur qui passe beaucoup trop de temps à cracher son venin contre le rôle excessif de la langue d'Obama et de Ballmer, en dérapant souvent sérieusement.
Le livre est très technique, et nécessite, si on n'a pas de connaissances préalables en linguistique, une attention soutenue. Mais l'auteur a fait de gros efforts pour tout expliquer et rendre ces concepts accessibles et il y est bien arrivé.
Auteur(s) du livre: Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot
Éditeur: Payot
978-2-228-90411-7
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 3 Septembre 2009
Toujours soucieux d'explorer l'espace et de voir comment les sociétés l'occupent et le transforment, les auteurs des « Ghettos du Gotha » ont écrit un guide touristique original de Paris : quinze promenades sociologiques dans quinze quartiers différents.
Guide en main, on suit les auteurs, rue par rue, dans ces quinze quartiers, visitant à chaque fois, non seulement les bâtiments, mais surtout ce qu'ils nous disent du quartier, qui y habite, quelles évolutions il a connu.
Les Pinçon, ce qui n'étonnera pas les lecteurs de leurs précédents ouvrages, traitent en connaisseurs les quartiers des ultra-riches (la villa Montmorency dans le chapitre XI consacré aux « villas de Paris ») mais aussi les quartiers populaires comme la Goutte d'Or (chapitre XII).
Ils travaillent aussi sur des espaces négligés mais où beaucoup de parisiens (et de banlieusards) passent une bonne partie de leur journée : les transports en commun avec le chapitre VI sur la gare Saint-Lazare et le chapitre V sur un « quartier » un peu spécial, le métro. Dans ce dernier chapitre, la visite de la ligne 13 permet d'analyser les quartiers traversés et aussi ce quartier virtuel qu'est le métro, l'un des rares endroits où se croisent, au moins physiquement, toutes les classes sociales.
Même dans la capitale où tout changement s'opère sous l'œil de beaucoup d'autorités, les urbanistes ne peuvent pas changer la ville simplement en construisant : les quartiers échappent parfois à leur destin prévu comme le 13ème arrondissement dont une partie avait été semée de tours (à la grande époque du gaullisme immobilier) pour jeunes cadres dynamiques, tours dont les destinataires n'ont pas voulu (elles faisaient trop HLM) et qui ont finalement été recupérées par les immigrés du Sud-Est asiatique (chapitre IX, Chinatown).
Paris a été pendant longtemps une ville dangereuse pour les pouvoirs en place, pleine d'artisans et d'ouvriers prompts à la barricade. Aujourd'hui, beaucoup d'anciens quartiers populaires ont été « gentrifiés » et les chapitres VII (la reprise de la Bastille) et VIII (un nouveau quartier nocturne : la rue Oberkampf) étudient en détail ce phénomène en cours de réalisation.
Les conquêtes ne sont pas forcément éternelles. Si le monde du luxe a réussi à mettre la main sur Saint-Germain-des-Prés, chassant les fantômes de Sartre et Beauvoir (chapitre III), les Champs-Élysées, eux, semblent petit-à-petit être abandonnés par la bourgeoisie riche (chapitre IV).
Pour tous ceux qui sont rentrés de vacances et habitent à Paris ou dans les environs, voici donc quinze idées de promenades intelligentes pour le week-end, le guide à la main.
(Cette deuxième édition est la réédition et mise à jour d'un livre de 2001.)
Auteur(s) du livre: Steven Levitt, Stephen Dubner
Éditeur: Penguin Books
978-0-14-103008-1
Publié en 2005
Première rédaction de cet article le 22 Juin 2009
Ce livre a déjà fait l'objet de plein de mentions sur beaucoup de blogs différents donc je n'étais pas sûr qu'il fallait ajouter le mien. Mais, bon, le livre m'a énormément intéressé donc j'avais envie, d'une part d'en recommander la lecture, d'autre part d'ajouter quelques bémols.
Steven Levitt est économiste. Comme beaucoup d'économistes, il voit le monde uniquement à travers des lunettes d'économiste et analyse tous les comportements humains en terme de calculs rationnels visant à maximiser les gains matériels. Contrairement à beaucoup d'économistes, il ne fait pas trop de mathématiques et il ne s'intéresse guère aux politiques financières des banques centrales ou à la politique fiscale de l'État. Non, il se penche plutôt sur des sujets peu ou pas étudiés par l'économie et parfois pas étudiés du tout. Ses exemples pittoresques ont déjà fait la joie de beaucoup de commentateurs et facilité la tâche de l'éditeur qui cherche des choses amusantes à mettre sur le quatrième de couverture : les enseignants de Chicago et les joueurs de sumo trichent-ils ? Pourquoi la baisse de la criminalité aux États-Unis au début des années 1990 ? Peut-on déterminer l'efficacité de l'éducation que les parents donnent à leurs enfants ?
Bien que Levitt joue les modestes en prétendant qu'il est nul en maths, une bonne partie de ses méthodes emprunte aux statistiques. Par exemple, aussi bien pour les matchs de sumo que pour les examens scolaires à Chicago, il peut démontrer la triche uniquement en regardant les données, sans enquêter sur le terrain. (On comprend pourquoi tant d'organismes refusent de distribuer leurs données brutes sous une forme numérique : cela révèle plein de choses.) Pas besoin de parler japonais, mais il faut bien connaitre les règles de ce jeu. Si deux joueurs de sumo à peu près de force égale (à en juger par leurs matches précédents) se rencontrent, la probabilité de victoire de chacun est d'à peu près 50 %. Or, si le match en question est décisif pour l'un mais pas pour l'autre (par exemple parce qu'il est déjà qualifié), celui pour lequel le match est décisif gagne nettement plus souvent que ne le voudrait le calcul des probabilités. Est-ce simplement parce qu'il est plus motivé, à cause de l'importance de l'enjeu ? Mais, aux rencontres suivantes des deux mêmes adversaires, le joueur qui a gagné perd nettement plus souvent qu'il ne le devrait. Difficile de penser qu'il n'y a pas eu accord et renvoi d'ascenseur...
Même chose pour les enseignants de Chicago. Depuis qu'un PHB local s'est mis en tête d'évaluer les enseignants sur les résultats de leurs élèves, la motivation pour tricher, qui n'existait que pour les cancres, s'est étendue à leurs professeurs. Par une excellente analyse statistique, Levitt montre la réalité de cette fraude. À noter qu'il ne se demande pas une seconde si la décision d'augmenter le salaire des profs en fonction des notes des élèves n'était pas, peut-être, une stupide idée. Il se contente de laisser entendre que, si on ne licencie pas davantage de tricheurs, c'est à cause des syndicats trop puissants.
Les tricheurs ne sont en effet pas très forts en statistiques : les plus stupides changent toujours les réponses des mêmes questions. Les plus malins essaient de changer des questions au hasard mais l'être humain est un mauvais générateur de nombres aléatoires et l'impitoyable statistique montre facilement le côté invraisemblable de certaines notes. (Levitt revient sur la difficulté que nous avons à comprendre l'aléatoire en étudiant les scores d'une équipe de base-ball, les Kansas City Royals, et leur longue série de matches perdus en montrant que, si peu intuitif que cela soit, cette série peut être due au hasard.)
Le tricheur moyen est loin de posséder la maîtrise mathématique et le goût du travail parfait qui animent l'un des personnages de Cryptonomicon, lorsqu'il calcule la quantité de faux indices qu'il doit semer pour que les statisticiens de l'armée allemande considèrent le pourcentage de pertes mystérieuses de leurs navires comme étant « statistiquement vraisemblable », au lieu de conclure que leur code a été cassé.
(Maintenant que Stack Overflow a publié ses données, il serait intéressant de voir ce que Levitt peut déduire d'une telle masse d'informations.)
Levitt professe un culte des données : il se présente comme esprit libre, qui déduit des affirmations à partir des données, sans idées préconçues. Ainsi, il montre facilement qu'une piscine est bien plus dangereuse qu'une arme à feu lorsqu'on a des enfants en bas âge à la maison (Bruce Schneier a déjà longuement écrit sur le thème de notre difficulté à apprécier correctement l'ampleur relative des risques.) Mais, évidemment, dans le contexte des États-Unis, rien de ce qui concerne les armes à feu ne peut être vu commme neutre...
Levitt peut d'autant moins se réclamer d'une approche neutre qu'il répète à plusieurs reprises des énormités non prouvées, comme celle d'une hérédité du QI. En dépit de ses propres principes, il ne cite cette fois aucune référence (et pour cause, la plus connue était une fraude). Il reprend même la légende des N % de l'intelligence qui serait due à l'hérédité, montrant ainsi que son ignorance proclamée des maths n'est pas de la fausse modestie : il n'a effectivement pas compris que toutes les grandeurs ne sont pas additives.
Une autre polémique avait fait rage autour de Freakonomics, celle autour de l'avortement. Levitt montre que la criminalité baisse juste au moment où la légalisation de l'IVG a produit ses effets, lorsque les enfants non désirés qui seraient nés sans cette légalisation arrivent à l'âge où on commence une carrière criminelle. Mais simplement poser comme principe le droit des femmes à disposer de leur corps n'est pas acceptable pour un économiste digne de ce nom et Levitt se sent donc obligé de passer du temps à des calculs compliqués et sans base objective sur la « valeur » comparée d'un fœtus et d'un nouveau-né.
Beaucoup plus ethnologique est son étude des prénoms comparés des noirs et des blancs aux États-Unis. J'y ai appris que la ségrégation reste toujours très forte. Noirs et blancs vivent dans le même pays, mais pas dans la même nation. Leurs goûts en matière de feuilletons télévisés débiles ne sont pas les mêmes (et la différence est statistiquement très nette), de même que leurs choix des prénoms. Aujourd'hui, les blancs nomment leurs garçons Jake, Connor, Tanner, Wyatt ou Cody, les noirs DeShawn, DeAndre, Marquis, Darnell ou Terrell. Est-ce que ce prénom va influencer l'avenir de l'enfant ? Si oui, cette influence est difficile à démêler au milieu de tous les autres et Levitt, qui croit fermement à la réussite individuelle aurait sans doute noté, si on livre avait été publié plus tard, que s'appeler Barack plutôt que John n'était pas forcément un handicap...
Pour synthétiser, Levitt est-il de gauche ? Globalement non, notamment en raison de sa croyance aveugle dans les beautés du marché. Mais la comparaison des gangs de vendeurs de drogue avec McDonald's est très pertinente (dans les deux cas, l'entreprise est florissante et gagne beaucoup d'argent mais l'employé de base est payé des clopinettes et fait un travail très pénible, le tout s'appuyant sur une des rares études des finances d'un gang).
L'auteur et quelques personnes qui se réclament des mêmes méthodes, s'exprime aujourd'hui sur le blog Freakonomics.
Auteur(s) du livre: Jon Kalb
Éditeur: Copernicus books
0-387-98742-8
Publié en 2001
Première rédaction de cet article le 12 Mai 2009
Si vous aimez la science, l'aventure et la vie au grand air, précipitez vous sur ce pavé (380 pages) où Jon Kalb raconte ses recherches en Éthiopie, à fouiller la dépression de l'Afar, à la recherche de fossiles. Si vous voulez garder de la science l'image d'une activité pure et désintéressée, par contre, passez votre chemin, car vous aurez droit dans ce livre à pas mal de réglements de compte entre les différents camps qui se sont violemment affrontés en Afrique orientale, pour la découverte de fossiles humains (car personne ne s'intéresse aux autres).
Commençons par la science : la dépression de l'Afar est située en plein sur le rift africain et est très riche en fossiles. Dans les années 1970, de nombreux chercheurs s'y sont précipités, pour dresser la carte de son originale géologie et pour trouver des fossiles humains car l'âge des terrains qui émergent est à peu près celle de l'apparition de l'homme. Cette course a culminé dans la découverte de la fameuse Lucy en 1974. Outre les australopithèques, l'Afar, aujourd'hui très stérile, recèle des fossiles d'innombrables animaux dont beaucoup d'éléphants, bien pratiques car leurs dents sont de grande taille, se conservent bien, et sont très différentes d'une espèce à l'autre. On peut donc facilement dater un terrain dès qu'on y trouve des molaires d'éléphant. L'Afar est donc, malgré les conditions climatiqus qui y règnent, un paradis pour les paléontologues.
Continuons avec l'aventure : les conditions de travail sont évidemment mauvaises. Il faut se déplacer dans des régions peu cartographiées, arides, au milieu des nomades turbulents et prompts à considérer (souvent à juste titre) l'arrivée des blancs comme prémisse de gros problèmes. Les Land Rover tombent souvent en panne, les voleurs attaquent le camp la nuit, les rivières sont à sec quand on a soif et débordent soudainement en pleine nuit.
L'aventure serait belle si elle se déroulait dans un climat de fraternité entre tous ces hommes de science attirés uniquement par le désir de connaitre. Mais ce n'est pas le cas : les rivalités professionnelles, l'influence d'un pays où le fusil est souvent la seule loi, et la dureté des conditions de vie, finissent par corrompre les meilleurs, et les ramener souvent à la mentalité de la jungle. Les affrontements sont fréquents, les haines se développent. Après avoir travaillé ensemble, Kalb et Johanson (le découvreur de Lucy) sont devenus ennemis et aucune mesquinerie de leurs conflits ne sera épargnée au lecteur. Personnages secondaires dans le livre, les français Maurice Taïeb et Yves Coppens en prennent également pour leur grade, surtout le premier. Il doit être intéressant de comparer leurs livres avec celui de Kalb... La dynastique famille Leakey est par contre traitée plus favorablement.
Et la politique ? Deux fils s'entrecroisent dans le livre, la fin de l'empire éthiopien, avec les dernières années du règne d'Hailé Sélassié, puis la chute de l'ancien régime, puis la prise du pouvoir par le dictateur Mengistu, et, second fil, les utilisations de la politique locale, ou de celle des organismes de recherche aux États-Unis, pour mettre des bâtons dans les roues des concurrents. Le tout se terminera, comme souvent aux États-Unis, par un procès en bonne et due forme de Kalb contre la NSF, qui avait refusé de financer ses fouilles, après une campagne de Johanson. Dans des pays comme l'Éthiopie ou le Kenya, qui ne sont pas des états de droit, il est bien tentant d'utiliser les autorités locales pour bloquer les demandes de permis de fouille des autres, voire les faire expulser du pays.
J'apprécie le récit très détaillé des fouilles, des subtiles difficultés techniques de l'identification d'un squelette, du problème de faire fonctionner des équipes multinationales ou de mener une vie de famille à Addis-Abeba. Quant à la violence des relations entre chercheurs, je la préfère dans la fiction, comme dans l'excellente nouvelle The gift, du même auteur.
Auteur(s) du livre: Frédérique Audouin-Rouzeau
Éditeur: Texto
978-2-84734-426-4
Publié en 2007
Première rédaction de cet article le 9 Mai 2009
Peu de maladies ont suscité autant de livres, et aussi variés, que la peste. D'érudits traités aux romans comme le célèbre texte de Camus, il y a de tout. Il est donc difficile d'apporter quelque chose de nouveau. Frédérique Audouin-Rouzeau y arrive en se concentrant sur l'angle archéozoologique. Contrairement à la variole, la peste ne vit pas que chez les humains. Quel est le rôle de ses hôtes animaux et notamment du rat ?
On est loin des romans de Fred Vargas comme le magnifique « Pars vite et reviens tard » (mais les lecteurs pourront s'amuser à trouver les intersections entre les deux livres comme l'épisode de la peste des chiffoniers de Paris). « Les chemins de la peste » est un livre scientifique épais, détaillé, et voué à une cause, revenir au rôle primordial de la puce du rat dans la propagation de la maladie, rôle qui avait été contesté dans la deuxième moitié du vingtième siècle.
Pas de repos pour la puce et le rat, au long des six cents pages. Les deux animaux, ou plus exactement les différentes espèces que le profane regroupe souvent sous ces deux mots, sont traqués, étudiés, disséqués et analysés même longtemps après leur mort, comme lorsque l'auteur passe au tamis des poubelles du Haut Moyen Âge pour prouver que le rat existait déjà en Europe à cette époque.
C'est que tout le monde n'est pas d'accord sur le principal mécanisme de propagation de la peste. La puce du rat a tenu la vedette au dix-neuvième siècle, mais a vu son rôle très contesté plus tard, au profit de la puce de l'homme. Frédérique Audouin-Rouzeau se consacre à rétablir le rôle essentiel de la puce du rat, tout au long d'une enquête scientifico-historique qui va de la Constantinople de Justinien aux douars marocains misérables, en passant par l'arrivée de navires chargés de tissus orientaux dans le port de Marseille.
Parfois, le ton monte, l'auteur n'apprécie pas le discours des partisans de la puce de l'homme, comme leur rhétorique consistant à se présenter comme luttant contre un « dogme ». Le monde scientifique n'a pas la sérénité du commissaire Adamsberg, flânant à la recherche d'une solution. Ici, l'argumentaire et les expériences des partisans de la puce de l'homme sont soigneusement démontés et réduits en poudre.
Je ne vous résumerai pas la liste des arguments qui permettent de voir en Xenopsylla cheopis la principale coupable, bien plus redoutable que la peu dangereuse Pulex irritans. À vous de lire. Vous ne le regretterez pas.
Auteur(s) du livre: Pol Corvez
Éditeur: Chasse-marée/Glénat
978.2.3535.7007.2
Publié en 2007
Première rédaction de cet article le 13 Avril 2009
Dernière mise à jour le 3 Juillet 2009
J'aime l'étymologie, savoir d'où viennent les mots et quels voyages ils ont fait avant d'arriver en français. Et, à propos de voyages, j'aime la mer et la voile. Alors, je recommande fortement le dictionnaire de Pol Corvez, qui porte sur l'étymologie des termes marins et sur le parcours qui a amené beaucoup d'entre eux à passer dans le vocabulaire non-marin.
Chaque définition est un voyage et on peut lire tout ce dictionnaire à la suite. Ainsi, le catamaran vient du tamoul et le trimaran... a combiné une racine latine et une partie du mot tamoul. Gare est un terme fluvial à l'origine. Et le préfixe cyber, mis aujourd'hui à toutes les sauces, a une origine maritime (après avoir été originellement un terme de politique), celle du mot grec qui a donné gouvernail. (Beaucoup d'usages en informatique de termes d'origine maritime sont cités dans ce dictionnaire comme pilote ou sémaphore.)
Continuons les voyages : récif vient de l'arabe, hauban d'un mot scandinave, orient du latin et s'orienter vient de l'ancienne habitude de mettre l'Est en haut sur les cartes. Les noms propres ont également contribués et martinet vient d'un officier de marine renommé pour sa dureté.
La France maritime n'a pas été unifiée pendant la plus grande partie de son histoire et les entrées du dictionnaire font souvent la différence entre les vocabulaire de l'Atlantique et celui de la Méditerranée. Ainsi, on rame en Méditerranée quand on nage en Atlantique. Le bateau rencontre des vagues en Méditerranée et des lames en Atlantique.
L'auteur, grand défenseur du breton tend à voir des racines celtiques à beaucoup d'endroits. Mais n'est-ce pas normal pour la région qui a fourni tant de marins ?
PS (cela vient du latin) : Pol Corvez m'envoie les commentraires suivants avec autorisation de les publier. « Deux petites remarques : 1/ je ne suis pas "grand défenseur du breton", même si je suis Breton. En tant que linguiste, je défends toutes les langues ; 2/ je ne pense pas outrepasser les données étymologiques sérieuses quand je pense qu'un terme vient du breton ou d'une autre langue celtique. Il est évident que si vous en croyez Alain Rey, seuls une trentaine de termes proviennent du celtique. Cela est une aberration totale : comment un substrat linguistique tel que le celte aurait pu s'effacer de la sorte après des siècles d'usage courant ? Il s'agit pour certains étymologistes d'une idéologie romaniste, qui est de plus en plus contestée par les chercheurs, qui s'accordent de plus en plus à dire que le français est un métissage de roman, de germanique et de celtique mâtiné d'arabe (et de grec pour le lexique savant). Je pense avoir eu l'honnêteté intellectuelle d'avouer mes doutes quand j'en avais du point de vue étymologique ou historique. »
Auteur(s) du livre: Mana Takahashi, Shoko Azuma
Éditeur: Omhsha
978-1-59327-190-9
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 25 Mars 2009
Finis, les livres d'informatiques « pour les nuls ». Place aux mangas. No Starch Press et O'Reilly ont lancé il y a quelques mois les traductions en anglais de la série « Le guide Manga de XXX » avec déjà des titres où XXX = électricité, statistiques et bases de données avec The manga guide to databases.
J'aime bien les dessins, les textes sont rigolos, ce n'est pas toujours très rigoureux mais cela change des livres de Date. C'est plutôt court, il faudra donc compléter avec d'autres ressources mais ça donne une bonne idée de départ des bases de données relationnelles. Surtout, contrairement à pas mal de livres « pour les débiles mentaux », ce livre ne parle pas que de SQL mais n'hésite pas à aborder la conception d'un schéma, la normalisation, etc.
L'explication de la première forme normale est moins stricte que celle de la deuxième mais le problème pédagogique qu'elles posent est telle que je ne ferai pas de reproches à l'auteur.
Et, en plus, il y a des exercices, pour les courageux qui veulent empêcher leurs collègues de se moquer d'eux « Tu lis des mangas au bureau ? »
Auteur(s) du livre: Alan Weisman
Éditeur: Picador
978-0-312-42790-0
Publié en 2008
Première rédaction de cet article le 13 Mars 2009
Qu'adviendrait-il du monde, des animaux et végétaux qui le peuplent, des choses que nous avions construites, si l'humanité disparaissait, victime d'une épidémie, d'un enlèvement comme dans le roman Left Behind, ou bien de n'importe quelle autre cause ? La nature reconquérerait-elle son territoire ? Les futurs visiteurs extraterrestres retrouveront-ils quelque chose de nous ? C'est le point de départ de ce livre (ou, plus exactement, de cette série d'articles) scientifico-journalistique.
Le thème « Après l'humanité » a inspiré beaucoup d'auteurs de science-fiction mais Alan Weisman l'aborde sous l'angle du « reportage scientifique ». Il y a plusieurs études de cas. Par exemple, un reportage dans la forêt de Białowieża permet de se demander si les bisons qui l'occupent pourraient repeupler l'Europe en cas de disparition de l'homme. Une étude de la situation à Chypre, où une part de l'île est interdite à tout humain depuis la guerre de 1974 donne une idée de ce qui arrivera à certains de nos bâtiments (les constructions bon marché du vingtième siècle disparaitront vite, voir les chapitres 2 et 3 pour les détails). En Corée, c'est la nature qui a bien profité de la guerre et de la zone démilitarisée qui s'étend entre les deux moitiés du pays.
Conclusion : la nature, si mal en point qu'elle soit, n'a pas encore été éradiquée. À partir de zones sauvegardés comme Tchernobyl (où les radiations sont moins dangereuses que les chasseurs), elle reprendra vite sa place sur les terrains autrefois occupés par nous et la plupart des artefacts humains disparaitront vite et laisseront les archéologues extra-terrestres du futur bien démunis. Parmi les execeptions, les statues en bronze (chapitre 18), les déchets radioactifs (chapitre 15) et les plastiques (chapitre 9), sans doute l'héritage le plus durable que nous laisserons sur Terre.
Le livre, qui a grossi à partir d'un article de Discover, est plutôt éclaté et les différents chapitres n'ont pas vraiment de lien. Il faut plutôt le lire en s'arrêtant entre chaque chapitre. Mais le ton est sympa, on voyage beaucoup et on ne voit pas le temps passer. Reste la question que l'auteur ne pose que par à-côtés : faudra t-il éliminer l'espèce humaine pour que la nature ne disparaisse pas complètement ?
Auteur(s) du livre: Peter Daniels, William Bright
Éditeur: Oxford University Press
978-0-19-507993-7
Publié en 1996
Première rédaction de cet article le 19 Janvier 2009
Depuis l'invention de l'écriture il y a cinq mille ans, du côté de Sumer ou d'Uruk (section 3 du livre, une des plus longues, en hommage à l'écriture première), d'innombrables systèmes d'écriture ont été inventés par l'homme. Bien que moins nombreux que les langues puisqu'un même système d'écriture peut servir à de nombreuses langues, on compte néanmoins pas moins de 131 entrées dans la norme ISO 15924, qui normalise la liste des écritures... sans compter celles qui ne sont pas connues. La thèse de Peter Daniels, exposée dans la section 1, est que l'écriture mérite une science à elle, qu'il nomme grammatologie, distincte de la linguistique.
Si aujourd'hui, l'alphabet latin a une place particulière dans le monde (avec des évolutions, comme le décrit bien la section 59), l'écriture arabe (section 50) ou la chinoise (section 15) ne donnent aucun signe de prochaine disparition. L'humanité va donc continuer à vivre avec plusieurs écritures, en dépit des espoirs de certains uniformisateurs qui auraient trouvé que l'adoption généralisée de leur alphabet aurait bien simplifié certains problèmes techniques sur l'Internet (comme les noms de domaines internationalisés du RFC 3490). Certains pays comme l'Inde ont même plusieurs écritures en usage officiel (c'est aussi le cas de l'Union Européenne, passée à trois écritures depuis l'intégration de la Bulgarie).
Pour apprécier cette variété, vous pouvez regarder la célèbre page Web « Tout le monde peut avoir une mentalité de provincial » qui liste la phrase « Pourquoi ne peuvent-ils pas tout simplement parler français ? » en de nombreuses langues et de nombreuses écritures.
Il fallait donc un gros livre pour traiter de toutes les écritures du monde. Cet ouvrage collectif de près de mille pages a réussi, en faisant appel à de nombreux spécialistes. Malgré tout, la place manque et, par exemple, les hiéroglyphes égyptiens (section 4) sont expédiés en onze pages. Mais cette écriture est bien connue et les éditeurs ont préféré passer du temps sur des systèmes moins connus tels le syriaque et sa famille araméenne (sections 46 à 49) ou des écritures d'Asie comme la tangoute (section 18).
Ce livre est donc très souvent cité dans les forums où se préparent
les normes techniques pour un Internet
accessible à tous, par exemple la liste unicode@unicode.org où se discutent les
progrès de la norme Unicode.
La section 1 explique la classification adoptée (mais pas par tous les auteurs du livre : c'est l'inconvénient des ouvrages collectifs, plusieurs ne reprennent pas le vocabulaire de la section 1). Il y a six types d'écriture différents, les logosyllabaires, où les caractères notent un mot (logogramme) ou bien une syllabe, les syllabaires où les caractères notent exclusivement des syllabes comme l'antique cunéiforme, les abjad où on ne note que les consonnes (cas des écritures arabe et hébreu), les alphabétiques, où on note consonnes et voyelles, dont la plus connue est l'écriture latine que vous lisez en ce moment, les abugidas où les caractères notent une consonne et une voyelle associée, l'utilisation d'une autre voyelle se faisant par un caractère diacritique (les abugidas sont notamment communs en Inde), et enfin les écritures à caractéristiques (featural) comme le hangeul où les formes des caractères sont liées aux caractéristiques de la langue.
En revanche, un système purement logographique, où chaque caractère représenterait un mot, n'est pas possible, car il faut bien noter les mots nouveaux et les mots étrangers. Les hiéroglyphes égyptiens, par exemple, ne sont pas purement logographiques (une image ne vaut pas forcément un mot) mais plutôt logosyllabaires.
Ce classement, qui est loin de faire consensus, a suscité d'autant plus de passions que les analyses des différentes écritures étaient traditionnellement obscurcies par des jugements de valeur. Par exemple, aux dix-neuvième et vingtième siècles, la plupart des linguistes occidentaux considéraient comme acquis que les écritures syllabaires étaient inférieures aux abjads, eux-même inférieurs aux alphabets. Ainsi, la supériorité de l'Occident se manifestait même dans son alphabet !
Depuis qu'il existe des systèmes d'écriture, il y a des théories sur leur origine. Souvent, il s'agit d'une origine divine comme le dieu Thot enseignant les hiéroglyphes aux égyptiens. Dans le cas d'écritures plus récentes comme la cherokee (section 53), l'invention est présentée comme survenue en rêve. Parfois, le récit est plus concret, par exemple les grecs de l'Antiquité furent les premiers à donner à leur écriture une origine humaine, une importation depuis la Phénicie (cette histoire est décrite en section 21, qui raconte le voyage de l'écriture phénicienne vers l'ouest). Puisque l'écriture grecque dérive de celles des phéniciens, c'est l'occasion de se demander combien d'inventions complètement indépendantes de l'écriture ont eu lieu ? Au moins trois (Mésopotamie, Amérique Centrale et Chine) mais jusqu'à sept selon certains auteurs, qui considèrent que les écritures de l'Inde ou de l'Égypte ont été créées sans aucune influence moyen-orientale.
Pendant que le phénicien voyageait vers l'Ouest et créait les alphabets grecs puis ses descendants latin et cyrillique, les écritures araméennes, issues de la même souche mésopotamienne, partaient vers l'Est, donnaient naissance à de nombreuses écritures asiatiques. La boucle sera bouclée à Manille (section 45), en 1593 avec la publication de Doctrina Christiana, livre bilingue et bi-écriture, en espagnol, avec une écriture latine qui avait fait le demi-tour du monde par l'Ouest et en tagalog avec l'écriture baybayin, qui avait fait le demi-tour du monde par l'Est.
Contrairement aux langues, en permanente évolution et qu'il n'y a aucune raison de figer, les écritures sont forcément assez conservatrices, un de leurs buts étant de permettre le voyage dans le temps, de faire voyager des textes vers le futur. Si on réforme trop radicalement, on ne pourra plus lire les textes du passé. Ces problèmes sont d'autant plus sensibles que l'écriture est souvent valorisée et que toute réforme suscite des passions (voir l'excellente section 63 sur les politiques d'écriture en Allemagne et, par exemple, les hésitations du régime nazi sur le gothique).
Chaque écriture ou famille d'écritures fait l'objet d'une section séparée, écrite par un expert du domaine et systématiquement complétée d'une reproduction d'un texte dans cette écriture, avec sa transcription en alphabet latin, et sa traduction en anglais. Il n'a pas été facile de composer de tels textes, les chaînes de production éditoriale n'étaient pas vraiment armées pour un livre utilisant à peu près la totalité d'Unicode. La préface remercie donc Apple pour le Macintosh II et ses logiciels. (Un système comme LaTeX, très utilisé dans le monde académique, et réputé pour la qualité du résultat, n'aurait pas convenu car il gérait fort mal Unicode. Il faudrait tester aujourd'hui avec XeTeX pour voir si un tel livre serait possible en TeX.)
Ces exemples de texte sont variés et choisis dans des domaines très divers. « Ce monument a été construit par Siderija, fils de Parmna, pour lui, sa femme et son fils Pubele. » (lycien) ou bien « Les armes ne tuent pas l'âme, le feu ne la brûle pas » (sanskrit, en devanāgarī, extrait de la Bhagavad-Gîtâ) mais aussi « Erreur due à la gueule de bois » (irlandais, en ogham).
Le déchiffrement des écritures mortes n'est pas forcément une partie de plaisir. C'est une activité proche de la cryptanalyse (section 9) et le livre de David Kahn, The codebreakers, contient d'ailleurs une section sur le travail des paléo-linguistes. Les amateurs sont d'ailleurs informés que le linéaire A attend toujours son Champollion.
L'invention de nouvelles écritures ne s'est pas arrêtée à l'Antiquité. On invente toujours de nouvelles écritures, parfois pour de bonnes raisons, parfois par simple souci de se distinguer. Une section décrit certaines de ces écritures « modernes » comme le Vai (section 54) ou le Cri (section 55).
J'ai appris aussi qu'il existe des systèmes d'écriture non linguistiques comme la notation phonétique en section 71, la musique en section 72 ou, plus étonnant, les mouvements du corps en section 73, par exemple avec le système Beauchamp-Feuillet.
Un ouvrage pour les longues journées d'hiver, à lire avec une table solide, vu son poids, et qui nécessite de prendre des notes au passage. Et encore, je n'ai pas lu une seule des références bibliographies citées... Bonne lecture et bon voyage dans le monde extrêmement riche des écritures humaines.
Auteur(s) du livre: Jeremy Scahill
Éditeur: Nation books
978-1-84668-652-8
Publié en 2008
Première rédaction de cet article le 12 Novembre 2008
Autrefois, les sociétés de mercenaires, qui louaient leurs services aux États pour des coups tordus divers, notamment en Afrique, étaient de petites sociétés européennes ou sud-africaines, comme Sandline ou Executive Outcomes. Pas de bureaux connus, peu de frais de fonctionnement, pas de paperasses, pas de scrupules excessifs. En France, avec Bob Denard, on avait même des organisations complètement informelles, juste un groupe de brutes qui se connaissaient bien et pouvaient répondre à un coup de téléphone en cinq minutes. Mais les États-Unis sont rentrés sur ce marché et ils l'ont sérieusement professionnalisé. La plus importante société de mercernariat privée au monde, Blackwater, marque l'entrée du mercenariat dans l'ère corporate : bataillons d'avocats, service de propagande (pardon, de « communication ») étoffé, et activités de lobbying et de marketing intenses.
Le journaliste Jeremy Scahill a enquêté pendant des annnées sur Blackwater et en a sorti ce livre, la référence sur le monde des « sociétés militaires privées » (il s'agit de la seconde édition). Suivant la mode idéologique du moment, développement de la sous-traitance et réduction du rôle du service public, ces sociétés s'attaquent à ce qui semblait le dernier bastion de la puissance publique, la violence armée. En Irak, il y a déjà d'avantage de mercenaires que de soldats réguliers. Et cela devrait continuer puisque, comme le dit franchement le PDG de Blackwater, « Quand vous voulez envoyer un colis, vous ne faites pas confiance à la Poste, vous le passer à FedEx. C'est pareil pour les questions de sécurité. ».
Si, au début, les tâches des mercenaires (appelés « sous-traitants civils » désormais) se limitaient à des missions peu glorieuses de gardiennage, désormais, ils sont parfois engagés dans des combats, jusqu'à commander des troupes régulières. S'ils se limitaient aux terres lointaines et exotiques, ils sont maintenant également utilisés sur le sol national, comme à la Nouvelle-Orléans après Katrina.
Scahill décrit en détail ce monde, les budgets considérables dont il dispose, les liens étroits entretenus avec le gouvernement de Washington, la façon dont il s'est rendu indispensable au fur et à mesure du dégraissage de l'armée régulière. Blackwater réussit à payer ses hommes bien plus chers que l'armée (mais sans retraite et sans aucun avantage social), tout en se prétendant moins cher qu'elle (mais les budgets sont tellement opaques qu'il est difficile de savoir ce qu'il en est).
Dans des pays comme l'Irak, les « sous-traitants » opèrent dans la plus totale impunité. N'étant pas aux États-Unis, ils ne sont pas soumis aux lois de ce pays. N'étant pas des militaires d'active, ils ne sont pas soumis aux lois militaires ; si indulgentes soient-elles pour les tortionnaires d'Abou Ghraib, il faut noter que plusieurs soldats ont été poursuivis devant la justice militaire pour des crimes contre des civils irakiens, ce qui n'a jamais été le cas des mercenaires, même après des massacres comme celui de la place Nisour.
La puissance de cette armée privée (qui dispose même désormais de son aviation) est d'autant plus inquiétante que ses dirigeants ont un autre but dans la vie que de gagner de l'argent. Tous professent un christianisme intégriste et guerrier, et voient leur rôle comme une composante d'une croisade. Peut-être y a t-il une part de marketing dans cette attitude. Ce serait encore le moins effrayant.
Ce ne serait pas la seule contradiction de Blackwater : les lois du capitalisme sont rudes et la concurrence (DynCorp, Triple Canopy) est très présente. Après avoir clamé bien fort son patriotisme et son chauvinisme, Blackwater a fini par embaucher des chiliens et des salvadoriens car ils coûtent moins cher que les états-uniens et leur famille ne risque pas de faire un procès s'ils meurent en Afghanistan.
Peu d'hommes politiques aux États-Unis se risquent à regarder de près ce que fait le Pentagone avec les mercenaires. Scahill épingle ainsi l'inactivité de Clinton au Sénat et note qu'Obama a été plus inquisiteur... mais aussi que le recours au mercenariat est tellement présent partout qu'il sera difficile au nouveau président de revenir en arrière.
Un excellent livre, donc, sur ce monde dangereux et fermé. Il a été composé à partir d'articles parus dans la presse et il y a donc souvent des redites (parfois mot pour mot) mais c'est un reproche mineur, l'important est d'avoir des informations soigneusement vérifiées et à jour sur ce milieu.
Auteur(s) du livre: Henriette Walter
Éditeur: Laffont
978-2-253-15444-0
Publié en 2001
Première rédaction de cet article le 25 Juillet 2008
Aujourd'hui, on tend souvent à opposer l'anglais et le français, par exemple dans les réunions francophones où on discute de l'inquiétante montée de l'anglais dans le monde. Mais les deux langues ont en fait une importante histoire en commun, se sont mutuellement influencées, et la connaissance de leurs relations tumultueuses, par exemple par la lecture du livre d'Henriette Walter, peut aider à mieux les comprendre toutes les deux.
Henriette Walter nous entraîne à travers quatorze ou quinze siècles d'histoire commune. Le lecteur devra réviser pour suivre les bouleversements historiques qui font que, par exemple, la cour d'Angleterre parlait français au XIème siècle (et le roi d'Angleterre était donc incapable de comprendre ses sujets) mais l'avait abandonné au XVème. Deux langues proches géographiquement, dont les locuteurs ont beaucoup commercé, beaucoup échangé d'idées et se sont beaucoup fait la guerre. Cela crée des liens et les échanges ont été innombrables entre les deux langues, dans le vocabulaire et dans la grammaire. Et bien d'autres langues ont participé à l'évolution du français et de l'anglais comme l'italien ou les langues scandinaves.
Le livre est rempli d'informations éclairantes à ce sujet. Je ne savais pas que challenge, un mot symbole du franglais était à l'origine un mot français (qui s'écrivait « chalenge »), apporté par les Normands, disparu en France entre-temps et revenu ensuite via les États-Unis. Ni que l'on peut dire computer pour ordinateur, le mot était français, voulait dire « calculer » et venait en droite ligne du latin (ceci dit, un ordinateur ne sert pas qu'à calculer, mais aussi à écrire et à diffuser ce texte...).
Outre son côté ludique, ses nombreuses anecdotes historiques et ses tests (« Quels sont les noms d'animaux qui sont identiques en anglais et en français, comme condor, alligator, lion ou python ? »), ce livre est également très pratique pour chercher un mot particulier, grâce à un excellent index.
Un chapitre très intéressant concerne les langues de la science. Mais c'est là où j'ai trouvé les deux plus grosses erreurs du livre : Henriette Walter affirme que « client-serveur » est un calque, c'est-à-dire un mot formé selon les règles de grammaire d'une autre langue, ici l'anglais, puisque, dit-elle, le déterminant précède le déterminé. Mais l'explication est fausse, « client-serveur » ne veut pas dire « le serveur du client » mais exprime une relation entre deux parties.
De même, Henriette Walter affirme que « attracteur étrange » est « mystérieux » et prétend que le mot strange de l'anglais strange attractor aurait du être traduit par « étranger » alors que n'importe quel livre de physique lui aurait montré que les attracteurs étranges sont bien... étranges.
Passons sur ces deux erreurs, le livre en contient sûrement d'autres mais c'est inévitable vue l'ampleur du sujet et la difficulté à retrouver les racines de tous ces mots.
Fiches de lecture des différentes années : 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2003