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Fiche de lecture : Face au monstre mécanique

Auteur(s) du livre : François Jarrige
Éditeur : IMHO
978-2-915517-2-3-85
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 6 mars 2010


Depuis que la technique est utilisée pour rendre la vie plus pénible, il y a des résistances. Telle est, très résumée, la ligne directrice de ce livre de François Jarrige. Si sa sympathie va plutôt à ces résistants, l'intérêt principal de ce court livre est surtout de dresser un tableau complet, quoique très résumé, des principaux épisodes de la résistance au « monstre mécanique ».

Il est facile (et fréquent) de ricaner devant ces opposants, de les disqualifier en les traitant de « luddites » et de faire remarquer que, dans tous les cas, ils n'ont pas arrêté le progrès, qui a fini par écraser (avec toutefois l'aide de la police et de l'armée) toute résistance. Il y aurait beaucoup à dire sur le thème « Avaient-ils raison ou pas ? » Après tout, dans presque tous les cas de révolte « anti-machines », l'introduction des machines permettait effectivement un recul considérable des conditions de vie et de travail des révoltés. Il ne s'agissait nullement de la lutte du progrès contre le conservatisme mais bien de lutte des classes. Mais ce n'est pas l'angle choisi par François Jarrige qui cherche plutôt à montrer que les révoltes sont anciennes, qu'elles ont toujours existé et que l'utilisation des techniques modernes pour accroître l'exploitation a toujours suscité des résistances.

Il part donc de l'antiquité (les Grecs antiques refusaient-ils le progrès technique ?), puis continue avec le Moyen Âge (refus des grands moulins, non pas par pur aveuglément d'ignorants mais parce que ces moulins, centralisés et chers, marquaient surtout une conquête du pouvoir seigneurial ou marchand et une perte d'indépendance pour les familles paysannes).

Mais c'est évidemment la révolution industrielle qui mettra en évidence la « résistance au monstre mécanique ». Ladite révolution provoquera les misères les plus inouïes et aussi les révoltes les plus vives, en général réprimées dans le sang.

Au vingtième siècle, il y a moins d'opposition violente au déploiement de nouvelles techniques mais des inquiétudes nouvelles, par exemple face aux risques du nucléaire, ou des manipulations génétiques. Contrairement à ce que prétend souvent la propagande scientiste, les opposants à ces techniques ne sont pas forcément des abrutis ignorants. Souvent, ils sont eux-mêmes experts dans les techniques dont ils dénoncent les risques. (Une critique au passage : François Jarrige mélange, aux vrais opposants, des cinglés comme Theodore Kaczynski dont le discours pseudo-intellectuel se réduisait à des longs délires. Citer cet assassin dans la longue lignée des résistants au monstre mécanique affaiblit sérieusement le discours.)

À toutes les étapes de cette résistance, les pouvoirs en place, drapés derrière l'argument du progrès, ont utilisé la force et tenté de ridiculiser les opposants en leur opposant l'inévitabilité du progrès. C'est oublier que le progrès n'est pas une entité douée d'autonomie : chaque déploiement d'une technique a été décidé et exécuté par des hommes, qui ont fait le choix d'une certaine direction, en fonction de leurs intérêts. D'autres choix auraient été possibles même si, la plupart du temps, même cette idée de choix est écartée d'un revers de main.

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