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Fiche de lecture : Hadopi - Plongée au cœur de l'institution la plus détestée de France

Auteur(s) du livre : Tris Acatrinei
Éditeur : Fyp
978-2-36405-101-0
Publié en 2013
Première rédaction de cet article le 6 avril 2015


Qui s'intéresse encore à l'HADOPI ? Cette institution, créée pour plaire aux ayant-trop-de-droits qui veulent à tout prix maintenir leur modèle économique existant, a été en effet « l'institution la plus détestée de France », au moins chez les internautes. Depuis, nous avons eu les révélations de Snowden sur la NSA, la censure administrative du Web, le projet de loi Renseignement et l'HADOPI semble, par comparaison, bien inoffensive. Pourtant, c'était une des institutions qui ont pavé la voie pour un contrôle de plus en plus étroit de l'Internet par l'administration et, à ce titre, il est toujours utile de suivre son histoire. Ce récit très vivant par une ex-employée de l'HADOPI est toujours intéressant à lire. (Le site officiel.)

C'est que l'HADOPI a eu une histoire compliquée, hésitant entre jouer franchement son rôle de méchant, chargé de la répression des tentatives de partage de la culture, et faire semblant d'être une organisation progressiste, défrichant des nouvelles voies, faisant de la pédagogie, développant des nouveaux moyens de diffuser la culture. Plusieurs personnes de bonne volonté se sont fait prendre à ce discours et ont choisi de donner un coup de main pendant un certain temps à l'HADOPI (notamment dans ses « Labs »). L'auteure de ce livre, elle, a été recrutée pour le plus beau métier du monde : community manager, elle était chargée de défendre la HADOPI face à ces internautes que l'institution était chargée de persécuter.

Difficile de tirer un bilan de cette courte expérience : malgré un budget démesuré, l'HADOPI ne s'est jamais lancé dans des projets vraiment ambitieux (par exemple développer l'offre légale...) Détestée des internautes, ridiculisée par des campagnes de publicité lamentables, ou par des projets sans suite (comme le label PUR, pour lequel j'avais failli remplir un dossier, pour que ce blog soit labelisé...), vite rejetée par les ayant-tous-les-droits qui la trouvaient pas assez répressive, l'HADOPI ne laissera que le souvenir d'un grand gaspillage.

L'intérieur ne vaut pas l'extérieur et Tris Acatrinei raconte tout ce qui avait aussi plombé l'HADOPI en interne : bureaucratie incompréhensible, règles administratives ultra-contraignantes qui bloquaient bien des projets, luttes entre services, les ingrédients habituels d'une administration. Son récit du cheminement d'un simple article de blog, qui devait être validé à l'issue d'un long processus (utilisant le papier, bien sûr), illustre bien le décalage entre l'administration française et l'Internet.

Bien sûr, tout n'était pas de la faute de l'HADOPI. Tris Acatrinei décrit bien l'étonnant maquis des intermédiaires de la culture, comme ces innombrables organisations qui collectent l'argent à la place des créateurs, bénéficient d'un statut bizarre (organisations de droit privé mais bénéficiant d'un monopole public) et s'opposent à tout changement, sauf s'il va encore plus loin dans la protection de leurs droits (qui ne sont évidemment pas ceux des auteurs).

L'auteure remet bien la question, finalement très secondaire, de l'HADOPI en perspective : elle rappelle la genèse de cette organisation, au milieu de tous les débats qui ont agité la France au sujet de la diffusion de la culture sur l'Internet. Et, après avoir exposé le fonctionnement de l'HADOPI vu de l'intérieur, elle se lance dans une réflexion sur les moyens d'améliorer cette diffusion. Finalement, le plan du livre résume bien ce qu'a été la trajectoire de l'HADOPI : un problème mal posé, une organisation inefficace et répressive, un problème toujours grand ouvert.

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