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Fiche de lecture : Rome et les Goths - IIIème-Vème siècle

Auteur(s) du livre : Michael Kulikowski
Éditeur : Autrement
978-2-7467-1261-4
Publié en 2009
Première rédaction de cet article le 10 janvier 2010


Qui étaient les Goths ? Si tout le monde a une idée, peut-être plus souvent nourrie de l'album Astérix chez les Goths que d'études historiques poussées, il faut bien dire qu'on n'en sait pas assez. Presque tous les textes ont été écrits par des non-goths, parfois des siècles après les faits, et la rigueur scientifique n'est pas toujours au rendez-vous.

Michael Kulikowski a écrit un livre passionnant sur la question (que j'ai lu dans son excellente traduction française). Il décrit notamment les difficultés méthodologiques, qui ne sont pas évidentes pour le profane, et qui sont ici très bien exposées. En gros, l'historien utilise surtout des sources écrites qui sont loin d'être toujours objectives (imaginez une histoire de la « découverte » de l'Amérique » qui aurait été écrite par les amérindiens...). Et l'archéologue a à sa disposition un très grand nombre d'objets, mais qu'il est difficile de relier à un peuple donné. Si on découvre une villa romaine complète, luxueusement aménagée, à plus de 300 kilomètres de la frontière de l'Empire, signifie t-elle que les romains sont allés plus loin qu'eux-même ne le disent, ou bien qu'un noble goth, après avoir servi dans l'armée romaine, est rentré chez lui et a fait construire une maison selon les critères de qualité et de succès qu'il avait appris chez les romains ? D'une manière générale, la diffusion d'une culture, attestée par l'archéologie (rites funéraires, styles des armes, qualité des poteries), indique t-elle la migration d'un peuple, ou bien la diffusion des idées ? Ce débat existe depuis les débuts de l'histoire.

La thèse la plus répandue sur l'origine des Goths, et qui a reçu un vaste soutien dans les pays de langue allemande (et qui a été exploitée par les nazis, qui cherchaient un peuple germanique originel) est que les Goths sont arrivés des bords de la Baltique, du nord de l'Allemagne, voire de Scandinavie, ont migré vers le Sud avant de se heurter aux romains quelque part du côté du Danube. (Le récit le plus connu de cette migration est dû à Jordanès.)

Mais on a très peu de traces objectives de cette migration. Les Goths semblent plutôt être apparus dans le Sud, probablement en lien avec les sites archéologiques de la culture de Santana de Mures - Tchernjakov.

La thèse principale de l'auteur, en résumé, est que le « peuple » Goth, la civilisation Goth, est entièrement née du contact avec l'Empire. Il n'y a pas eu de peuple goth déjà constitué qui est venu s'installer près des romains mais un ensemble disparate de barbares vivant près des frontières de l'Empire et qui, au contact (militaire, mais aussi économique et culturel) de celui-ci, a créé un nouveau peuple, que les romains ont baptisé « Goths ». La « grande migration » des Goths n'aurait donc jamais existé.

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