Première rédaction de cet article le 8 octobre 2026
Du 22 au 27 septembre, un inconnu a piraté trois registres de noms de domaine. L'occasion de rappeler, face à plusieurs commentaires erronés, que si un attaquant prend le contrôle du nom de domaine, il peut tout faire (et, non, TLS ne protège pas).
Les faits, d'abord, tels que résumés dans cet
article d'Ars Technica. Un attaquant a piraté, par des moyens
inconnus, trois ccTLD,
.gh,
.sl et
.as. Ayant apparemment
le contrôle complet de la base de données, il pouvait modifier les
noms qu'il voulait, notamment google.TLD. (Voir
le
communiqué de Google.)
On peut confirmer indépendamment cet article avec DNSDB ou un autre service présentant l'historique du DNS. Par exemple pour la Sierra Leone :
% isc-dnsdb-query rrset google.sl/NS ;; bailiwick: sl. ;; count: 105533 ;; first seen: 2010-07-09 12:58:00 -0000 ;; last seen: 2026-10-07 03:41:01 -0000 google.sl. IN NS ns1.google.com. google.sl. IN NS ns2.google.com. google.sl. IN NS ns3.google.com. google.sl. IN NS ns4.google.com. ;; bailiwick: sl. ;; count: 12 ;; first seen: 2026-09-25 04:37:33 -0000 ;; last seen: 2026-09-25 04:47:46 -0000 google.sl. IN NS betty.ns.cloudflare.com. google.sl. IN NS edward.ns.cloudflare.com.
Notez le bailiwick montrant que c'est bien le
TLD qui
était piraté. On voit dans le premier groupe, les serveurs de noms
normaux, chez Google, le deuxième
groupe étant le piratage. Il a été très vite détecté et corrigé, les
pirates devraient savoir que quand on pirate un registre, il ne faut
surtout pas toucher à
google.TLD, c'est le plus surveillé et Google
est très réactif.
Et aux Samoa ?
% isc-dnsdb-query rrset google.as/NS ;; bailiwick: as. ;; count: 10000346 ;; first seen: 2010-06-24 04:28:33 -0000 ;; last seen: 2026-10-08 02:20:05 -0000 google.as. IN NS ns1.google.com. google.as. IN NS ns2.google.com. google.as. IN NS ns3.google.com. google.as. IN NS ns4.google.com. ;; bailiwick: as. ;; count: 549 ;; first seen: 2026-09-27 03:18:09 -0000 ;; last seen: 2026-09-27 05:30:26 -0000 google.as. IN NS duke.ns.cloudflare.com. google.as. IN NS mckinley.ns.cloudflare.com.
Même chose, deux jours plus tard. (Et
google.com.gh, puisque ce
TLD enregistre au troisième niveau, le 22
septembre. Merci à Rémy Grünblatt du rappel.)
Certaines personnes, par exemple dans les commentaires à l'article
d'Ars Technica n'ont pas compris les conséquences du piratage
et se sont demandés pourquoi c'est grave puisque TLS aurait protégé de
toute façon. (Notons qu'un commentaire confond registre
de noms de domaine et AC… Il ne
faut pas lire les commentaires si on
ne veut pas devenir misanthrope.) TLS n'aurait pas protégé tout
simplement parce que, quand on contrôle le DNS, on contrôle
tout et on peut obtenir facilement et
automatiquement un certificat (il y a bien
longtemps que les certificats alloués « manuellement », avec examen
par un humain, ne sont presque plus utilisés). C'est ce que dit
l'article d'Ars Technica et on peut le vérifier avec les journaux
Certificate Transparency
(RFC 9162). Si on a la chance de tomber à un
moment où
fonctionne (c'est rare), on peut trouver les certificats créés (je n'en vois pas pour https://crt.sh/google.com.gh) :

Cette difficulté de certains à comprendre l'ampleur des choses qu'on peut faire une fois qu'on a le contrôle d'un TLD est en partie liée au cliché souvent répété « Le DNS, c'est pour traduire des noms en adresses IP ». Ce n'est en fait qu'une partie de son rôle mais le DNS sert à bien d'autre choses. Par exemple, un commentaire a cité la possibilité, pour Google, de mettre un enregistrement CAA (RFC 8659), sans comprendre que cela n'aurait servi à rien pendant le détournement. (Modulo la mémorisation du CAA dans certains résolveurs.) Bref, la sécurité des TLD contre ce genre de piratage est cruciale.
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