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Les RFC (Request For Comments) sont les documents de référence de l'Internet. Produits par l'IETF pour la plupart, ils spécifient des normes, documentent des expériences, exposent des projets...

Leur gratuité et leur libre distribution ont joué un grand rôle dans le succès de l'Internet, notamment par rapport aux protocoles OSI de l'ISO organisation très fermée et dont les normes coûtent cher.

Je ne tente pas ici de traduire les RFC en français (un projet pour cela existe mais je n'y participe pas, considérant que c'est une mauvaise idée), mais simplement, grâce à une courte introduction en français, de donner envie de lire ces excellents documents. (Au passage, si vous les voulez présentés en italien...)

Le public visé n'est pas le gourou mais l'honnête ingénieur ou l'étudiant.


RFC 10042: Post-Quantum/Traditional Hybrid Key Exchange with the Module-Lattice-Based Key-Encapsulation Mechanism for Use in SSH

Date de publication du RFC : Août 2026
Auteur(s) du RFC : P. Kampanakis (AWS), D. Stebila (University of Waterloo), T. Hansen (AWS)
Pour information
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF sshm
Première rédaction de cet article le 31 août 2026


Tout le monde (et son chat) se met à la cryptographie post-quantique en ce moment et plus précisément à des systèmes hybrides, c'est-à-dire utilisant à la fois un algorithme traditionnel (comme ECDH) et un algorithme post-quantique (comme ML-KEM). Ce RFC décrit l'échange de clés avec un système hybride dans le protocole SSH.

Au début d'une connexion SSH (RFC 4251, section 1), les deux parties qui communiquent procèdent en effet à un échange de clés (section 7 du RFC 4253) afin de parvenir à un accord sur la clé partagée qui sera utilisée pour chiffrer la communication. Jusqu'à récemment, cet échange de clés était fait en utilisant un algorithme reposant sur les courbes elliptiques (RFC 5656 et RFC 8731), algorithme qui est vulnérable aux futurs calculateurs quantiques. Si des calculateurs quantiques réellement utilisables (les CRQC, Cryptographically Relevant Quantum Computers) apparaissent un jour, l'ancien algorithme devra être abandonné. Et on ne peut pas attendre pour voir si des CRQC deviennent réellement disponibles : des attaquants sont peut-être aujourd'hui en train d'enregistrer des sessions SSH, afin de les décrypter plus tard lorsqu'on aura enfin des CRQC (RFC 9958, section 1). Bref, il vaut mieux passer à des algorithmes post-quantiques dès maintenant.

Mais les algorithmes post-quantiques existants ne sont pas forcément sûrs face à la cryptanalyse ; on manque de recul à ce sujet. D'où l'idée de systèmes hybrides (RFC 9794), ou PQ/T (pour PostQuantum/Traditional) combinant algorithme post-quantique et algorithme traditionnel, et obligeant l'attaquant à casser les deux s'il veut décrypter la communication. (Si vous voulez creuser la question de la sécurité des systèmes hybrides, regardez « Security of Hybrid Key Encapsulation » et « Security of Hybrid Key Establishment using Concatenation ».) C'est ce genre de système que normalise notre RFC. Il est sûr face à un attaquant actif, même si ce dernier dispose d'un calculateur quantique ou bien s'il a trouvé une faille dans l'algorithme post-quantique.

Plus précisément, ce RFC va utiliser l'algorithme post-quantique ML-KEM avec un choix d'algorithmes traditionnels.

La section 2 du RFC décrit concrètement l'échange de clés avec le système hybride (relire les RFC 4251 et RFC 4253 peut être utile). Le client SSH, au lieu de commencer par SSH_MSG_KEXDH_INIT (RFC 4253) ou SSH_MSG_KEX_ECDH_INIT (RFC 5656), envoie un message SSH_MSG_KEX_HYBRID_INIT (valeur 30 dans le protocole) qui contient la concaténation des deux clés du client. Et la réponse, au lieu de SSH_MSG_KEXDH_REPLY ou SSH_MSG_KEX_ECDH_REPLY sera un SSH_MSG_KEX_HYBRID_REPLY (valeur 31 dans le protocole) contenant la concaténation des deux clés du serveur. Le choix du mécanisme hybride utilisé est indiqué dans le message SSH_MSG_KEXINIT (RFC 4253, section 7.1) et peut valoir mlkem768nistp256-sha256, mlkem1024nistp384-sha384 ou mlkem768x25519-sha256 (désormais enregistrés à l'IANA). Rappelez-vous qu'on parle d'échange de clés (symétriques), pas d'authentification, la réponse SSH_MSG_KEX_HYBRID_REPLY contient aussi la clé publique du serveur, celle qui sert à vérifier qu'on parle au bon serveur, mais celle-ci n'est pas concernée par ce RFC.

Le mécanisme hybride va nous donner deux secrets partagés, un pour chaque algorithme (le post-quantique et le traditionnel) et le secret qui servira (après dérivation) de clé pour le chiffrement symétrique est la concaténation de ces deux secrets (c'est très proche de ce que fait TLS, dans le RFC 9954).

Un problème classique de la cryptographie post-quantique est la taille des clés, bien plus importante qu'avec les algorithmes traditionnels. (L'hybride est même un tout petit peu plus grand, avec la clé traditionnelle.) SSH a des limites de taille (section 6.1 du RFC 4253) mais les algorithmes spécifiés dans notre RFC ne les atteignent pas.

La section 6 du RFC détaille les conséquences de ce schéma hybride sur la sécurité. Elle conseille par exemple d'utiliser X25519 (RFC 8731) plutôt que les courbes NIST comme P256, pour sa rapidité et sa meilleure résistance aux attaques par canal auxiliaire, sauf si on veut de la conformité plutôt que de la sécurité et qu'on doit utiliser les courbes NIST.

Côté mise en œuvre de ce système hybride, OpenSSH le connait (ssh -Q kex pour avoir la liste des algorithmes connus) et, depuis la version 10.4, « the hybrid post-quantum algorithm mlkem768x25519-sha256 is now used by default for key agreement ». Par exemple :


% ssh -v something.bortzmeyer.org
debug1: OpenSSH_10.4p1, OpenSSL 3.6.3 9 Jun 2026
…
debug1: kex: algorithm: mlkem768x25519-sha256
debug1: kex: host key algorithm: ssh-ed25519
debug1: kex: server->client cipher: chacha20-poly1305@openssh.com MAC: <implicit> compression: none
debug1: kex: client->server cipher: chacha20-poly1305@openssh.com MAC: <implicit> compression: none
debug1: expecting SSH2_MSG_KEX_ECDH_REPLY
debug1: SSH2_MSG_KEX_ECDH_REPLY received
…

Hmmm, ça aurait dû être SSH_MSG_KEX_HYBRID_REPLY, bizarre…


Téléchargez le RFC 10042


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RFC 10037: Registration Data Access Protocol (RDAP) Extension for DNS Time-to-Live (TTL) Values

Date de publication du RFC : Août 2026
Auteur(s) du RFC : G. Brown (ICANN)
Chemin des normes
Première rédaction de cet article le 29 août 2026


Puisque le RFC 9803 étend le protocole d'avitaillement EPP pour ajouter des TTL spécifiques aux noms de domaine enregistrés, il était logique que le protocole d'interrogation RDAP permette d'obtenir cette information. C'est ce que permet l'extension normalisée dans ce nouveau RFC.

L'extension est simple, et le RFC court. RDAP permet d'obtenir des informations, structurées en JSON, sur divers objets enregistrés, comme les noms de domaine. Ces réponses (RFC 9083) peuvent inclure la valeur d'enregistrements DNS de type DS, NS, A ou AAAA mais, jusqu'à présent, pas leurs TTL (section 5 du RFC 9499, sur ce concept de TTL). Ce n'était pas trop grave tant que la quasi-totalité des registres imposaient le même TTL, choisi par eux, à toutes les données. Maintenant que le RFC 9803 normalise un moyen pour le client de choisir son TTL, cette limitation de RDAP était plus gênante.

Donc, concrètement, le serveur RDAP qui gère cette extension doit ajouter une propriété ttl0_data aux objets de type domaine (RFC 9083, section 5.3) et serveur de noms (RFC 9083, section 5.2). Cette propriété est un objet JSON comportant les membres values et (facultativement) remarks. values est un dictionnaire indexé par le type d'enregistrement, et dont les valeurs sont le TTL en secondes. C'est le TTL tel qu'enregistré dans la base de données du registre, et pas celui que verra une requête DNS auprès de votre résolveur, celui-ci étant la durée restante dans la mémoire du résolveur. Voici l'exemple du RFC :

{
  "objectClassName": "domain",
  "rdapConformance": ["rdap_level_0", "ttl0"],
  "ldhName": "domain.example",
  "ttl0_data": {
    "values": {
      "NS": 3600,
      "DS": 300
    },
    "remarks": [
      {
        "description": [
          "For more information about the .example",
          " registry policy relating to DS record TTL changes,",
          "see https://domain.example/policy.html"
        ]
      }
    ]
  }
}
  

Et pour un serveur de noms enregistré (cf. RFC 5732) :

 {
  "objectClassName": "nameserver",
  "rdapConformance": ["rdap_level_0", "ttl0"],
  "ldhName": "ns1.domain.example",
  "ttl0_data": {
    "values": {
      "A": 86400,
      "AAAA": 86400
    },
    "remarks": [
      {
        "description": [
          "The .example registry does not permit TTL ",
          "values for nameservers to be changed."
        ]
     }
   ]
  }
}
  

Notez aussi le ttl0 dans le tableau rdapConformance pour indiquer que le serveur RDAP connait cette extension.

L'extension est désormais enregistrée à l'IANA. Quels logiciels la gèrent ? La bibliothèque RDAP de l'ICANN ainsi que la bibliothèque Perl Net::RDAP et son client rdapper.

Petit rappel important au passage : la section 5.2 du RFC 2181 impose que le TTL s'applique à un ensemble d'enregistrements (RRset, pour Resource Record Set) pas à un seul enregistrement. Ainsi, pour un ensemble NS, tous les enregistrements ont forcément le même TTL.


Téléchargez le RFC 10037


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RFC 10024: Post-Quantum Traditional (PQ/T) Hybrid Key Agreement Mechanisms for TLS 1.3

Date de publication du RFC : Août 2026
Auteur(s) du RFC : K. Kwiatkowski (PQShield), P. Kampanakis (AWS), B. E. Westerbaan (Cloudflare), D. Stebila (University of Waterloo)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF tls
Première rédaction de cet article le 20 août 2026


On met du post-quantique partout en ce moment. Ce court RFC normalise l'utilisation de clés hybrides (post-quantiques et traditionnelles) dans les échanges de clés de TLS.

Les trois mécanismes normalisés dans ce RFC utilisent tous ML-KEM, qui est normalisé dans FIPS-203. ML-KEM repose sur les réseaux euclidiens et les experts en cryptographie ne sont pas sûrs à 100 % de sa sécurité. Dans le doute, il est donc recommandé de l'utiliser combiné avec un algorithme traditionnel, comme décrit dans le RFC 9954. Ainsi, on est protégé à la fois contre les futurs CRQC (Cryptographically-Relevant Quantum Computer) et contre la cryptanalyse plus classique. Les principes de cette méthode hybride sont décrits en détail dans le RFC 9794 et le RFC 9954 déjà cité.

Les trois mécanismes d'échange de clés pour TLS normalisés ici (et qui sont appelés « groupes » pour des raisons historiques) sont :

  • X25519MLKEM768, qui combine l'algorithme traditionnel à courbes elliptiques X25519 (RFC 7748) avec ML-KEM, et qui est le mécanisme recommandé.
  • SecP256r1MLKEM768, qui combine SecP256 (norme FIPS-186, donc une courbe elliptique différente, la P256) avec ML-KEM, et qui a l'avantage ou l'inconvénient de n'utiliser que des algorithmes NIST.
  • SecP384MLKEM1024, proche du précédent mais avec des clés plus longues et une courbe elliptique différente, avec normalement davantage de sécurité.

Pour les trois mécanismes traditionnels, avec des courbes elliptiques, l'algorithme ECDH est utilisé.

Pour réaliser l'échange de clés au début d'une session TLS, on fait tourner le mécanisme traditionnel et le post-quantique, et on concatène les deux clés. (Oui, je simplifie, que les experts en cryptographie m'excusent, la sortie d'ECDH utilisée n'est pas vraiment la clé.) On notera que, pour X25519MLKEM768, la clé faite via ML-KEM fait 1 184 octets et celle d'ECDH seulement 32 octets ; c'est un problème avec beaucoup d'algorithmes post-quantiques, dont les clés et les signatures sont très longues. (Et, oui, on n'utilise pas directement ces « clés » mais un dérivé.)

Si on se soucie de conformité plutôt que de sécurité, on lira avec bonheur la section 5 du RFC, qui décrit en détail la conformité de ce RFC avec les règles FIPS (c'est surtout utile si vous travaillez pour le gouvernement étatsunien).

Et si vous vous intéressez aux débats sur la sécurité de ML-KEM et sur le concept même d'hybride, parmi les nombreux articles publiés, je vous recommande celui de Sophie Schmieg.

Les trois mécanismes d'échange de clés ont été ajoutés au registre IANA, avec respectivement les numéros 4588, 4587 et 4589.

Voici, vus par Firefox (« Outils de développement Web » puis « Réseau » puis « Sécurité », tout au bout), les algorithmes cryptographiques utilisés avec un serveur HTTPS qui accepte un des mécanismes de notre RFC. Il y a en tout trois éléments à la liste car il faut trois choses pour faire du TLS :

  • Un algorithme d'échange de clés (c'est le sujet de ce RFC), ici mlkem768x25519 (X25519MLKEM768 dans le RFC, c'est aussi ce qu'afficherait Chrome),
  • Un algorithme d'authentification via une signature, ici RSA-PSS-SHA256 (c'est l'algorithme que vous trouverez dans le certificat),
  • Un algorithme pour le chiffrement symétrique, une fois que les clés de session auront été échangées, ici ChaCha20 avec Poly1305.

Seul le premier des trois cités inclut du post-quantique. RSA pourrait faire l'échange de clés (une des parties génère une clé de session et la chiffre avec RSA avant de l'envoyer) et la signature mais ML-KEM ne sait faire que l'échange de clés. firefox-pq-2.png

À part Firefox, Chrome gère ces nouveaux mécanismes (qui sont déjà dans plusieurs bibliothèques de cryptographie, cf. par exemple la liste de Cloudflare), ainsi que des hébergeurs comme Cloudflare ou AWS. Voici une connexion vue par Chrome : chrome-pq.png

Jouons un peu avec OpenSSL maintenant. On va utiliser la version qui est dans Debian stable. D'abord, créons un certificat pour ECDSA :

% openssl version
OpenSSL 3.5.4 30 Sep 2025 (Library: OpenSSL 3.5.4 30 Sep 2025)

% openssl ecparam -out server.pem -name prime256v1 -genkey

% openssl req -new -key server.pem  -nodes -out server.csr
…
Country Name (2 letter code) [AU]:FR
…

% openssl x509 -in server.csr -out server.crt -req -signkey server.pem -days 2001
Certificate request self-signature ok
subject=C=FR…
  

Maintenant qu'on a le certificat, lançons le serveur en lui disant qu'on accepte d'échanger les clés en X25519MLKEM768 (et qu'on écoute sur le port 12345) :

% openssl s_server -tls1_3 -groups X25519MLKEM768 -accept 12345 -cert server.crt -key server.pem 
  

Firefox va pouvoir s'y connecter et affichera :

Version du protocole :	"TLSv1.3"
Suite de chiffrement :	"TLS_AES_128_GCM_SHA256"
Groupe d’échange de clés :	"mlkem768x25519"
Algorithme de signature :	"ECDSA-P256-SHA256"  
  

Le serveur OpenSSL annonce quant à lui :

Shared ciphers:TLS_AES_128-GCM-SHA256:ECDHE-ECDSA-CHACHA20-POLY1305:ECDHE-RSA-CHACHA20-POLY1305:ECDHE-ECDSA-AES256-GCM-SHA384:ECDHE-RSA-AES256-GCM-SHA384:ECDHE-ECDSA-AES256-SHA:ECDHE-ECDSA-AES128-SHA:ECDHE-RSA-AES128-SHA:ECDHE-RSA-AES256-SHA:AES128-GCM-SHA256:AES256-GCM-SHA384:AES128-SHA:AES256-SHA
Signature Algorithms: ECDSA+SHA256:ECDSA+SHA384:ECDSA+SHA512:RSA-PSS+SHA256:RSA-PSS+SHA384:RSA-PSS+SHA512:RSA+SHA256:RSA+SHA384:RSA+SHA512:ECDSA+SHA1:RSA+SHA1
Shared Signature Algorithms: ECDSA+SHA256:ECDSA+SHA384:ECDSA+SHA512:RSA-PSS+SHA256:RSA-PSS+SHA384:RSA-PSS+SHA512:RSA+SHA256:RSA+SHA384:RSA+SHA512
Supported groups: X25519MLKEM768:x25519:secp256r1:secp384r1:secp521r1:ffdhe2048:ffdhe3072
Shared groups: X25519MLKEM768
CIPHER is TLS_AES_128_GCM_SHA256
 

À noter que si on avait lancé le serveur avec -groups MLKEM768, Firefox ne pouvait se connecter (no suitable key share) puisqu'il ne gère pas ML-KEM seul, uniquement dans un contexte hybride (ML-KEM et ECDH-X25519). L'usage de ML-KEM seul est décrit dans l'Internet draft draft-ietf-tls-mlkem. Et si vous voulez connaitre tous les mécanismes d'échange de clés de votre installation d'OpenSSL :

% openssl list -kem-algorithms 
  { 1.2.840.113549.1.1.1, 2.5.8.1.1, RSA, rsaEncryption } @ default
  { 1.2.840.10045.2.1, EC, id-ecPublicKey } @ default
  { 1.3.101.110, X25519 } @ default
  { 1.3.101.111, X448 } @ default
  { 2.16.840.1.101.3.4.4.1, id-alg-ml-kem-512, ML-KEM-512, MLKEM512 } @ default
  { 2.16.840.1.101.3.4.4.2, id-alg-ml-kem-768, ML-KEM-768, MLKEM768 } @ default
  { 2.16.840.1.101.3.4.4.3, id-alg-ml-kem-1024, ML-KEM-1024, MLKEM1024 } @ default
  X25519MLKEM768 @ default
  X448MLKEM1024 @ default
  SecP256r1MLKEM768 @ default
  SecP384r1MLKEM1024 @ default
  

(Pour ceux de signature, c'est openssl list -signature-algorithms et, logiquement, on n'y trouve pas ML-KEM.)

Et dans curl ? Je n'ai pas testé mais normalement ceci marche :

curl -v --curves X25519MLKEM768 https://example.com
  

Téléchargez le RFC 10024


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RFC 10023: The "_for-sale" Underscored and Globally Scoped DNS Node Name

Date de publication du RFC : Juillet 2026
Auteur(s) du RFC : M. Davids (SIDN Labs)
Pour information
Première rédaction de cet article le 31 juillet 2026


Vous vendez un ou plusieurs noms de domaine ? Alors, marquez-les comme étant en vente, en ajoutant le sous-domaine _for-sale, dont le contenu permettra de donner des informations à d'éventuels clients.

C'est une simple convention, qui ne modifie en rien le DNS et ne nécessite pas de changer les logiciels. Voici un exemple, avec un domaine de test :


% dig +short +nodnssec  _for-sale.example.nl. TXT
"v=FORSALE1;furi=https://example.nl/for-sale.txt"
"v=FORSALE1;ftxt=See the URL for important information!"
…

  

Il existe en effet toute une activité d'achat et de vente de noms de domaine. On la nomme en anglais domaining et ses pratiquants sont les domainers (parfois francisés en domaineurs). Quels que soient les sentiments que peuvent inspirer les pratiques, pas toujours très belles, de ces domaineurs, il faut noter qu'il s'agit d'une activité légale, explicitement prévue par de nombreux registres. Comment travaillent ces domaineurs ? Ils cherchent des noms « intéressants », regardent s'ils sont libres et les enregistrent, dans l'espoir de les revendre plus cher. Ou bien, s'ils ne sont pas libres, essaient parfois des les racheter à leurs titulaires, toujours dans l'espoir d'un bénéfice.

Comment savoir si un domaine est libre ? (Non, pas en faisant une requête DNS ; un nom peut être enregistré mais pas publié dans le DNS.) Il existe des solutions normalisées comme whois (RFC 3912) ou RDAP (RFC 9083). Même si le nom n'est pas libre, on peut tenter de le racheter. Il existe des plate-formes de mise en contact de vendeurs et d'acheteurs, comme par exemple Sedo : sedo-search.png

(Sedo est juste un exemple ; il y en a d'autres, parfois gérés par des BE. Par exemple Afternic est propriété de GoDaddy. On trouve aussi des noms de domaine sur des plate-formes plus classiques par exemple en France Boischaut en vend sur InterEnchères. Attention, ces noms de plate-formes ne sont donnés qu'à titre d'exemple et ne sont certainement pas une recommandation. Une liste à jour de ces plate-formes est disponible.)

Mais il est préférable de pouvoir se passer d'intermédiaire. Notre nouveau RFC propose donc une solution sans intermédiaire pour prévenir que le nom de domaine est en vente : vous ajoutez un sous-domaine _for-sale à votre domaine, qui indique explicitement que vous vendez ce nom. Pourquoi le précéder d'un tiret bas ? Pour limiter les risques de collision avec les autres noms enregistrés (RFC 8552). Quelles valeurs associer à ce nom ? Un enregistrement de type TXT, qui va donner des détails sur ce que le vendeur propose. Plus précisément (section 2 du RFC), vous devez commencer chaque enregistrement par v=FORSALE1;. Vous pouvez ensuite ajouter au choix (un seul par enregistrement mais vous pouvez mettre plusieurs enregistrements) des couples clé=valeur :

  • Une référence pour vous, avec la clé fcod, qui peut permettre d'indiquer un identificateur sur une plate-forme d'achat et vente.
  • Un texte libre, avec ftxt. Il est fortement recommandé qu'il soit en UTF-8 (RFC 3629), même si la norme DNS ne l'impose pas. En prime, le RFC recommande d'utiliser le profil limité du RFC 5198 et celui du RFC 9839, section 4.3.
  • Un URI, pour aller chercher davantage d'informations (clé furi). Le RFC recommande de se limiter aux plans http, https, mailto et tel. Et de ne pas suivre automatiquement ces liens, ils peuvent être malveillants (section 4). Demandez confirmation plutôt deux fois qu'une.
  • Le prix demandé, avec la clé fval. La monnaie utilisée doit être indiquée en suivant la norme ISO 4217.

Les enregistrements TXT associés au nom _for-sale qui ne commenceraient pas par v=FORSALE1; peuvent être ignorés (mais ils peuvent contenir des informations supplémentaires). Si aucun enregistrement TXT de ce sous-domaine ne commence par v=FORSALE1;, il faut ignorer ce nom, et ne pas considérer que le domaine est réellement en vente (cela peut être l'effet d'un joker DNS, regardez par exemple unipol-tech.com, il n'est pas en vente mais il y a un joker, vous verrez un TXT pour n'importe quel nom comme _for-sale.unipol-tech.com, cf. section 3.1).

Vous avez des exemples dans le RFC, section 2 et annexe A mais, sinon, regardons le domaine cours-dns.fr. Vous pouvez regarder avec dig :

    
%  dig _for-sale.cours-dns.fr TXT


; <<>> DiG 9.18.39-0ubuntu0.24.04.2-Ubuntu <<>> _for-sale.cours-dns.fr TXT
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 50746
;; flags: qr rd ra ad; QUERY: 1, ANSWER: 6, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags: do; udp: 1232
;; QUESTION SECTION:
;_for-sale.cours-dns.fr.	IN TXT

;; ANSWER SECTION:
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN TXT "Read RFC 10023 to learn more"
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN TXT "v=FORSALE1;furi=https://www.afnic.fr/en/products-and-services/training/"
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN TXT "v=FORSALE1;fcod=42"
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN TXT "v=FORSALE1;fval=BTC1000"
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN TXT "v=FORSALE1;ftxt=Make money fast / Soyez friqu\195\169 rapidement"
_for-sale.cours-dns.fr.	300 IN RRSIG TXT 15 3 300 (
				20260303165737 20260216165737 37133 cours-dns.fr.
				pxYB9Wxx95+vSgzM1A+HfKyelYeHaHnbq/OIiK5IDW4L
				oC9ir7wG4pb4ehjHg8mrBEHguxiyT9UIL7ROSU/BAQ== )

;; Query time: 10 msec
;; SERVER: 192.168.2.254#53(192.168.2.254) (UDP)
;; WHEN: Thu Feb 19 10:50:27 CET 2026
;; MSG SIZE  rcvd: 454

  

(Notez que dig n'affiche pas le texte UTF-8 correctement.) Ou bien, plus joli, avec le DNS Looking Glass (là, l'Unicode est bien affiché). Ou bien via le démonstrateur de SIDN Labs, qui permet d'afficher plus proprement (en néerlandais) ces informations.

Bon, si vous voulez la même chose avec un vrai domaine vraiment en vente :


% dig _for-sale.actuals.nl TXT

; <<>> DiG 9.20.18-1~deb13u1-Debian <<>> _for-sale.actuals.nl TXT
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 61541
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 1

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags: do; udp: 1232
;; QUESTION SECTION:
;_for-sale.actuals.nl.	IN TXT

;; ANSWER SECTION:
_for-sale.actuals.nl.	1800 IN	TXT "v=FORSALE1;fcod=NLFS-OTQ0NTY5Y2YtY2ExNS00YWM0LTljNTgtN2I2YmU3Mzc4Njg5"
_for-sale.actuals.nl.	1800 IN	TXT "v=FORSALE1;furi=https://api.nameshift.com/sidn?domain=actuals.nl"

;; Query time: 32 msec
;; SERVER: ::1#53(::1) (UDP)
;; WHEN: Thu Feb 19 10:57:33 CET 2026
;; MSG SIZE  rcvd: 208

  

Vous noterez que le fcod est reconnu par la plate-forme du .nl et l'URI donné vous y emmène directement. vente-domaine-nameshift.png

Question sémantique, le RFC note que le _for-sale n'est pas une promesse : le titulaire du domaine qui met ce sous-domaine ne s'engage pas à vendre, il a parfaitement le droit de renoncer à l'opération. C'est d'autant plus vrai que le _for-sale récupéré peut avoir été supprimé mais que votre résolveur DNS l'avait gardé en mémoire (la section 3.4 met en garde contre les TTL trop longs, la FAQ suggère une heure).

Autre point amusant : un sous-domaine _for-sale peut apparaitre partout dans l'arbre des noms de domaines, donc on pourrait voir Verisign publier un _for-sale.com si cette entreprise voulait vendre .com 😃. Seul .arpa est exclu par le RFC. (Et la racine ? Le RFC n'en parle pas.)

La section 4, sur la sécurité, rappelle qu'il faut considérer que le contenu de ces enregistrements TXT n'est pas sûr : il peut y avoir du XSS ou des tentatives d'injection SQL par exemple. Si vous écrivez un programme qui analyse ces enregistrements, soyez très paranoïaque.

Il y a aussi un risque non technique, celui de malhonnêtes publiant des enregistrements _for-sale alléchants mais trompeurs (_for-sale.sex.com. TXT "V=FORSALE1; ftxt=Make money fast!!! Only $100!") afin de vous amener à visiter un site Web de publicité ou de hameçonnage. Il ne faut surtout pas, par exemple, lancer automatiquement un achat sur la base de ces enregistrements.

Et puis rappelez-vous que les informations dans le DNS sont publiques, et que n'importe qui peut donc savoir que vous voulez vendre (c'est bien le but, mais il faut se souvenir que tout le monde, pas juste les acheteurs potentiels sérieux, verra ces informations, et elles peuvent contenir des données que vous ne voudriez pas trop diffuser comme les noms et adresses des personnes à contacter).

Le principal registre promoteur de cette technique est celui du .nl. Son interface Web permet de voir, lorsqu'on affiche des informations sur un domaine, qu'il est en vente (regardez par exemple https://www.sidn.nl/en/whois?q=123huren.nl) sidn-domain-on-sale.png sidn-domain-on-sale-2.png

Il y a une page officielle du projet avec beaucoup d'information, d'outils et de détails. (Voir aussi ce site.) Le code source est disponible. Il y a même un MCP ! (Je ne l'ai pas testé.) Pour créer vos enregistrements, vous pouvez vous aider de ce générateur. Il existe aussi un vérificateur d'enregistrements (notez qu'il a été écrit en partie par un LLM à qui on a fait lire le brouillon du RFC). La zone testdns.nl a une incroyable collection d'enregistrements _for-sale, pour tester les outils. Et évidemment, vous avez un assistant IA.

Le composant _for-sale a été ajouté au registre IANA des noms préfixés d'un trait bas, registre qui avait été défini par le RFC 8552.


Téléchargez le RFC 10023


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RFC 10008: The HTTP QUERY Method

Date de publication du RFC : Juin 2026
Auteur(s) du RFC : J. Reschke (greenbytes), J.M. Snell (Cloudflare), M. Bishop (Akamai)
Chemin des normes
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF httpbis
Première rédaction de cet article le 16 juin 2026


Ce n'est pas tous les jours qu'on normalise une nouvelle méthode HTTP. Bienvenue, donc, à QUERY, qui rejoint des méthodes bien plus anciennes comme GET et POST. QUERY peut être décrit comme « GET mais avec un corps dans la requête ». Comme GET, elle est idempotente et donc sûre à répéter.

L'idée est de pouvoir interroger, par exemple, un service de recherche (vous verrez un exemple plus loin sur mon blog). Sans QUERY, on envoyait quelque chose du genre :

    
GET /feed?q=foo&limit=10&sort=published HTTP/1.1    

  

On est donc obligés de mettre les paramètres dans l'URL. Cela peut poser problème si les paramètres sont nombreux et de grande taille, cela oblige à les pourcent-encoder et cela peut poser des problèmes de vie privée (l'URL demandé a des chances d'être enregistré dans un journal).

Des gens utilisent donc POST pour une recherche, bien qu'il n'ait pas la bonne sémantique :

    
POST /feed HTTP/1.1

q=foo&limit=10&sort=published

  

Mais on ne voit plus que la requête est idempotente. Un navigateur Web n'osera pas la répéter ou bien demandera confirmation à l'utilisateur. Et on ne pourra pas facilement mémoriser le résultat (puisque le client ne sait pas si la requête n'a pas d'effets de bord). QUERY résout le problème :

    
QUERY /feed HTTP/1.1

q=foo&limit=10&sort=published

  

La méthode est idempotente, le résultat peut être mémorisé.

La section 2 du RFC décrit avec précision QUERY. À lire si vous écrivez des clients ou des serveurs qui l'utilisent. Par exemple, puisque QUERY, contrairement à GET, inclut un corps dans la requête, le client doit indiquer le type de média utilisé, et sans se tromper, sinon le serveur lui renverra un 400. (Et un 415 si le type est bien là mais que le serveur ne le connait pas.) Autre chose à noter : en cas de redirection, le client ne doit pas changer de méthode (alors qu'on pouvait changer un POST en GET si la redirection était faite avec 301 ou 302). Autrement, QUERY ressemble beaucoup dans son comportement à GET. QUERY est désormais enregistré dans le registre des méthodes HTTP.

Un serveur HTTP qui met en œuvre QUERY n'accepte pas forcément n'importe quel format en entrée. Pour documenter ce qu'il accepte comme corps de la requête, notre RFC introduit un nouveau champ HTTP, Accept-Query: (section 3) qui est la liste des types de média acceptés.

Vous avez plein d'exemples de requêtes et de réponses dans l'annexe A.

Il y a une mise en œuvre de QUERY sur ce blog, pour fournir un moteur de recherche des articles. L'URL est https://www.bortzmeyer.org/methodquery et voici un exemple d'utilisation avec curl :

% curl --request QUERY --data query=framasoft https://www.bortzmeyer.org/methodquery 

    Query of "framasoft" OK

    https://www.bortzmeyer.org/capitole-du-libre-2023.html "Capitole du Libre 2023, et mon exposé sur la censure de l'Internet"
    …
  

Vous pouvez avoir une documentation plus détaillée de ce service au début de son code source (en Python), method-query.py. D'autre part, si vous n'aimez pas curl et que vous préférez un programme en Python, essayez ce client : test-http-query.py. (Par contre, pas de formulaire Web pour utiliser ce service, car je ne connais pas de navigateur qui gère QUERY.)

En parlant de curl, notez que, lorsqu'il suit une redirection HTTP (option --location), il ne transmet pas actuellement le corps de la requête, ce qui casse ce service. Il faut de toute façon utiliser --follow.

La création de cette nouvelle méthode (ce qui est rare, je crois que la précédente avait été PATCH dans le RFC 5789 il y a quinze ans) a pris du temps. Le premier projet avait été rédigé en 2015 et le travail a connu plusieurs interruptions. Une des discussions avait porté sur le nom de la méthode, qui aurait pu s'appeler SEARCH (réutilisant une méthode normalisée dans le RFC 5323). L'annexe B du RFC discute le choix qui a été fait.

Une autre discussion portait sur le code de retour HTTP, un problème classique de tous les services tournant sur HTTP : si la requête est bien transmise et traitée mais qu'on n'a pas de résultat, doit-on quand même renvoyer le 200, qui signifie que tout s'est bien passé ? Avec GET, on utilise souvent 404 dans ce cas, mais c'est parce que le terme de recherche est dans l'URL, ce qui n'est plus le cas ici. On aurait pu aussi avoir un nouveau code commençant par 2. Finalement, le choix a été de renvoyer 200 quand la requête est bien arrivée et que le moteur de recherche a fonctionné, même s'il n'a rien trouvé. (Une discussion analogue avait eu lieu pendant le développement de DoH. Le RFC 8484 avait finalement décidé de répondre 200 même si le nom de domaine demandé n'existait pas.)

Ah, et si vous voulez superviser votre service HTTP utilisant QUERY, le programme check_http des monitoring plugins le permet. Voici un exemple de configuration pour Icinga :

vars.http_vhosts["query"] = {
    http_uri = "/methodquery"
    http_vhost = "www.bortzmeyer.org"
    http_ssl = true
    http_sni = true
    http_method = "QUERY"
    # Notez que le nom de la variable n'est pas très heureux.
    http_post = "query=foobar"
    http_content_type = "application/x-www-form-urlencoded"
    http_string = "foobar\" OK"
    http_timeout = 15
}

Sinon, si vous voulez d'autres lectures, il y a un bon article de Tykok.


Téléchargez le RFC 10008


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RFC 10001: Operational Guidelines for DNS Transport in Mixed IPv4/IPv6 Environments

Date de publication du RFC : Août 2026
Auteur(s) du RFC : Momoka (WIDE Project), T. Fiebig (MPI-INF)
Réalisé dans le cadre du groupe de travail IETF dnsop
Première rédaction de cet article le 31 août 2026


Vous gérez des serveurs DNS (qu'ils soient des résolveurs ou des serveurs faisant autorité) dans un environnement où il y a à la fois IPv4 et IPv6 ? Alors, ce RFC va vous aider. Il remplace le RFC 3901, qui avait été écrit pour un monde très différent, où IPv6 était marginal. Désormais, la recommandation est que tout serveur DNS doit pouvoir servir les requêtes avec les deux versions d'IP.

Alors que le plan de transition initial pariait sur une migration de quelques années suite à laquelle IPv4 ne serait plus qu'un souvenir, la réalité est celle d'une co-existence de longue durée des deux versions (cf. RFC 9386). Le retard avec lequel certains acteurs de l'Internet ont migré fait que le paysage d'aujourd'hui est très complexe, avec des réseaux purement IPv4, des réseaux purement IPv6 et des réseaux mixtes. Si une zone DNS n'est servie que par des serveurs en IPv6, un résolveur n'ayant qu'IPv4 ne pourra pas la résoudre, et c'est pareil en sens inverse. On aurait une fragmentation de l'espace des noms de domaine, et c'est ce qu'il faut éviter. (Du fait du caractère arborescent du DNS, la fragmentation pourrait aussi se produire si un domaine parent, quelque part entre la racine et le domaine que vous voulez résoudre, n'avait qu'IPv4 ou qu'IPv6. Le RFC cite un cas encore plus amusant où, dans la chaine des noms, certains domaines ne sont accessibles qu'en IPv4 et d'autres qu'en IPv6 ; seul un résolveur à double pile - IPv4 et IPv6 - pourrait résoudre les noms situés au bout de cette chaine.) La lecture de « How Ready is DNS for an IPv6-Only World? » est recommandée.

Lorsque le RFC 3901, premier RFC à parler de la version d'IP utilisée pour transporter les requêtes et les réponses DNS, a été écrit, le paysage était nettement dominé par IPv4. Ce RFC 3901 se préoccupait surtout de maintenir la résolution de noms avec les zones existantes, dont l'écrasante majorité n'était servie qu'en IPv4. Aujourd'hui (voyez le rapport ARCEP), IPv6 est dans une position très différente, dans certains pays, la grande majorité des réseaux d'accès fournit IPv6, et les gros services Web populaires ont souvent IPv6. Bien des réseaux sont purement IPv6 à la base, IPv4 étant désormais un service fourni au-dessus d'IPv6. Le RFC 6540 considère à juste titre que IP, aujourd'hui, implique IPv6. Notre RFC remplace donc le RFC 3901 pour demander de l'IPv6 sur tous les serveurs faisant autorité et tous les résolveurs.

Un petit rappel au passage : ce RFC parle du transport des données dans les requêtes et les réponses DNS, pas des données elles-mêmes. Une requête/réponse pour des données de type A (adresses IPv4) peut se faire sur des messages échangés sur IPv6 et une requête/réponse pour des données de type AAAA (adresses IPv6) peut se faire sur des messages échangés sur IPv4.

Donc, il faut IPv4 et IPv6 sur les serveurs. Mais il ne suffit pas de croire qu'on a activé les deux. Des erreurs de configuration peuvent faire qu'on pense avoir IPv4 et IPv6 mais qu'un des deux ne marche pas. Cela peut être dû à un pare-feu qu'on a mis devant le serveur DNS (une mauvaise idée, en général, mais c'est une autre histoire) et qui n'autorise qu'une des deux versions. Mais il peut aussi y avoir des erreurs spécifiquement DNS :

  • Les serveurs faisant autorité ont IPv4 mais pas d'enregistrements de type A (ou bien ils ont IPv6 mais on a oublié de publier un AAAA),
  • les serveurs ont bien les enregistrements A et AAAA dans leur zone mais on a oublié la colle (RFC 9471),
  • il y a la colle mais pas d'enregistrements dans la zone, ce qui empêcherait les résolveurs qui revalident (cf. draft-ietf-dnsop-ns-revalidation) de résoudre le nom,
  • le nom du serveur de noms est dans une autre zone, qui n'est pas elle-même résolvable en IPv4 et IPv6,
  • une des zones situées au-dessus, dans l'arbre du DNS, n'est pas résolvable avec les deux versions d'IP (la résolution DNS part de la racine et suit un chemin descendant dans l'arbre des noms de domaine).

Toutes ces erreurs possibles imposent à l'administrateurice DNS de vérifier sa zone. On ne doit pas se contenter de se dire « c'est bon, j'ai tout configuré, on doit tester, par exemple avec Zonemaster (ou, en plus léger et moins riche, check-soa). Et re-tester régulièrement car des erreurs peuvent survenir par la suite.

% check-soa bortzmeyer.org
ns-global.kjsl.com.
	23.128.97.53: OK: 2026083000
	2607:7c80:53::53: OK: 2026083000
ns.eu.org.
	78.194.169.74: OK: 2026083000
ns1.bortzmeyer.org.
	80.77.95.49: OK: 2026083000
	2602:fbb1:1:245b::42: OK: 2026083000
ns1.shaftinc.fr.
	2001:41d0:404:200::49e1: OK: 2026083000
	51.178.53.118: OK: 2026083000
ns2.bortzmeyer.org.
	2400:8902::f03c:91ff:fe69:60d3: OK: 2026083000
	172.104.125.43: OK: 2026083000
ns2.shaftinc.fr.
	2a05:f480:1c00:28a:5400:2ff:fee7:316f: OK: 2026083000
	136.244.112.196: OK: 2026083000
ns4.bortzmeyer.org.
	2001:4b98:dc0:41:216:3eff:fe27:3d3f: OK: 2026083000
	92.243.4.211: OK: 2026083000
  

Il peut aussi y avoir des problèmes dûs au réseau. L'un des plus courants est un problème de MTU. Si la réponse, notamment en raison des signatures DNSSEC, dépasse la MTU du chemin, elle devra être fragmentée et, dans l'Internet tel qu'il est, cela se passera souvent mal (cf. RFC 8900 et RFC 9715). Il vaut mieux, pour un serveur DNS, éviter d'envoyer des réponses trop grosses (le RFC suggère 1 232 octets maximum), pour être sûr qu'il n'y ait pas de fragmentation. (Attention, le mot « fragmentation » ici n'a pas le même sens que plus haut, quand on parlait de fragmentation de l'espace de noms.) Notez que DNSSEC n'est pas nécessaire pour faire des grosses réponses. Essayez oracle.com/TXT pour voir.

Ça, c'était pour UDP. Et pour TCP ? Bien sûr, la découverte de la MTU du chemin existe (RFC 8201, RFC 8899) mais elle prend du temps alors que le DNS est censé avoir une très faible latence. Le RFC recommande donc de configurer la MSS à moins de 1 388 octets.

Mais il n'y a pas que la MTU. Par exemple, un résolveur peut avoir des problèmes de connectivité. Un cas où elle sera interrompue de manière intermittente (et donc difficile à déboguer) est celui où le résolveur est derrière un routeur CGNAT (RFC 6888) avec des délais d'expiration des « connexions » très court. Le trafic DNS, plutôt variable, ne sera pas suffisant pour maintenir la « connexion » ouverte. Et le RFC cite de nombreux autres exemples de problèmes réseau possibles.

Il est aussi possible qu'un serveur ne soit pas accessible avec une des deux versions d'IP suite à un choix délibéré. Si on regarde le domaine de la BNF, par exemple :

% check-soa bnf.fr
ariane.bnf.fr.
	193.50.133.237: OK: 2026081807
galatee.bnf.fr.
	193.50.133.202: OK: 2026081807
  

Pas d'IPv6 du tout. Comme le FAI de la BNF route l'IPv6, c'est certainement un choix délibéré. En 2023 (étude « How Ready is DNS for an IPv6-Only World? »), presque aucun domaine n'avait que IPv6 alors que presque la moitié de ceux testés n'avait que IPv4 (comme bnf.fr).

Après ces observations et analyses, le RFC, dans sa section 4, en arrive aux recommandations. Pour les serveurs faisant autorité, il faut, notamment :

  • La règle « au moins deux serveurs faisant autorité par zone » devrait désormais être entendue comme « au moins deux en IPv4 et deux en IPv6 ». (On notera que cela ne figure pas dans les recommandations IANA, cf. section 6 du RFC.) Zonemaster fait déjà ce test (« Les serveurs de noms de la zone ne retournent pas assez de serveurs (1) faisant autorité ayant une adresse IPv6. La limite inférieure étant fixée à 2. »).
  • Évidemment, ces (au moins) deux serveurs IPv6 ne doivent pas utiliser des adresses IPv6 spéciales, genre IPv4-embedded (RFC 6052), et la résolution de leurs noms ne doit pas nécessiter IPv4.
  • Toujours aussi évidemment, les serveurs faisant autorité doivent servir les mêmes données en IPv4 et IPv6.
  • Et pour être sûr de pouvoir passer des données de grande taille, sans compter sur la fragmentation, tous les serveurs doivent accepter TCP (RFC 9210).

Pour les résolveurs :

  • Dans presque tous les cas, le résolveur devrait pouvoir parler IPv4 et IPv6.
  • Si le résolveur n'a qu'IPv6 (ce qui sera de plus en plus fréquent), il faut qu'il puisse utiliser un mécanisme de coexistence qui lui permette de résoudre des zones purement IPv4 (par exemple RFC 6146, peut-être avec RFC 8781, ou bien en étant capable de faire suivre à un autre résolveur ayant tout ce qu'il faut).
  • Pour les résolveurs simplifiés (stub resolvers), comme celui dans la libc, il faut s'assurer que les résolveurs complets à qui ils transmettent leurs requêtes savent faire IPv4 et IPv6 (en indiquer plusieurs, par exemple dans /etc/resolv.conf sur Unix, ne marche pas bien, en raison de la limite sur leur nombre mais aussi du retard que cela entraine).

Le RFC ne semble pas en parler mais je tiens à ajouter une de mes obsessions personnelles : il faut superviser automatiquement vos serveurs DNS, en IPv4 et IPv6. Voici par exemple la configuration que j'utilise avec Icinga :

apply Service "dns-auth4" {                                   
  check_command = "dig"
  assign where host.address && host.vars.dns_auth
  vars.dig_server = host.address
  vars.dig_ipv4 = true
  …
}
  
apply Service "dns-auth6" {
  check_command = "dig"     
  assign where host.address6 && host.vars.dns_auth
  vars.dig_server = host.address6
  vars.dig_ipv6 = true
  …
}

object Host "mononoke" {
  address = "mononoke.bortzmeyer.org"                               
  address6 = "mononoke.bortzmeyer.org"   
  vars.dns_auth = 1                   
  …
}
  

Et le serveur DNS sera alors testé avec les deux versions d'IP.

L'annexe A du RFC résume les changements depuis le RFC 3901 :

  • Longue discussion sur la question de la fragmentation,
  • Et surtout recommandation d'avoir les deux versions d'IP partout (et de le tester).

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