Auteur(s) du livre : Jim Hall
Éditeur : Apress / Springer
978-8-8688-2930-7
Publié en 2026
Première rédaction de cet article le 30 septembre 2026
Dernière mise à jour le 4 octobre 2026
Aujourd'hui, bien des gens croient que la seule façon d'écrire un texte (sans le faire générer par un LLM) est d'utiliser un logiciel de traitement de texte graphique comme Writer. Mais il existe une autre méthode, plus ancienne mais toujours valable, les langages de marquage. C'est pour cela que j'ai acheté ce livre, qui retrace l'histoire de ces langages de marquage et vise surtout leur utilisation pour l'écriture de textes technique et scientifiques.
Je le dis tout de suite, j'ai été déçu. Le livre est cher (un peu moins en EPUB ou PDF mais quand même) pour un contenu qui semble surtout fait de divers articles de blog mis bout à bout. Certains de ces articles sont très intéressants, parlant de sujets peu ou pas abordés dans la plupart des sources, mais d'autres sont vraiment minces (TeX et LaTeX expédiés en 16 pages, dont de longs copier-coller de la sortie de ces programmes très bavards, ce qui est tout à fait inutile). De même, l'auteur a choisi de publier l'intégralité des programmes d'exemple. Ces programmes sont une très bonne idée, ils rendent plus concrets les cas discutés mais les mettre dans le livre, plutôt que sur un site Web à part, était une mauvaise idée.
Le livre commence avec Runoff, ancêtre de ces langages de marquage. Vous plongerez dans l'archéologie avec ce système, créé « juste après que nous ayons cessé de chasser les mammouths avec des outils de pierre ». (Vous pouvez d'ailleurs lire sa très intéressante histoire sur le blog de l'auteur.) Runoff date de l'époque où les impressions sortaient d'une grosse imprimante à laquelle les utilisateurs n'avaient pas accès directement. Pour vous dire mon âge, j'ai travaillé avec un tel système à l'INRETS dans les années 1980 et il y avait encore des opérateurs dont le principal travail était de sortir les listings de l'imprimante et de les déposer dans des casiers au nom des utilisateurs. Runoff était écrit en MAD et vous avez du code source en MAD p. 14 à 16. Dans les pages suivantes, l'auteur ré-implémente Runoff en C. L'exercice est intéressant (et fournira sans doute des bonnes idées de travaux pratiques à bien des enseignants) mais est sans doute trop détaillé, surtout si vous connaissez déjà C. L'auteur dit que cette partie est lisible par quelqu'un qui n'est pas programmeur, que tout est expliqué, ce qui est vrai mais me laisse quand même sceptique. C n'est pas le langage le plus lisible…
Puis Runoff évolue, des descendants apparaissent, l'auteur détaille nroff et même ses macros -ms. (Là encore, point personnel, j'ai écrit des documentations en -ms. Des RFC ont été écrits avec nroff, cf. RFC 2223, section 20.) Autant cette partie est importante historiquement, autant lister autant de macros -ms était à mon avis excessif.
Puis le monde change et les traitements de
texte modernes apparaissent. (Mais sans jamais avoir
remplacé les langages de marquage.) Le premier cité est évidemment
WordStar. J'apprends dans ce livre qu'en plus
de ses menus, il avait aussi des marques (dot
commands), très inspirées de celles de nroff, comme les
premiers navires à vapeur, qui gardaient mâts et voiles au cas
où. On pouvait donc formater ses documents Wordstar avec des
.PA et .HE inclus dans le
texte (p. 155 à 156)… L'auteur décrit ensuite le format sous lequel
WordStar enregistre ses documents et écrit un programme en
C pour les lire. (Les
logiciels de traitement de texte modernes ont un format bien trop
complexe pour que cet exercice soit encore réaliste.) Parmi les
points rigolos de ce format, le remplissage
pour que tout fichier, même vide, contienne toujours un multiple de
128 octets, ce qui facilitait la tâche du programme de
relecture. (Dans cette heureuse époque où on lisait en C des
fichiers venus de l'extérieur sans se demander s'ils ne
déclencheraient pas une faille de sécurité latente.) Mais bon, là
encore, avoir mis tout le code source dans le livre est une mauvaise
idée. (Même remarque pour les affichages de débogage, avec
l'intégralité des octets de remplissage, p. 177.)
Le livre détaille aussi l'histoire de l'impression puisque, à l'époque, il n'était guère envisageable de lire un long texte sur l'écran (et du temps de Runoff, on n'avait même pas toujours un écran). Le papier était donc crucial, et le livre explique le fonctionnement d'une imprimante matricielle puis crée une émulation en logiciel (toujours en C) d'une telle imprimante, permettant d'afficher sur l'écran à quoi aurait ressemblé un texte imprimé sur une telle machine. S'il y a dans ce livre de nombreuses pages passionnantes sur des points peu connus, là encore, l'auteur détaille trop.
Enfin on en arrive à HTML mais la partie sur le Web contient vraiment des erreurs énormes. Dire (p. 231) que le premier navigateur Web date de 1994 alors qu'il a cinq ans de plus, par exemple. Ou ne pas citer le CERN une seule fois et prétendre que le Web a été inventé à l'UIUC, ce qui est grave. Sinon, sur le Web, notez qu'on peut parfaitement écrire des documents complexes, y compris des livres, joliment formatés avec les techniques du Web comme le fait C&F Éditions. L'auteur décrit aussi Markdown, une alternative légère à XML et HTML (RFC 7764), et développe un logiciel de conversion de Markdown vers HTML.
Le livre se termine par une présentation du système de gestion de documents XML DITA dont je ne vois pas trop l'intérêt, il ne semble pas faire grand'chose de plus que XInclude ou des techniques similaires comme les entités XML. Puisqu'on parle de XML, j'en profite pour me faire de la publicité et dire que mon livre a été écrit en XML.
Le livre concerne surtout le passé, vous n'y trouverez pas des systèmes récents comme Typst. Les langages de marquage ne sont pas une survivance du passé mais un domaine très actif et très utilisé (par exemple pour ce blog).
Plusieurs personnes ont proposé des ajouts intéressants à cet article. Thierry Stoehr recommande de lire les articles sur le blog de l'auteur, qui parle de beaucoup de sujets liés à l'écriture, entre autres de documentation technique (comme cet article sur le Linotron). Il recommande aussi les vidéos de Computerphile comme celle sur SGML, XML et HTML.
De son côté, Bertrand Petit recommande, sur les techniques d'impression, « Literature for Composing Linecasters » et « Photocomposition Systems », ainsi qu'une série de vidéos. Il suggère aussi un article sur la reconstruction d'un article historique Joe Condon, Brian Kernighan et Ken Thompson, « Experience with the Mergenthaler Linotron 202 Phototypesetter, or, How We Spent Our Summer Vacation ».
Auteur(s) du livre : Carmen Flury
Éditeur : De Gruyter
978-3-11-144763-6
Publié en 2025
Première rédaction de cet article le 26 juillet 2026
Ce livre d'histoire de l'informatique se penche sur la politique d'éducation à l'informatique dans l'ancienne Allemagne de l'Est.
Le plus curieux est de voir qu'une bonne partie des débats concernant l'introduction de l'informatique dans l'enseignement n'étaient pas différents de ce qu'il y avait à l'Ouest : faut-il enseigner l'utilisation des ordinateurs ou la compréhension de leur fonctionnement ? Quelles techniques faire étudier exactement, dans un secteur où tout change vite ? (Comme à l'Ouest, les ordinateurs conçus pour l'école étaient périmés à peine arrivés dans les classes.) Faut-il enseigner l'informatique à tous car tous utiliseront les ordinateurs, ou bien seulement aux futurs professionnels du secteur ? Faut-il utiliser des logiciels existants ou bien des logiciels spécifiquement développés pour l'éducation ? Faut-il même étudier l'informatique dès l'école, ne serait-il pas préférable d'enseigner les savoirs supposés fondamentaux ? La RDA a hésité, essayé plusieurs choix mais finalement la chute du mur a mis fin aux débats, qui ne sont plus désormais que du matériau pour historiens.
Il y avait aussi des différences avec l'Ouest : le rôle d'une dictature qui jugeait tout à l'aune de sa propre survie, les débats pseudo-idéologiques du genre « l'informatique est-elle une science capitaliste à rejeter entièrement, ou bien peut-elle être utile au régime ? », le retard technique qui fait que les ordinateurs produits localement étaient toujours derrière leurs homologues occidentaux… Rapidement, l'informatique a été considérée comme importante pour l'avenir et le discours dominant sera toujours techno-optimiste. Le livre ne mentionne pas de pressions venues d'URSS pour influencer les débats pédagogiques.
Il y avait des ordinateurs locaux, fabriqués
par des sociétés comme Robotron. Curieusement, il n'y avait
aucune coopération entre les pays de l'Est,
l'Union Soviétique refusant même toute aide à ses
colonies, l'informatique y étant un domaine réservé des
militaires. La photo
de couverture du livre montre une étonnante parade à Berlin
où les ouvrières de Robotron défilent avec les ordinateurs
fabriqués :
Ces ordinateurs locaux n'ont jamais été assez nombreux, ni assez perfectionnés mais ils ont été utilisés dans les écoles, ou dans des clubs de passionnés, étroitement surveillés par la police. Au fait, je n'ai pas utilisé d'écriture inclusive ici mais l'auteure note que, malgré le discours officiel comme quoi en RDA, il n'y avait pas de discrimination sexuelle, les femmes étaient, comme à l'Ouest, peu représentées dans l'informatique.
Comme dans l'autre Allemagne, il y avait beaucoup de magazines pour enfants et pour jeunes, avec une présence importante de la science et de la technologie, donc l'éducation à l'informatique se faisait aussi en dehors de l'école, avec ces lectures.
L'auteure a fait un énorme travail pour suivre l'évolution du débat dans la RDA, des années 1960 à la réunification. Je regrette juste que le développement logiciel soit peu mentionné (par exemple, le seul langage de programmation cité est BASIC, avec un interpréteur apparemment fait sur place).
Le livre est en anglais et coûte 75 € en version papier mais vous pouvez aussi le télécharger gratuitement sur le site de l'éditeur (la licence est une Creative Commons non libre, pas de dérivé et pas d'utilisation commerciale).
Allez, un vieux
Robotron pour terminer : 
Auteur(s) du livre : Leïla Slimani
Éditeur : Gallimard
978-2-07-315293-0
Publié en 2026
Première rédaction de cet article le 20 avril 2026
Dans ce court mais très percutant essai, Leïla Slimani commence par se demander pourquoi elle ne parle pas arabe, puis s'attaque aux politiques identitaires et défend la pluralité et l'égalité des langues (ainsi que la liberté de leurs locuteurs et locutrices).
Petite, l'auteure, dans son Maroc natal, parlait darija. Mais à la maison (famille assez riche et éduquée), c'était le français. Et les cours d'arabe classique, donnés par des enseignants rétrogrades et ennuyeux, n'attiraient pas. Résultat, aujourd'hui (elle vit en France), elle ne peut plus parler arabe et le regrette.
Slimani dénonce donc la hiérarchisation des langues, le fait que certaines langues étaient vues comme inférieures, moins intéressantes et donc pas ou mal enseignées. Et elle en profite pour défendre l'idée de langues vivantes, qui changent et ne sont pas tenues aux oukases (tiens, est-ce un mot français ?) d'institutions réactionnaires. C'est ainsi qu'elle défend les textes d'Aya Nakamura ou, plus exactement, le droit de la chanteuse à écrire comme elle le souhaite.
Mais surtout, l'auteure lance un « assaut contre la frontière » en dénonçant les politiques identitaires ou l'assignation à une identité unique, et en prônant l'universalité, que permet le pluralisme des langues. « Combien de fois m'a-t-on demandé si je me sentais plus arabe ou plus française. »
PS : la question de l'enseignement de l'arabe en France est un vieux sujet et je retrouve un article que j'avais fait en 2020.
Auteur(s) du livre : Alberto Angela
Éditeur : Payot
9-782228-934367
Publié en 2023
Première rédaction de cet article le 19 avril 2026
Le titre original « Amour et sexe dans la Rome antique » résume mieux ce livre que la ridicule traduction française. Mais ne lisant pas l'italien, j'ai dû passer par cette traduction. Donc, ce livre est un récit de plusieurs aspects de la sexualité dans la Rome de l'Antiquité.
Comme dans les précédents livres de cet excellent vulgarisateur
qu'est Alberto Angela, le récit est très
vivant, les personnages attachants et, vu le sujet choisi (amour et
sexe…), le livre a certainement de quoi capter l'attention. Comment
embrassait-on à Rome ? Comment draguait-on ? Quelles étaient les
positions utilisées ? D'un côté, il y avait une certaine liberté des
mœurs (davantage qu'avec le christianisme
ultérieur), de l'autre, c'était quand même une société très machiste
(et violente)… D'autant plus qu'on la connait surtout par des textes
d'auteurs masculins. Mais, bon, j'en profite pour placer une image
récupérée
sur Wikimedia Commons car il n'y a pas assez
d'images érotiques sur ce blog : 
Mais je suis un peu resté sur ma faim : plusieurs des éléments des précédents livres de cet auteur ont été réutilisés, et il n'y a pas assez de nouveautés pour moi. Je conseillerai aux lecteurices potentiel·les, qui s'intéressent aux différents aspects de la vie des Romains de l'Antiquité, de lire d'abord « Empire » (son meilleur livre) ou « Une journée dans la Rome antique ».
Auteur(s) du livre : Francesca Musiani
Éditeur : C&F éditions
978-2-37662-107-2
Publié en 2026
Première rédaction de cet article le 17 avril 2026
Il y en a des livres, qui parlent d'Internet et, dans le lot, certains parlent de politique. Mais la plupart se limitent aux services visibles (YouTube, TikTok, ce que connait l'auteur) alors que ce livre de Francesca Musiani parle bien de l'Internet : en quoi son infrastructure est-elle politique ?
Ce livre est tiré de son HDR et, donc, si vous avez déjà lu ses autres articles, vous n'aurez pas de révélations radicales. Mais même dans ce cas, il est agréable de pouvoir lire un livre qui, en français, rassemble de manière cohérente et bien intégrée, des années de recherche. L'auteure explique bien la façon dont l'Internet est géré (ou pas géré, justement), et en quoi il est à la fois un outil et un enjeu de pouvoir.
Cinq passionnantes études de cas forment l'essentiel du livre : la « gouvernance de l'Internet » (sujet battu et rebattu, oui, mais ici traité de façon sérieuse), le DNS, Bitcoin, Signal et le cas de la Russie. Même si vous connaissez bien l'Internet, vous apprendrez certainement quelque chose. Et cela vous donnera peut-être envie d'agir pour que le futur de l'Internet soit celui que nous voulons.
Auteur(s) du livre : Mikael Niemi
Éditeur : Le livre de poche
978-2-253-10728-6
Publié en 2021
Première rédaction de cet article le 17 avril 2026
Un curieux roman policier suédois mais qui ne ressemble pas aux « polars scandinaves » habituels. D'abord, ça se passe au XIXe siècle, ensuite le héros n'est pas alcoolique (et même tout le contraire).
Le livre est inspiré d'un personnage réel, Lars Levi Læstadius, un pasteur intégriste qui faisait également de la botanique et, mais dans le roman seulement, de l'enquête policière. Dans une partie de la Finlande dominée par la Suède, où règne une stricte hiérarchie des langues (d'abord le suédois, puis le finnois, puis tout en bas le same), dans une région secouée par le mouvement de l'Éveil (ce qui perturbe pas mal l'enquête), le héros doit trouver le coupable d'une série de meurtres que certains attribuent à un ours. Le quatrième de couverture de l'édition français cite évidemment Le nom de la rose, pour le personnage du religieux-enquêteur mais Læstadius est bien plus rigide religieusement que Guillaume.
Croyez-moi, vous allez probablement être accroché rapidement si vous aimez les enquêtes policières. L'enquêteur ne traine pas sa dépression tout au long du livre, au contraire, il a une énergie débordante, qui contraste avec le calme de son assistant.
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