Auteur(s) du livre : Leïla Slimani
Éditeur : Gallimard
978-2-07-315293-0
Publié en 2026
Première rédaction de cet article le 20 avril 2026
Dans ce court mais très percutant essai, Leïla Slimani commence par se demander pourquoi elle ne parle pas arabe, puis s'attaque aux politiques identitaires et défend la pluralité et l'égalité des langues (ainsi que la liberté de leurs locuteurs et locutrices).
Petite, l'auteure, dans son Maroc natal, parlait darija. Mais à la maison (famille assez riche et éduquée), c'était le français. Et les cours d'arabe classique, donnés par des enseignants rétrogrades et ennuyeux, n'attiraient pas. Résultat, aujourd'hui (elle vit en France), elle ne peut plus parler arabe et le regrette.
Slimani dénonce donc la hiérarchisation des langues, le fait que certaines langues étaient vues comme inférieures, moins intéressantes et donc pas ou mal enseignées. Et elle en profite pour défendre l'idée de langues vivantes, qui changent et ne sont pas tenues aux oukases (tiens, est-ce un mot français ?) d'institutions réactionnaires. C'est ainsi qu'elle défend les textes d'Aya Nakamura ou, plus exactement, le droit de la chanteuse à écrire comme elle le souhaite.
Mais surtout, l'auteure lance un « assaut contre la frontière » en dénonçant les politiques identitaires ou l'assignation à une identité unique, et en prônant l'universalité, que permet le pluralisme des langues. « Combien de fois m'a-t-on demandé si je me sentais plus arabe ou plus française. »
PS : la question de l'enseignement de l'arabe en France est un vieux sujet et je retrouve un article que j'avais fait en 2020.
Auteur(s) du livre : Alberto Angela
Éditeur : Payot
9-782228-934367
Publié en 2023
Première rédaction de cet article le 19 avril 2026
Le titre original « Amour et sexe dans la Rome antique » résume mieux ce livre que la ridicule traduction française. Mais ne lisant pas l'italien, j'ai dû passer par cette traduction. Donc, ce livre est un récit de plusieurs aspects de la sexualité dans la Rome de l'Antiquité.
Comme dans les précédents livres de cet excellent vulgarisateur
qu'est Alberto Angela, le récit est très
vivant, les personnages attachants et, vu le sujet choisi (amour et
sexe…), le livre a certainement de quoi capter l'attention. Comment
embrassait-on à Rome ? Comment draguait-on ? Quelles étaient les
positions utilisées ? D'un côté, il y avait une certaine liberté des
mœurs (davantage qu'avec le christianisme
ultérieur), de l'autre, c'était quand même une société très machiste
(et violente)… D'autant plus qu'on la connait surtout par des textes
d'auteurs masculins. Mais, bon, j'en profite pour placer une image
récupérée
sur Wikimedia Commons car il n'y a pas assez
d'images érotiques sur ce blog : 
Mais je suis un peu resté sur ma faim : plusieurs des éléments des précédents livres de cet auteur ont été réutilisés, et il n'y a pas assez de nouveautés pour moi. Je conseillerai aux lecteurices potentiel·les, qui s'intéressent aux différents aspects de la vie des Romains de l'Antiquité, de lire d'abord « Empire » (son meilleur livre) ou « Une journée dans la Rome antique ».
Auteur(s) du livre : Mikael Niemi
Éditeur : Le livre de poche
978-2-253-10728-6
Publié en 2021
Première rédaction de cet article le 17 avril 2026
Un curieux roman policier suédois mais qui ne ressemble pas aux « polars scandinaves » habituels. D'abord, ça se passe au XIXe siècle, ensuite le héros n'est pas alcoolique (et même tout le contraire).
Le livre est inspiré d'un personnage réel, Lars Levi Læstadius, un pasteur intégriste qui faisait également de la botanique et, mais dans le roman seulement, de l'enquête policière. Dans une partie de la Finlande dominée par la Suède, où règne une stricte hiérarchie des langues (d'abord le suédois, puis le finnois, puis tout en bas le same), dans une région secouée par le mouvement de l'Éveil (ce qui perturbe pas mal l'enquête), le héros doit trouver le coupable d'une série de meurtres que certains attribuent à un ours. Le quatrième de couverture de l'édition français cite évidemment Le nom de la rose, pour le personnage du religieux-enquêteur mais Læstadius est bien plus rigide religieusement que Guillaume.
Croyez-moi, vous allez probablement être accroché rapidement si vous aimez les enquêtes policières. L'enquêteur ne traine pas sa dépression tout au long du livre, au contraire, il a une énergie débordante, qui contraste avec le calme de son assistant.
Auteur(s) du livre : Francesca Musiani
Éditeur : C&F éditions
978-2-37662-107-2
Publié en 2026
Première rédaction de cet article le 17 avril 2026
Il y en a des livres, qui parlent d'Internet et, dans le lot, certains parlent de politique. Mais la plupart se limitent aux services visibles (YouTube, TikTok, ce que connait l'auteur) alors que ce livre de Francesca Musiani parle bien de l'Internet : en quoi son infrastructure est-elle politique ?
Ce livre est tiré de son HDR et, donc, si vous avez déjà lu ses autres articles, vous n'aurez pas de révélations radicales. Mais même dans ce cas, il est agréable de pouvoir lire un livre qui, en français, rassemble de manière cohérente et bien intégrée, des années de recherche. L'auteure explique bien la façon dont l'Internet est géré (ou pas géré, justement), et en quoi il est à la fois un outil et un enjeu de pouvoir.
Cinq passionnantes études de cas forment l'essentiel du livre : la « gouvernance de l'Internet » (sujet battu et rebattu, oui, mais ici traité de façon sérieuse), le DNS, Bitcoin, Signal et le cas de la Russie. Même si vous connaissez bien l'Internet, vous apprendrez certainement quelque chose. Et cela vous donnera peut-être envie d'agir pour que le futur de l'Internet soit celui que nous voulons.
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